L'histoire
constitutionnelle du Canada
(Manfred Overmann / Anne-Ségolène Verneret
/ Barbara Cuer)
L'histoire constitutionnelle du Québec se divise en quatre régimes
distincts: le premier englobe la période du régime français qui
commence par
l'érection de la croix de Gaspé par Jacques
Cartier et se termine par la défaite sur les plaines d'Abraham et la
capitulation de Montréal le 8 septembre 1760 (
1534-1760). Le deuxième régime s'amorce
avec la conquête de 1760 et se prolonge jusqu'en 1867. Cette deuxième
période (
1760-1867) qui se termine
avec l'Acte de l'Amérique du
Nord britannique est constituée par a) le Régime militaire, b) la
Proclamation royale de 1763, c) l'Acte de Québec de 1774, d) l'Acte
constitutionnel de 1791 et e) l'Acte d'Union de 1840. L'époque de
la Confédération (
1867-1982) constitue le
troisième régime et comprend notamment la Déclaration d'indépendance du
Canada (le Statut de Westminster) de 1931 et l'indépendance de la Cour
suprême du Canada en 1949. La quatrième période de l'histoire
constitutionnelle débute avec la loi constitutionnelle de 1982 que le
Québec refuse toujours d'entériner (cf.
Tessier,
Yves, 1994: Histoire du
Québec : d'hier à l'an 2000 ; les fondements historiques
du Québec contemporain.
Montréal : Guérin: 14-22). La question constitutionnelle reste donc
ouverte et se complique même si l'on y ajoute les revendications des
peuples autochtones.
- Nommer les quatre
régimes
distincts ayant été en vigueur au Québec.
- De quelle façette du
mouvement
colonisateur l'érection de la croix de Gsapé est-elle le symbole?
Développer.
- En quelle année le
Canada est-il
devenu totalement indépendant?
- Quelle est la
caractéristique de la
question constitutionelle aujourd'hui?
- Pendant quelle
période ont été
rédigé et signé le plus de documents officiels et importants pour le
Québec?
- Réaliser une rapide
chronologie de
l'histoire constitutionelle du Québec en y replaçant les faits
marquants.
Le Régime
français
Au début de la Nouvelle-France l'administration est confiée à des
compagnies qui, en retour de certaines obligations, reçoivent le
monopole de l'exploitation commerciale de la colonie. En 1603, Pierre
de Gua de Mons jouit de ce monopole. Il le cèdera au
comte de Soissons en 1612 qui, à sa mort, le léguera au prince de
Condé. En 1614, c'est la Société de Rouen et de Saint-Malo, un
regroupement de marchands, qui entreprend l'exploitation de la
Nouvelle-France sur l'initiative de Champlain. La Compagnie des
Cent-Associés fondée par Richelieu en 1627 restera en place jusqu'en
1663. Cette
compagnie
se voyait octroyer le monopole de tout commerce à perpétuité, mais
devait installer 4000
colons à
ses frais en plus de veiller à la défense, à
l'administration du
territoire et
à la conversion des Indiens.
Lorsque débute le gouvernement royal avec l'avènement au pouvoir de
Louis XIV en 1663, celui-ci détiendra toutes les ficelles du pouvoir et
la colonie est directement rattachée à la couronne. C'est le ministre
de la Marine qui assure le lien entre la colonie et la métropole et un
gouverneur général, nommé par le roi, devient le représentant de
la colonie. Le gouverneur est responsable de l'armée et des
relations avec l'extérieur ainsi qu'avec les autochtones. C'est aussi
le rôle du gouverneur de nommer un capitaine de milice qui veille dans
les seigneuries à faire exécuter ses directives et celles de
l'intendant qui est le deuxième personnage de la hiérarchie.
L'intendant
est également nommé par le roi et responsable de la police, de la
concession des terres et des finances. L'intendant assure également la
présidence du Conseil souverain qui se compose du gouverneur général,
de l'intendant, de l'évêque et de cinq conseillers nommés par le
gouverneur. Ce conseil, créé en 1663, est un organisme qui tiendra d’abord
lieu de tribunal de dernier ressort, de conseils législatif et
exécutif, mais
qui se limitera avec le temps aux seules fonctions de justice. La
Nouvelle-France est divisée en trois sous-gouvernements, ceux de
Québec, Montréal et Trois-Rivières. (cf.
Tessier,
Yves, 1994: Histoire du
Québec : d'hier à l'an 2000 ; les fondements historiques
du Québec contemporain.
Montréal : Guérin: 15)
- « Le monopole de
l'exploitation commerciale » Quels peuvent être les
« secteurs
économiques » et les produits d'échange en Nouvelle-France pendant
le
Régime français?
- Comment ce monopole
se
transmet-il?
- Quel est le principe
d'une
« Compagnie »? En citer d'autres créées à la même époque en
France.
- Reconstituer la
hiérarchie des
agents royaux gérant la colonie.
- Qu'est-ce qu'un
tribunal de
dernier ressort?
La
proclamation
royale de 1763
La capitulation de Québec et de
Montréal ont sonné la fin de la
Nouvelle-France. Cependant la guerre n'est pas encore terminée en
Europe. C'est pour cela que l'Angleterre confie l'administration
temporaire du nouveau territoire aux militaires. Cette période
intermédiaire durera jusqu'à la signature du Traité de Paris, en
février 1763, par lequel la France reconnaît la victoire
anglaise et
cède aux
vainqueurs toutes ses possessions d'Amérique du Nord sauf les
Îles de
St-Pierre
et Miquelon. Celles-ci devront servir d'abris pour les pêcheurs
français, étant donné que la France a
conservé un droit de pêche au
nord de Terre-Neuve.
L'autorité
britannique veut
prendre le contrôle total de la colonie et assimiler les colons
franco-catholiques. La proclamation royale d'octobre 1763, émise par le roi
Georges III de Grande-Bretagne afin d'organiser le gouvernement dans
les
nouveaux territoires qui
forment la colonie britannique de la Province of Quebec, met en place
les conditions législatives et réglementaires pour
atteindre ces objectifs. Cette
proclamation a une énorme répercussion sur les immigrants
français et sur la
population autochtone car la couronne britannique devient la seule
entité
autorisée à gérer les lois et à
négocier le transfert des terres des
Amérindiens aux colons.
Dorénavant, la juridiction britannique
reconnaît seulement l’anglicanisme comme religion officielle et impose
le
« serment du
test » à tout
employé de l’Etat. Ce serment inclut une abjuration de la foi
catholique, ce qui
exclut de fait presque tous les Canadiens Français des fonctions
publiques.
Pour donner un visage anglais à la nouvelle Province
of Quebec le
gouverneur Murray encourage l'immigration britannique et favorise la
création d'écoles protestantes. Cependant l’assimilation
de la population d'origine française reste très
limitée parce qu'il n'y a que très peu de
familles britanniques qui viennent s’installer sur le territoire. Les colons
britanniques potentiels préfèrent en effet s'installer dans les
anciennes
colonies britanniques où ils retrouvent leur langue et leur culture.
Dans les années qui suivent la conquête, le pourcentage de
la population canadienne francophone de la nouvelle colonie britannique reste très
élevé (95%), poussant
à
l’échec les ambitions de la proclamation. Le gouvernement
autoritaire de Londres qui impose des taxes pour payer les
dépenses de la guerre de Sept Ans ne fait qu'accroître les
tensions entre colons
britanniques
et francophones.
- Quelle est la guerre
qui
« n'est pas encore terminée en Europe »?
- Qui signe le Traité
de Paris?
Quand cela a-t-il lieu et quelles en sont les conséquences?
- Quelle serait la
conséquence
néfaste pour les Britanniques d'une tolérance d'une minorité française
sur le
sol britannique?
- Quelle a été la
manière détournée
utilisée par les Britanniques pour évincer les Français des fonctions
publiques?
- Le bilan de la
politique
assimilatrice des Britanniques est-il plutôt positif ou négatif?
Développer.
L'Acte
de
Québec de 1774 survient quatre mois après le Boston
Tea party de décembre 1773 et est une réaction
à un mouvement insurrectionnel qui commence à se faire
sentir. Le gouvernement britannique doit tenir compte des aspirations
francophones, car les 2000 Britanniques vivant sur le sol de la nouvelle Province du Québec
sont noyés au milieu de 90.000 francophones. Le
gouvernement craint que la population francophone largement majoritaire
s'allie aux rebelles américains qui eux aussi contestent
de plus en plus le gouvernement autoritaire de Londres. L'Angleterre
réfléchit alors à des modifications à apporter à la
Proclamation royale
qui s'avérait impraticable vu la majorité
écrasante des francophones
dans ce Québec que l'on voulait angliciser.
L'Acte de Québec instauré par la couronne britannique est
une réponse aux agitations des colonies du sud
afin de s'assurer la fidélité des
Canadiens français dans l'éventualité d'une
révolte des treize colonies
américaines. Ce compromis
garantit la
survie des
principales
institutions et caractéristiques de la population francophone sous le régime
britannique de la Nouvelle-France.
La métropole anglaise leur accorde donc:
- le rétablissement du système
seigneurial (régime de possession des terres).
- le rétablissement des droits civils
français.
- la
liberté religieuse pour les colons majoritairement
français et catholiques. On accorde à nouveau le droit au clergé de
percevoir la dîme.
- un territoire agrandi en lui
annexant les régions des Grands Lacs, de l'Ohio et du Labrador.
- l'aboliton du Test.
L'Acte de
Québec permet ainsi de
protéger les lois et les
moeurs françaises et évite aux Britanniques de se confronter
à une révolte des
Canadiens alors que la révolution américaine se
prépare. Lorsque les rebelles américains attaquent la
province de Québec en 1775, le clergé et les seigneurs
prennent parti pour l'Angleterre.
Cependant l'acte de Québec ne pourra pas
empêcher
l'éclatement de la guerre d'indépendance des treize
colonies britanniques s'opposant à leur métropole, la
Grande-Bretagne, de 1775 à 1783 et permettant aux
États-Unis d'accéder à la souveraineté. La
France s'engage dans la guerre d'indépendance par la fourniture
de matériel aux insurgés américains, puis,
à partir de 1778, par une aide navale et terrestre qui
contribuera à la victoire américaine qui se conclut par
le traité de Versailles de 1783. Alors que la Déclaration
d'indépendance des États-Unis est proclamée le 4
juillet 1776 par les treize colonies britanniques en Amérique du
Nord, les États-Unis obtiennent leur indépendance du
Royaume-Uni en 1783.
- Qu'est-ce que le
Boston Tea Party
de décembre 1773?
- Qui sont les
rebelles américains
et pourquoi contestent-ils l'autorité britannique?
- Pourquoi les
Britanniques
craignent-ils une rébellion américaine au point de faire de larges
concessions
aux Français?
- Qu'est-ce que le
système
seigneurial?
- Qu'est-ce que la
dîme et dans quel
pays est-elle en vigueur au XVIII° siècle?
- Dans quel camp la
France se
place-t-elle pendant la guerre d'indépendance?
- A quelle date les
Etats-Unis
obtiennent-ils leur indépendance? Quelles peuvent en être les
conséquences
concrètes?
Acte
constitutionnel de 1791
Acte
constitutionnel de 1791 - britannique et non pas
américain (The United States Bill of Rights entre en application
le 15 décembre 1791 et désigne les 10 premiers
amendements à la constitution américaine limitant les
pouvoirs du gouvernement fédéral et octroyant des droits
tels que la liberté de la presse, de parole, de religion) -
établit le premier gouvernement
représentatif au Canada.
Après
la défaite britannique lors de la guerre d'indépendance
des États-Unis,
l'expulsion de 50.000 loyalistes anglophones arrivant dans la Province
du Québec change le rapport de force avec la population canadienne
française
et conduit à la fondation du Canada anglais (le Haut-Canada)
lors de
l'acte constitutionnel de 1791 (cf. les cartes de 1784 et de 1791
ci-dessous). Les loyalistes anglophones font pression pour que les
autorités britanniques les favorisent et diminuent les avantages
concédés aux francophones par l'Acte de Québec.
En
divisant le Québec en deux provinces, le Haut-Canada et le
Bas-Canada, l'Acte
tente à la fois de préserver le caractère
français du Bas-Canada et de permettre
la prédominance des institutions britanniques dans le
Haut-Canada peuplé de
Loyalistes, réfugiés dans la province après
l’indépendance des colonies
américaines et farouchement opposés aux Canadiens
français et catholiques. A la
base de ce régime figurent dans chaque province une
assemblée législative élue
par le peuple, puis les conseils législatifs et exécutifs
dont les membres sont
élus à vie par le roi et
« adaptent » les décrets pris par
l’assemblée. Un Lieutenant-gouverneur prend ensuite les
décisions, supervisé
par le gouverneur général
des deux
provinces qui représente la couronne et use du droit de veto.
Les deux
provinces sont soumises au droit criminel anglais. Le Bas-Canada
continue
cependant d'appliquer le droit civil français alors que le
Haut-Canada applique
la common law britannique.
Grâce à la
volonté de faire des compromis dans les deux provinces, un
premier régime
parlementaire encore très éloigné d’une
démocratie complète est donc institué
au Canada. Les inégalités de représentation vont
cependant vite créer des
conflits entre colons anglais et français. Les premiers se
sentent insultés de
n’avoir qu’une minorité de députés dans
l’assemblée législative du Bas-Canada,
et les deuxièmes ont vite compris combien leurs
députés étaient limités par
les conseils où siégeaient une grande majorité
d’Anglais nommés par Londres.
S’ensuivent donc de nombreux conflits avec pour apogée la
rébellion de 1837.
- Qu'est-ce qu'un
gouvernement
représentatif?
- Que désigne
l'expression
« loyaliste anglophone »?
- Quelle est la
conséquence
principale de l'Acte constitutionnel de 1791?
- Quelles sont les
principales
différences entre la vie des habitants du Haut-Canada et celle de ceux
du
Bas-Canada?
- Quel est le
principal point de
discorde entre les habitants des deux provinces?
L'Acte d'Union
de 1840
L'analyse des causes des rébellions de 1837,
faite par Durham, a mené à l'Acte d'union.
Après
la rébellion de
1837-1838 et à la suite du rapport Durham spécialement
envoyé au Canada pour analyser les causes de la
rébellion, l'Acte
d'union réunit le Bas et
le Haut-Canada sous un même
gouvernement. Durham avait pensé au départ que les
conflits entre anglophones et francophones étaient d'ordre
politique entre libéraux et conservateurs, mais il conclut finalement que les troubles
du Bas-Canada étaient principalement dus à la
présence de deux groupes ethniques complètement
différents vivant dans la même région. Pour limiter
le pouvoir
des Canadiens français il recommande de réunifier les
deux Canadas. Bien que la
population du Canada de l'Est (actuel Québec) soit la
plus importante,
le Canada de l'Ouest (actuel 'Ontario) se voit accorder une
représentation
égale à la nouvelle assemblée législative.
Les dettes sont consolidées favorisant clairement le Canada de l'Ouest.
Le français est banni par la
législation comme
langue d'usage officiel du gouvernement, et les institutions
canadiennes
françaises liées à l'éducation et au droit
civil sont suspendues. Bon
nombre
des luttes politiques des vingt années suivantes portent sur les
dispositions
de l'Acte d'union qui devient la principale
source de
l'instabilité
politique qui régnera dans le Canada-Uni jusqu'en 1867.
- Qui est réuni par
cet acte?
- Qui a analysé les
rébellions de
1837 et quelle conclusion principale en a-t-il tiré?
- Quelle ancienne
province est
favorisée? Pourquoi?
- Comment est appelée
la nouvelle
province ainsi créée?
- Par qui et pourquoi
l'Acte d'Union
est-il contesté?
L'Acte de
l'Amérique du Nord britannique (La Loi
constitutionnelle de 1867: la création du Canada)
Depuis l'Acte d'Union, les conflits entre les Canadiens français et les Canadiens anglophones n'ont jamais
cessé et ont causé des problèmes politiques et
économiques de plus en plus graves.
Le nombre de la population canadienne française augmente de plus en plus et les Anglais ne
parviennent pas à les assimiler. Les décisions
politiques ne peuvent pas être appliquées car l'opposition est toujours
très forte et les gouvernements
successifs, tous minoritaires, ne satisfont ni les francophones ni les
anglophones. Sur le plan économique, le Canada prend de plus en
plus de retard par rapport aux États-Unis parce que la politique
colonialiste des autorités britanniques favorise la production
de biens manufacturés dans la métropole.
La solution adoptée est de diviser le Canada en deux
provinces où
les anglophones et les francophones sont majoritaires dans leur
province respective (Québec
/ Ontario) et de joindre ces deux provinces à deux autres
colonies britanniques, le Nouveau-Brunswick
et la
Nouvelle-Écosse. En 1867, l'Acte
de
l'Amérique du Nord britannique (maintenant la loi
constitutionnelle, 1867) crée
le nouveau dominion du Canada assurant ainsi un environnement
économique et social favorable au développement du pays.
L'essor économique est favorisé aussi par la
création d'une ligne de chemin de fer reliant les provinces
d'est en ouest.
La loi constitutionnelle crée
un État fédéral dont les pouvoirs sont
distribués à deux ordres de
gouvernement. Les autorités fédérales ont le
pouvoir d'établir des lois
assurant en tout temps la paix, l'ordre et un bon gouvernement à
tous les Canadiens, qu'il s'agisse de commerce ou de divorce. Les
provinces
reçoivent
des compétences dans des secteurs particuliers comme
l'éducation et tous les
secteurs qui ne relèvent pas du fédéral. L'Acte de
l'Amérique du Nord est
demeuré le principal document constitutionnel jusqu'à
qu'il soit modifié et
renommé en 1982.
La loi constitutionnelle de 1867 comporte effectivement une lacune
importante dans la mesure ou ce document ne prévoit aucun mécanisme
d'amendement constitutionnel. Selon le Colonial Validity Act de 1865, le
Canada est toujours une colonie britannique, et de ce fait il est
impossible pour le gouvernement canadien de passer des lois s'opposant
à la loi britannique. Avant d'amender la constitution les Canadiens
doivent donc toujours demander au parlement de Londres d'entériner leur
proposition de changement.
- Qu'est-ce que signifie
« assimiler une population »? Développer les diverses
façettes du
phénomène.
- Qu'est-ce que la métropole?
- De quelles provinces antérieures
peut-on rapprocher le Québec et l'Ontario?
- Qu'est-ce qu'un dominion?
- Quel est le principe d'un Etat
fédéral? En citer un autre.
- Quel est l'autre nom de l'Acte de
l'Amérique du Nord? Pourquoi est-il également appelé comme cela?
- Qu'est-ce qu'un amendement
constitutionnel?
- Le gouvernement canadien est-il
indépendant?
Statut de
Westminster, 1931: la déclaration d'indépendance du Canada
Durant
60 ans après la
Confédération de 1867, le Canada a le statut de
« colonie de la
Grande-Bretagne » parce que la loi constitutionnelle de 1867 est
une loi britannique. Le Parlement d'Ottawa peut adopter des
lois, mais le
Parlement britannique a le dernier mot sur la législation
canadienne. Ce
pouvoir est rarement utilisé, mais le Canada n'en demeure pas
moins une
colonie.
À la demande du Parlement
canadien, le Statut de Westminster, en abgrogeant le Colonial
Validity Act de 1865,
met fin au statut colonial du Canada. Il confère aux Canadiens le pouvoir absolu
d'établir leurs
propres lois et le Canada devient par conséquent un pays indépendant
autant au plan de la politique intérieure qu'étrangère. A titre
d'exemple nous rappelons que la déclaration de guerre de la
Grande-Bretagne à l'Allemagne en 1914 entraînait de fait le Canada dans
le conflit alors qu'en 1939 le Canada devait officiellement déclarer la
guerre à l'Allemagne.
Cependant l'idée que le gouvernement fédéral devienne la première
autorité en matière constitutionnelle et puisse amender la constitution
effraie certains gouvernements
provinciaux craignant que le gouvernement central s'arroge de nouveaux
pouvoirs. Les Québécois
craignent notamment que les
provinces, majoritairement anglophones, ne s'allient pour supprimer les
acquis linguistiques des franocphones, garantis par l'article 133 de la loi constitutionnelle de 1867 sur l'usage facultatif et obligatoire
des langues française et anglaise. Devant
l'impossibilité de s'entendre sur un mécanisme d'amendement
constitutionnel, les gouvernements provinciaux et le fédéral
préfèreront laisser à Londres l'Acte constitutionnel aussi longtemps
qu'ils n'auront pas trouvé d'accord commun leur permettant de rapatrier
ce document. Dans les faits le Québec jouit alors d'une sorte de veto
conventionnel pouvant s'opposer à ce que le gouvernement central
demande au gouvernement britannique d'entériner une loi sans qu'il y
ait eu auparavant une entente préalable avec les Provinces.
- Quel est le nom du
pouvoir du
parlement britannique?
- Qu'accorde le statut
de
Westminster au Canada? Quelles en sont les conséquences?
- A quoi les Québécois
tiennent-ils
plus que tout et veulent à tout prix préserver?
- Les Canadiens
sont-ils totalement
indépendants?
Indépendance
de
la Cour suprême du Canada, 1949
La cour du Canada ne devient
vraiment suprême qu'en 1949. Elle existe depuis 1875, mais un organe
britannique,
le Comité Judiciaire du Conseil Privé (CJCP) à
Londres, en Angleterre, demeure
la plus haute cour d’appel pour toutes les causes judiciaires du Canada.
Les procédures d’appel
soumises au CJCP sont finalement abolies en 1933 sous le gouvernement
de R.B.
Bennett. La démarche visant à abolir l’intervention de
Londres dans les appels
de droit civil donne ses premiers résultats à la fin des
années 30, à la suite
de l’annulation par le CJCP de lois promulguées dans le cadre
de la nouvelle
politique des conservateurs. Bennett est alors à la fin de sa
carrière de
Premier Ministre.
La Deuxième
guerre mondiale retardera le processus, mais
en 1947 le CJCP accepte de se retirer de la vie canadienne en statuant
que le
Parlement d’Ottawa a le droit d’abolir les appels au civil. Une loi
modifiant
en 1949 la Loi sur la Cour suprême accorde
à cette cour le statut de plus haut tribunal du pays pour tous
les litiges en
matière de droit civil ou criminel, fédéral ou
provincial.
- Quelle est la
caractéristique
d'une Cour suprême?
- Qu'est-ce qu'une
cour d'appel?
- Qu'est-ce que le
CJCP et quel est
son rôle?
- Par quoi est marquée
la totale
indépendance du tribunal canadien?
Loi
constitutionnelle de 1982 sur le Canada
Le statut de Westminster laisse les Canadiens sans le
droit de modifier la constitution parce qu'ils n'ont pas pu s'entendre
sur une formule d'amendement qui leur permettrait de rapatrier de
Londres l'Acte de l'Amérique du NOrd
britannique. Les Canadiens doivent donc encore se tourner vers
les Britanniques pour modifier leur constitution.
Jusqu’en
1980, de nombreuses tentatives pour
établir une
formule d’amendement de la constitution échouent. Le Premier Ministre
Trudeau est
tellement
déterminé à « rapatrier » la
constitution, qu’il est prêt à demander
aux Britanniques de le faire sans l’accord des provinces. Finalement,
M.
Trudeau et les provinces, à l’exception cruciale du
Québec, s’entendront sur un
ensemble de réformes. Elles comprennent une charte des droits et
liberté pour
tous les Canadiens et un plan ouvrant la voie à la modification
de la
constitution moyennant l’approbation de sept provinces constituant 50%
de la
population totale.
En adoptant
la loi de 1982 sur le Canada, le Parlement
britannique renonce à son pouvoir ultime de
légiférer pour son ancienne
colonie. Le Canada devient souverain et indépendant, sur le
papier et dans les
faits. Mais cette loi que le gouvernement du Parti québécois appellera
d'une manière dérisoire "Bill Canada" ne sera jamais entérinée par les
différents gouvernements qui se succèderont au Québec. Les Québécois
reprochent à cette loi de leur enlever le droit de veto et de nuire à
l'idée de la dualité canadienne et au biculturalisme par l'introduction
du multiculturalisme défini dans l'article 27 de la dite loi, et la
proclamation du multiliculturalisme semblerait porter atteinte à
l'identité linguistique québécoise en affaiblissant la loi 101
(cf.
Tessier,
Yves, 1994: Histoire du
Québec : d'hier à l'an 2000 ; les fondements historiques
du Québec contemporain.
Montréal : Guérin, Les faiblesses du "Bill Canada", p. 32-33).
Cependant la loi
constitutionnelle ne change rien à la forme du
gouvernement canadien qui reste une fédération composée d'un
gouvernement fédéral et de gouvernements provinciaux, le Québec
n'étant
qu'un des dix gouvernements provinciaux. Le Canada reste aussi une
monarchie constitutionnelle, tel que l'établissait l'Acte de l'Amérique
du Nord britannique en 1867.
- Quel est l'autre nom
de l'Acte de
l'Amérique du Nord britannique?
- En quoi les
Canadiens sont-ils
toujours dépendants des Britanniques? Quel en est le symbole concret?
- La loi de 1982
a-t-elle été
efficace et significative? Développer.
- Que reprochent les
Québécois à ce
qu'ils surnomment le « Bill Canada »? A quoi le mot
« Bill » renvoie-t-il?
L'Accord du lac
Meech, 1987: entente et discorde
Le
gouvernement du Québec
n’adhère pas à la constitution de 1982. La constitution
s’applique aux
Québécois mais leur gouvernement ne la ratifie pas.
Cependant l'arrivée de nouveaux chefs politiques tant à Ottawa qu'à
Québec à la fin des années 1980 modifie le contexte politique et
favorise la reprise des négotiations constitutionnelles. Le nouveau
gouvernement de Brian Mulroney à Ottawa met tout
en oeuvre pour se réconcilier avec le Québec et les autres provinces
afin d'entériner le rapatriement de la constitution. Mulroney est
conscient qu'il faudra donner des gages aux Québécois pour convaincre
l'Assemblée nationale du Québec de donner son assentiment à la nouvelle
Constitution canadienne. En mai 1985, le Parti québécois fait connaître
une vingtaine de revendications pour réintégrer les rangs
constitutionnels
(cf.
Tessier,
Yves, 1994: Histoire du
Québec : d'hier à l'an 2000 ; les fondements historiques
du Québec contemporain.
Montréal : Guérin, Le nouveau contexte, p. 34-35), mais le gouvernement
fédéral térgiverse et prend son temps afin d'attendre les résultats des
prochaines élections au Québec. En effet, le 2 décembre 1985, le Parti
libéral triomphe du Parti québécois, et en mai 1986, le nouveau
ministre du gouvernement Bourassa, Gil Rémillard, énumère à nouveau
cinq conditions qui pourraient ramener le Québec à entériner la Loi
constitutionnelle de 1982.
- Reconnaissance explicite du Québec comme société distincte;
- Garantie de pouvoirs accrus en matière d'immigration
- Limitation du pouvoir fédéral de dépenser;
- Reconnaissance d'un droit de véto;
- Participation du Québec à la nomination des juges de la Cour
suprême du Canada. (cf. Tessier, p. 35).
Ces révendications sont la base
pour l’accord constitutionnel
du lac Meech qui interviendra le 30 avril 1987 entre le Premier
Ministre du Canada et les dix
Premiers Ministres
des provinces, y compris le Québec.
« Meech » fait du Québec une
« société distincte » et donne
à toutes les provinces des pouvoirs
précis dans des secteurs comme l’impôt ou la nomination des juges de la
cour
suprême.
Cependant,
pour
entrer en vigueur, l’Accord du
lac Meech a besoin de
l’appui du Parlement fédéral et des autorités
provinciales dans les trois
années suivant le 3 juin 1987, date de sa signature. Ce long
délai permet à
l’opposition de se manifester. Elijah Harper retarde l’approbation du
Manitoba
et Clyde Wells, Premier Ministre de Terre-Neuve, retire l’aval de sa province. C’est le chant du cygne de
Meech. L’échec de l’Accord du lac Meech est un dur coup
porté à la cause du
fédéralisme au Québec car son approbation avait
demandé des négociations
longues et pénibles.
- Quelle est la
particularité de la
situation québécoise par rapport à la loi constitutionelle de 1982?
- Comment celle-ci
est-elle
officiellement reconnue?
- L'Accord du lac
Meech aboutit-il?
Pourquoi?
L’entente
constitutionnelle de Charlottetown
De
nouvelles négociations commencent avant même la faillite
de l’Accord du lac
Meech. En février 1990 le Premier Ministre
québécois Bourassa annonce la
création d’une commission mixte chargée des relations
entre le Québec et le
Canada. La même année, le gouvernement
fédéral met en place le
« Forum des Citoyens », ainsi qu’un comité
mixte du Sénat et de la
chambre des communes chargé de concevoir une nouvelle formule de
modification.
Pour coordonner les négociations et les différentes
recommandations, Mulroney
nomme Joe Clark « ministre responsable des affaires
constitutionnelles » en avril 1991.
Clark
fixe le 31 mai 1992 comme date limite pour qu’Ottawa et les provinces
présentent une offre constitutionnelle au Québec. La
version définitive de
cette charte sociale connue sous le nom d’Accord
de Charlottetown paraît le 28 août 1992. Elle comprend
notamment :
- l’élimination
des obstacles au commerce entre les
provinces,
- une
« Clause Canada » en faveur de l’autonomie
gouvernementale des autochtones et la reconnaissance du Québec
comme société
distincte,
- un
droit de veto
pour toutes les provinces pour tout
changement touchant les institutions nationales
-
un nouveau
sénat composé de 6 sénateurs par province et un
par territoire, ainsi que l’ajout de sièges à la chambre
des communes dont 18
pour le Québec et l’Ontario.
Lors
du référendum national du 26 octobre 1992, l’accord
est rejeté par 6 provinces et par le Yukon.
Les
échecs des Accords du
lac Meech et de Charlottetown entraînent un deuxième
referendum sur la
séparation du Québec à l’automne 1995. Les
séparatistes sont battus de peu mais
leur défaite provoque de lourds changements. Le Parlement adopte
tout de même
la mesure législative qui fait du Québec une
société distincte en promettant
qu’il allait dans l’avenir opérer les changements
constitutionnels nécessaires.
Depuis les tentatives de Meech et de Charlottetown de ramener le
Québec dans la Confédération, ni les
conservateurs, ni les libéraux
pro-fédéralistes ne s'avancent pour rouvrir le
dossier. Si le rapatriement de la constitution de 1982 est perçu
par le Canada anglais comme un pas de plus vers l'autonomie
vis-à-vis de Londres, nombre de Québécois de tous
bords politiques voient dans cet acte entrepris contre l'avis explicite
de la province une autre preuve de l'impossibilité de faire
valoir leur spécificité par le biais d'un
fédéralisme rénové. Dans la mémoire
collective québécoise, 1982 évoque une promesse
non tenue par Ottawa, accompagnée d'une trahison par les autres
provinces.
- Qu'est-ce que le
« Forum des
Citoyens »? Quel doit être son rôle?
- Quel problème
fondamental, et déjà
ancien, le gouvernement essaie-t-il de régler?
- Les provinces
sont-elles plutôt
favorisées par l'Accord de Charlottetown? Dans quelle mesure? Expliquer.
- Quelles ont pu être
les raisons
justifiant « la reconnaissance du Québec comme société
distincte »?
Qu'est-ce que cela peut-il concrètement vouloir dire?
- Qu'est-ce qu'un
référendum?
Décrire son principe et son déroulement.
- Que veulent les
séparatistes? A
quel titre? Réussissent-ils à imposer leurs vues?
- Qu'est-ce que la
Confédération?
- Pourquoi les
Québécois se
sentent-ils trahis par les autres provinces?
L’entente de Calgary de
1997
En
1997, les neuf
Premiers Ministres provinciaux du Canada anglais, sans
le Québec, se sont réunis
à Calgary, afin de proposer « un cadre de discussion
sur l’unité
canadienne » ce qui deviendra l’entente
de Calgary. Les Premiers Ministres font de pieux voeux comme la
tolérance,
la compassion, l’égalité des chances qu’offre le Canada,
mais ils affirment
surtout que « toutes les provinces » doivent
être
« égales ». Ils le précisent dans
l’article 6 de l’accord en
soulignant qu’une modification constitutionnelle qui donnerait des
pouvoirs à
une province devrait les étendre à toutes les autres
provinces canadiennes. La
spécificité du Québec est cependant abordée
sous un angle paternaliste, les
autorités canadiennes ayant pour charge de
« protéger le caractère unique de
la société québécoise au sein
du Canada.»
Les
questions de la réforme du Sénat, celle des autochtones,
celle des
chevauchements de juridiction ne sont donc à ce stade toujours
pas réglées. Il
semble clair que le Canada anglais n’acceptera jamais que le
Québec dispose de
droits collectifs que les autres provinces n’auront pas obtenus, et au
surplus,
que ces droits aient préséance sur les droits individuels
affirmés dans la Charte des droits et
libertés.
Ainsi
tout espoir de modification constitutionnelle avec l’accord du
Québec est
désormais vain, car toute modification constitutionnelle venant
du Québec est
dans les faits impossible, bien qu’elle le demeure
théoriquement. La preuve de
cet état de fait est d’ailleurs le devenir de cette entente de
Calgary,
oubliée un an plus tard aussi bien par le Québec que le
Canada anglais.
- Quel
point fondamental l'entente de Calgary rappelle-t-elle?
- Pourquoi
un écart à ce point est-il fait pour le Québec?
- Qui
doit y veiller?
- Le
Québec peut-il encore influer sur d'éventuelles modifications
constitutionelles?
- Cette
entente est-elle durable?
Sources: Historica,
Encyclopédie
canadienne,
http://www.collectionscanada.ca/,
Jacques
Lerclerc, La « saga
constitutionnelle » (Radio-Canada), La Loi constitutionnelle de 1982,
dd
(cf. aussi
Tessier,
Yves, 1994: Histoire du
Québec : d'hier à l'an 2000 ; les fondements historiques
du Québec contemporain.
Montréal : Guérin ainsi que notre bibliographie
sur le Québec)