Jusqu’aux années quatre-vingt de notre
siècle, l’enseignement primaire pour l’immense majorité
des enfants du Québec
se faisait dans les écoles confessionelles
sous la
responsabilité de soeurs
catholiques.
La vie dans ces écoles, c’est le sujet
commun des extraits suivants, tirés de deux romans très
connus d’auteurs
contemporains
du Québec.
Editions du Seuil, 1985, 132 s.


Décrivez et commentez
cette photo:


Une enfance à l’eau
bénite
(Dans son roman clairement autobiographie
Une
enfance à l’eau bénite, Denise Bombardier
présente un
témoignage impressionnant de la vie d’une petite Canadienne
française à
Montréal
dans les
années quarante et cinquante. Celle-ci raconte son enfance et
ses études dans une école
de soeurs
catholiques.
Dans l’extrait suivant, elle parle de la septième et dernière année de son cours primaire.)
Cette année-là fut celle de la mémoire.
Toutes les matières
devaient
être
apprises par c½ur : catéchsime,
français,
arithmétique, histoire,
géographie, bienséance
et anglais. Et bien malheureuses
furent celles qui réclamaient
des explications. Soeur Saint-Polycarpe enseignait le programme
en vue
des
examens. Toute question qui débordait
ce cadre était
qualifiée de question
piège,
de question insolente,
et celle qui la posait subissait
les foudres de la titulaire.
La rentrée scolaire passa au second plan,
en ce mois de septembre 1952. Elle fut éclipsée
par
l’arrivée de la télévision,
ce nouveau médium très vite populaire. Les
autorités scolaires appréhendaient
la compétition du petit écran,
et les mises en garde ne
tardèrent pas. Au nom
de la morale, il nous était recommandé de nous
méfier de ce qu’on allait nous
montrer et nous devions prévenir nos parents des
réticences
exprimées à
l’école.
- Nous n’avons aucune garantie que ceux
qui dirigent la télévision sont de bons catholiques
pratiquants, déclara un
matin s½ur Saint-Polycarpe. Au contraire, il y a des athées
qui
se sont
infiltrés à la radio et ce sont ces mêmes personnes
qui se retrouvent
aujourd’hui à la télévision.
Moins d’une semaine plus tard, l’école
entière fut réunie dans la
grande
salle.
- Mes filles, nous dit s½ur directrice, nos seigneurs
les
évêques
se
questionnent sérieusement sur les bienfaits de cette nouvelle
invention. Ils
n’ont pas encore de réponses à leurs interrogations.
C’est pourquoi ils nous recommandent
d’agir avec prudence. Il s’agit du bien de vos âmes.
L’Évangile nous dit :
« Dans le doute, abstiens-toi », rappela la
s½ur.
Elle précisa qu’il ne s’agissait pas de fermer les
yeux si l’on se
retrouvait par hasard devant un de ces appareils, mais plutôt
d’éviter de faire
pression sur nos parents pour qu’ils se procurent
cette boîte
à images
suspecte.
Durant la récréation qui suivit cette
intervention, quelques compagnes
émirent
des doutes sur le bien-fondé des propos de la
s½ur. C’étaient les plus
âgées d’entre nous et comme elles n’étaient pas les
plus douées, leur critique
des s½urs ne me touchait guère. Lorsque mon père
s’opposera à l’achat d’un
poste, fort désiré par ma mère, je demeurerai
perplexe. Pour la première fois,
les s½urs et mon père pensaient la même chose. En
fait,
mon père refusait
simplement de faire cette dépense extravagante. Nous serons donc
dépendants des
invitations
des voisins. Même rares,
ces absences nocturnes provoqueront sa
jalousie. Finalement, pour éviter ces sorties, il consentira
à cet achat en
versant le montant nécessaire qui s’ajoutera aux
économies de ma mère, amassées
à son insu.
Cela au moment où, autour de nous, la plupart
des gens possédaient
déjà des postes. Durant toutes ces années sans
télévision, les soeurs me
féliciteront d’en être à l’abri
comme s’il se
fût agi d’une nouvelle vertu.
- Mon père n’en veut pas, expliquerai-je, sans donner
de détails.
- Votre père est un homme sage et avisé,
me
répondront-elles.
Sujets
d'étude
1.)
De quoi Denise Bombardier parle-t-elle dans
son roman?
2.)
Quelle matière ne faisait pas partie
de
l’emploi du temps?