Impasse. C’était en automne 1992. Encadré par un foulard, le visage d’une adolescente, Samira Kherouaa, 13 ans, était au cœur de l’actualité. Avec ses parents, la jeune musulmane venait alors de gagner une bataille. Expulsée, deux ans plus tôt, d’un collège de Seine-Saint-Denis pour avoir refusé d’ôter son voile en classe, elle y revenait, tête haute et voilée. Ainsi en avait décidé le Conseil d’État. L’affaire, comme la première du genre en 1989, avait fait du bruit. D’autres, semblables, ont suivi - près de 400 entre 1994 et 1998. Si la circulaire Bayrou de 1994 interdit le port ostentatoire de signes religieux à l’école, le problème n’est pas réglé pour autant. Et divise régulièrement les classes intellectuelle et politique françaises. Tandis que de nombreux chefs d’établissement ne veulent pas du foulard islamique dans l’espace scolaire au nom de la laïcité, les tribunaux administratifs, eux, ont de plus en plus tendance à le tolérer au nom de la liberté d’expression. C’est l’impasse.Laicité, principe fondamental. En France, la laicité de l’enseignement public remonte à 1882. Depuis cette date, l’école de la République est neutre, et le contenu des programmes laique, tout comme le personnel pédagogique du primaire et du secondaire. Pression, propagande ou provocation de nature religieuse n’y sont pas acceptées. Selon les récenetesdécisions du Conseil d’État, le port du voile islamique n’est pas incompatible avec le principe de la laïcité. A condition de rester discret. Mais où sont les limites ? L’État, laïque depuis la « loi de séparation » de 1905, « assure la liberté de conscience » et « garantit le libre exercice des cultes ». Dans quelle mesure les religions ont-elles alors le droit de quitter la sphère du privé et d’être visibles aux yeux de tous ?
Pour le foulard à l’école, revendiquent d’abord le droit à la différence, qui lui aussi fait partie des traditions républicaines de liberté. L’école, disent-ils, est un lieu où on devrait apprendre à accepter l’autre non l’exclure ; si son enseignement est laïc, elle n’a pas à imposer l’athéisme. La France, pays multiculturel, devrait respecter les particularités de toutes les religions pratiquées sur son sol. D’autant que l’islam est la deuxième religion de l’Hexagone. Quelque 4 millions de musulmans, soit 7 % de sa population totale, y vivent. Dont la moitié est de nationalité française.
Contre le foulard. Tolérance zéro chez les féministes ou des intellectuels comme le philosophe Alain Finkielkraut. Le voile symbolise l’oppression des filles et des femmes musulmanes dans la vie publique et leur soumission complète à leurs familles. Incompatible avec le principe de l’égalité des sexes, il est en outre l’expression d’un extrémisme religieux : en Algérie, des femmes ont été assassinées par des islamistes parce qu’elles avaient refusé de porter ce vêtement. Autoriser de le mettre en classe est scandaleux : c’est menacer les valeurs républicaines de liberté et de laïcité. L’école doit permettre la coexistence de tous les élèves dans une absolue neutralité. Sinon, c’est la porte ouverte à tous les excès.
Que disent les jeunes voilées ? Leurs parents ne les contraignent pas à porter le foulard islamique, entend-on ici et là. Elles le feraient, au contraire, en toute liberté. Ce qui est sûr, c’est que les jeunes musulmanes d’aujourd’hui cherchent leur voie entre la culture de leurs pères et celle de la France, où elles ont grandi. À certaines, il semble possible d’être citoyenne française à part entière tout en étant musulmane. D’occuper une vraie place dans la société française tout en choisissant de porter le foulard par conviction religieuse.
Après le 11 septembre. Depuis les attentats à New York et Washington le 11 septembre dernier, la question du foulard pourrait à nouveau peser lourdement sur les écoles. La situation, au quotidien, est délicate pour tous les acteurs : professeurs, élèves, chefs d’établissement. La tolérance de tous est mise à rude épreuve. Mais là encore, avec sa grande capacité d’intégration des différences, le subtil principe de laïcité devrait être assez fort pour faire face à ces temps difficiles.
Revue de la Presse, No 11, novembre 2001, par Sonia Nowoselsky.
1. Trouvez des synonymes pour « impasse », puis interprétez le terme dans le contexte.
2. Décrivez la « bataille » de Samira Kherouaa. Y a-t-il eu des cas similaires auparavant ?
3. Pourquoi la circulaire Bayrou ne règle-t-elle pas le problème ?
4. Expliquez les trois principes de la laÎcité et donnez-en des exemples.
5. Quelles actions religieuses sont rejetées ?
6. Quelles sont les garanties assurées par la loi de séparation ?
7. Énumérez tous les arguments avancés en faveur du port du voile. Donnez des exemples concrets.
8. Énumérez tous les arguments avancés en défaveur du port du voile.
9. Formulez votre avis personnel par écrit.
Discussion en plenum
10. En équipes, élaborez une liste avec des arguments pour ou contre le port du voile pour entamer une discussion en classe.
11. A votre avis, peut-on être citoyen français à part entière tout en étant musulmane et en portant le foulard par conviction religieuse ?
12. Pourquoi, à votre avis, la situation reste délicate pour les professeurs, les élèves et les chefs d’établissement ? Organiser un débat.
Pour aller plus loin :
13. Préparez un petit exposé sur la loi de séparation de 1905 en exploitant des sites internet.
Le foulard islamique - der islamische Schleier/Kopftuch
impasse (f.) - Sackgasse
encadré - eingerahmt
adolescent/e - Jugendliche/r
expulser qn de qc - jdn. von etw. verweisen
Seine-Saint-Denis département
de la région parisienne
refuser - ablehnen, sich weigern
ôter h. - ablegen
voile (m.) - Schleier
voiler - verschleiern
le Conseil d’État - das höchste
Verwaltungsgericht Frankreichs
genre (m.) - Art
faire du bruit - großes Aufsehehn
erregen
circulaire (f.) - Runderlass, François
Bayrou damaliger Ministre de l’Éducation nationle
le port das Tragen, h. - das ostentative
Zurschaustellen
signe (m.) h. - sichtbares Zeichen
régler un problème -
ein Problem lösen
pour autant - deswegen
diviser - spalten
tandis que - während
le chef d’établissement (scolaire) - der
Schulleiter
espace (m.) - Raum
(le principe de) la laicité
- das Prinzip der Trennung von Staat und Kirche („la laicité, c’est-á-dire
l’État neutre entre les religions“, Ernest Renan)
le tribunal administratif -
das Verwaltungsgericht
la liberté d’expression (f.) - die
Meinungsfreiheit
remonter à - von etw. datieren
neutre - gem. das Schulwesen respektiert die Religionen
und ist unparteilich
contenu (m.) - Inhalt
laïc, -que - religionsfrei
le primaire - die Grundschule
pression (f.) - (gesellschaftlicher, sozialer)
Druck
récent - jüngst
décision (f.) - Entscheidung, h.: Urteil
incompatible avec qn - unvereinbar
mit einer Sache
à condition de rester discret
- vorausgesetzt, es (das Tragen) bleibt unauffällig
la loi de séparation (de l’État
et de l’Église)
assurer la liberté de conscience
- die Gewissensfreiheit garantieren
le libre exercice des cultes - die freie Ausübung
der Religionen
quitter - verlassen
visible - sichtbar
revendiquer - geltend machen
le droit à la différence
- das Recht auf das Anderssein
lieu (m.) - Ort
exclure - ausschließen
imposer - aufzwingen, durchsetzen
particularité (f.) - Eigenart, Spezifität
d’autant que - zumal
l’Hexagone (m.) - das Sechseck, gem.: Frankreich
oppression (f.) - Unterdrückung
soumission (f.) - Unterwerfung
en outre - außerdem
assassiner ermorden
menacer - bedrohen, gefährden
valeur (f.) - Wert
coexistence (f.) - Nebeneinaderbestehen,
-leben
contraindre - zwingen
voie (f.) - Weg
être citoyen/enne
francais/e à part entière frz. - Staatsbürger/in mit
allen Rechten und Pflichen sein
conviction (f.) - Überzeugung
peser sur qc - auf einer Sache lasten
mettre qc à rude épreuve
(f.) - etw. auf eine harte Probe stellen
faire face à qc h. - einer Sache
gewachsen sein.