La philosophie
Le
doute cartésien en bref...
Le
cogito en bref...
La
conception cartésienne de Dieu
Le
concept de vérité chez Descartes
Le
songe d'une nuit d'automne
Les Méditations Métaphysiques
Première
Méditation: Des choses que l'on peut révoquer en doute
Deuxième
Méditation: De la nature de l'esprit humain; et qu'il est plus
aisé à connaître que le corps
Troisième
Méditation: De Dieu, qu'il existe
Quatrième
Méditation: Du vrai et du faux
Cinquième
Méditation: De l'essence des choses matérielles; et derechef
de Dieu, qu'il existe
Sixième
Méditation: De l'existence des choses matérielles, et
de la réelle distinction entre l'âme et le corps de l'homme
Abrégé
Des Six Méditations
Analyse
des Méditations
Notes
sur les Méditations
Le
bon sens est la chose du monde la mieux partagée.
René Descartes naît le 31 mars 1596, dans le village de la Haye, aux confins de la Touraine et du Poitou. Il gardera toute sa vie une santé fragile. Son père est alors conseiller au Parlement de Bretagne. Sa mère, malade à la suite de son accouchement, meurt l'année suivante. Sa grand-mère et sa nourrice entourent son enfance. En 1606, à l'âge de 12 ans, il entre au Collège de la Flèche, "une des plus célèbres écoles de l'Europe", dirigée par la Compagnie des Jésuites. Il étudie les Langues et les textes anciens, l'Histoire, la Poésie, l'Art de l'éloquence, la Théologie, la Philosophie d'Aristote telle que l'a interprétée Saint-Thomas, et les Mathématiques, qu'il apprend à envisager sous un angle pratique et un angle philosophique. Enfin, il s'intéresse aussi aux sciences "curieuses", telles que l'astrologie, la magie, etc.
C'est en 1614, à l'âge de 20 ans, qu'il quitte le Collège de la Flèche, soucieux de "ne chercher plus d'autre science que celle qui ne pourrait se trouver en moi-même, ou bien dans le grand livre du monde". Il entre alors à la Faculté de Poitiers, au terme de laquelle il est reçu licencié en Droit civil et en Droit canon. Il renonce à la carrière juridique, et, nourri comme ses contemporains de romans de chevalerie, il décide de partir. Descartes a alors 21 ans. Il s'engage dans l'armée de Maurice de Nassau, et part pour Breda, aux Pays-Bas. En 1619, lorsque les Pays-Bas et l'Espagne concluent une trêve, René Descartes fait connaissance d'Isaac Beeckmann, qui devient son ami, et le restera jusqu'à leur rupture de 1630. Il lui écrira, le 23 avril 1619 : "C'est bien vous seul qui avez secoué mon indolence, rappelé un savoir presque échappé de ma mémoire, et ramené à de meilleures occupations mon intelligence errant loin des choses sérieuses". Ces "choses sérieuses", ce sont les mathématiques, et plus particulièrement leur lien avec la physique, préoccupation essentielle chez tous les chercheurs de cette époque, que le naturalisme magique et la physique qualitative d'Aristote ne satisfont pas.
Durant l'hiver 1618-1619, René Descartes se lance dans de profonds travaux mathématiques. Il n'a alors que 22 ans, et rédige son premier traité, l'Abrégé de Musique. Après son retour en France, il part de nouveau au printemps 1619, pour le Danemark, l'Allemagne, et effectue des recherches sur les Roses-Croix, comme lui en quête de savoir total, et dont on parle beaucoup alors. C'est le début de la Guerre de trente ans. Il décide immédiatement de s'engager, mais sa santé fragile le contraint d'abandonner ce projet, alors qu'il est en route pour rejoindre l'armée catholique du duc de Bavière. Il demeure alors toute une journée seul dans une pièce chauffé par un poële, dans la région d'Ulm.
Ce soir du 10 novembre 1619, "plein d'enthousiasme", il se couche avec le sentiment d'avoir trouvé les fondements de la (ou d'une) "science admirable". Au cours de la nuit, il fait trois songes, qu'il considère comme "venus d'en haut", et qu'il interprétera dans ses Olympia. De ces trois songes, il retire la conviction qu'il lui faut poursuivre dans la voie dans laquelle il s'est engagé.
Le 16 mars 1619, il écrit à Beeckmann sa découverte : "C'est une oeuvre infinie, et non pour un seul homme. Quelle ambition incroyable ! Cependant, à travers l'obscur chaos de cette science, j'ai entrevu je ne sais quelle lumière, dont le secours pourra, je crois, dissiper les plus épaisses ténèbres".
Jusqu'au printemps 1622, date à laquelle il s'installe à Paris, ses déplacements sont peu connus. En septembre 1623, il part pour l'Italie - peut-être rencontre-t-il Galilée - et en mai 1625 il est de retour en France. Désormais, et jusqu'en 1628, il restera à Paris. Il rédige alors un petit traité sur les éléments des solides, élabore une méthode de construction des tangentes, travaille sur les coniques, mais ne publie pas. Il lit Kepler, s'intéresse à l'optique, effectue des recherches sur la réfraction de la lumière, et fait tailler des verres de lunettes pour l'observation astronomique.
Au cours de l'automne 1628, il se retire à la campagne et rédige ses Règles pour la Direction de l'Esprit en la recherche de la Vérité, où il affirme sa croyance en l'unité des sciences et sa confiance en une raison bien dirigée. C'est à l'hiver 1628, il a alors 32 ans, qu'il part en Hollande, où il restera jusqu'en 1649. Il songe alors à écrire un petit traité de métaphysique. "Je ne sais si je dois vous entretenir des premières méditations que j'ai faites, car elles sont métaphysiques et si peu communes qu'elles ne seront peut-être pas au goût de tout le monde", écrit-il à Mersenne. Les futures Méditations sont en germe. Descartes a pour projet d'écrire un traité du Monde : "(...) je me suis résolu d'expliquer tous les phénomènes de la nature, c'est-à-dire toute la physique". Il anatomise des têtes d'animaux "pour expliquer en quoi consistent l'imagination et la mémoire", s'intéresse à l'optique, la balistique, la mécanique. Il cherche à comprendre la nature de la lumière et les mécanismes de l'oeil. Le traité du Monde ne paraîtra pas de son vivant : l'affaire Galilée éclate en avril 1633, et Descartes, dont les thèses sont proches de Galilée, inquiété, décide de ne pas publier son Monde. En octobre 1634, il rencontre Hélène Jans, dont il aura une fille, Francine, qui mourra 5 ans plus tard. En 1637, le Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences, paraît à Leyde. Cette autobiographie est accompagnée de 3 essais : la Dioptrique (loi de la réfraction), la Géométrie, qui présente ses recherches en mathématique (principalement la géométrie analytique), et enfin les Météores. C'est alors que s'engage jusqu'en 1644 un débat autour des textes de Descartes, auquel participe notamment Gassendi et Hobbes. Descartes continue néanmoins ses recherches, tout en répondant aux critiques de ses détracteurs, que lui fait parvenir Mersenne. Il rédige son Explication des Engins, quelques Fragments mathématiques, et commence probablement la Recherche de la vérité par la lumière naturelle. En 1640, il a achevé la rédaction de ses Méditations métaphysiques, et publie les Principes de la Philosophie en 1644.
Gassendi écrira alors : "Rien n'est plus ennuyeux que ce livre qui tue son lecteur, on s'étonne que ces fadaises aient tant coûté à celui qui les a inventées". En 1644, Descartes revient en France pour régler la succession de son père, décédé en 1640. Il y reviendra encore en 1647, puis en 1648, avec l'espoir d'obtenir du roi une pension, et de s'installer définitivement en France. A Paris, il s'entretient avec Pascal, dont il conteste la thèse de l'existence du vide. Descartes n'accepte plus l'accueil - indifférence ou incompréhension - que reçoivent ses livres. Il écrira en 1646 à Mersenne de ne plus lui adresser les critiques, mais seulement les courriers de ses amis, et lui confie vouloir ne plus se mêler d'aucune science que pour son instruction particulière, et par conséquent ne plus vouloir écrire de livres. En 1649, paraît le traité des Passions de l'âme. En septembre, Descartes répond à l'invitation de la reine Christine, et part pour la Suède. Il tombe alors malade et meurt le 11 février 1649, à l'âge de 53 ans.
Les sources cartésiennes:
Histoire de l'art - Arts/Sciences/Techniques/Technologies - ENSAD 1996/97 Racines et apports 1 - Les racines Descartes a élaboré sa réflexion à partir de plusieurs sources :
* la philosophie antique, qui lui a fourni des concepts moraux, Descartes est l'héritier des morales stoïciennes (Sénèque, Marc-AurèIe) mais aussi épicuriennes (à un degré moindre).
* la scolastique, enseignement théologique et philosophique inspiré d'Aristote et de saint Thomas, pratiqué jusqu'au XVIe siècle environ, que Descartes critique profondément, mais dont il utilise la terminologie.
* la sagesse de Montaigne : Descartes, lecteur de Montaigne, a réfléchi sur le doute sceptique de cet auteur. Mais, à la différence de Montaigne, Descartes veut sortir du doute et en faire un instrument de méthode.
* surtout, ce furent les mathématiques et la science qui poussèrent Descartes à philosopher : mentionnons l'influence de Francis Bacon (1561-1626), qui avait très bien saisi l'esprit de la science naissante, le rôle du père Mersenne, avec qui correspondaient les savants de l'Europe (Mersenne fut ami de Descartes). Enfin, il faut citer ici les théories de Galilée : Descartes les connaissait mais resta fort discret sur le mouvement de la Terre lorsque furent condamnées par Rome les idées héliocentriques de Galilée.
Descartes est le fondateur du rationalisme moderne : ni l'autorité des Anciens, ni les vérités sensibles ne constituent des principes de recherche. Il est nécessaire de pratiquer un douteméthodique et de s'appuyer sur les forces de la raison et de l'évidence, de manière à parvenir au vrai, de manière sûre, par une intuition claire et distinctive. Les concepts fondamentaux de la philosophie de Descartes sont les suivants :
* le doute, conçu non point comme doute sceptique, comme suspension définitive du jugement, mais en tant que méthode consistant à rejeter tout ce qui n'est pas certain d'une évidence absolue. Le doute ne représente, chez Descartes, qu'un moment provisoire.
* l'intuition(intueri-voir), envisage comme la conception d'un esprit pur et attentif, conception si distincte qu'aucun doute ne subsiste plus.
* la raison (raison bon sens), définie comme faculté de bien juger et de distinguer le vrai du faux.
* la pensée, activité spirituelle synonyme de conscience : "Par le mot de pensée, j'entends tout en qui se fait en nous de telle sorte que nous l'apercevons immédiatement par nous mêmes" (Principes).
* la connaissance claire et distincte : " j'appelle claire a connaissance qui est présente et manifeste à un esprit attentif; distincte, celle qui est tellement précise et différente de toutes les autres qu'elle ne comprend en soi que ce qui paraît manifestement a celui qui la considère comme il faut " (Principes). " Descartes, a écrit Hegel, est un héros de la pensée. " Et cela, d'une double manière. En s'efforçant de construire une philosophie rigoureuse, selon l'ordre des raisons, il propose à la métaphysique un idéal déductif qui l'arrache aux affirmations théologiques : l'homme construit la vérité par la seule présence de sa raison. D'autre part, à travers le cogito, Descartes introduit la notion d'un sujet de la connaissance, d'une conscience conçue comme un sujet universel et porteuse de tout jugement valide.
* La
passion , action du corps subis par l'âme...
Descartes est le philosophe qui a fait du doute la méthode par excellence pour distinguer les connaissances certaines de celles qui ne sont que vraisemblables. Mais, s'il a emprunté aux sceptiques leur instrument, il s'en est servi d'une toute autre façon qu'eux, et surtout dans un but diamétralement opposé à celui du scepticisme. Les philosophes sceptiques - dit-il en substance - se sont servi du doute comme d'une fin en soi, ne doutant que pour douter, alors qu'il l'utilise comme pierre de touche de la vérité, dans l'espoir d'arriver à une certitude véritablement indubitable. C'est pour cela que Descartes, dans l'exposition de sa métaphysique, ne limite pas le doute aux choses sensibles, arguant du caractère trompeur des sens ; il l'étend à tout ce que l'esprit peut concevoir et à ce qu'il tient pour le plus vrai, comme les vérités mathématiques. Certes, je peux nier que les choses que je vois de ma fenêtre sont de véritables choses - car il m'arrive de dormir et de rêver que j'en vois de semblables - mais comment mettre en doute que deux et trois font cinq ou que le carré a quatre côtés ? C'est alors que Descartes, franchissant la limite du doute naturel, institue un doute "métaphysique", c'est-à-dire général, radical, et délibérément excessif (" hyperbolique ") :
" Je supposerai donc qu'il y a, non point un vrai Dieu, qui est la souveraine source de vérité, mais un certain mauvais génie, non moins rusé et trompeur que puissant, qui a employé toute son industrie à me tromper. Je penserai que le ciel, l'air, la terre, les couleurs... et toutes les choses extérieures que nous voyons ne sont que des illusions (...). Je me considérerai moi-même comme n'ayant point de mains, point d'yeux (...). Je demeurerai obstinément attaché à cette pensée, et si, par ce moyen, il n'est pas en mon pouvoir de parvenir à la connaissance d'aucune vérité, à tout le moins il est en ma puissance de suspendre mon jugement."
En
fait, Descartes est le contemporain et le promoteur d'une véritable
révolution scientifique, inaugurée par Galilée,
qui remet en cause tous les fondements du savoir et fait de la Terre, jusqu'icì
considérée comme le centre d'un univers fini, une planète
comme les autres. L'homme est désormais jeté dans un univers
infini, sans repère fixe dans la nature, en proie au doute
sur sa place et sa fonction dans un univers livré aux lois de la
mécanique. Or Descartes va entreprendre à la fois de justifier
la science nouvelle et révolutionnaire qu'il pratique, et de redéfinir
la place de l'homme dans le monde. Pour accomplir cette tâche, il
faut d'abord prendre la mesure des erreurs du passé, des erreurs
enracinées en soi-même. En clair, il faut remettre en cause
le pseudo savoir dont on a hérité et commencer par le doute:
«
Je
déracinais cependant de mon esprit toutes les erreurs qui avaient
pu s'y glisser auparavant. Non que j'imitasse en cela les sceptiques, qui
ne doutent que pour douter; car au contraire, tout mon dessein ne tendait
qu'à m'assurer, et à rejeter la terre mouvante et le sable,
pour trouver le roc ou l'argile. »
(Discours
de la méthode, troisième partie).
Ce
qu'on appelle métaphysique est justement la discipline qui recherche
les fondements du savoir et des choses, qui tente de trouver « les
premiers principes et les premières causes ». Descartes,
dans ce temps d'incertitude et de soupçon généralisé,
cherche la vérité, quelque chose
dont on ne puisse en aucun cas douter, qui résiste
à l'examen le plus impitoyable. Cherchant quelque chose d'absolument
certain, il va commencer par rejeter comme faux tout ce qui peut paraître
douteux.
«
Parce
qu'alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la
vérité, je pensais qu'il fallait [...] que je rejetasse comme
absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute,
afin de voir s'il ne resterait point après cela quelque chose qui
fut entièrement indubitable. »
Le
doute de Descartes est provisoire et a pour but de trouver une certitude
entière et irrécusable, nous l'avons vu dans la page précédente.
Or il est sûr que les sens nous trompent parfois. Les illusions d'optique
en témoignent assez. Je dois donc rejeter comme faux et illusoire
tout ce que les sens me fournissent selon ce que nous avons vu précédemment.
Le principe est aussi facile à comprendre que difficile à
admettre, car comment saurais-je alors que le monde existe, que les autres
m'entourent, que j'ai un corps? En toute rigueur, je dois temporairement
considérer tout cela comme faux. Mais
le doute de Descartes va bien plus loin dans la mesure où il rejette
aussi les évidences intellectuelles, les vérités mathématiques.
« Je rejetai comme fausses toutes les raisons
que j’avais prises auparavant pour démonstrations. »
Nous voilà perdu dans ce que Descartes appelle «
l’océan du doute ». Je dois feindre que tout ce qui
m'entoure n'est qu'illusion, que mon corps n'existe pas, et que tout ce
que je pense, imagine, sens, me remémore est faux. Ce doute est
radical, total, exorbitant. Quelque chose peut-il y résister ? Vais-je
me noyer dans cet océan ? Où trouver « le
roc ou l'argile » sur quoi tout reconstruire ? On mesure ici
les exigences de rigueur et de radicalité de notre auteur, et à
quel point il a pris acte de la suspicion que la révolution galiléenne
avait jetée sur les sens (qui nous ont assuré que le Soleil
tournait autour de la Terre) et sur ce que la science avait cru pouvoir
démontrer.
«
Mais
aussitôt après Je pris garde que, cependant que je voulais
ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement
que moi, qui pensais, fusse quelque chose. Et remarquant que cette vérité:
je pense donc je suis, était si ferme et si assurée, que
les plus extravagantes suppositions des sceptiques n'étaient pas
capables de l'ébranler, je jugeai que je pouvais la recevoir, sans
scrupule, pour le premier principe de la philosophie que je cherchais.
»
"
Je
pense donc je suis. "
Descartes
Cette
phrase bien connue et souvent mal interprétée : « Je
pense donc je suis », apparaît au début de la quatrième
partie du Discours de la méthode, qui présente rapidement
la métaphysique de Descartes (1596-1650). On a donc tort de dire
« Cogito ergo sum », puisque ce texte est le premier ouvrage
philosophique important écrit en français. Pour bien comprendre
cette citation, il est nécessaire de restituer le contexte dans
lequel elle s'insère. Le Discours de la méthode présente
l'autobiographie intellectuelle de Descartes, qui se fait le porte-parole
de sa génération. Descartes y décrit une véritable
crise de l'éducation, laquelle ne tient pas ses promesses; faire
« acquérir une connaissance claire et
assume de tout ce qui est utile à la vie ».
Cette formule
- la plus célèbre de toutes en philosophie - découle
logiquement de la généralisation du doute. Car si je peux
douter de toutes choses, y compris des vérités mathématiques,
je
ne peux pas douter que je doute, ou que c'est
moi qui doute. Par conséquent, ce moi
qui doute existe. Certes, il n'existe peut-être
pas " en chair et en os ", puisque l'existence des choses sensibles
a été mise en doute, il se peut que je rêve et que
tout ce que j'attribue à ma nature soit faux. Mais il est impossible
que, pensant voir toutes les choses, je ne sois pas ou je n'existe pas,
moi qui pense ainsi les voir, les toucher et les sentir. Les conséquences
de ce raisonnement, si simple en apparence qu'il en paraît tautologique,
sont considérables. D'ailleurs la plupart des philosophes qui ont
adressé à Descartes (sur sa demande) des objections à
ses Méditations ont manifesté leur étonnement devant
cette démarche qui inverse, semble-t-il, l'ordre naturel des choses
: les choses extérieures ne précèdent-elles pas la
pensée que l'esprit en a ? Ne faut-il pas qu'il existe un monde
extérieur pour que son idée se trouve dans l'esprit ? Non,
leur répond Descartes, l'existence de ce monde est extrêmement
vraisemblable tant qu'on n'en doute pas, mais elle ne résiste pas
à un doute
radical et général,
alors que seule la pensée de celui qui doute possède la certitude
absolue recherchée en métaphysique. Comme il faut commencer
par ce qui est le plus certain, le cogito devient avec Descartes le premier
principe de la philosophie, " la
terre ferme, dit Descartes, sur
laquelle j'ai posé les fondements de ma philosophie
".
Un nouveau
continent s'est alors découvert
à lui.
" Ne
m'avouerez-vous pas que vous êtes moins assuré de la présence
des objets que vous voyez, que de la vérité de cette proposition
: Je pense, donc je suis ? Or cette connaissance n'est point un ouvrage
de votre raisonnement, ni une instruction que vos maîtres vous aient
donnée ; votre esprit la voit, la sent et la manie. "
Lettre de mars
ou avril 1648 Il
y a un fait qui échappe au doute que l'on a expliqué dans
la page précédente; mon existence
comme pensée. Que ce que je pense soit vrai ou faux,
je pense. Et si je pense, je suis. Le néant ne peut pas penser.
La première certitude que j'ai est donc: celle de mon existence,
mais comme pure pensée, puisque,
en toute rigueur, je n'ai pas encore de preuve de l'existence de mon corps.
Quand bien même je nierais que le monde existe, que mon corps existe,
que je puisse penser correctement, je ne pourrais remettre en cause ce
fait : je pense, et par suite, je suis. La volonté
sceptique de douter de tout, l'idée qu'aucune vérité
n'est accessible à l'homme, se brise sur ce fait: je pense.
Voilà le roc, voilà l'argile. Voilà le point ferme
grâce auquel j'échappe à la noyade dans l'océan
du doute, par lequel je retrouverai la terre ferme de la science vraie.
Avec Descartes s'inaugure la philosophie moderne pour laquelle la pensée
est première, pour laquelle le « je », le « sujet
» est le point d'appui de toute connaissance. Ce n'est pas le monde
qui est premier, mais la pensée.
La
difficulté provient de l'interprétation à donner à
ce « je ». Il n'est pas l'individu
concret. Ce n'est pas Descartes, homme du XVII, siècle,
c'est tout individu pensant qui peut dire « Je
pense donc je suis », pour peu qu'il refasse, pour lui-même,
l'expérience entreprise par Descartes. Ce « je » est,
par définition, désincarné;
tout ce que je peux affirmer, à ce moment, de l'itinéraire
cartésien, c'est mon existence comme pensée, puisque, répétons-le,
je dois encore, temporairement, nier l'existence du corps. Les deux conséquences
majeures que Descartes tire de sa découverte sont d'une importance
cruciale pour l'histoire de la philosophie.
-
D'une part Descartes montre que la nature de la
pensée et celle de la matière sont différentes.
Ce qu'on nomme dualisme : «
Je connus de là que j’étais une substance dont toute l'essence
ou la nature n'est que de penser [...] En sorte que moi, c'est-à-dire
l’âme par laquelle je suis ce que je suis, est entièrement
distincte du corps. » Le corps, en effet, n'est qu'une portion
de matière, ayant une forme, et susceptible de recevoir du mouvement.
La pensée est radicalement différente, c'est la faculté
de concevoir, imaginer, sentir, vouloir. Descartes ne nie pas que - en
l'homme - il y ait interaction du corps et de la pensée, et il consacrera
même un ouvrage, Les Passions de l’âme (1649), à
ce qu'on nommerait aujourd'hui biologie des passions. Mais il jette grâce
au dualisme les bases de la science moderne, en limitant la physique à
l'étude de la matière et de ses propriétés.
Il faut se souvenir qu'Aristote
considérait l'étude de l'âme comme le couronnement
de la physique, et que Pascal
aura à batailler contre l'idée que la « nature
a horreur du vide », comme si la matière était
animée d'intention.
- D'autre
part, dans l'expérience du « cogito », du « je
pense », je prends conscience de moi-même comme pensée.
Cela amènera notre auteur à identifier
pensée et conscience, ce que contestera, outre Leibniz
et Spinoza,
Freud.
Descartes
est le premier à tirer toutes les implications philosophiques et
existentielles de la révolution scientifique de son temps. Comparant
notre esprit à un panier rempli de connaissances héritées
qui sont comme autant de pommes saines ou pourries, il entreprend de reconstruire
le savoir sur des bases sûres. Pour ce faire, il faut vider
le panier, ce qui correspond à l'épreuve du doute. Avec le
« Je pense donc je suis » Descartes
place la conscience, le sujet, à la racine
de toute connaissance possible. La conséquence essentielle
est le primat de la conscience, et sa différence d'avec la matière.
Redonner à l'homme une place dans un univers infini et vide de Dieu,
assurer la dignité de la conscience, et jeter les bases de la science
moderne, tels sont les objectifs que la métaphysique cartésienne
s'est assignée.
A la différence
des scolastiques qui partent du monde pour s'élever à Dieu
(d'où le nom de preuve cosmologique attaché à cette
démarche), Descartes considère seulement les idées
qui se trouvent en son esprit et qui sont, dit-il, comme "
des
tableaux ou des images des choses ". Toute
idée représente quelque chose ; telle est sa fonction.
L'idée étant comme une copie, la cause
de
l'idée est l'original dont elle est la copie. Les idées imaginaires
(chimères, fictions, fantasmes), ne représentant rien de
réel, se reconnaissent justement au fait qu'on peut les composer
et les décomposer librement. Ce n'est nullement le cas de l'idée
de Dieu pour Descartes : on ne peut pas
ôter à Dieu un seul des attributs qui en définissent
la nature (la toute-puissance, l'éternité, l'infinité,
l'omniscience, la bonté, etc.), ils constituent un ensemble insécable.
L'idée d'un être infini (qui se trouve, selon Descartes, en
chacun
de nous) ne peut pas avoir été
produite par un esprit fini, comme celui de l'homme. Comment un être
fini et imparfait comme l'homme pourrait-il forger - c'est-à-dire
construire de toutes pièces - l'idée d'un être parfait
et infini ? Cette idée n'est pas une fiction (comme par exemple,
l'idée d'une montagne d'or), elle représente un être
véritable, et le représente fidèlement. Elle excède,
dépasse la capacité de nos esprits, et, quoique étant
parfaitement concevable et même la plus claire et la plus distincte
de toutes nos idées, elle est incompréhensible : l'esprit
humain n'en fait pas le tour, ni ne pénètre l'étendue
de sa profondeur. Autant de preuves pour Descartes que cette
idée a été causée ou mise dans l'esprit humain
par Dieu lui-même. De la seule idée
de Dieu qu'en philosophe-méditant il est allé chercher dans
"
le trésor de (son) esprit ", Descartes conclut, selon un raisonnement
semblable à celui de Saint Anselme,
que Dieu existe, qu'il est le vrai Dieu et qu'il ne peut être que
vérace. Descartes ajoute, au terme d'une analyse complexe et passionnante,
que cette idée qui n'est pas comme les autres idées, que
cette idée unique d'un Dieu unique, est en l'homme comme la
signature de l'ouvrier sur son ouvrage.
Il faut comprendre que l'ouvrage est par lui-même la marque de son
créateur. Comme l'a écrit Etienne
Gilson,
La vérité
consiste dans l'accord entre l'idée
et la chose. Cette définition traditionnelle
et très respectable de la vérité ne nous avance pourtant
pas beaucoup quand on recherche un critère ou une marque certaine
de la vérité. Lorsque, comme c'est le cas pour Descartes,
on considère l'existence des choses
extérieures comme douteuse, il
ne reste plus qu'à considérer un jugement ou une proposition
tenue pour vraie et se demander alors ce qui la fait telle. Une proposition
de cette sorte, Descartes vient d'en découvrir une (et une seule,
d'ailleurs) avec le cogito
:
" Je
suis certain que je suis une chose qui pense." Il ajoute aussitôt
:
" mais
ne sais-je donc pas aussi ce qui est requis pour me rendre certain de quelque
chose ? " En d'autres termes,
il se demande s'il n'est pas possible d'extraire, pour ainsi dire, de cette
proposition ce qui la rend vraie, et de faire de cela la règle générale
de la vérité.
" Je
pense, je suis "
étant
l'objet d'une claire et distincte perception, et étant vrai pour
cette raison, on peut établir pour règle générale
que " toutes les choses que nous
concevons fort clairement et distinctement, sont toutes vraies "
L'évidence
prend
ainsi la place de la correspondance dans la définition de la vérité.
Le risque est très grand - il n'a pas manqué de philosophes
pour le signaler - de verser dans une conception
arbitraire et subjectiviste de la vérité.
Mais, d'une part, Descartes se préoccupe de chercher une garantie
à l'évidence et il la trouve dans l'existence d'un Dieu vérace
(la vérité nécessite la véracité), et,
d'autre part, sachant parfaitement que cette règle peut donner lieu
à de mauvais usages, il demande à chacun de s'assurer du
mieux qu'il peut que l'évidence qu'il ressent en son esprit n'est
pas qu'apparente ("
Il n'appartient
qu'aux personnes sages, dit Descartes, de distinguer entre ce qui est clairement
conçu et ce qui semble et paraît seulement l'être ").
Car
aucune règle ne dispense de juger.
La conception cartésienne de l'union
de l'âme et du corps, qui tient
une place essentielle dans cette philosophie, ne manque pas généralement
de surprendre, notamment ceux qui croient que le célèbre
"
esprit cartésien " ne consiste qu'en distinctions rigides et
non révisables. En effet, concevoir l'âme et le corps comme
deux
substances entièrement distinctes
(ce que montre la métaphysique cartésienne) ne doit pas nous
empêcher de penser, comme nous le faisons ordinairement, que nous
ne formons qu'une seule personne
dans laquelle l'âme et le corps sont étroitement unies, mélangées
même, et agissent continuellement l'une sur l'autre. Seulement, précise
Descartes à la surprise de ses correspondants (Arnauld, Élisabeth),
il ne faut pas chercher à comprendre de la même manière,
par un même type d'évidence, ces deux propositions également
vraies : que l'âme et le corps sont réellement distincts,
et qu'ils ne forment qu'un seul tout dans l'homme (qui n'est pas, comme
pour
Pascal,
un être déchiré entre deux natures contraires). Pour
Descartes, l'expérience ordinaire peut être une preuve aussi
certaine qu'une évidence intellectuelle. L'une ne doit pas abolir
l'autre, il faut seulement les rattacher à leur domaine respectif,
et veiller à ce qu'elles n'en sortent pas. C'est pourquoi Descartes,
ne cherchant pas à dissimuler son ignorance derrière une
imposante construction spéculative, en appelle à l'expérience
que chaque homme fait, tous les jours, et sans doute possible, de l'union
intime de son âme et de son corps :
" Que
l'esprit, qui est incorporel, puisse faire mouvoir le corps, il n'y a ni
raisonnement ni comparaison tirée des autres choses qui nous le
puisse apprendre ; mais néanmoins nous n'en pouvons douter, puisque
des expériences trop certaines et trop évidentes nous le
font connaître tous les jours manifestement. Et il faut bien prendre
garde que cela est l'une des choses qui sont connues par elles-mêmes,
et que nous obscurcissons toutes les fois que nous les voulons expliquer
par d'autres "
(lettre à
Arnauld du 29 juillet 1648) Sur cette même
question, il avait écrit quelques années avant à la
princesse Élisabeth ces lignes célèbres qu'il est
si rare de lire chez un philosophe :
" les
choses qui appartiennent à l'union de l'âme et du corps ne
se connaissent qu'obscurément par l'entendement seul, ni même
par l'entendement aidé de l'imagination ; mais elles se connaissent
très clairement par les sens. D'où vient que ceux qui ne
philosophent jamais, et qui ne se servent que de leurs sens, ne doutent
point que l'âme ne meuve le corps, et que le corps n'agisse sur l'âme.
" Quelques lignes
plus bas, il ajoute ceci, qui peut servir de conseil :
" c'est
en usant seulement de la vie et des conversations ordinaires, et en s'abstenant
de méditer aux choses qui exercent l'imagination, qu'on apprend
à concevoir l'union de l'âme et du corps " La fin de cette
lettre dévoile la sobriété assez surprenante du régime
de Descartes en matière d'études mais ne peut-on pas aussi
voir dans cette confidence une recommandation discrète faite à
Élisabeth ?
" la
principale règle que j' ai toujours observée en mes études
(...) a été que je n'ai jamais employé que fort peu
d'heures, par jour, aux pensées qui occupent l'imagination (c'est-à-dire
aux mathématiques), et fort peu d'heures, par an, aux pensées
qui occupent l'entendement seul (c'est-à-dire à la métaphysique),
et que j'ai donné tout le reste de mon temps au relâche des
sens et au repos de l'esprit. "
(lettre du 28
juin 1643). De son vivant,
Descartes a échangé avec les philosophes et les savants de
l'Europe une correspondance où la polémique et la critique
souvent sévère des thèses et des démonstrations
cartésiennes occupent une grande place. Mais c'est surtout après
sa mort et avec la publication d'oeuvres jusque-là inédites
que la philosophie cartésienne fait l'objet de critiques d'ensemble,
particulièrement dans les milieux influencés par cette philosophie,
et par ces philosophes que l'on commence à appeler cartésiens
: Pascal,
Spinoza,
Leibniz.
Pascal (qui a
rencontré Descartes en 1647 et a parlé avec lui de ses expériences
sur le vide) appartient à un milieu assez hostile au cartésianisme,
à la fois en désaccord avec la méthode cartésienne
dans les sciences, et soupçonnant la philosophie cartésienne
de vouloir demeurer à bonne distance de la religion chrétienne.
En témoigne ce jugement sévère (Pensées, fg.
77) : " Je ne puis pardonner à Descartes ; il aurait bien voulu
dans sa philosophie, se pouvoir passer de Dieu ; mais il n'a pu s'empêcher
de lui faire donner une chiquenaude, pour mettre le monde en mouvement
; après cela, il n'a plus que faire de Dieu. "
Ce sont pour
des raisons inverses de celles de Pascal que Spinozacritique
Descartes : l'idée d'un Dieu créateur, l'idée d'une
âme disposant librement de ses volontés ne sont que fictions
aux
yeux de l'auteur de l'Éthique où la critique
du cartésianisme est constante, même si elle n'est pas aussi
explicite que dans ce passage tiré de la préface de la cinquième
partie :
" En
vérité je ne puis m'étonner qu'un philosophe, après
s'être fermement résolu à ne rien déduire que
de principes connus d'eux-mêmes, et à ne rien affirmer qu'il
ne perçût clairement et distinctement, après avoir
si souvent reproché aux Scolastiques de vouloir expliquer les choses
obscures par des qualités occultes, admette une hypothèse
plus occulte qu'aucune qualité occulte. Qu'entend-il, je le demande,
par l'union de l'Âme et du Corps ? Quelle conception claire et distincte
a-t-il d'une pensée très étroitement liée à
une certaine petite portion de l'étendue ? " Leibniz
n'a pas cessé de ferrailler contre le système de Descartes,
comme si cette critique lui était nécessaire pour formuler
sa propre pensée. Mais c'est aussi chez ce philosophe que se trouvent
les objections les plus profondes qu'on ait faites à la philosophie
et à la science cartésiennes (car ce sont les erreurs de
cette science que relève d'abord Leibniz). L'une des plus récurrentes
porte sur le critère (aux yeux de Leibniz incertain et arbitraire)
du
clair et distinct pour reconnaître la vérité.
Mais Leibniz, soucieux de la conformité de la philosophie et de
la religion, cherche aussi à montrer le caractère limité,
partiellement vrai seulement, et, dans le fond, dangereux pour la foi,
du mécanisme cartésien (Remarques sur les principes de Descartes)
:
" Il
(Descartes) prétend que, dans l'explication des phénomènes
de la nature, il n'est pas besoin d'autres principes que ceux tirés
de la mathématique abstraite (...) et il ne reconnaît pas
d'autre matière que celle qui est l'objet de la géométrie.
J'accorde pleinement que tous les phénomènes particuliers
de la nature pourraient être expliqués mécaniquement
(...) mais ce qu'à mon avis il faut toujours garder présent
à l'esprit, c'est que les principes mécaniques mêmes,
c'est-à-dire les lois générales de la nature, naissent
de principes plus élevés et ne sauraient être expliqués
par la quantité seule et par des considérations géométriques.
Ces principes impliquent, bien au contraire, quelque chose de métaphysique...
Car en dehors de l'étendue et de ses modifications il y a, inhérente
à la matière, la force même ou la puissance d'agir
qui permet le passage de la métaphysique à la nature et des
choses matérielles aux choses immatérielles. "
C'est lors de la nuit du 10
novembre 1619, alors que Descartes
se trouve près de la ville d'Ulm (Allemagne), plus ou moins engagé
avec les troupes du duc de Bavière, que notre philosophe va faire
trois
songes qui vont être pour lui une véritable
illumination; celle qu'il peut atteindre la vérité
à la condition de refondre entièrement
l'édifice des sciences. Ces songes sont racontés
dans les Olympica.
Ce n'est d'ailleurs pas tant dans le
contenu même du rêve que dans l'interprétation que Descartes
en donne que l'importance des songes se trouve. On considère souvent
cette nuit illuminatrice, et la journée d'intense travail intellectuel
qui l'a précédé, comme le point de départ,
la naissance du cartésianisme. Voici
quel est le troisième de ces songes: Descartes trouve deux livres
déposés sur sa table, le premier est un dictionnaire et le
second est intitulé Corpus poetarum. Dans le second
Descartes lit le vers d'Ausone: Quod vitae sectabor
iter ("Quelle voie suivrais-je dans la vie"). Le premier biographe
de Descartes, Baillet (qui écrit sa biographie en 1691), nous rapporte
les trois songes et leur interprétation par Descartes lui-même,
cependant force est de constater que cela n'apporte rien
sur le plan philosophique. On peut même trouver le symbolisme
de ces rêves un peu naïf: le dictionnaire ne serait rien d'autre
que l'ensemble des sciences, et le vers aurait une sorte de valeur initiatique.
Descartes aurait vu dans ces songes
une sorte de secours divin apporté
à son oeuvre à venir, une sorte d'encouragement, une invitation
à entreprendre son oeuvre sans plus tarder. Cela nous renseigne
sur la situation d'attente dans laquelle Descartes
se trouve alors, cela révèle aussi la nécessité
que Descartes ressent de se préparer à sa tâche.
Dans le Discours de la méthode
(c'est dans la deuxième partie du texte qu'est relaté la
vie de Descartes dans son poêle) on peut deviner la présence
des songes, ceux-ci sont certes expurgés de tout symbolisme et Descartes
ne raconte pas qu'ils sont le fait d'une nuit unique, mais qu'il s'agit
de ses pensées quotidiennes, lorsqu'il demeurait "tout le jour enfermé
dans un poêle". Quelle est la réflexion
de Descartes ? peut-être celle de comprendre que cette connaissance
certaine qu'il recherche tant ne se trouve peut-être pas dans les
livres mais en lui-même. Les "fondements
de la science admirable" que Descartes aperçoit dans
ses songes ne se trouve pas dans les disciplines enseignées au collège.
Finalement la source de tout savoir humain se trouve dans l'esprit humain
qui "possède en effet je ne sais quoi de
divin, où les premières semences de pensées utiles
ont été déposées". Notre esprit
est "naturellement" éclairé; et cette lumière naturelle
est l'indice le plus sûr de son caractère divin. Origine divine
et indication sur la conduite à tenir dans la recherche de la vérité,
tel est ce qu'il convient de retenir des trois songes.
Les Méditations
Métaphysiques
I. Méditation:
Des choses que l'on peut révoquer en doute
Descartes
veut établir quelque chose de ferme et de constant, il veut véritablement
savoir ( c'est-à-dire savoir avec une entière certitude).
Ce but n'est pas atteint si je m'aperçois que mes opinions que
je croyais vraies sont fausses, l'édifice
entier de ce que je croyais savoir s'écroule si les principes sur
lesquels j'avais établi mes connaissances sont douteux et incertains.
(opinions reçues de l'enfance…).
Il faut se défaire
de toutes ses opinions, non pas d'une opinion ou de quelques-unes unes
mais de toutes. Le doute devra être universelet
méthodique.
Détruire absolument toutes ses opinions serait difficile, et même
impossible s'il fallait démontrer une à une quelles sont
toutes fausses. Il y a deux règles de méthode
-Ne pas faire
de différence entre les opinions vraisemblables et les opinions
manifestement fausses.
-Ne pas s'attaquer
d'abord aux opinions mais aux principes sur lesquels elles s'appuient.
Raison
de douter
1.
Les sens sont trompeurs.
Les sens m'ont
trompé quelquefois, et je ne peux plus jamais faire confiance à
ce qui m'a trompé une fois. Mais le doute est plus difficile que
la croyance ! Et la croyance, qui résiste, objecte que les sens
ne sont pas toujours trompeurs; la croyance renaît sans cesse contre
la volonté de douter.
Nouvelles
raisons pour la volonté de douter
2.
Le rêve.
Quand je rêve
je crois réelles les choses que je rêve ! Mais la croyance
revient à la charge : on ne le croit que quand on rêve car
nous distinguons bien la veille du sommeil. Mais sur quoi se fonde cette
différence ? ce que je vois étant éveillé est
plus clair et distinct que ce que je vois en rêve, mais si j'y songe
sérieusement il m'est arrivé que ce que je voyais en songe
ne m'apparaissait pas moins clair et distinct que ce que je voyais en veille.
Bien sûr il reste quelque chose de la croyance que je ne dors pas
en ce moment, mais je ne peux plus lui trouver de fondement solide. La
différence veille/sommeil est effacée
!Mais la croyance revient à la
charge: les éléments du rêve sont réels => passage
aux choses générales (ex de la sirène, d'une main,
d'une tête… l'illusion est dans le composé pas dans la chose
singulière. Les fictions les plus extravagantes sont nécessairement
composées de choses indubitablement réelles et véritables;
c'est la croyance qui nous en persuade mais j'ai dit que je m'en méfiais.
On doit donc passer à un niveau encore plus général
que tête/main qui sont des choses étendues…= nature corporelle,
la figure, le nombre et la quantité, le temps ne peuvent être
feints car c'est ce sans quoi nous ne pouvons penser aucune chose. Butant
sur des choses très simples et très universelles le doute
semble devoir s'arrêter (ne peut résister face aux maths et
à la géométrie par ex; que je veille ou que je dorme
2+3=5 ; donc il y a une insignifiance de la veille et du sommeil.)
3.
La supposition que Dieu est trompeur.
C'est la nouvelle
raison qui fait que le doute va pouvoir s'étendre à toute
chose. En effet, peut-être que Dieu a voulu que je me trompe toutes
les fois que je fais 2+3=5 (pas sur le résultat, mais parce qu'en
fait Dieu aurait décidé que 2+3 serait autre chose que 5
tout en me laissant croire que c'est 5.). On se base sur l'idée
d'un Dieu tout-puissant, si Dieu peut tout il peut aussi ns tromper sur
tout. (2+3=5 est vrai parce que Dieu en a décidé ainsi, il
est le créateur des vérités éternelles.). Dieu
qui peut tout peut faire qu'il n'y ait absolument rien de certain. Le doute
est désormais absolument universel. Objection: Est-il possible que
Dieu soit trompeur, puisqu'il est souverainement bon ? même si j'admets
cela rien ne m'empêche de penser que Dieu me trompe au moins quelque
fois et il faut se méfier de ce qui vs a trompé une fois.
Certains préféreront nier l'existence de Dieu plutôt
que d'accepter cette toute-puissance et ainsi échapper au doute
universel. Mais s'il la nie il n'empêche pas l'erreur, au contraire
puisque le principe de causalité est en vigueur. Si ns ne sommes
pas l'effet de la cause parfaite qu'est Dieu ns devons être l'effet
d'une cause moins parfaite (destin, hasard, déterminisme) et ns
serons donc moins parfait et plus caution à l'erreur !
Nous voici arriver
à la conclusion de la I Méditation puisque j'ai évoqué
de manière exhaustive les raisons que j'avais de révoquer
en doute toutes les choses (= suspendre mon jugement, arrêter ma
puissance d'affirmer ou de nier la vérité ou la fausseté
de quoi que ce soit.). Pourtant la Méditation reprend. Il ne suffit
pas de donner les raisons de douter universellement, encore faut-il s'en
souvenir, c'est-à-dire me les rendre présentes à l'esprit
sans cesse. Je dois donc prendre le parti de volontairement me tromper
moi-même c'est-à-dire refuser à mes croyances, même
les plus vraisemblables, mon assentiment. Il me faut donc supposer qu'il
y a un mauvais génie qui s'emploie à me tromper Þ c'est
l'artifice que je me donne pour me persuader que le monde extérieur
n'est qu'une illusion de mes yeux. Attention de ne pas confondre l'hypothèse
du Dieu trompeur avec celle du malin génie, la première était
destinée à étendre le doute aux choses de l'arithmétique
et de la géométrie (=rendre le doute universel), la seconde
pour affermir sa résolution de ne donner désormais rien à
son assentiment.
Ainsi se termine
la I Méditation, le chemin est ouvert pour la II. La place de la
volonté dans la I Méditation. Un premier effet de la volonté
est de traiter le douteux comme s'il était faux. La raison de douter,
le malin génie, ne s'impose pas naturellement mais se met en place
volontairement. La suspension de toutes les opinions touchées par
le fait que Dieu peut être trompeur, à défaut de porter
des jugements vrais , il peut dire qu'il n'en porte pas de faux, et qu'en
ce sens là il n'est pas trompé…
II.
Méditation : De la nature de l'esprit humain; et qu'il est
plus aisé à connaître que le corps
Descartes
se retrouve dans ce qu'il appelle une "eau profonde", en effet, il est
plongé dans le doute comme il le serait dans une eau profonde et
il ne sait pas s'il va réussir à en sortir ou s'y noyer.
Il n'est plus en sa puissance d'oublier le doute, sa seule alternative
est de continuer de douter. Il faut continuer de rejeter tout ce qui peut
contenir la moindre certitude jusqu'à trouver quelque chose de certain
ou alors s'il n'y a rien de tel, alors je saurais au moins avec certitude
qu'il n'y a rien de certain.
Descartes dit,
faisant référence au point fixe d'Archimède, qu'il
aura l'espérance du vrai s'il est assez heureux pour trouver seulement
une chose qui soit certaine et indubitable. Je continue donc de douter,
on a vu que ce doute était universel, faisons pourtant une revue
des objets dont je puis douter ( pour n'en omettre aucun) et pour voir
si en dehors d'eux il n'y en aurait pas un qui résisterait à
ma volonté de douter. Il peut sembler qu'il y en ait un : Dieu
ou qqch de semblable (qui produit mes pensées par lesquelles je
me suis persuadé qu'il n'y avait rien de certain).
Mais cela ne
tient pas car rien n'empêche de penser que je produis de moi-même
mes pensées, mais si moi c'est mon corps et mes sens alors je ne
suis pas un objet sauvé du doute puisque j'ai nié avoir un
corps et des sens…Non il n'y a donc rien dont je ne puisse douter, mais
moi qui doute de tout objet, je pense, car douter c'est penser, et penser
c'est être qqch. Je suis puisque
je doute. Mais je ne suis pas un objet
résistant au doute, je suis le sujet du doute, et donc le sujet
de la pensée. Je suis, j'existe, non pas comme une chose, mais comme
sujet. La certitude que j'existe parce que je pense est la première.
Je me suis persuadé qu'il n'y avait rien de matériel et dans
le même temps que je m'en persuade, je suis certain que je suis (affrimation
du sujet distingué de l'objet.).
Mais je ne
sais pas ce que je suis ? La certitude
de mon existence ne me dit rein de ma nature. Mais il me faut rejeter ce
que je croyais être avant de douter. A la réponse un homme,
on peut dire qu'est-ce qu'un homme? Un animal raisonnable. Mais qu'est-ce
que raisonnable et qu'est-ce qu'animal ? ce serait infini… (accumulation
sans fin d'incertitudes.) la réponse un homme n'est pas fausse mais
elle n'est pas la première des vérités certaines.
Une autre réponse est celle que je suis un corps et une âme.
On a vu que l'on ne peut dire que je sois un corps puisque ns avons douté
qu'il y ait aucun corps dans le monde. Je croyais que l'âme était
l'ensemble des choses que je ne pourrais pas faire si je n'étais
que mon corps: me nourrir, marcher, sentir, penser. Il ne faut plus que
je conçoive l'âme comme une sorte de corps subtil, une flamme,
un souffle. Je ne puis me nourrir, ni marcher sans corps, hors je doute
que j'ai un corps, je ne suis donc pas une âme qui fait que je me
nourrisse et que je marche. Je ne puis sentir sans les sens…donc sans le
corps. Reste l'acte de penser, je suis puisque
je pense. Ma nature est de penser, elle n'est que de penser, la pensée
est le seul attribut qui m'appartienne nécessairement. Je pense,
je suis, c'est la même chose. Je suis
pendant que je pense et tant que je pense. C'est la seul chose qui soit
certaine.
Je peux désormais
dire que je suis une âme à condition de ne plus penser l'âme
comme avant mais de la concevoir comme "chose qui pense" ou esprit, entendement,
raison. Ca signifie que toutes les fois que j'imagine qqch je suis certain
de n'être pas cette chose puisqu'il est possible de l'imaginer. Je
suis un esprit, voilà la première connaissance certaine.
Je suis certain que je suis une chose qui pense je ne suis certain de rien
d'autres, donc l'esprit est plus aisé à connaître que
les corps. La II Méditation pourrait prendre fin ici puisque je
sais désormais que l'esprit est plus aisé à connaître
que les corps; pourtant elle reprend.
Descartes s'étonne
de ce qui suit:
1. Ne suis-je
rien d'autre qu'une chose qui pense ? "Peut-être" répond Descartes,
mais je n'en sais rien. La seule chose que je sais avec certitude c'est
que je suis une chose qui pense et rien d'autre.
2. Je pense,
je suis. Mais pourquoi pas je sens, je suis ou j'imagine, je suis ? Les
actes de douter, de concevoir, d'affirmer ou de nier, de vouloir et de
ne pas vouloir, d'imaginer et de sentir, ne sont pas d'une autre nature
que l'acte de penser, ce sont des modes de la pensée. Je suis une
chose qui pense, c'est-à-dire aussi qui imagine et qui sent. Que
ce que j'imagine soit vrai ou faux, existe ou n'existe pas il est néanmoins
vrai que je pense imaginer et que je pense sentir. Penser est imaginer,
mais imaginer n'est pas penser.
2. Il nous semble
pourtant que les corps sont plus aisé à connaître que
l'esprit !
III.
Méditation : De Dieu, qu'il existe
Descartes
fait la revue de ce qui est en son intérieur. C'est-à-dire
que désormais il sait ne pas devoir se laisser distraire parce que
voient ses yeux et entendent ses oreilles, il ne va s'intéresser
plus qu'à cette seule chose dont il sait qu'elle est certaine: Je
suis une chose qui pense.
Une chose qui
pense est une chose qui doute, qui affirme, qui nie (même si n'existe
pas ce qu'elle affirme ou nie), qui connaît peu de choses, qui en
ignore beaucoup, qui sait ne pas être un entendement infini, qui
aime ou qui hait, qui veut ou ne veut pas, qui sait qu'elle imagine et
qu'elle sent (même si elle ne sait pas si ce qu'elle imagine et sent
existe en dehors d'elle). Descartes déclare que c'est en moi, non
hors de moi, en moi, non dans le monde, que je pourrais voir si quelque
chose existe hors de moi. Pourquoi suis-je
certain de n'être qu'une chose qui pense ?
parce que je le conçois clairement
et
distinctement…donc
je sais que toutes les choses que je percevrais clairement et distinctement
seront vraies…
Claire= présente
à l'esprit attentif
Distincte=
ne comprend en elle que ce qu'elle contient à l'exclusion de toute
autre chose.
Une connaissance
claire et distincte est celle de laquelle il est impossible
de douter, elle est donc évidemment
vraie…
Fausse hypothèse
que j'ai : croire que les choses sensibles existent parce que les idées
des choses sensibles sont claires et distinctes, donc vraies, et qu'en
conséquence les choses sensibles existent effectivement hors de
moi (que les idées que j'ai de ces choses me viennent d'elles, que
mes idées en soient des images en quelque sorte), mais c'est faux
car ce qui est clair et distinct c'est la certitude que j'ai des idées
de ces choses sensibles, ce ne sont pas les idées de ces choses
qui sont claires et distinctes…L'existence hors de moi des choses sensibles
demeure douteuse (et encore plus douteux le fait que les choses sensibles
nous envoient des images d'elles.)
Rappel de la
supposition du
Dieu trompeur:
Mais les idées de l'arithmétique et de la géométrie
ne sont pas douteuses comme celles des choses sensibles, elles sont au
contraire très claires et distinctes…donc vraies ! Car 2+3=5 est
toujours valable même s'il n'y avait rien dans le monde qui se puisse
compter et faire l'objet de 2+3=5. Je n'ai pour douter d'une telle évidence
que la supposition que Dieu est trompeur ! C'est une supposition légère
et métaphysique mais elle reste possible
pour le moment.
Il me faudra
prouver que Dieu n'est pas trompeur pour pouvoir sortir de la seule certitude
que j'ai: celle d'être une chose qui
pense. En effet si
Dieu n'est pas trompeur je pourrais être sûr de toutes les
connaissances qui seront claires et distinctes.
Inventaire
des pensées.
Premier genre
:
Les
idées
Elles représentent
quelque chose (sensible ou non, réelle ou imaginaire). Donc elles
représentent quelque chose que ce quelque chose existe ou non !
Les pensées du premier genre (idées) sont comme les images
des choses. L'idée n'étant
que la vue d'une chose elle ne peut être fausse.
Second genre:
Les
désirs et les jugements
Ce sont des actes
de l'esprit à l'égard des représentations (idées)
qu'il a.
Les
désirs
Désirs
ou volontés, affections. C'est quelque chose de plus que d'avoir
simplement l'idée de quelque chose. C'est un mouvement de l'esprit
(attirance ou répulsion à l'égard de la chose). Que
soient bonnes ou mauvaises les choses que je désire il n'en reste
pas moins que je les désire, donc, elles ne peuvent être fausses.
Les
jugements
Acte d'affirmer
ou de nier. Eux seuls peuvent être source d'erreur. L'erreur n'est
possible que dans le jugement. Affirmer, au lieu d'en douter, que mes idées
sont semblables à ce qu'elles me représentent (le soleil
par exemple)
Puis se distingue
trois sortes d'idées:
Celles qui sont
comme nées avec moi, celles que j'ai acquises, celles
que j'ai inventées.
Certaines idées
me sont venues, il me semble, de l'extérieur ou de moi-même
qui les ai inventées (je n'aurai pas d'idée du soleil si
je ne le voyais pas!). Les idées qu'il me semble que j'ai toujours
eues me viennent de ma nature propre (ex: pensée, vérité,
chose en général). Pourtant cette division n'est pas fondée
en raison !!! Je ne peux la tenir pour vraie car je n'ai pas encore découvert
la véritable origine de mes idées…si je pouvais produire
des raisons assez solides pour me prouver que j'ai l'idée du soleil
parce que le soleil existe j'aurais peut-être trouver la pensée
qui me permette de sortir de moi-même…tel est l'intérêt
de cette division.
Les
idées qui semblent venir du dehors dans l'esprit.
2 raisons de
le croire:
- je suis naturellement
incliné à le croire. (utile/nuisible)
- les idées
des choses extérieures me viennent sans que j'y sois pour quelque
chose. (la chaleur).
La première
des raisons ne peut tenir car l'inclination
naturelle n'est nullement destinée à faire connaître
le vrai ou le faux. La seconde ne tient pas
car que la production des idées des choses extérieures se
passe
sans ma volonté
ne prouve pas qu'une autre faculté
ne soit en moi et les produit (à la manière dont le rêve
produit des images de choses corporelles qui n'existent pas hors de moi.
Une faculté en moi de produire les images du monde sans que le monde
existe. On peut en plus dire que si elles viennent des choses extérieures,
rien ne prouve qu'elles doivent leur ressembler (au contraire même,
c'est toujours l'exemple du soleil…).
Bref, pour avoir
les idées des choses il ne faut pas croire les choses, il faut en
juger.
La réalité objective des idées, c'est-à-dire
ce qu'elles représentent. Il faut considérer les images qui
sont en moi selon ce qu'elles représentent, c'est-à-dire
selon leur objet. Il n'y a pas deux idées qui ont le même
objet (l'idée du cheval et l'idée du cercle…). Les idées
se distinguent les unes des autres par leur objet, les idées sont
aussi différentes les unes des autres que le sont leurs objets.
Je ne peux transformer une idée en une autre…elles ont donc en elles-mêmes
une réalité qui me résiste
!
Mais ça
ne veut pas dire que les idées existent hors de moi, ce qu'on dit
quand une idée a une réalité objective c'est simplement
cette différence à laquelle je ne peux rien (différence
de leurs objets.). Je peux les distinguer en montrant la différence
de réalité objective des unes par rapport aux autres: L'idée
de substance à plus de réalité objective que l'idée
de l'accident ou du mode (l'idée d'une chose qui pense par rapport
à une chose qui sent, qui imagine). Imaginer
est penser mais penser n'est pas forcement imaginer.
La réalité d'un objet est sa perfection, c'est-à-dire
son être pas son existence (il n'y a pas de milieu entre exister
ou n'exister pas ! Mais il y a des degrés dans la perfection.)
Le
principe de causalité
Rien ne peut
rien produire.
La cause doit avoir au moins
autant de réalité que l'effet.
Il doit y avoir au moins autant de perfection dans la cause que dans l'effet.
ce principe s'applique à toutes les réalités. Le principe
de causalité s'applique de la même manière à
l'idée de l'objet qu'à l'objet lui-même. Il suit de
là que si je trouve en moi une idée plus parfaite que je
ne suis, il est impossible que je sois la cause de cette idée. Donc
si une idée représentant quelque chose de plus parfait que
moi est en moi alors il faudra conclure que quelque chose, la cause de
cette idée, existe hors de moi !
Inventaire
de mes idées selon leur réalité objective.
Y'a-t-il au moins
une idée dont je ne puisse être l'auteur ?
Il reste, après avoir écarté les composés,
les idées de :
- l'idée
de moi, chose pensante; l'idée
de Dieu, les idées
des choses corporelles.
Les
idées des choses corporelles: les distinctes et les confuses.
Les
distinctes:
Je ne trouve
rien de si grand et de si excellent qui ne puisse venir de moi-même.
Quand je vois la véritable réalité objective des idées
des choses corporelles je ne vois rien dont je ne puisse être l'auteur.
Substance, durée, nombre me viennent de moi et non d'autre chose.
Les
confuses:
La lumière,
la couleur, les odeurs, les saveurs, la chaleur, le froid. Je ne vois pas
clairement ce que c'est (sont-ce des qualités des choses corporelles
ou rien du tout ?) On remarque que le chaud et le froid ne sont rien d'autre
que la négation l'un de l'autre, les idées de chaud et de
froid représentent ce qui n'est peut-être rien comme étant
quelque chose, elles sont donc fausses ou trompeuses. On a vu que les idées
ne pouvaient être fausses, mais elles sont matériellement
fausses car elles sont trompeuses à cause de ce qu'elles représentent.
Je peux en être l'auteur, il suffit de dénoncer l'imperfection
de ma faculté de connaître…
Où en
sommes-nous après cet inventaire ?
L'esprit sait
en vérité qu'il pense mais il ne sait pas si ce qu'il pense
est vrai. La connaissance du monde reste incertaine et sans vérité
tant qu'elle demeure sans fondement.
Première
forme de la première preuve de l'existence de Dieu.
Une seule idée
en moi que je ne suis pas assez parfait pour avoir produite: Dieu(sa
réalité objective est la perfection même). L'idée
de Dieu est en moi donc nécessairement Dieu existe. Dieu
existe nécessairement puisque moi qui suis imparfait ai l'idée
de parfait et d'infini. Dieu est comme moi
une substance, mais une substance indépendante au lieu que je suis
une substance créée. Dieu est l'être infini, je suis
un être fini, mais l'infini n'est pas constitué par la négation
du fini…le positif n'est pas le fini et le négatif l'infini, c'est
le contraire : l'idée du fini dérive de sa comparaison avec
celle de l'infini ! La mesure de l'imparfait n'est pas l'imparfait, c'est
Dieu. Dieu est incompréhensible. L'idée
de l'infini, ou de Dieu, est la plus claire et la plus distincte mais mon
esprit ne peut la comprendre ! Il est inaccessible
à mon esprit fini ou limité. Dieu m'est incompréhensible
c'est ce qui fait qu'il est Dieu. L'idée incompréhensible
de Dieu me fait connaître avec certitude qu'il y a quelque chose
hors de ma pensée, et qui la dépasse.
Une
objection: J'apprends tous les
jours, alors rien n'empêche ma connaissance de croître jusqu'à
l'infini ! L'esprit humain possède donc cette possibilité
de devenir infini; Dieu n'est donc rien d'autre
que le progrès à l'infini de l'esprit humain, Dieu
n'est pas Dieu puisque c'est l'esprit humain accompli qui le sera !
Non car Dieu
est Dieu en ce qu'il est parfait sans avoir
à se perfectionner, il n'a pas
à progresser. L'infini est infini, il exclut l'accroissement.
Seconde
forme de la première preuve de l'existence de Dieu.
L'imagination
ramène toujours aux choses sensibles, lâchons-lui la bride
une nouvelle fois: Moi qui existe, et qui
ai en moi l'idée de Dieu de qui puis-je tenir mon existence ?
Soit de Dieu soit de quelque chose de moins parfait que Dieu : de Moi.
C'est impossible car je me serais donné toutes les perfections (la
puissance d'acquérir n'est pas la puissance de créer, la
puissance de créer est d'un tout autre ordre, il n'y a pas de degrés
de difficultés dans la création.). De plus il est impossible
que je sois l'auteur de mon être; il faut nécessairement pour
que j'existe que Dieu, continuellement, me crée. J'ai besoin pour
exister de Dieu qui me conserve. Quelque chose d'autre, je ne peux supposer
une cause de mon existence autre que Dieu (donc moins parfaite) en ce que
sa propre existence dépendrait d'une autre.
Signification
et portée de la preuve de l'existence de Dieu.
J'ai l'idée
de Dieu donc Dieu existe, c'est la preuve de l'existence de Dieu ramenée
à l'essentiel. J'ai l'idée du parfait donc l'être parfait
existe. Dieu est tout parfait, donc il n'est pas trompeur puisque la tromperie
est une imperfection.
Conclusion
La découverte
de beaucoup d'autres vérités est désormais possible.
L'esprit s'ouvre à la Lumière immense…
Où
en sommes-nous après les 3 premières Méditations ?
J'ai appris à
détacher mon esprit des sens. Je sais détacher les choses
corporelles de celles que seul l'entendement peut percevoir, qui sont donc
purement intelligibles, ce sont l'esprit humain et Dieu. J'ai une idée
très claire de ces choses intelligibles mais pas encore des choses
matérielles. Dieu n'est pas la cause de mes erreurs. Et pourtant
il m'arrive très souvent de me tromper ! Comment expliquer l'erreur
alors que je suis certain qui je tiens de dieu la puissance de juger qui
est en moi et que puisque Dieu n'est pas trompeur elle n'a pas été
mise en moi afin que je puisse me tromper ?
La cause de l'erreur
n'est pas dans la faculté de juger, mais dans le mauvais usage que
j'en fais. La cause de l'erreur n'est pas Dieu, c'est moi. Je me trompe
parce que je ne suis pas parfait, à cause que je ne suis pas Dieu.
Je me trompe donc parce que je suis un esprit borné par ses limites.
Donc la vérité me manque lorsque je me trompe, mais elle
manque comme manque une troisième patte à un bipède
! Je ne peux me plaindre, la vérité ne m'est pas due, pas
plus que n'est due au bipède une troisième patte. Il faut
soigneusement distinguer la négation d'avec la privation. L'erreur
est la privation d'une connaissance que je devrais posséder, ce
n'est pas la pure négation de ce que je n'ai pas, mais que, étant
limité,
je ne peux me plaindre de n'avoir pas. Dieu fait tout pour le mieux cela
doit me suffire, je n'ai pas à comprendre, je ne peux pas comprendre.
S'il ne m'a pas crée tel que je ne me trompe pas c'est qu'il avait
ses raisons, que je ne puis connaître mais dont je sais qu'elles
sont bonnes. Mon expérience de l'erreur est celle d'une privation,
mais je suis certain que lorsque je me trompe Dieu est innocent de mes
erreurs, je n'ai pas à me plaindre à Dieu de ce qu'il m'arrive
de me tromper. Les parties de l'univers, dont je suis, ne peuvent prétendre
à la complète perfection du tout. Les choses particulières
et finies sont chacune parfaite en son genre.
Explication
de l'erreur.
La liberté.
Je vois que mes erreurs ont deux causes qui sont en moi :
-l'entendement,
qui est la puissance de connaître.
-La volonté,
qui est le pouvoir de choisir, d'affirmer ou de nier, le Libre arbitre.
Aucune séparément
ne produit l'erreur, il faut le concours des deux pour qu'elle advienne.
L'entendement ne peut se tromper puisqu'il est la faculté de concevoir
des idées (et que les idées sont comme des tableaux, qu'elles
ne sauraient donc être fausses.), il n'y a de vrai ou de faux que
les jugements, c'est-à-dire les affirmations ou les négations.
Tant qu'à la volonté, elle n'affirme ou ne nie que de ce
que conçoit l'entendement. L'erreur n'est possible que dans le jugement
or le jugement est le concours de 2 puissances : l'entendement qui conçoit,
la volonté qui affirme ou nie. L'entendement est fini (et je ne
peux m'en plaindre), la volonté est infinie (je peux vouloir ou
ne pas vouloir n'importe quoi). Tout en Dieu est infini, rien en moi ne
l'est sauf la liberté ! La liberté est en nous la puissance
infinie d'affirmer et de nier. La liberté est en moi un pouvoir
véritablement divin, puisque je suis le maître de ma liberté.
La liberté
humaine et la liberté divine sont à la fois égales
et inégales (paradoxe étonnant). La liberté est en
effet la même dans l'homme que dans Dieu, mais la liberté
de Dieu est incomparablement plus grande…explications: La liberté
humaine est divine en ce que nous sommes les maîtres absolus (comme
Dieu) de nos jugements, mais la liberté humaine n'est pas divine
car l'homme n'est pas Dieu. La volonté divine est créatrice
celle de l'homme ne l'est pas. Mais il faut préciser que l'entendement
ne contraint pas la volonté, il l'éclaire. L'indifférence
est en Dieu liberté, la liberté en l'homme est entière
quand il n'est pas indifférent.
D'où
viennent mes erreurs ? Mes erreurs ne
naissent ni de mon entendement ni de ma volonté mais de leur inégalité;
la volonté infinie s'étend au-delà de ce que peut
concevoir l'entendement fini. Je me trompe quand j'affirme ou nie ce que
je conçois pas bien ou ce que je ne conçois pas du tout.
Je ne me suis pas trompé en affirmant que j'étais une chose
qui pense, puisque je le savais clairement et distinctement. De même
je
ne me suis pas trompé si je n'affirme ni ne nie rien d'une chose
que je ne conçois pas bien, je ne connais certes pas la vérité
mais je ne me trompe pas puisque je ne juge pas. De même on se tromperait
si on croyait pouvoir affirmer ou nier des choses qui nous semblent probables;
le vraisemblable n'est pas le vrai il doit être tenu pour faux. L'homme
est entièrement responsable de ses erreurs et de ses fautes : puisque
rien ne m'empêche de les éviter. L'erreur tient au mauvais
usage de la liberté. En cela on voit en quoi l'erreur est une privation
puisque à chaque fois que je me trompe j'aurais dû ne pas
me tromper, puisque j'ai usé mal de mon libre arbitre. Rien ne me
prive du vrai et du bien, il n'y a que moi qui puisse m'en priver. La cause
de l'erreur est la précipitation. Se tromper n'est pas vouloir l'erreur
c'est vouloir trop vite la vérité. L'erreur n'est jamais
voulue elle est toujours la privation du vrai.
Il y a
donc 2 choses que je connais en vérité : que je suis et que
je suis un esprit, que Dieu existe. Ce qui demeure douteux c'est la nature
ou essence des choses matérielles, et leur existence.
Les
idées distinctes que j'ai des choses matérielles.
J'ai une image
distincte ou une représentation ou une idée des choses matérielles
comme étant étendues en longueur, largueur, profondeur et
non pas le fait qu'elles soient colorées, pesantes, liquides…La
chose matérielle en général, ou le monde matériel,
est la chose étendue. Les vraies et immuables natures. Les idées
des figures, des nombres, et de leurs propriétés sont découvertes
en l'esprit et non pas inventées. Elles ne dépendent pas
de ma fantaisie (si je voulais que le triangle n'ait pas 3 côtés
je ne le pourrais.). Ce que je peux c'est penser ou non le triangle, mais
cette liberté ne change absolument pas la nature du triangle. Et
même s'il n'existait dans le monde aucun triangle ses propriétés
géométriques n'en restent pas moins vraies. De plus la nature
du triangle ne dépendant d'aucuns événements elle
est proprement éternelle (hors du temps et de l'histoire). Et ce
n'est pas parce que la nature du triangle résiste à ma fantaisie,
découverte en moi et non pas feinte et inventée, qu'elle
me vient de choses triangulaires qui sont dans le monde. La nature et les
propriétés du triangle sont vraies, qu'il y ait, ou non,
dans le monde des choses triangulaires. (pour le prouver on peut donner
l'exemple de forme géométrique dont il est possible de démontrer
les propriétés géométriques mais qui ne sont
pas imaginables.)
Seconde
preuve de l'existence de Dieu.
Tout ce que je
conçois clairement et distinctement est vrai, l''idée de
Dieu est celle d'un être souverainement parfait, à qui ne
manque absolument rien, l'existence est une perfection, elle ne saurait
manquer à Dieu ! Elle lui est nécessaire de la même
manière que qu'au triangle est nécessaire que la somme de
ses angles est égale à 2 droits. Il est de l'essence de Dieu
d'exister. C'est une preuve par l'essence.
On peut croire
à un sophisme : l'essence d'aucune chose ne contient son
existence. Concevoir une chose ne suffit pas à lui donner l'existence
!
Non car je ne
peux concevoir Dieu sans l'existence, il est de l'essence de Dieu d'exister,
l'existence est un attribut nécessaire de Dieu. L'idée de
l'être parfait est la seule. Mais l'objection revient en disant :
la pensée qu'une chose existe n'est que l'idée de son existence,
et non pas son existence effective ! C'est l'exemple du cheval ailé
: il ne tient qu'à moi de l'imaginer et je peux l'imaginer aussi
fort que je peux il n'existera pas quand même. Non l'objection ne
tient pas : elle consiste à raisonner faux sur 2 confusions:
-confusion entre
les fictions de l'imagination avec les vraies et immuables natures (je
peux imaginer le cheval avec ou sans ailes mais pas le triangle sans la
propriété que la somme de ses angles égale 2 droits)
- confusion parmi
les vraies et immuables natures entre celle de Dieu et toutes les autres.
Je ne peux concevoir Dieu sans existence, l'existence n'est pas un ajout
de ma pensée, c'est au contraire que l'existence de Dieu s'impose
à mon esprit. L'idée de Dieu n'est pas une fausse supposition.
Si la supposition que Dieu possède toutes les perfections est fausse,
fausse est aussi la conclusion qu'il existe ! Ça ne tient pas non
plus, je ne puis penser Dieu sans penser qu'il est tout parfait. L'existence
de dieu est une perfection comprise dans sa nature.
Pourquoi
la démonstration de l'existence de Dieu semble difficile:
Il m'est donc
impossible de concevoir Dieu sans existence. Si la preuve de l'existence
de Dieu par son essence semble difficile à admettre ce n'est pas
parce qu'elle n'est pas vraie, au contraire, mais parce que sa vérité
n'est pas au nombre de celles qui sautent aux yeux. Dieu est le garant
de la vérité et le fondement de la science. L'esprit humain
ne trouve pas en lui-même le fondement de la science qu'il édifie.
Le garant de la certitude est Dieu, ce n'est pas l'esprit humain (enfermé
dans sa mémoire, les limites de sa capacité d'attention,
de sa lucidité.) L'existence nécessaire et éternelle
de Dieu signifie qu'en dehors de moi est l'être qui fait que ce que
je conçois clairement et distinctement n'est pas vrai seulement
pour moi qui le vois, dans l'instant que je le conçois, mais vrai
en soi, absolument. La connaissance de Dieu fait du souvenir de l'évidence.
Comment
répondre à la question de savoir s'il existe dans le monde
des choses matérielles ? L'entendement (ou l'intelligence) conçoit
qu'il peut y en avoir, mais il ne démontre pas qu'elles existent,
tout ce qu'il peut faire est établir qu'il n'est pas impossible
qu'il y ait des choses matérielles (car les idées qu'il en
a ne sont pas contradictoires et que ce qui n'est pas contradictoire est
possible. On peut démontrer l'existence de Dieu (l'existence étant
dans sa nature) et la mienne (parce que je pense), mais on ne peut démontrer
l'existence des choses matérielles. L'imagination pousse à
incliner fortement qu'il y a des choses matérielles mais ne le prouve
pas.
Imaginer
et concevoir.
Imaginer une
chose matérielle c'est la rendre présente aux yeux de l'esprit.
Il faut comprendre qu'il y a plus dans l'acte d'imaginer que dans l'acte
de concevoir (imaginer c'est se rendre présent à l'esprit.).
Concevoir le triangle c'est se borner à former l'idée d'une
figure à trois côtés, mais pour l'imaginer il faut
une forte tension de l'esprit destinée à se représenter
les 3 côtés et l'aire qu'ils délimitent.
Mais passer
des figures simples à des figures plus complexes (1000 côtés
par exemple) ?
L'imagination
ne joue plus de rôle, c'est l'entendement qui reste intact dans sa
capacité de concevoir, on a plus l'imagination et seule reste la
conception. Bref, la distinction de l'intelligence pure est indéfinie;
celle de l'imagination est bornée à fort peu de choses.
Quelle sorte
de pensée est l'imagination ?
Je sais que l'imagination
est un mode de la substance pensante et non pas la chose pensante elle-même,
je suis un esprit (une chose pensante) même si j'étais dépourvu
de la faculté d'imaginer. La pure intelligence considère
des idées, l'imagination des corps. En effet car l'esprit se tourne
vers lui-même au lieu que l'imagination cherche à se représenter
une chose matérielle. Et tournée vers les corps l'imagination
est portée à croire qu'ils existent, mais sans preuve. Il
n'y a pas de démonstration possible de l'existence des corps.
Ce
que c'est que sentir.
Mais les sens,
qui eux n'imaginent pas mentalement les corps, mais les ressentent, peuvent-ils
fournir quelque preuve certaine de l'existence des choses matérielles
?
Il y a 2 types
de sens :
-Les sens extérieurs
qui se rapportent aux corps qui m'environnent (chaleur, lumière…).
-Les sens intérieurs
ou intimes qui se rapportent à mon corps (faim, soif…).
Avant je croyais
que les corps que je percevais par les sens existaient hors de ma pensée,
je croyais qu'ils existaient parce que leur perception me semblait venir
d'eux, non de moi. Aussi parce que les idées que je recevais d'eux
me semblaient plus vives que les souvenirs ou les fictions. Pour ces raisons
je croyais, non seulement que les corps existaient hors de moi, mais encore
qu'ils sont tels que je les perçois; que la perception que j'en
ai est la copie de ce qu'ils sont. Quant au sens intime j'avais bien des
raisons de le croire… Bref, je me fiais, avant de douter, à l'enseignement
de la nature. Jugement naturel en ce que je ne voyais aucune raison pour
laquelle ils étaient ainsi plutôt qu'autrement.
Raisons
de mettre en doute les indications des sens.
On a vu que des
jugements fondés sur les sens pouvaient être faux (des tours
lointaines que l'on croyait rondes étaient en fait carrées).
A cela j'en ai ajouté encore 2 :
- il n'y a pas
de critère qui puisse distinguer à coup sûr la veille
du sommeil.
- Je ne sais
pas si je suis destiné à me tromper toujours.
Je me fiais aux
enseignements de la nature mais il m'a semblé depuis qu'ils pouvaient
être fautifs. Mais tout ce que nous enseignent les sens ne doit pas
être révoqué en doute, car je sais désormais
que je suis et que Dieu n'est pas trompeur ! Mais je ne dois pas pour autant
admettre tout ce qu'ils nous font croire.
L'âme
est réellement distincte du corps.
Je sens bien
que j'ai un corps, je ne puis plus douter d'être composé d'une
âme et d'un corps, mais je ne dois pas pour autant revenir à
l'opinion que j'avais d'être le mélange confus d'un esprit
corporel et d'un corps animé. Je peux parfaitement concevoir l'esprit
sans le corps et le corps sans l'esprit, de plus l'âme et le corps
ne sont pas seulement séparable par l'esprit, ils le sont aussi
réellement, du moment que je conçois clairement et distinctement
leur différence. Mon âme peut exister sans mon corps et mon
corps sans mon âme. Je suis composé d'une âme et d'un
corps, mais cette composition est tout sauf un mixte, c'est la conjonction
des 2 substances pensante et étendue, qui demeurent distinctes dans
leur union. Jamais le corps ne se mettra à penser et l'âme
s'incarner en matière subtile…
Imaginer
et sentir.
Imaginer et sentir,
même si ce ne sont pure intelligence, sont encore du penser, ce sont
des modes de la pensée, comme la figure ou le mouvement sont des
modes du corps. Ce sont des modes, c'est-à-dire que je serais toujours
une chose qui pense si j'étais dépourvu des facultés
d'imaginer et de sentir, mais je n'imaginerais pas ni ne sentirais si je
n'étais pas une chose qui pense.
La
perception sensible.
Penser n'est
pas se mouvoir. Le mouvement est du corps non de la pensée. La perception
sensible est passive puisqu'elle est reçue. Il y a, c'est certain,
des choses matérielles qui existent, l'existence du monde matériel
est fondée, non sur la démonstration de son existence, mais
sur celle de l'existence de Dieu (qui n'est pas trompeur.)
La
perception sensible n'est pas la connaissance.
La perception
sensible nous assure de l'existence des choses corporelles, elle ne nous
fait pas connaître leur nature. L'erreur serait de conclure que de
ce que nous percevons par les sens les choses matérielles, qu'elles
sont telles que nous les percevons. Connaître une chose n'est pas
la concevoir, c'est la connaître clairement et distinctement.
L'institution
de la nature, ce qu'elle enseigne.
Ce n'est pas
aux sens qu'il appartient de connaître la vraie nature des choses,
c'est à l'entendement. Les sens enseignent plusieurs sortes de choses
: l'avertissement que me donne la douleur, le sentiment de faim , de soif…à
rigoureusement parler ce ne sont pas les sens qui nous enseignent qqch
mais la nature. Car l'enseignement des sens n'est pas dans les sens eux-mêmes,
mais dans la relation entre le sentiment, qui est de l'âme, et la
lésion ou le besoin, qui sont du corps. Relation entre des termes
qui n'ont entre eux aucune ressemblance. L'enseignement des sens est en
réalité l'enseignement des sens dans leur relation aux dispositions
du corps. La nature est l'assemblage de certains sentiments de mon âme
et de certains états de mon corps. Elle m'enseigne ce qui est utile
à ma conservation. La sorte de vérité que contient
l'enseignement de la nature est ce qui m'est utile, ce n'est pas la vérité
de la science certaine, c'est-à-dire la connaissance claire et distincte.
Mon
corps: l'image du pilote et du navire.
La seconde chose
que m'enseigne la nature c'est que je suis lié à mon corps
si étroitement, que je suis comme confondu et mêlé
à lui. Je suis aussi mon corps. Je ne suis pas dans mon corps comme
un pilote en son navire. La nature est l'union vécue de l'âme
et du corps. L'existence des choses matérielles. La troisième
chose que la nature m'enseigne c'est que je suis environné de corps
qui existent hors de moi. Mais la perception des sens est un signal et
un signal ne ressemble pas à la chose de l'existence de laquelle
il avertit ! Voilà donc les trois enseignements de la nature auxquels
je puis me fier:
1- la nature
est l'assemblage de certains sentiments de mon âme et de certains
états de mon corps.
2- je suis comme
confondu et mêlé à mon corps.
3- je suis environné
de corps qui existent hors de moi.
Mais est-ce
que la nature n'est pas quelquefois fautive ?
Bien qu'il ne
faille pas imputer à la nature des erreurs dont mes mauvaises habitudes
sont seules coupables. Ce n'est pas ma nature qui me dit que là
où je ne vois rien il n'y a rien…il faut être physicien pour
cela. Quand je juge de la chaleur ou de la couleur en disant qu'elles sont
telles quelles dans les corps chauds ou colorés, c'est par un vieux
préjugé, une vieille erreur que l'on ne peut imputer à
la nature, mais à moi.
L'enseignement
de la nature.
Quand on dit
que la nature enseigne qqch, on entend par la nature la relation instituée
entre des sentiments de l'âme et des états du corps. (rapport
entre un signal et une chose signalée). L'enseignement de la nature
ne peut être ni vrai ni faux, puisqu'il porte sur ce qui m'est utile
ou nuisible. C'est une erreur de l'esprit et non de la nature de prétendre
tirer de la perception des sens des conclusions touchant à la nature
des choses sensibles. L'enseignement de la nature peut-il être trompeur
? La nature m'invite à déguster un aliment qui a bon goût,
mais si on mélange du poison à cet aliment la nature ne cesse
pas de nous inviter à la manger…la nature est donc incapable de
m'empêcher de m'empoisonner. Certesmais je n'ai pas à m'en
plaindre, comme de ce que mon entendement n'a pas les idées de toutes
choses ! On ne peut pas plus reprocher à l'institution de la nature
de n'avoir établi qu'un nombre limité de signaux, qu'à
une langue de manquer de tel mot pour désigner en particulier telle
chose. Ce n'est pas la faute de la nature si un empoisonneur use des signaux
qu'elle a institué pour leurrer sa victime… L'hydropique est un
cas différent, là on ne peut excuser la nature, ce n'est
pas un emploi pervers de son enseignement mais de ce qu'elle-même
nous enseigne. La nature de l'homme n'est pas la nature de son corps, c'est
l'union de son âme et de son corps.
Le
corps et l'esprit.
On a vu que l'on
pouvait accuser la nature de tromperie, hors la nature est l'institution
de Dieu, et Dieu n'est pas trompeur ! Comment expliquer que la bonté
de Dieu puisse ne pas empêcher la nature de tromper quelquefois ?
L'institution de la nature est la meilleure possible pour la conservation
de la vie, même si elle est parfois trompeuse. Elle serait moins
bonne si elle avait dû instaurer, pour ne jamais être trompeuse,
un code de signaux truffé d'exceptions et donc illisible. La nature
est certes trompeuse pour l'hydropique, mais elle ne l'est que pour lui.
La nature est la meilleure possible, ce n'est pas qu'elle trompe jamais,
mais elle trompe le moins possible.
Signification
du doute universel, en quel sens il est levé.
Maintenant le
doute n'est plus nécessaire ni raisonnable, je ne dois plus douter
car je sais avec certitude que je ne suis pas fait pour me tromper toujours,
quoi que je fasse. Quand j'accusais les sens de me tromper toujours, puisqu'ils
me trompaient quelquefois, je ne voyais pas encore que les erreurs sont
souvent les miennes, de moi qui ne juge pas comme il faut, mais qui peux
redresser mon jugement. Je ne peux plus faire comme si le monde réel
était un rêve. La Méditation Métaphysique ne
nous a fait quitter la réalité de la vie de l'homme que pour
mieux nous y ramener, instruits de la force de l'esprit et de ses limites.
L'homme peut toujours éviter l'erreur du moment qu'il s'abstienne
de jugements précipités.
Dans la première,
je mets en avant les raisons pour lesquelles nous pouvons douter généralement
de toutes choses, et particulièrement des choses matérielles,
au moins tant que nous n'aurons point d'autres fondements dans les sciences,
que ceux que nous avons eus jusqu'à présent. Or, bien que
l'utilité d'un doute si général ne paraisse pas d'abord,
elle est toutefois en cela très grande, qu'il nous délivre
de toutes sortes de préjugés, et nous prépare un chemin
très facile pour accoutumer notre esprit à se détacher
des sens, et enfin, en ce qu'il fait qu'il n'est pas possible que nous
ne puissions plus avoir aucun doute, de ce que nous découvrirons
après être véritable.
Dans la seconde,
l'esprit, qui, usant de sa propre liberté, suppose que toutes les
choses ne sont point, de l'existence desquelles il a le moindre doute,
reconnaît qu'il est absolument impossible que cependant il n'existe
pas lui-même. Ce qui est aussi d'une très grande utilité,
d'autant que par ce moyen il fait aisément distinction des choses
qui lui appartiennent, c'est- à- dire à la nature intellectuelle,
et de celles qui appartiennent au corps. Mais parce qu'il peut arriver
que quelques-uns attendent de moi en ce lieu- là des raisons pour
prouver l'immortalité de l'âme, j'estime les devoir maintenant
avertir, qu'ayant tâché de ne rien écrire dans ce traité,
dont je n'eusse des démonstrations très exactes, je me suis
vu obligé de suivre un ordre semblable à celui dont se servent
les géomètres, savoir est, d'avancer toutes les choses desquelles
dépend la proposition que l'on cherche, avant que d'en rien conclure.
Or la première et principale chose qui est requise, avant que de
connaître l'immortalité de l'âme, est d'en former une
conception claire et nette, et entièrement distincte de toutes les
conceptions que l'on peut avoir du corps : ce qui a été fait
en ce lieu- là. Il est requis, outre cela, de savoir que toutes
les choses que nous concevons clairement et distinctement sont vraies,
selon que nous les concevons : ce qui n'a pu être prouvé avant
la quatrième Méditation. De plus, il faut avoir une conception
distincte de la nature corporelle, laquelle se forme, partie dans cette
seconde, et partie dans la cinquième et sixième Méditation.
Et enfin, l'on doit conclure de tout cela que les choses que l'on conçoit
clairement et distinctement être des substances différentes,
comme l' on conçoit l' esprit et le corps, sont en effet des substances
diverses, et réellement distinctes les unes d'avec les autres :
et c'est ce que l'on conclut dans la sixième Méditation.
Et en la même aussi cela se confirme, de ce que nous ne concevons
aucun corps que comme divisible, au lieu que l'esprit, ou l'âme de
l'homme, ne se peut concevoir que comme indivisible : car, en effet, nous
ne pouvons concevoir la moitié d'aucune âme, comme nous pouvons
faire du plus petit de tous les corps ; en sorte que leurs natures ne sont
pas seulement reconnues diverses, mais même en quelque façon
contraires. Or il faut qu'ils sachent que je ne me suis pas engagé
d'en
rien dire davantage en ce traité- ci, tant parce que cela suffit
pour montrer assez clairement que de la corruption du corps la mort de
l'âme ne s'ensuit pas, et ainsi pour donner aux hommes l'espérance
d'une seconde vie après la mort ; comme aussi parce que les prémisses
desquelles on peut conclure l'immortalité de l'âme, dépendent
de l'explication de toute la physique : premièrement, afin de savoir
que généralement toutes les substances, c'est- à-
dire toutes les choses qui ne peuvent exister sans être créées
de Dieu, sont de leur nature incorruptibles, et ne peuvent jamais cesser
d'être, si elles ne sont réduites au néant par ce même
Dieu qui leur veuille dénier son concours ordinaire. Et ensuite,
afin que l'on remarque que le corps, pris en général, est
une substance, c'est pourquoi aussi il ne périt point ; mais que
le corps humain, en tant qu'il diffère des autres corps, n'est formé
et composé que d'une certaine configuration de membres, et d'autres
semblables accidents ; et l'âme humaine, au contraire, n'est point
ainsi composée d'aucuns accidents, mais est une pure substance.
Car encore que tous ses accidents se changent, par exemple, qu'elle conçoive
de certaines choses, qu'elle en veuille d'autres, qu'elle en sente d'autres,
etc., c'est pourtant toujours la même âme ; au lieu que le
corps humain n'est pus le même, de cela seul que la figure de quelques-
unes de ses parties se trouve changée. D'où il s'ensuit que
le corps humain peut facilement périr, mais que l'esprit, ou l'âme
de l'homme (ce que je ne distingue point), est immortelle de sa nature.
Dans la troisième
Méditation, il me semble que j'ai expliqué assez au long
le principal argument dont je me sers pour prouver l'existence de Dieu.
Toutefois, afin que l'esprit du lecteur se pût plus aisément
abstraire des sens, je n'ai point voulu me servir en ce lieu- là
d'aucunes comparaisons tirées des choses corporelles, si bien que
peut- être il y est demeuré beaucoup d'obscurités,
lesquelles, comme j'espère, seront entièrement éclaircies
dans les réponses que j'ai faites aux objections qui m'ont depuis
été proposées. Comme, par exemple, il est assez difficile
d'entendre comment l'idée d'un être souverainement parfait,
laquelle se trouve en nous, contient tant de réalité objective,
c'est- à- dire participe par représentation à tant
de degrés d'être et de perfection, qu'elle doive nécessairement
venir d'une Cause souverainement parfaite. Mais je l'ai éclairci
dans ces réponses, par la comparaison d'une machine fort artificielle,
dont l' idée se rencontre dans l' esprit de quelque ouvrier ; car,
comme l'artifice objectif de cette idée doit avoir quelque cause,
à savoir la science de l'ouvrier, ou de quelque autre duquel il
l'ait apprise, de même il est impossible que l'idée de Dieu,
qui est en nous, n'ait pas Dieu même pour sa cause.
Dans la quatrième,
il est prouvé que les choses que nous concevons fort clairement
et fort distinctement sont toutes vraies ; et ensemble est expliqué
en quoi consiste la raison de l'erreur ou fausseté : ce qui doit
nécessairement être su, tant pour confirmer les vérités
précédentes, que pour mieux entendre celles qui suivent.
Mais cependant il est à remarquer que je ne traite nullement en
ce lieu- là du péché, c'est- à- dire de l'erreur
qui se commet dans la poursuite du bien et du mal, mais seulement de celle
qui arrive dans le jugement et le discernement du vrai et du faux ; et
que je n'entends point y parler des choses qui appartiennent à la
foi, ou à la conduite de la vie, mais seulement de celles qui regardent
les vérités spéculatives et connues par l'aide de
la seule lumière naturelle.
Dans la cinquième,
outre que la nature corporelle prise en général y est expliquée,
l'existence de Dieu y est encore démontrée par de nouvelles
raisons, dans lesquelles toutefois il se peut rencontrer quelques difficultés,
mais qui seront résolues dans les réponses aux objections
qui m'ont été faites ; et aussi on y découvre de quelle
sorte il est véritable, que la certitude même des démonstrations
géométriques dépend de la connaissance d'un Dieu.
Enfin, dans la
sixième, je distingue l'action de l'entendement d'avec celle de
l'imagination ; les marques de cette distinction y sont décrites.
J'y montre que l'âme de l'homme est réellement distincte du
corps, et toutefois qu'elle lui est si étroitement conjointe et
unie, qu'elle ne compose que comme une même chose avec lui. Toutes
les erreurs qui procèdent des sens y sont exposées, avec
les moyens de les éviter. Et enfin, j'y apporte toutes les raisons
desquelles on peut conclure l'existence des choses matérielles :
non que je les juge fort utiles pour prouver ce qu'elles prouvent, à
savoir, qu'il y a un monde, que les hommes ont des corps, et autres choses
semblables, qui n'ont jamais été mises en doute par aucun
homme de bon sens ; mais parce qu'en les considérant de près,
l'on vient à connaître qu'elles ne sont pas si fermes ni si
évidentes, que celles qui nous conduisent à la connaissance
de Dieu et de notre âme ; en sorte que celles- ci sont les plus certaines
et les plus évidentes qui puissent tomber en la connaissance de
l'esprit humain. Et c'est tout ce que j'ai eu dessein de prouver dans ces
six Méditations ; ce qui fait que j'omets ici beaucoup d'autres
questions, dont j'ai aussi parlé par occasion dans ce traité.
Présentation Les
Méditations
métaphysiques sont certainement l'exposé le plus rigoureux
de la pensée métaphysique de Descartes
et, pour cette raison, en un sens le plus clair. Le texte même présente
dans un premier temps, au moins par moments, des difficultés de
lecture tenant à ce que les philosophes n’ont pas, à l’époque,
l’habitude d’utiliser la langue française pour écrire, mais
le latin. Par ailleurs, les passages "difficiles" sont aussi ceux, rares,
dans lesquels Descartes a emprunté le vocabulaire de la philosophie
médiévale (scolastique), vocabulaire qui renferme quelques
faux amis, d’où les risques de contresens. Néanmoins,
les Méditations sont d’une rigueur logique si exemplaire
que les difficultés précédemment évoquées
deviennent surmontables dès qu’on s’est un peu familiarisé
avec le style du texte. Méditations
métaphysiques Le
livre, qui est l’aboutissement d’un projet nourri par Descartes durant
de longues années, expose, comme son titre l’indique, la pensée
métaphysique de Descartes. Cela signifie que les Méditations
ont l’ambition d’exposer les premiers principes de
la philosophie, mais aussi ceux de la pensée scientifique,
les uns et les autres étant, à l’époque, étroitement
liés. Elle
s’inaugure par la mise en œuvre d’une méthode dont l'objectif unique
est de mettre à distance tout ce qui est incertain.
C’est le sens du "doute méthodique"
qui se déploie tout au long de la Première Méditation
et qui, ensuite, continuera de peser sur tout ce qui ne sera pas certain,
donc aussi sur ce qui sera seulement probable
ou vraisemblable. Les Méditations
s’attardent dans un second temps sur deux étapes fondamentales (au
sens exact du mot : qui constituent des fondements) : l’expériencequi,
du fait que je pense, établit que "je suis,
j’existe", appelée expérience du cogito
(Méditation 2) et la démonstration de l’existence
de Dieu (Méditations 3 et 5). La première
est une expérience purement intérieure
et subjective, mais qui présente l’intérêt de
proposer une première expérience de la certitude dans l’enchaînement
de mes pensées ; la seconde (la démonstration de l'existence
de Dieu), au contraire, toujours suivant l’ordre rigoureux de la méditation
philosophique, constitue la première rencontre
d’une vérité concernant quelque chose d’extérieur
à l’univers de mes pensées. À la suite de ces
deux étapes fondamentales, la méditation philosophique pourra
revenir, mieux armée, sur la question de la nature
des corps et sur l’expérience
sensible. On
peut donc considérer que le mouvement d’ensemble des Méditations
métaphysiques est le suivant : 1)
Mise en œuvre du doute méthodique pour se dégager des préjugés. 2)
Découverte du cogito, qui résiste au doute et constitue
ainsi une première expérience de la certitude. 3)
Premières démonstrations de l’existence de Dieu. 4)
Analyse du jugement humain et des raisons de nos erreurs. 5)
Analyse de l’essence des corps. Troisième preuve de l’existence
de Dieu. 6)
Démonstration de l’existence des corps. Analyse de nos sentiments. L’intérêt
philosophique du cogito n’est évidemment pas la découverte
par le sujet pensant de son existence. Aucun homme sensé ne s’est
jamais demandé s’il existait vraiment,
ne serait-ce que parce que, comme le montre la Deuxième Méditation,
ce doute-là est rigoureusement impossible. Mais la
valeur du cogito est précisément de proposer, pour
la première fois dans l’ordre des Méditations, une
pensée
dont il est rigoureusement impossible de douter: je pense, je
suis. Ainsi se rencontre le point d’arrêt d’une
mise en doute qui se voulait absolue, mais dont
le véritable but était justement de ne prendre appui que
sur ce qui échapperait absolument au doute. Or, si le cogito
me révèle que je suis, il me révèle par le
même mouvement, pour peu que je m’y arrête avec un peu d’attention,
que je suis ici fondamentalement un être
pensant, non un corps ou un être matériel. En effet,
d’après ce que j’ai cru jusqu’ici, un corps, quel qu'il soit, ne
semble connu que par les sens. Or les sens ne nous fournissent que des
informations incertaines, donc douteuses, comme l'atteste le cas des illusions
perceptives. Voilà pourquoi l'existence de tout corps (de toute
réalité perceptible), et de mon corps en particulier, ne
résiste pas à la mise à l'épreuve du doute
en général dans la Première Méditation.
Il faudra même attendre la fin des Méditations pour
établir une telle existence avec certitude (Méditation
6). Cet
"ego", ce sujet qui résiste à tout doute et dont l’être
est ainsi attesté avec évidence dans l’expérience
du cogito ne saurait donc ici impliquer quelque
existence corporelle que ce soit. Tout ce dont je suis désormais
certain, c’est que je suis en tant que je pense,
même si cette réduction de mon être à ma faculté
de penser (mon âme) n’est, on s'en doute un peu, que provisoire. En
proposant l’occasion d’une première expérience de la certitude,
le cogito fournit par là même un modèle de celle-ci,
qui permettra de considérer désormais comme certain tout
ce qui sera aussi clair et aussi distinct que la pensée : "ego
cogito, ego sum". Par
cette voie, sera découverte cette autre vérité essentielle
: l’existence de Dieu. Sans reprendre
ici le détail des démonstrations proposées par les
Méditations
métaphysiques, on peut en rappeler rapidement les enjeux. S’il
existe un Dieu, être parfait, tout puissant, éternel et infiniment
bon, cela a évidemment des conséquences morales et religieuses.
Mais là n’est peut-être pas ici l’essentiel. "Dieu" se présente
en effet également dans les Méditations
comme un principe
épistémologique (c’est-à-dire qu’il est au
fondement de la connaissance scientifique). Il garantit à la fois
l’existence d’un ordre de la nature et celle d’un
ordre de ma pensée. Dès lors, il apparaît qu’il
n’est plus possible que je me trompe lorsque je pense rigoureusement.
C’est ce que Descartes appelle la "véracité
divine", allant parfois jusqu’à dire que, sans cette
garantie, le mathématicien lui-même ne saurait être
assuré que ses démonstrations établissent des vérités. Mais
la véracité divine ne garantit pas seulement la certitude
des mathématiques. La Cinquième Méditation
montrera qu’une science des corps est possible.
Elle prendra, dans l’œuvre de Descartes,
la forme d’une physique mathématisée, s’efforçant
donc de procéder par pures idées claires et distinctes (une
idée
claire et distincte, selon le modèle du cogito
est, d’une part, une idée dont il est impossible
de douter, c’est sa
clarté ;
d’autre part, une idée tellement simple que son objet ne peut être
confondu avec aucun autre, c’est sa distinction). Enfin,
ce serait une grave erreur que de croire que Descartes
va laisser subsister le doute quant à l’existence des corps
(mon corps, mais aussi les corps extérieurs au mien). La Sixième
Méditation s’emploie à dissiper tous les doutes qui,
grâce aux critères de jugement préalablement établis,
peuvent désormais être considérés comme
ridicules et extravagants. Non seulement les corps
existent, mais les sentiments que mon âme éprouve par leur
intermédiaire ont une fonction vitale. Cela peut désormais
se démontrer et s’analyser. La
mission métaphysique est ainsi accomplie : les six Méditations
ont mis au jour les racines sur lesquelles peut s’élever, pour reprendre
une image proposée par Descartes dans la lettre-préface aux
Principes
de la philosophie, l’arbre de la science et de la morale humaines.
Les fondations étant posées, reste à construire l’édifice. Premier
extrait
LA
SUBSTANCE PENSANTE "Mais
qu'est-ce donc que je suis ? Une chose qui pense. Qu'est-ce qu'une chose
qui pense ? C'est-à- dire une chose qui doute, qui conçoit,
qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et
qui sent. Certes ce n'est pas peu si toutes ces choses appartiennent à
ma nature. Mais pourquoi n'y appartiendraient-elles pas ? Ne suis-je pas
encore ce même qui doute presque de tout, qui néanmoins entends
et conçois certaines choses, qui assure et affirme celles-là
seules être véritables, qui nie toutes les autres, qui veux
et désire d'en connaître davantage, qui ne veux pas être
trompé, qui imagine beaucoup de choses, même quelquefois en
dépit que j'en aie, et qui en sens aussi beaucoup, comme par l'entremise
des organes du corps ? Y a-t-il rien de tout cela qui ne soit aussi véritable
qu'il est certain que je suis, et que j'existe, quand même je dormirais
toujours, et que celui qui m'a donné l'être se servirait de
toutes ses forces pour m'abuser ? Y a-t-il aussi aucun de ces attributs
qui puisse être distingué de ma pensée, ou qu'on puisse
dire être séparé de moi-même ? Car il est de
soi si évident que c'est moi qui doute, qui entends, et qui désire,
qu'il n'est pas ici besoin de rien ajouter pour l'expliquer. Et j'ai aussi
certainement la puissance d'imaginer ; car encore qu'il puisse arriver
(comme j'ai supposé auparavant) que les choses que j'imagine ne
soient pas vraies, néanmoins cette puissance d'imaginer ne laisse
pas d'être réellement en moi, et fait partie de ma pensée.
Enfin je suis le même qui sens, c'est- à- dire qui reçois
et connais les choses comme par les organes des sens, puisqu'en effet je
vois la lumière, j'ouïs le bruit, je ressens la chaleur. Mais
l'on me dira que ces apparences sont fausses et que je dors. Qu'il soit
ainsi ; toutefois, à tout le moins il est très certain qu'il
me semble que je vois, que j'ouïs, et que je m'échauffe ; et
c'est proprement ce qui en moi s'appelle sentir, et cela, pris ainsi précisément,
n'est rien autre chose que penser. D'où je commence à connaître
quel je suis, avec un peu plus de lumière et de distinction que
ci-devant. INTERVIEW
DE MICHEL DELATTRE, auteur
du commentaire Classiques Hatier de la philosophie. Pouvez
vous situer le passage ? Le
passage se situe, dans le cadre de la Deuxième Méditation,
après ce qu’on peut appeler le tournant du cogito. La Première
Méditation a considéré comme fausses les pensées
incertaines, grâce à la mise en œuvre du doute méthodique.
Le début de la Deuxième Méditation a rencontré
une première certitude absolue : une pensée qui résiste
à toutes formes de doutes, la pensée
: je pense, je suis. Cette pensée reste en effet vraie, même
si on renouvelle, par exemple, l’argument du rêve utilisé
dans la Première Méditation : lorsqu’on rêve,
on adhère fermement à des choses pourtant extravagantes ;
qu’est-ce qui prouve que je ne suis pas en train de rêver lorsque
je crois que j’existe ? Mais si je rêve, il faut bien que j’existe,
quel que soit le mode de mon existence. De même,
si je me trompe ou si l’on me trompe, mon existence ne peut donc pas être
mise en question, même par les doutes les plus extravagants et les
plus radicaux. Reste à savoir ce
que je suis. Quelle est précisément cette forme
d’être qui m’est révélée par l’expérience
du cogito ? Corrélativement, il s’agit surtout de remarquer
sur quoi ne porte pas ici la certitude de mon être. Notre passage
répond : pour le moment, ce qui m’est exclusivement
révélé, c’est que je suis un être pensant,
même si cette pensée prend des formes diverses qui semblent
parfois engager autre chose que de la pensée. Pourquoi
Descartes dit-il ici qu'il est désormais aussi certain d'imaginer,
de sentir, d'affirmer, de vouloir, etc. (autant d'opérations dont
il doutait au contraire dans la Première Méditation)
que
d'exister ? Il
y a deux façons de comprendre ces opérations : imaginer,
sentir, désirer, etc. La plus courante considère que ces
opérations se rapportent à des objets
extérieurs à la pensée : sentir, c’est percevoir
les impressions issues de corps extérieurs ; imaginer, du moins
au sens que Descartes
donne à ce mot ici, c’est se représenter quelque chose grâce
à des formes corporelles ; désirer, c’est considérer
que quelque chose que l’on n’a pas mérite d’être acquis, etc.
Tout cela, pour le moment, tombe effectivement sous le coup des doutes
de la Première Méditation. Mais ici, Descartes envisage
ces opérations autrement : même s’il n’existe rien en dehors
de ma pensée, on ne peut nier que cette pensée se manifeste
selon des façons (ou "modalités") différentes les
unes des autres : conception d’une idée abstraite, représentation
sous la forme d’une image, perception comme par l’entremise des
sens. En ce sens-là, une sensation, par exemple,
n’est jamais trompeuse : il est incontestable que je l’éprouve.
L’erreur commence lorsque le sujet pensant qui éprouve de telles
sensations veut en tirer des conséquences concernant ce qui lui
est extérieur. Le passage établit donc que je
suis seulement certain, pour le moment, d’être un être pensant.
Mais la pensée prend des formes diverses
: concepts, images, perceptions. Celles-ci n’existeraient pas si je n’étais
pas un être pensant. En revanche, pour l’instant, leur existence
ne prouve rien d’autre que celle de ma pensée. On peut signaler
que la phénoménologie, démarche philosophique issue
de Husserl
(1859-1938) qui se réclame de cet aspect de la philosophie cartésienne,
partira également de là : en ne considérant que ce
qui se passe à l’intérieur de la pensée et les différentes
formes quelle prend, que peut-on en déduire sur le monde extérieur
? Comment
"celui qui m'a donné l'être" pourrait-il en même temps
se "servir de toutes ses forces pour m'abuser" ? Dieu n'est-il pas parfait
? C’est
là, en effet, l’une des audaces des Méditations Métaphysiques.
Descartes n’a bien évidemment jamais cru en l’existence d’un Dieu
trompeur, ni d’un "malin génie".
En réalité, il s’agit là d’une allusion à la
dernière
étape du doute méthodique
qui anime la Première
Méditation. Face à des pensées qui résistent
fortement au doute, même à l’argument du rêve (par exemple
: 2+2=4 même en rêve), le sujet méditant a été
obligé d’inventer un moyen encore plus fort de douter, un argument
susceptible de le déstabiliser encore davantage dans ses certitudes
: qu’est-ce qui prouve qu’il n’existe pas un être infiniment puissant
qui a le pouvoir de me tromper même dans ces choses dont je ne parviens
pas à douter ? Cet argument qui, comme celui du rêve, est
volontairement un artifice de méthode, a une triple conséquence. 1.
Il met le sujet en situation de doute même face à ces vérités
apparemment irrésistibles. 2.
Il donne à l’expérience du cogito une force d’autant
plus grande quelle résiste même à cet argument extrême. 3.
Il exigera que la suite des Méditations démontre l’existence
d’un dieu parfait, donc effectivement non trompeur, pour que le sujet méditant
puisse être certain d’autre chose que de son existence. Mais
chaque chose doit être démontrée en son temps : pour
le moment, on ne sait ni s’il y a un dieu, ni s’il est trompeur. Cependant,
dans
l’hypothèse même où il y aurait un dieu trompeur, il
ne pourrait perturber la certitude que j’ai d’exister chaque fois que je
pense. Deuxième
extrait "Il
n'y a que la seule volonté, que j'expérimente en moi être
si grande, que je ne conçois point l'idée d'aucune autre
plus ample et plus étendue : en sorte que c'est elle principalement
qui me fait connaître que je porte l'image et la ressemblance de
Dieu. Car, encore qu'elle soit incomparablement plus grande dans Dieu,
que dans moi, soit à raison de la connaissance et de la puissance,
qui s'y trouvant jointes la rendent plus ferme et plus efficace, soit à
raison de l'objet, d'autant qu'elle se porte et s'étend infiniment
à plus de choses ; elle ne me semble pas toutefois plus grande,
si je la considère formellement et précisément en
elle-même. Car elle consiste seulement en ce que nous pouvons faire
une chose, ou ne la faire pas (c'est-à- dire affirmer ou nier, poursuivre
ou fuir), ou plutôt seulement en ce que, pour affirmer ou nier, poursuivre
ou fuir les choses que l'entendement nous propose, nous agissons en telle
sorte que nous ne sentons point qu'aucune force extérieure nous
y contraigne. Car, afin que je sois libre, il n'est pas nécessaire
que je sois indifférent à choisir l'un ou l'autre des deux
contraires ; mais plutôt, d'autant plus que je penche vers l'un,
soit que je connaisse évidemment que le bien et le vrai s'y rencontrent,
soit que Dieu dispose ainsi l'intérieur de ma pensée, d'autant
plus librement j'en fais choix et je l'embrasse. Et certes la grâce
divine et la connaissance naturelle, bien loin de diminuer ma liberté,
l'augmentent plutôt, et la fortifient. De façon que cette
indifférence que je sens, lorsque je ne suis point emporté
vers un côté plutôt que vers un autre par le poids d'aucune
raison, est le plus bas degré de la liberté, et fait plutôt
paraître un défaut dans la connaissance, qu'une perfection
dans la volonté, car si je connaissais toujours clairement ce qui
est vrai et ce qui est bon, je ne serais jamais en peine de délibérer
quel jugement et quel choix je devrais faire ; et ainsi je serais entièrement
libre, sans jamais être indifférent." INTERVIEW
DE MICHEL DELATTRE Pouvez
vous situer le passage ? L’existence
de Dieu a été démontrée. Il est temps désormais
de résoudre une énigme : comment
l’erreur est-elle possible, puisque j’ai été créé
par un être à la fois tout puissant et infiniment bon ?
Plus précisément, il s’agit de montrer que c’est
nous, et non pas Dieu, qui sommes responsables de nos jugements, donc
également de nos erreurs. Dieu
nous a faits de telle sorte que nous puissions toujours les éviter,
ne serait-ce qu’en utilisant notre pouvoir de ne pas nous prononcer, dès
lors que nous rencontrons la moindre incertitude. Pour établir
cette responsabilité qui est la nôtre, il faut montrer que
nous sommes libres et en quoi consiste cette liberté. Dissoudre
quelques illusions sur la liberté, montrer en quoi elle consiste
: tel est l’enjeu de ce passage. Par
quoi la liberté de l'homme diffère-t-elle de celle de Dieu
? Malgré
cette différence, la liberté de Dieu, considérée
"formellement et précisément en elle-même", n'est,
selon Descartes, pas plus grande que la première
: qu'est ce que cela signifie ? La
liberté de Dieu est liée à sa perfection. Il est,
entre autres, omniscient et tout puissant. Sa volonté
est donc de toute éternité suivie d’effets et ce qu’il veut,
il le veut en sachant parfaitement pourquoi il a raison de le vouloir.
L’objet de la volonté divine est donc d’une éminence inégalable.
L’homme,
de son côté, n’est ni omniscient, ni omnipotent. C’est
cela qui limite considérablement sa liberté : d’une part,
il est capable de vouloir des choses qu’il ne connaît
pas vraiment (ainsi peut-il désirer une chose dont il ne
sait pas si elle est réellement désirable, adhérer
à des idées qu’il ne comprend pas totalement, etc.). C’est
là une première limite de sa liberté : il décide
trop souvent dans l’aveuglement. D’autre
part, il n’a pas le pouvoir d’obtenir tout ce qu’il veut. Cependant,
si l’on considère la réalité de la liberté,
elle n’est "formellement" rien d’autre qu’une certaine
qualité du vouloir. "Formellement" signifie "en elle-même".
Or précisément et en elle-même, la
volonté humaine ne contient aucune limite : elle
est proprement infinie. Rien ne peut m’empêcher
de vouloir, de refuser, ou s’il le faut de suspendre mon jugement. On s’en
est déjà aperçu, puisque face à l’hypothèse
extrême de l’existence d’un infini trompeur, je dispose toujours,
pour échapper à l’erreur, du pouvoir que ma volonté
a de suspendre mon jugement. Dieu m’a donc doté
d’une volonté aussi puissante que la sienne. Si elle
rencontre des limites, ces limites sont extérieures à la
volonté qui, insuffisamment éclairée, peut faillir.
Comment
Descartes définit-il exactement la liberté ? Très
précisément, la liberté
consiste en ce que notre volonté n’est contrainte par aucune force
extérieure à elle-même. C’est ce qui s’appelle
le "libre arbitre" : nos décisions
(nos choix, nos refus, nos jugements, nos désirs, nos erreurs) sont
nos
décisions. En cela nous sommes libres. À partir de cette
conception, on peut établir différents degrés de liberté.
On a vu en quoi consiste la liberté absolue, celle de Dieu. L’absence
de liberté consisterait à avoir une volonté prédéfinie,
ou contrôlée ce qui revient à dire que nous n’aurions
plus vraiment de volonté, puisque la décision de "vouloir"
ou de ne pas "vouloir" viendrait au bout du compte de l’extérieur. Parce
qu’ils ne disposent pas d’une liberté absolue, les hommes s’imaginent
trop souvent qu’ils sont entièrement déterminés. En
réalité, la liberté humaine évolue entre deux
extrêmes. La "liberté d’indifférence",
consiste à choisir sans raison, sans savoir pourquoi. Le choix est
bien libre, car personne ne le fait à ma place, mais c’est un choix
fait dans l’aveuglement, donc dérisoire et, à la limite,
infantile. Ceux qui, trop nombreux, confondent leurs caprices avec la liberté
s’imaginent que ce "plus bas degré de la liberté" est le
plus haut. Cela tient à ce qu’ils désirent
la puissance de Dieu sans en avoir la sagesse Le plus haut degré
de liberté humaine, en revanche, consiste à choisir
en connaissance de cause, c’est-à-dire à éclairer
sa volonté par la lumière de son jugement : c’est
lorsque, usant de ma volonté sans limites extérieures, je
choisis le bien parce que je vois que c’est le bien, ou que j’approuve
le vrai parce que je vois que c’est le vrai, que mon choix est le plus
libre. Un homme totalement libre n’aurait pratiquement
pas le sentiment de choisir, parce que le vrai et le bien lui apparaîtraient
avec tant d’évidence que le choix lui paraîtrait joué
d’avance. Mais un homme si clairvoyant n’existe sans doute pas.
Cela n’empêche pas d’en faire un modèle à poursuivre. Troisième
extrait ENTENDEMENT
ET IMAGINATION "Je
remarque premièrement la différence qui est entre l'imagination
et la pure intellection ou conception. Par exemple, lorsque j'imagine un
triangle, je ne le conçois pas seulement comme une figure composée
et comprise de trois lignes, mais outre cela je considère ces trois
lignes comme présentes par la force et l'application intérieure
de mon esprit ; et c'est proprement ce que j'appelle imaginer. Que si je
veux penser à un chiliogone, je conçois bien à la
vérité que c'est une figure composée de mille côtés,
aussi facilement que je conçois qu'un triangle est une figure composée
de trois côtés seulement ; mais je ne puis pas imaginer les
mille côtés d'un chiliogone, comme je fais les trois d'un
triangle, ni, pour ainsi dire, les regarder comme présents avec
les yeux de mon esprit. Et quoique, suivant la coutume que j'ai de me servir
toujours de mon imagination, lorsque je pense aux choses corporelles, il
arrive qu'en concevant un chiliogone je me représente confusément
quelque figure, toutefois il est très évident que cette figure
n'est point un chiliogone, puisqu'elle ne diffère nullement de celle
que je me représenterais, si je pensais à un myriogone, ou
à quelque autre figure de beaucoup de côtés ; et qu'elle
ne sert en aucune façon à découvrir les propriétés
qui font la différence du chiliogone d'avec les autres polygones. Que
s'il est question de considérer un pentagone, il est bien vrai que
je puis concevoir sa figure, aussi bien que celle d'un chiliogone, sans
le secours de l'imagination ; mais je la puis aussi imaginer en appliquant
l'attention de mon esprit à chacun de ses cinq côtés,
et tout ensemble à l'aire, ou à l'espace qu'ils renferment.
Ainsi je connais clairement que j'ai besoin d'une particulière contention
d'esprit pour imaginer, de laquelle je ne me sers point pour concevoir
; et cette particulière contention d'esprit montre évidemment
la différence qui est entre l'imagination et l'intellection ou conception
pure. Je
remarque outre cela que cette vertu d'imaginer qui est en moi, en tant
qu'elle diffère de la puissance de concevoir, n'est en aucune sorte
nécessaire à ma nature ou à mon essence, c'est-à-
dire à l'essence de mon esprit ; car, encore que je ne l'eusse point,
il est sans doute que je demeurerais toujours le même que je suis
maintenant : d'où il semble que l'on puisse conclure qu'elle dépend
de quelque chose qui diffère de mon esprit. INTERVIEW
DE MICHEL DELATTRE Pouvez-vous
situer le passage ? Descartes
s’efforce de souligner la différence entre l’entendement,
qui conçoit des idées pures et
l’imagination, qui se représente
les choses sous une forme corporelle. Cette distinction est expliquée
à partir d’exemples tirés de la géométrie.
Dans la Cinquième Méditation, Descartes, en raisonnant
sur l’exemple d’un triangle, avait démontré qu’on pouvait
se livrer à son propos à des démonstrations (ses trois
angles sont égaux à deux angles droits, le plus grand angle
est soutenu par le plus grand côté, le théorème
de Pythagore),
"que je le veuille ou non" et "encore
qu’il n’y ait peut-être en aucun lieu du monde hors de ma pensée
une telle figure, et qu’il n’y en ait jamais eu". Descartes, pour
convaincre son lecteur, signalait que de telles démonstrations pures
existaient aussi pour des figures dont on est sûr qu’on ne les a
jamais rencontrées dans le monde (c’est le cas du chiliogone, figure
à mille côtés, dont il est ici question). Il
s’agissait alors de montrer que les raisonnements de ce type établissent
des vérités en procédant par idées pures (les
"essences" des choses) sans avoir besoin de s’appuyer ni sur la perception,
ni sur l’imagination. À présent, Descartes exploite cette
distinction dans une tout autre intention : si concevoir
et imaginer sont deux opérations très différentes,
et si on n’a pas absolument besoin de l’imagination pour penser,
on doit alors se demander à quoi elle sert. La réponse
sera la suivante ; l’existence de l’imagination,
qui n’est pas strictement nécessaire à mon esprit, laisse
penser avec une grande probabilité que je ne suis donc pas seulement
un esprit, mais aussi un corps, dont mon imagination dépend.
Ce passage est donc une première étape, qui prépare
le terrain vers la future démonstration de l’existence des corps. Expliquez
ce que signifie ici l'exemple du "chiliogone", donné par Descartes. On
peut se représenter un triangle de deux façons : soit on
le conçoit, grâce, par exemple,
à une définition ("une figure à trois côtés")
; soit on l’imagine : c’est la figure qui
le représente "physiquement". La vraie figure de la géométrie
est celle que je conçois. Pour s’en convaincre, Descartes fait appel
à cette figure de mille côtés. Si je dis "le chiliogone
est une figure à mille côtés", tout le monde comprend
et tout le monde comprend la même chose. Pourtant, personne ne peut
se la représenter. Cela prouve que l’imagination
n’est pas absolument nécessaire pour raisonner, même
si Descartes admet ailleurs quelle peut aider momentanément. Pourquoi
est-il besoin d'une "particulière contention d'esprit pour imaginer"
- non pour concevoir ? On
a vu que l’imagination ajoutait quelque chose à
l’idée représentée : une présence
comme physique, qui exige de faire appel aux "yeux
de mon esprit". La représentation imaginative, par exemple
d’une figure, est plus complexe et plus confuse que l’idée. Elle
exige davantage d’attention. En ce sens elle est plus
difficile à produire, mais aussi contient de plus grands risques
d’erreur. Là encore, l’exemple du chiliogone permet de mieux
le comprendre. On conçoit facilement l’idée d’une figure
à mille côtés. Mais pour l’imaginer, il faudrait être
capable d’un effort qui dépasse les possibilités d’attention
et de mémoire. Donc en un sens il est plus facile de concevoir que
d’imaginer à condition de surmonter une autre espèce de difficulté
: ne pas céder à la tentation courante de confondre "comprendre"
les choses avec le fait de se les représenter de façon sensible. Pourquoi
"la vertu d'imaginer qui est en moi "n'est-elle" en aucune sorte nécessaire
à l'essence de mon esprit" ? Descartes
est très rapide sur ce point dans notre passage, parce qu’il s’en
est déjà longuement expliqué dans la Seconde Méditation.
(pp. 33-34). Le cogito me révèle que je suis essentiellement
un être pensant. L’imagination consiste à se représenter
les choses sous une forme corporelle. Non seulement l’imagination n’est
donc d’aucune utilité pour comprendre qui est ce "je", sujet du
"je pense, je suis", mais même elle ouvre une fausse piste. Il faut
se rappeler en effet que "je", "moi", etc., dans le doute où je
suis jusqu’ici quant à l’existence de mon corps, désignent
exclusivement, depuis la Deuxième Méditation, mon
esprit. Ce n’est qu’après la démonstration de l’existence
du corps que Descartes
pourra enfin désigner, en utilisant l’expression "moi-même
tout entier" l’union de l’âme et
du corps.
L'ordre analytique.
Il faut
lire les Méditations dans l'ordre dans lequel elles sont proposées,
rien n'y étant affirmé par précipitation c'est une
règle. Suivre l'ordre des raisons et se garder d'une impatience
génératrice de contresens. La voie analytique conduit des
principes aux conséquences. De la connaissance de l'âme à
celle de Dieu et de celle de Dieu aux choses corporelles.
Le
doute.
Ce doute n'est
pas cette sorte d'irrésolution qui résulte de la fatigue
de croire, il n'est pas l'état de l'esprit qui se laisse aller à
croire bonne une chose qu'après il trouve mauvaise, puis ne sait
plus que penser. Le doute c'est l'acte de l'esprit résolu qui se
reprend et qui se tient. Descartes dénonce que la vie commence par
l'âge des préjugés, celui de l'enfance. Le doute est
la décision de rompre avec la vie quotidienne, le doute est hyperbolique.
La décision de douter est de n'admettre rien où il y ait
le moindre doute, de révoquer toutes choses en doute, car il n'y
a rien dont on ne puisse douter. Le doute est le chemin qui doit conduire
à une première certitude inébranlable, s'il y en a.
Le doute est méthodique car je doute pour pouvoir clore le doute.
L'esprit.
Avant le doute
il se laissait aller à suivre des opinions, sans en avoir jamais
sérieusement jugé. La seule chose qui résiste au doute
c'est moi, moi cette chose qui pense. Je doute donc je suis qqch qui pense,
dont toute la nature n'est que de penser. L'esprit n'a pas d'autres attributs
que celui de penser.
Dieu.
Le doute par
lequel je vois que je suis, moi qui doute, quelque chose, me fait en même
temps connaître que je ne suis pas toute la réalité.
Mais comment le saurais-je si je n'avais pas en moi l'idée de la
réalité pleine et entière (l'être parfait, à
qui rien ne manque) ? L'idée de l'être parfait ne peut me
venir de moi, qui ne suis pas ma propre mesure, qui ne suis que ce que
je suis. Dieu est l'être parfait et infini, qui fait que je ne suis
pas Dieu, mais que je ne suis pas rien. Pas de progrès ici, Dieu
est infini en ce qu'il n'a pas besoin de progresser pour le devenir.
La
liberté.
L'esprit se tourne
vers lui-même pour trouver la cause de ses erreurs. La cause de mes
erreurs n'est pas dieu, c'est moi. L'erreur est une privation de la vérité
que légitimement je voulais. Mais je ne peux me plaindre de ne pas
avoir la vérité, l'entendement ne conçoit pas les
idées de toutes les choses mais ne peut s'en plaindre, il est ainsi,
tel est sa nature. La partie ne peut être le tout. Ma volonté
n'est pas créatrice comme celle de Dieu mais elle est infinie comme
celle de Dieu. Mes erreurs ne viennent ni de l'entendement fini ni de la
volonté infinie mais de ce que la volonté infinie affirme
ou nie ce que l'entendement fini ne connaît pas. La volonté
au lieu de suspendre son jugement affirme ou nie, telle est la source de
l'erreur. Parce que la volonté est infinie elle est infiniment libre.
Le
fondement de la physique.
La science des
choses matérielles vient après, de ce qu'on peut connaître
de certain, la connaissance de l'esprit et de Dieu. La nature corporelle
est la chose ou substance étendue en longueur, largueur, et profondeur.
La matière est la quantité continue, indéfiniment
divisible.
"
Le
bon sens est la chose du monde la mieux partagée."
Descartes
C'est
par cet énoncé fracassant que Descartes ouvre le Discours
de la méthode, pour bien conduire sa raison et chercher la vérité
dans les sciences. Ce texte est le premier livre important de philosophie
en langue vulgaire, c'est-à-dire non
pas en latin, mais en français. Ecrire en français et non
en latin un ouvrage de science et de philosophie, que «même
les femmes pourraient comprendre», manifeste, de la part de
Descartes, une volonté de démocratisation du savoir; c'est
vouloir que le plus grand nombre de lecteurs possible soit touché
par la véritable révolution qu'il prépare.
Nous
oublions souvent, nous, lecteurs du vingtième siècle, que
le Discours n'est qu'une petite préface à trois gros
essais scientifiques (La Dioptrique, Les Météores
et La Géométrie) qui intéressaient les contemporains
beaucoup plus que le Discours que nous lisons maintenant seul. Cet
ouvrage paraît en 1637, à peine
quatre ans après le fameux procès de Galilée.
Galilée, savant italien, fut traduit devant le tribunal de l'Inquisition
pour avoir confirmé l’hypothèse de Copernic
selon laquelle « ce n'est pas le Soleil qui
tourne autour de la Terre, mais la Terre qui tourne autour du Soleil, et
sur elle-même »
Or,
cette révolution scientifique, qui signe une révolution dans
la façon de voir le monde et d'y définir la place de l'homme,
Descartes en est partie prenante. Il pratique la physique comme Galilée
et aboutit à des thèses aussi « dangereuses ».
Les résultats scientifiques et philosophiques auxquels il est parvenu,
Descartes veut les livrer au public, et il écrit donc son Discours
en français. Rien n'est plus flatteur pour le lecteur que d'apprendre
que le « bon sens est la chose du monde la
mieux partagée ». Puisque « bon sens »
est dans ce cas synonyme de « raison
», cela veut dire que « la raison est
naturellement égale en tout homme », que chacun possède
« la puissance de bien juger et de distinguer
le vrai d'avec le faux ». Car cela signifie, après
tout, que si ma mémoire ou mon imagination sont moins étendues
que celles de Descartes ou d'Einstein, ils n'ont pas plus de raison que
moi!
Cependant,
un lecteur scrupuleux du Discours est assez vite désarçonné
par la justification que Descartes donne de sa thèse: la preuve
que la raison est égale en tout homme, dit-il, c'est que si l'on
désire être plus riche, ou, avoir plus de mémoire,
personne
ne désire avoir plus de raison. C'est notre orgueil qui fournit
la preuve! En fait, ce qui intéresse Descartes, n'est pas cette
égalité de la raison. Ce thème est déjà
à l'époque un lieu commun, que beaucoup d'auteurs ont soutenu.
Un très célèbre commentateur de Descartes a montré
que ce n'était pas avec cette thèse que commençait
le cartésianisme, mais avec le problème suivant : «
La
diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus
raisonnables que les autres » ; ou encore, si la raison est
égale en chacun, comment se fait-il que « autant
de têtes autant d'avis », que certains se trompent
et d'autres pas ? La vraie question est là, la véritable
thèse de Descartes suit : « Ce n'est
pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien.
»
L'essentiel
réside donc dans la méthode. « Méthode »
est un mot qui vient du grec et qui signifie à l'origine «
chemin
» : c'est la voie qu'on emprunte pour mener sa pensée, pour
ne pas s'égarer. Si tous les hommes ont une raison égale,
savent également marcher, il semble clair, à Descartes que
certains s'égarent, se perdent, dissipent leurs forces. Il y a une
sorte d'obsession cartésienne à ne pas se perdre. Pour un
savant ou un philosophe qui, comme lui, sort des sentiers battus et balisés
de la tradition, rien ne saurait être plus important que de ne pas
s'égarer dans les terres inconnues à découvrir.
Aussi
trouve-t-on chez Descartes une magnifique définition de la méthode:
«
Par méthode, j'entends des règles certaines et faciles, grâce
auxquelles tous ceux qui les observent exactement ne supposeront jamais
vrai ce qui est faux, et parviendront sans se fatiguer en efforts inutiles,
mais en accroissant progressivement leur science, à la connaissance
vraie de tout ce qu'ils peuvent atteindre. »
(Règles
pour la direction de l'esprit, règle IV).
La
méthode garantit donc:
I.
la certitude (l'élimination
de l’erreur)
2.
la facilité et l’économie d'efforts
;
3.
la fécondité et l'augmentation progressive
des connaissances;
4.
la sagesse, en ce sens que l'homme
qui s'y soumet atteindra la connaissance de tout ce qu'on peut humainement
savoir.
Resterait
à dire pourquoi Descartes ressent le besoin de créer une
méthode, applicable à tous les objets
de connaissance, après vingt-trois siècles de science
et de philosophie.
La
première partie du Discours en fournit l'explication, qui
se présente comme une biographie intellectuelle de notre auteur.
Descartes y expose que ce qui l'a poussé à sortir des sentiers
battus, c'est une véritable crise de l'éducation qui est
signe d'une crise de civilisation. Bon élève dans un excellent
collège (La Flèche), dans un des pays les plus en avance
du monde, Descartes découvre avec consternation que tout ce qu'on
lui propose, quelles que soient son utilité et sa richesse, n'est
bâti « que sur du sable et de la boue
».
Le doute s'immisce dans son esprit
: alors qu'il a été éduqué par les meilleurs
maîtres, sa recherche d'une certitude
échoue. Il cherchait, et l'éducation lui promettait «
la
connaissance claire et assurée de tout ce qui est utile à
la vie », mais il se trouve «embarrassé
de tant de doutes et d'erreurs, qu'il me semblait n'avoir fait aucun profit,
en tâchant de m'instruire, sinon que j’avais découvert de
plus en plus mon ignorance».
L'échec
de la tradition pousse donc Descartes à trouver par lui-même
et une connaissance vraie, et la méthode qui y conduit. Ce faisant,
Descartes réduit à néant les autorités traditionnelles,
ce système de pensée qu'on nomme la scolastique
et qui est l'héritage d'Aristote
repensé par le christianisme. Le cartésianisme récuse
donc une autorité fondée sur le respect de la tradition,
pour y substituer les droits de la raison.
En ce sens, Descartes est le père fondateur de la pensée
moderne.
Nous
avons tendance à oublier l'ironie de
la phrase « le bons sens est la chose du monde
la mieux partagée » ; elle n'affirme pas les droits
du « sens commun », du « bon sens » populaire,
que la philosophie et la science de Descartes allaient balayer. Elle affirme
au contraire l'urgence d'élaborer une méthode
permettant à chacun d'user au mieux de sa raison, de son
aptitude à raisonner. Il importe surtout de comprendre que cette
méthode s'inscrit dans un mouvement de contestation
de la tradition. Descartes, déçu par l'enseignement
de son temps, et témoin d'une crise scientifique aigué, s'apprête
à remettre en cause les autorités scientifiques et philosophiques
de son époque. Sous une apparence rassurante: « Le
bon sens est la chose du monde la mieux partagée »,
une véritable révolution se prépare, celle dont est
issue notre modernité.
La
conception cartésienne de Dieu
Le concept de vérité
chez Descartes
Le
songe d'une nuit d'automne
IV.
Méditation : Du vrai et du faux
V:
Méditation : De l'essence des choses matérielles; et derechef
de Dieu, qu'il existe
VI: Méditation:
De l'existence des choses matérielles, et de la réelle distinction
entre l'âme et le corps de l'homme
L'entendement
ne démontre pas l'existence des choses matérielles.