France-Algérie:
La déchirure
Einem
schmutzigen Krieg kann kein sauberer Frieden folgen. 35 Jahre nach den
Verträgen von Évian, die Algerien seine Unabhängigkeit zurückgaben, herrscht
der Terror in Algerien und Attentate versetzen Paris in Schrecken. Warum?
Von Danièle Schertzer und Safia Allag
Il y a 35 ans, le 18 mars 1962, se terminait la plus meurtrière des guerres coloniales. Avec la signature des accords d'Evian, l'Algérie accédait à l'indépendance après 132 ans de colonisation française. Cette guerre, qui restera longtemps sans dire son nom, aura mobilisé deux millions de jeunes appelés, divisé l'opinion, provoqué la chute d'une République et conduit la France au bord de la guerre civile. Près d'un million de pieds?noirs, ces colons nés en Algérie, devront quitter cette terre qu'ils croyaient la leur. Pour eux commence alors l'exode, le temps des souvenirs et des déchirures.
Du célèbre « l'Algérie, c'est la France » de François Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur, à «l'Algérie algérienne» du général de Gaulle, cinq années de conflits marqués par la torture et l'horreur, auront ébranlé le pays. Le refus de laremise en cause de la souveraineté française avait conduit les gouvernements de la IVe République à s'en foncer toujours plus dans le conflit La gauche, portée au pouvoir en 1956 et qui laisse carte blanche à l'armée ? celle?ci transformera l'Algérie en province militaire ? s'avoue vite vaincue. De l'autre côté, le Front de libération nationale (FLN) algérien, qui veut mener les musulmans à l'indépendance, pratique lui aussi le terrorisme, la violence...
35 ans après, le souvenir de cette guerre est encore présent dans le coeur de
bien des Français. Pour les 2 millions d'appelés qui durant les «événements» ont effectué leur service militaire
(parfois de trente mois) en Algérie ; pour les descendants du million de
pieds?noirsrapatriés en 1962; pour les « harkis»,
ces Algériens qui ont soutenu les forces armées françaises. pour tous ces
gens-là, l'Algérie reste une blessure.
Les relations franco?algériennes ne se normaliseront jamais. La proximité géographique n’aura pas permis à la France d'oublier l'Algérie, ni à l'Algérie d'oublier la France. Certes, il y eut bien des hommes politiques favorables à une saine distance, à une indifférence mutuelleentre les deux pays voisins... Les récents attentats à Paris et l'ac-tuelle violence islamiste démontrent que ce type de raisonnement, par trop simpliste, ne peut être de mise dans cette «situation où les passions ont leurs raisons que la raison ne connaît pas.»
meurtrier, ère – mörderisch ; la chute – der Fall; la déchirure – die
Zerrissenheit; l’horreur, f – der Schrecken, das
Grauen; ébranler – erschüttern; le refus – die Verweigerung; la remise en cause
– das Infragestellen; s’enfoncer – immer tiefer
geraten; laissser carte, f blanche – freie Hand
lassen; vaincu,e – besiegt; les événements, m – die Ereignisse; rapatrié,e
– zurückgeführt; la blessure – die Wunde; favorable
à– günstig; mutuel,le–
gegenseitig; simpliste – simpel; ne pas être de
mise – nicht angebracht werden
Entre 1954 - 1962
«L'Algérie, c'est la France»
L’Algérie est une partie de la France: il n'est pas question qu'elle puisse s'en détacher. Nous sommes en 1954. La nation tout entièreadhère à la thèse de l'« intégrité ter-ritoriale» : malgré les émeutes et les bombes qui depuis l'automne éclatent sur tout le territoire de l'Algérie, un autre discours que celui de la fermeté est impensable. Les troupes envoyées sur place devront rétablir le calme et la «bonne entente».
II est vrai qu'à cette époque, la grande majorité des Français croit encore à la «mission civilisatrice» de leur pays. Le rôle de la France est de conduire les peuples moins évolués sur les voies du progrès et de diffuser les valeur démocratiques. Ce travail n'est pas achevé en Algérie et c'est ce qui conduira des hommes de gauche à rejoindre, dans la défense de l'Algérie française, des rationalistes de droite. Au pourquoi de ces émeutes en Algérie, on répond par la thèse des propagandes étrangères, du panarabisme. du communisme. Le nationalisme algérien n'aurait il pas été suscité, puis manipulé par Moscou qui utiliserait le relais du Caire alors nassérienne...
L’armée qui, en 1954, part défendre les intérêts de la France et qui vient de se voir dotée de pouvoirs spéciaux, considère qu’elle a une mission à accomplir la consolidation de l'Algérie française.
Mais deux ans plus tard, le cours des événements seprécipite. Une issue pacifique est inconcevable, d'autant plus que le pétrole qui jaillit dans le Sud saharien est pour la France une promesse d'indépendance énergétique. Une raison de plus pour rester en Algérie.
se détacher de – sich abspalten ; adhérer
à – zustimmen ; l’émeute, f –
der Aufstand ; la fermeté – die Entschlossenheit ; la
voie – der Weg ; le progrès –
der Fortschritt ; susciter– hervorrufen ; se
précipiter –
sich überstürzen ; l’issue, f – das Ende ; inconcevable– undenkbar ; la promesse – das
Versprechen
La violence de la guerre
L'armée est sur place. Et ces hommes du contingent qui, en Indochine, ont connu les possibilités de la guerre psychologique jurent de retourner ces connaissances contre leurs ennemis. Nous sommes en 1955. La mission des militaires est de gagner la cause musulmane. Bien vite, ils font appel à la répression. Depuis 1956, l'Assemblée s'est déchargée de ses responsabilités et a donné les pleins pouvoirs à une armée qui. dans le seul but d'isoler le FLN, opère des ratissages, regroupe les populations dans des camps, fait tout pour repérer le fellagha, s'entraîne à la torture et élimine les suspects. En quelques mois, près de 400 000 militaires «sévissent» sur le sol algérien. Et lorsque fin 56, début 57, des bombes explosent, tuant de nombreux civils, le gouvernement français donne les pleins pouvoirs au général Massu, commandant de la 10e division parachutiste. II est verbalement incité à utiliser tous les moyens. La torture est devenue une institution. Certes une commission de sauvegarde des droits et des libertés individuelles a bien été instaurée. Mars le rapport est manipulé. Plus rien ne peut arrêter la «gangrène». Avec l'arrivée du général de Gaulle en 1958, elle se fera un peu plus discrète sur le sol algérien, contrairement à la métropole où la police française «bascule»elle aussi dans la répression.
Peu glorieuse pour la nation sera la fameuse journée du 17 octobre 1961. Ce jour - là, la Fédération de France du FLN algérien organise un rassemblement à Paris. On proteste contre le couvre?feu imposé aux Maghrébins depuis que des attentats ont eu lieu dans la capitale. En fait on veut aussi soutenir ouvertement l'indépendance de l'Algérie. La manifestation est interdite. Le lendemain, des chiffres officiels établiront l'arrestation de centaines d'Algériens et la mort de trois manifestants avec soixante-quatre blessés chez les Algériens et treize blessés parmi les forces de l’ordre. Mais personne n'aura parié de la condition extrêmement brutale de ces arrestations. Ce jour?là, de véritables meurtresfurent commis. Les cadavres d'une soixantaine d'Algériens furent repêchés dans la Seine ou retrouvés dans les bois de la région parisienne. jusqu'à aujourd'hui, aucun coupable n'a été désigné.
jurer de – schwören ; la cause – de Sache ; se décharger de – abgeben ; le but – das Ziel ; le FLN (Front de la libération nationale) – nationale Befreiungsfront ; opérer– durchführen ; le ratissage- Durchkämmungsaktion ; le fellagha – der algerische Partisan ; sévir – hart durchgreifen ; inciter à – anstiften ; la sauvetage des droits – die Wahrung der Rechte ; la gangrène – hier : die Tortur, die legitimiert wird ; basculer – umkippen ; le couvre-feu - die Ausgangssperre; l‘arrestation, f - die Festnahme ; les forces, f de l‘ordre - die Sicherheitskräfte; le meurtre - der Mord ; le coupable - der Schuldige
La scission de l'opinion
L’armée française torture. Le livre d'Henri Alleg (La Question),
directeur du journal communiste Alger républicain, qui raconte ce qu'il a subi en
juin 1957, fait scandale. Quelques intellectuels comme André Malraux ou
Jean-Paul Sartre, sont les seuls à prendre position. Silence des voix
officielles, mutisme
de la radio contrôlée par l'État.. Seule la presse écrite n'est pas avared’informations.
C'est ainsi que, comme l'exprime l'historien René Rémond, la «bataille de
l'écrit» deviendra l'un des épisodes de cette guerre. Les Françaissont
(en grande majorité) horrifiés à
l'idée que la patrie des Droits de l'Homme soit devenue un État tortionnaire.
Des protestations viennent de tous les horizons, même de la part de partisans
de l'Algérie française. La lassitude d'une guerre sans nom qui s'éternise
fera basculer l'opinion. À partir de début 1957 ? date où l'on note une
aggravation des combats en Algérie ? on voit apparaître une fêlure dans
la conscience politique de la métropole. Les Algériens du FLN ont décidé de
porter la guerre dans les villes. Des bombes explosent dans quelques lieux
publics français. Pour la première fois, le gouvernement se trouve confronté au
terrorisme.
la scission - die Spaltung ; subir-
erleiden; le mutisme - das Schweigen; ne pas
être avare de - nicht reizen mit; être horrfié,e - entsetzt sein; la lassitude - der
Überdruss; s‘éterniser - sich in die Länge ziehen; la
fêlure - der Riss
Les porteurs de valise
Comment expliquer que si peu de Français se soient engagés en faveur d'une
Algérie indépendante? Les révélations sur la torture, les répressions policières, le
climat de délationet
le racisme latent conduiront, début juillet 57, un bon nombre d'«humanistes »
de gauche à défendre l'idée d'une Algérie algérienne. Très vite, des réseaux
se constituent autour de Francis Jeanson, philosophe sartrien qui explique
clairement les raisons de son engagement dans Les Temps modernes (revue fondée
par Jean?Paul Sartre) : «Les motifs positifs sont faciles à concevoir.
1. Maintenir
les chances d'une amitié franco-algérienne ; 2. Réveiller la gauche en lui
rappelant son rôle à l'égard de l'opinion publique, quels sont ses vrais
alliés, et que l'anticolonialisme ne se pratique pas en restant sur la touche pour
y compter ses points.» Leur tâche? Chaque mois, des millions de francs ? l'argent
vient en partie de certains milieux bancaires ? sont transfé-rés vers la
Tunisie ou en Suisse pour le compte du FLN. Le réseau des porteurs de valise
possède un service de faux papiers... Des filières sont installées en
Suisse, en Belgique, en Allemagne. Et lorsque le 5 septembre 1960, six
Algériens et dix-huit «porteurs de valise» doivent être jugés pour atteinte à la sûreté
de l'État, le pays apprendra que des Français aident les Algériens pour des
raisons politiques. Mais déjà la France en a assez de la guerre. Les porteurs
de valise seront amnistiés en 1966.
la révélation - die Enthüllung ; la délation - die Denunziation; le réseau - das
Netz ; concevoir - sich vorstellen ; maintenir – erhalten; rester sur la touche-
im Abseits bleiben; la tâche - die Aufgabe; la
filière - das Netz; l‘atteinte, f à la sûreté - der Landesverrat
Le rôle de
l'OAS
L’organisation de l'armée sécrète CAS) est née en février 1961 . Qui rassemble?t?elle? Des militaires, des Français d'Algérie qui ne peuvent accepter l'indépendance. On estime que plus de 1500 personnes firent partie, plus ou moins activement, de cette organisation. Quant aux pieds?noirs, ils se déclarèrent presque tous en faveur de l'OAS. Calcul politique, espoir déçu? Comme on a pu le lire dans Le Monde du 15 novembre 1961, «certains engagés par conviction, accomplissent scrupuleusement les tâches qui leur ont été assignées; d'autres venus à l'OAS par ambition ou intérêt, espèrent jouer quelque jour un rôle politique (...)». Pour la grande majorité des Européens d'Algérie, l'OAS se présente comme un dernier espoir. Elle sera tenue responsable, entre avril 61 et la mi-juin 62, de près de 800 attentats rien qu'à Paris.
déçu,e -enttäuscht ; la conviction - die Überzeugung; assigner une tâche - eine Aufgabe zuweisen
Les accords
d'Évian
Accueillis avec soulagement par les Français de métropole, ils seront considérés par les Européens d'Algérie comme un acte d'abandon. Que règlent ces accords? Bien sûr le cessez?le?feu dès le lendemain et toutes les modalités du passage de souveraineté :
1. L’organisation d'un scrutin d'autodétermination (le 1er juillet, 99,72 °% des électeurs approuveront l'indépendance de l'Algérie).
2. Toutes les garanties demandées par la France pour ses ressortissants: sécurité des personnes et des biens, statut privilégié pour les Français restant en Algérie et possibilité de choix entre nationalité française ou algérienne. En réalité la France fait de grandes concessions au FLN. Le 3 juillet 1962, l'Algérie devient indépendante. Au fil des ans, les accords signés seront piétinés. La France, en ne respectant pas ses engagements, a sa part de responsabilité dans le dépérissement des accords.
le soulagement - die Erleichterung ; l’abandon, m - die Preisgabe; la souveraineté - die Herrschaft; le scrutin - die Abstimmung; le ressortissant - der Staatsangehörige; les biens, m -das Hab und Gut; piétiner-niedertrampeln; le dépérissement-das Verkümmern
Un
million de rapatriés
Mai?juin 1962. C'est la panique en Algérie. Des milliers de familles se pressent dans les ports et les aérodromes. Au total, 968 685 Européens quitteront l'Algérie. Le Secrétariat d'État aux rapatriés, créé en août 1961, s'efforcerad'assurer leur transport et leur subsistance. La période de croissance et le plein emploi facilitent leur réinsertion. Parmi ces rapatriés, 60 000 harkis fuient les représailles. Ils conserveront la nationalité française.
Aujourd'hui, leurs difficultés d'insertion ne sont toujours pas résolues. Et l'indemnisation des rapatriés fait toujours l'objet de polémiques.
s’efforcer de - sich bemühen ; la subsistance - der Unterhalt ; le plein emploi - die Vollbeschäftigung; la réinsertion - die Wiedereingliederung; fuir - fliehen; résoudre – lösen; l’indemnisation, f - die Entschädigung
France – Algérie : La déchirure
1. Par quel traité la guerre d’Algérie s’est-elle terminée ?
2. En France, quelles ont été les conséquences de la guerre d'Algérie?
3. Comment expliquez-vous la thèse de l’ »intégrité territoriale » et l’idée de la « mission civilisatrice » de la France ?
4. Élaborez les arguments avancés en faveur de la thèse de Mitterand
„L’Algérie, c’est la France.“
5. Quel rôle l’armée
française a-t-elle joué ? A-t-elle abusé de ses pouvoirs ?
6. Retracez les événements de la guerre.
7. Elatez ce qui s’est passé le 17 octobre 1961 à Paris.
8. Expliquez le rôle des intellectuelles et l’organisation de l’opposition
contre la guerre d’Algérie.
9. Qui étaient les « porteurs de valise » ?
10. Quel était le rôle de l’O.A.S.?
11. Quel était la situation des pieds-noirs et des « harkis » en mai-juin 1962
?
Paris – Alger, 35 ans après !
Sept ans d'insurrection
et un bilan de pertes
humaines qui fait encore l'objet de débats et d'estimations contradictoires
(entre 250 000 et 350 000 morts selon les sources). Depuis 35 ans,
l'histoire entre Paris et Alger a accumulé différends, griefs et passions. Une
saine distance, une entente cordiale ne se sont jamais installés. Aujourd'hui,
et cela depuis près de cinq ans déjà, le sang coule de nouveau sur cette terre
d'Afrique du Nord, la « voisine d'en face » de la France. Il coule aussi dans
l'Hexagone : au cours des 20 deniers mois, 10 attentats, attribués
aux islamistes algériens, ont fait 12 morts et 230 blessés (?). Sans compter
les Français assassinés
en Algérie. La France est frappée brutalement par cette « deuxième guerre
d'Algérie » et ce n'est pas un hasard.
Pendant toutes les années qui suivirent l'indépendance, les Français firent comme si la page était tournée. On ne parla presque plus de cette «guerre». II y eût bien quelques livres, quelques films mais ils ne dérangèrent qu'une minorité d'intellectuels.
l'insurrection, f - der Aufstand; la perte -
der Verlust; la source- die Quelle; le grief - die Beschwerde; attribuée à -
zugeschrieben; assassinée- umgebracht;
Comme disent les psychanalystes ? et dans le cas de la relation franco?algérienne, ce vocabulaire est bien utile ? la guerre d'Algérie fut occultée, refoulée, on remit à plus tard le travail de deuil, on refusa d'assumer ce qui s'était passé. D'où la nature névrotique des relations franco-algériennes. Le Premier ministre, Alain Juppé, le dit d'ailleurs à sa manière en 1995, quand il était encore ministre des Affaires étrangères de François Mitterrand: « le passé franco?algérien pèse sur notre relation actuelle car ce passé n'a jamais été vraiment soldé, ni d'un côté ni de l'autre».
occulter-
verschweigen; refouler - verdrängen; le travail
de deuil - die Trauerarbeit; assumer- (Verantwortung) übernehmen; solder -
Bilanz machen;
Côté algérien, la guerre ne fut pas tue comme elle le fut en France mais arrangée, fantasmée. L’armée, aux commandes depuis le coup d'État du colonel Boumedienne le 19 juin 1965, a imposé l'idée qu'ils avaient arraché l'indépendance à la France par une victoire militaire. Un mensonge historique qui leur permit de confisquer le pouvoir et de se dispenser de passer par les urnes tandis qu'une génération entière – 70 % des Algériens n'étaient pas nés en 1962 lors de l'indépendance ? et élevée dans une « culture de guerre » et entretenait une relation d'amour-haine avec la France, un pays qui compte encore un million d'Algériens et deux millions de personnes d'origine algérienne sur son territoire. Malgré le chômage qui les frappe en priorité et un racisme persista l'intégration se fait peu à peu. Les mariages mixtes sont de plus en plus nombreux et certaines familles sont installées dans l'Hexagone depuis quatre générations.
Par ailleurs, plusieurs dizaines de milliers de bi?nationaux (une majorité d'épouses d'Algériens et leurs enfants) vivent toujours en Algérie.
taire- verschweigen; arracher - abtrotzen; le mensonge - die Lüge; se dispenser de- nicht hingehen; la haine- der Haß; persistante- anhaltend;
Malgré une politique d'arabisation intensive, un très grand nombre d'Algériens continuent à parler français, une langue qu'ils entretiennent d'ailleurs en écoutant les radios et chaînes de télévisions françaises. De très nombreux cadres ont été formés en France, raflant à leur retour les meilleurs emplois mais suscitant en même temps la jalousie des arabophones. Une rancœur exploitée par les islamistes qui appellent aujourd'hui à une «décolonisation culturelle» et font la chasse aux «francisés».
Les liens économiques sont tout aussi étroits: la France est le premier partenaire commercial de l'Algérie et Paris est le premier acheteur de gaz naturel algérien et son premier fournisseur de biens d'équipement et consommation. En outre, l'aide que la France accorde à l'Algérie ? environ cinq milliards de francs par an – le soutien qu'elle lui apporte au sein des institutions financières internationales fut, jusqu'à la remontée récente des cours du pétrole, le principal soutien du régime algérien. La junte n'aurait probablement pas réussi à se maintenir au pouvoir sans cette aide. La suspension de celle?ci est d'ailleurs la principale exigence des terroristes islamistes en échange d'un arrêt des attentats.
rafler- an sich raffen; susciter - hervorrufen; la
jalousie - der Neid; la rancœur- die Verbitterung, der Groll; le lien économique- die wirtschaftliche Verbindung; les biens, m d'équipement- die Investitionsgüter; en outre -
darüber hinaus; la suspension - die Aussetzung;
Sur le plan politique, l'ambiguïté règne. Depuis 1992, la politique de Paris vis?à?vis d'Alger relève de la navigation à vue. On passe de la sévéritéapparente au silence complice en fonction des événements. En octobre 1995, le président Jacques Chirac avait affirmé que l'aide financière serait désormais liée à « la rapidité du processus démocratique ». Une fermeté dont on n'a retrouvé nulle trace dans son allocution télévisée du 12 décembre dernier: «Si l'Algérie est isolée, notamment économiquement, alors le pire est à craindre», a plaidé le chef de l'État. Le pire, c'est-à-dire l'arrivée des islamistes au pouvoir, la déstabilisation du Maghreb et l'arrivée de centaines de milliers de réfugiés algériens en France. Par conséquent, Paris «conservera une relation, notamment économique, avec l'Algérie», a ajouté Jacques Chirac. En dépitdes questions des journalistes, le Président n'a pas dit un mot du référendum organisé récemment par la junte algérienne pour renforcer encore ses pouvoirs. II faut reconnaître que la position de la France est très inconfortable : le pouvoir algérien et les islamistes font tout pour l'impliquer dans le conflit. pour l'obliger à choisir. Paris est constamment en position d'arbitre et a le sentiment de vivre en permanence sous la menaceet le chantage.
l'ambiguïté, f - die Zweideutigkeit; la
navigation à vue - die Sichtnavigation: hier: die
Konzeptlosigkeit; la sévérité- die Strenge; apparent,e - scheinbar; nulle trace, f-
keine Spur; l'allocution, f télévisée- die
Fernsehansprache; le réfugié- der Flüchtling; en
dépit de - ungeachtet; l'arbitre, m
- der Schiedsrichter; la menace- die Drohung; le
chantage- die Erpressung;
Ainsi, à chaque prise d'otages ou face à la sauvagerie sanglante du dernier ramadan, les autorités françaises se retrouvent face au même dilemme : tout faire pour sauver des vies sans donner l'impression de s'immiscer dans les affaires intérieures algériennes; garder un profil bas pour limiter les risques de représailles islamistes. il lui faut également veiller à ce que le drame algérien ne vienne pas se superposer au malaise des jeunes d'origine maghrébine vivant en France: un risque réel comme l'a montré le démantèlement de réseaux islamistes terroristes composés de garçons issus des banlieues lyonnaise, lilloise ou parisienne. Enfin, Paris veut maintenir à distance les Américains qui tentent de grignoter les positions françaises en Afrique et qui ont, par exemple, raflé au nez et à la barbe des Français un énorme contrat pour la construction d'un gazoduc reliant l'Algérie à l'Europe, via le Maroc et Gibraltar.
La marge de manœuvre de la France est donc extrêmement limitée. D'autant qu’ elle a de moins en moins de moyens de pression sur le gouvernement algérien. L’Algé-rie a aujourd'hui retrouvé une aisance financière sans précédent depuis l'indépendance et peut donc se permettre d'ignorer les bons conseils de Paris: l'envolée des cours du pétrole et du dollar lui ont permis d'accumuler plus de 20 milliards de dollars de réserves de change. Parallèlement, Alger a obtenu le rééchelonnement de sa dette extérieure ainsi que des crédits importants de la Communauté européenne. Enfin, les États?Unis, l'Allemagne, le Canada, l'Espagne, l'Italie ? et bientôt le Japon ?ont décidé de rouvrir leurs lignes de crédit.
la prise d'otages - die Geiselnahme; la sauvagerie- die Bestialität; s'immiscer - sich
einmischen; veiller à - achten auf; se
superposer- überlagern; le malaise- das Unbehagen; le démantèlement -
die Zerschlagung; gringnoter- stückchenweise
aushöhlen; au nez et à la barbe- vor der Nase; la marge
de mancouvre - der Spielraum; le moyen de pression - das Druckmittel; l'aisance, f-
der Wohlstand; l'envolée, f- der rasante
Preisanstieg; le rééchelonnement- die Neustaffelung;
la dette extérieure - die Auslandsschuld;
Un seul rayon de soleil dans tout ce noir : les pays de l'Union européenne, après avoir longtemps laissé Paris se débattre seul, ont pris conscience du danger de déstabi-lisation au sud de l'Europe et semblent décidés à interrompre le tête?à?tête obsessionnelentre la France et l'Algérie. II est grand temps.
se débattre- sich herumschlagen; obsessionnel, le - zwanghaft
Paris – Alger, 35 ans
après
12. Que pensez-vous de la notion/du terme „insurrection“? Qu’est-ce qu’il exprime?
13. A quelles dates historiques l’auteur se réfère-t-il en mentionnant les „sept ans d’insurrection“?
14. Pourquoi parle-t-on d’une insurrection et non d’une guerre?
15. Essayez d’expliquer ce que l’auteur entend par une „deuxième guerre d’Algérie“?
16. Pourquoi est-il d’avis que cette „deuxième guerre“ n’est pas le fruit du hasard?
17. Décrivez les attitudes des Français et des Algériens vis-à-vis de leur passé.
18. Comment expliquez-vous cette manière de parler de l’histoire?
19. L’auteur parle d’une relation d’amour-haine avec la France. Pourriez-vous vous imaginer ce qu’il veut dire par là?
20. Quels sont les objectifs
des islamistes en parlant d’une „décolonisation culturelle“ et qui son les
„francisés“?
21. En quoi purrait-on parler d'une interdépendance éconimique des deux pays?
22. Comment se montre
l’ambiguïté de la politique française vis-à-vis de l’Algérie?
23. Quels sont les craintes du gouvernement français?
24. „La marge de manoeuvre de la France est donc extrêmement limitée.“ Essayez
d’expliquer cette phrase.