1. Guerre d'Algérie
La fin de 40 ans de silence

2. La vérité sur la torture

3. La France rend enfin hommage aux harkis

4. Les chiffres de la guerre d'Algérie

Pour aller plus loi

Sujets d'étude

Guerre d'Algérie
La fin de 40 ans de silence

Nach einem jahrelangen Krieg entließ Frankreich am 18. März 1962 Algerien in die Unabhängigkeit. Erst heute, vierzig Jahre danach, beginnt Frankreich ernsthaft mit der Aufarbeitung.
Von Jean-François Mondot

Après Vichy et la collaboration, l'Algérie! Le deuxième tabou de l'histoire française du XXe siècle est en train de tomber. Cela a pris du temps : attachée à la haute image qu'elle a d'elle-même, la France a souvent été oublieuse de son passé au cours du siècle que nous venons de quitter.
Les points communs entre Vichy et la guerre d'Algérie sont nombreux. D'abord par la durée de l'oubli qui, dans les deux cas, a duré une quarantaine d'années. Ce chiffre correspond à un changement de génération, mais aussi au délai minimum de 30 ans avant l'ouverture des archives qui a donné de nouveaux éléments aux historiens. Pendant quarante ans, la guerre d'Algérie a été une guerre qui n'osait pas dire son nom.
Dès le début, en 1954, il y a la volonté de minimiser le conflit. Le gouvernement parle d'«insurrection» et de «rebelles» face auxquels on «rétablit l'ordre républicain». À partir de 1956, on parle des «événements d'Algérie» : comment parler d'une guerre avec l'Algérie, puisque celle-ci se compose de trois départements français à part entière?
L'hypocrisie va donc durer 40 ans. Jusqu'en 1999, les documents officiels qui font référence au conflit parlent pudiquement d'«opérations de maintien de l'ordre en Afrique du Nord». Et ce n'est qu'en juin 1999, sous l'initiative du ministre des Anciens Combattants, Jean-Pierre Masseret, que l'Assemblée nationale a voté un texte
permettant de parler de «guerre d'Algérie».
Une génération de jeunes historiens a également beaucoup contribué à ce que l'on appelle désormais les choses par leur nom. Sur des sujets hier tabous comme la pratique de la torture ou bien l'abandon des harkis (lire pages suivantes), on commence à avoir une vision bien plus objective qu'il y a encore 10 ans. Non seulement les archives parlent, mais les acteurs de cette guerre, au soir de leur vie, semblent éprouver un besoin de se décharger d'un passé trop lourd.
Ce devoir de mémoire est essentiel pour la France. Car, entre les anciens appelés (simples soldats qui ont servi en Algérie, deux millions de Français), les pieds-noirs (les colons français d'Algérie, un million à l'origine), les Algériens immigrés et leurs descendants, cela fait en tout six millions de personnes pour qui l'Algérie reste une blessure.
Tant qu'une parole de vérité, établissant une bonne fois pour toutes les responsabilités des uns et des autres, ne se sera pas fait entendre, l'Algérie empoisonnera l'unité nationale. Cela est apparu de manière particulièrement claire lors du match de football France-Algérie le 6 octobre 2001. Ce devait être le «match de la réconciliation». Dans les tribunes, des fils et petits-fils d'immigrés algériens. Que se passa-t-il? Les joueurs de l'équipe de France ainsi que l'hymne français furent sifflés, et les supporters de l'équipe d'Algérie envahirent le terrain pour éviter une humiliation à leurs joueurs.
Comment pouvait-il en être autrement? Beaucoup de jeunes Français d'origine algérienne ont une identité blessée. Ni la France (sauf, un peu, à l'école), ni leurs parents ne leur ont parlé de la guerre d'Algérie. Comment ceux-ci pouvaient-ils expliquer à leurs enfants qu'ils étaient venus s'installer dans le pays qu'ils avaient combattu?
Pour tous ces jeunes et pour tous ceux qui, en France, sont liés à l'Algérie d'une manière douloureuse, le moment d'une parole claire semble venu. Avant de tourner la page, ne faut-il pas d'abord la lire?

Vichy Sitz der Regierung des Maréchal Pétain, der mit den Nazis kollaborierte
attaché,e à festhaltend an
oublieux,se vergesslich
le délai die Frist
minimiser herunterspielen
l'insurrection (f) der Aufstand
rétablir wiederherstellen
l'événement (m) das Ereignis
à part entière voll berechtigt
l'hypocrisie (f) die Heuchelei
pudiquement verhüllend
le maintien de l'ordre die Aufrechterhaltung der öffentlichen Ordnung
l'ancien combattant (m) der Veteran
voter un texte ein Gesetz verabschieden
contribuer à beitragen
le sujet das Thema
la torture die Folter
l'abandon (m) das Fallen- lassen, die Preisgabe
éprouver un besoin ein Bedürfnis empfinden
se décharger de sich befreien von
le devoir de mémoire die Erinnerungspflicht
essentiel,le entscheidend
l'appelé (m) der Einberufene
le pied-noir der Algerien-franzose
les descendants (m/pl) die Nachkommen
la blessure die (moralische) Wunde
tant que solange
une bonne fois pour toutes ein für alle Mal
la responsabilité die Verantwortung
empoisonner vergiften
la réconciliation die Versöhnung
siffler auspfeifen
le supporter der Fan
envahir stürmen
l'humiliation (f) die Kränkung
lié,e à verbunden mit
tourner la page einen Schlussstrich ziehen
 
 

La vérité sur la torture

Die Folterung algerischer Freiheitskämpfer war an der Tagesordnung und notwendig: so die Aussage eines Generals in seinem umstrittenen Buch.

La torture est un de ces sujets que la France aurait à tout prix voulu oublier. Récemment, la parution du livre du général Aussaresses a remis ce sujet sous les feux de l'actualité.
Paul Aussaresses, général à la retraite, 83 ans, a raconté son expérience de la guerre d'Algérie (il était responsable d'un bataillon de parachutistes à Alger en 1957) dans ce livre paru en mai 2001 : Services spéciaux, Algérie 55-57. Il y mentionne les actes de torture et même les assassinats qu'il a commis pendant cette période ; il raconte la torture à l'électricité infligée aux Algériens auxquels on plaçait des électrodes sur la langue ou sur les testicules ; il raconte comment il a fait «descendre» lui-même 60 prisonniers musulmans soupçonnés d'un massacre d'Européens en août 1955.
Autant que l'horreur des faits eux-même, c'est le ton du livre qui a choqué. Car le général Aussaresses ne regrette absolument rien : «J'étais indifférent. Il fallait les tuer, c'est tout, et je l'ai fait», écrit-il. Ou encore : «La torture devenait légitime dans les cas où l'urgence l'imposait. Un renseignement obtenu à temps pouvait sauver des dizaines de vies humaines.»
Cet argument est celui le plus couramment employé pour justifier l'usage de la torture. Mais une jeune historienne, Raphaëlle Branche, démontre dans son livre La torture et l'armée pendant la guerre d'Algérie, que la torture en Algérie était bien plus que cela : «Torturer, ce n'est pas seulement faire parler, c'est aussi faire entendre qui a le pouvoir.» Selon elle, 108 175 personnes ont subi la torture dans le centre le plus connu, la ferme Améziane (région de Constantine). À partir de ce chiffre, elle estime à plusieurs centaines de milliers le nombre d'Algériens qui ont été torturés par l'armée française.

récemment kürzlich
la parution das Erscheinen
sous les feux de  in den Blickpunkt
l'actualité der Öffentlichkeit
à la retraite a.D.
mentionner erwähnen
commettre assassinat un einen Mord begehen
infligé,e zugefügt
le testicule der Hoden
descendre (fam.) abknallen
le prisonnier der Gefangene
soupçonné,e verdächtigt
indifférent,e gleichgültig
l'urgence (f) die Dringlichkeit
à temps rechtzeitig
faire entendre zu verstehen geben
subir erleiden
 
 

La France rend enfin hommage aux harkis

Frankreich ließ zu, dass die Algerier, die an seiner Seite gekämpft hatten, von den eigenen Landsleuten massakriert wurden. Eine späte Wiedergutmachung bahnt sich an.

En ce 25 septembre 2001, quand il prend la parole pour rendresolennellementhommage aux harkis, ces musulmans engagés aux côtés de l'armée française, les mots de Jacques Chirac sont soigneusement pesés : «La France, en quittant le sol algérien, n'a pas su empêcher le massacre des harkis. Elle n'a pas su sauver ses enfants.»
Pour la première fois, du bout des lèvres, Jacques Chirac fait l'aveu d'une responsabilité française. Bien sûr, les associations de harkis ne sont pas totalement satisfaites, car la France n'a pas présenté explicitement ses excuses. Mais le progrès est net.
Pourquoi le problème des harkis est-il si douloureux? De manière rigoureuse, on appelle «harkis» les musulmans qui ne faisaient pas partie des appelés ou des groupes régulières, mais qui étaient des «supplétifs», sous contrat mensuel et sans statut militaire. En mars 1962, il y avait 140 000 musulmans au service de la France, dont 56 000 dans les troupes régulières. Pourquoi s'étaient-ils engagés aux côtés de la France? Certains ont été forcés. D'autres se sont engagés par haine des brutalités du FLN. Un certain nombre, enfin, s'est engagé par conviction. Lors des accords d'Évian, le sort de ces musulmans considérés comme des traîtres par le FLN a bien entendu été évoqué : les négociateurs français avaient obtenu un accord suivant lequel aucunes représailles ne seraient exercées contre eux. Mais cet engagement avait été conclu avec le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne). Or, au moment où l'Algérie devient indépendante, ce gouvernement éclate. Et le nouveau gouvernement ne se sent pas lié par les engagements du GPRA.
Des massacres éclatent. Or les harkis, et c'est là le point le plus douloureux de la mauvaise conscience française, ont été désarmés.
Sans défense, beaucoup d'entre eux (entre 30 000 et 100 000) sont alors massacrés par les hommes du FLN ; 20 000 trouvent refuge en France où ils seront parqués dans des camps dans des conditions déplorables. Rejetés par les Algériens qui les considèrent comme des traîtres, et abandonnés par les Français, les harkis et leurs descendants allaient entamer un long et difficile combat contre l'oubli.

rendre hommage ehren
solennellement feierlich
soigneusement pesé,e abgewägt
empêcher verhindern
du bout des lèvres widerwillig
faire l'aveu (m) eingestehen
explicitement ausdrücklich
de manière rigoureuse streng genommen
les supplétifs (m/pl) die Hilfstruppen
le contrat der Vertrag
forcer zwingen
la haine der Hass
le FLN (Front de  libération nationale) alger. Befreiungsbewegung
la conviction die Überzeugung
le sort das Schicksal
le traître der Verräter
bien entendu selbstverständlich
éclater auseinander-brechen
lié,e gebunden
la mauvaise conscience das schlechte Gewissen
désarmer entwaffnen
trouver refuge (m) Zuflucht finden
parquer zusammenpferchen
le camp das Lager
déplorable erbärmlich
rejeté,e  verstoßen
entamer beginnen
 
 

Les chiffres de la guerre d'Algérie

* Nombre total de victimes : entre 200 000 et 300 000 morts ou disparus
* Nombre de victimes chez les Français : 24 000 morts (dont 4 500 musulmans)
* Nombre de victimes du côté du FLN : 141 000
* Nombre de victimes civiles du terrorisme du FLN : 19 000 morts (dont 6 000 musulmans), 21 000 blessés et 14 000 disparus
* Nombre de victimes du terrorisme de l'OAS : 2 700 morts

la victime  das Opfer
le disparu,e der Vermisste

  Livres sur l'Algérie
+ Les Chevaux du soleil. Jules Roy. Livre de poche. Une fresque
romanesque magnifique qui raconte le début de la conquête de l'Algérie
jusqu'à son
indépendance.
+ La guerre d'Algérie. Yves Courrière. Éditions Fayard.
+ La guerre d'Algérie et les Algériens. Charles-Robert Ageron. Éditions
Armand-Colin.

Écoute 3 (2002): 52-55
Spotlight-Verlag, 82152 Planegg
www.spotlight-verlag.de
 

Sujets d'étude
 

1. Dans quelle mesure l'Algérie a été un tabou au même titre que Vichy et pour quelle raison ce tabou est en train de tomber?
2. Par quels moyens la IV République a-t-elle essayé de minimiser le conflit ?
3. Quand est-ce que la désignation "guerre d'Algérie" a été reconnu officiellement ?
4. A l'heure actuelle, quelles sont les personnes qui sont toujours directement concernées par la "blessure" de l'Algérie ?
5. Pourqui le match de foot de 2001 était-il un événement historique?

6. En quoi consiste l'ambiguité des jeunes algériens?

7. Pourquoi est-ce que le livre du général Aussaresses a remis la responsabilité du gouvernement français sous les feux de l'actualité?

8. Les harkis, qui étaient-ils?
9. Pourquoi s'étaient-ils engagés aux côtés de la France?
10. Quel a été le sort des harkis?

1. Pour aller plus loin:
/html/2b-frnz-s-01/overmann/baf4/algerie/algerie6.htm
La blessure des harkis devant les tribunaux
39 ans après la fin de la guerre d'Algérie
Libération, 30.08.2001, par Jacqueline Coignard

2. Pour aller plus loin:
/html/2b-frnz-s-01/overmann/baf4/algerie/alg6a.htm
Plainte contre X pour crimes contre l'Humanité
Extraits de témoignages

HARKIS
Une histoire dramatique et refoulée
http://perso.wanadoo.fr/jacques.orlianges/Harkis.htm