La blessure
des harkis devant les tribunaux
39 ans après la fin de la
guerre d'Algérie
Libération, 30.08.2001, par Jacqueline
Coignard
Les harkis – anciens supplétifs algériens
de l’armée française en Algérie – ont porté
plainte pour crime contre l’humanité.
Ils accusent la France de les avoir trahis en 1962
et de les avoir livrés à la vengeance
collective des nationalistes algériens. On estime à 65 000
le nombre des harkis massacrés sur ordre des autorités algériennes
après l’indépendance du pays.
C’est aujourd’hui qu’un groupe de harkis va déposer
auprès du tribunal de grande instance
de Paris une plainte contre X qui vise
la France pour « crime contre l’humanité ». L’annonce
qu’en avait faite au mois d’avril
Me Philippe Reulet,
leur avocat, sonnait comme un appel à la mobilisation et aux témoignages.
Finalement, ils seront neuf particuliers et
une association à porter cette accusation.
Selon les plaignants, la France a sciemment
condamné
les harkis et leurs familles à une mort certaine, dès la
signature des accords d’Evian qui mettaient
un terme à la guerre d’Algérie, en mars
1962. Et de décrire les étapes d’un lâchage
planifié : on désarme par la force ou par la ruse
ces supplétifs de l’armée française ; on les exclut
des plans d’évacuation ; on leur interdit
toute retraite vers l’Hexagone.
Tout
en ayant la certitude qu’un bain de sang les attend. Quant
à ceux qui ont malgré tout réussi à s’enfuir
et qui n’ont pas été refoulés
à leur arrivée sur le sol français,
ils ont été
parqués dans des
camps, dans des conditions qui constituent des « atteintes
graves à leurs droits essentiels », expliquent les requérants.
LES opérations de désarmement
collectif dans les harkas ont démarré
dès mars 1962, alors que la France s’engageait
à rester garante du maintien de l’ordre
jusqu’au 2 juillet, veille de l’indépendance
de l’Algérie. Les supplétifs n’avaient aucune raison de s’y
prêter de bonne grâce : au cours des mois précédents,
« les principaux responsables politiques et militaires du FLN
appelaient sans précautions oratoires
au meurtre des harkis et de leurs familles, qui
n’étaient plus désignés que sous le vocable unique
de traîtres », écrit Me Reulet.
(…)
Pour démontrer que les autorités françaises ne
se faisaient aucune illusion sur les « promesses de pardon »
faites par l’ALN (Armée de libération nationale algérienne)
pendant les négociations préparatoires aux accords d’Evian,
Me Reulet cite le livre écrit par un militaire, le général
Maurice Faivre. Qui indique que des directives secrètes algériennes,
interceptées
par l’armée française (…) donnaient pour
mission de « se montrer conciliant envers les harkis afin de
ne pas provoquer leur départ
en métropole,
ce qui leur permettrait d’échapper à la justice de l’Algérie
indépendante. Les valets du régime ne
trouveront le repos que dans la tombe ».
C’est donc en toute connaissance
de cause que les autorités françaises ont bloqué
en Algérie les harkis qu’elles avaient utilisés depuis 1954
pour leur connaissance du terrain, estiment les signataires de la plainte.
Ils reproduisent notamment deux documents où Louis Joxe, ministre
d’État chargé des Affaires algériennes,
rappelle que les militaires ou fonctionnaires qui aideraient au rapatriement
de
harkis en métropole doivent être sanctionnés.
Une note détaillée du commandement supérieur des
forces armées en Algérie insiste : « n’accorder asile
que dans des cas exceptionnels ». Non seulement parce que la présence
en France des harkis n’est pas souhaitée, mais aussi parce qu’il
s’agit de ne pas froisser « le gouvernement
algérien, (…) en protégeant ses opposants ».
C’est ainsi que les harkis ont été égorgés
par dizaines de milliers par le FLN victorieux ou les combattants de la
vingt-cinquième heure. « Ces exécutions massives et
sommaires
constituent, pas leur ampleur et le fait qu’elles
aient été perpétrées
et inspirées pour des raisons politiques, des crimes contre l’humanité
», écrit Me Reulet. Les plaignants relèvent
par
ailleurs que les familles « accueillies
» l’ont été dans des conditions très spéciales
: camps insalubres, travaux forcés sans
rémunération,
couvre-feu.
(…)
Les harkis porteurs de cette plainte ne veulent pas se contenter de
l’unique journée nationale d’hommage qui leur est réservée,
à l’initiative du président de la République, le 25
septembre prochain. Ils veulent que la vérité soit établie,
même quarante ans après. « Il ne s’agit pas de faire
l’Histoire devant une juridiction. Je ne suis pas pour la
judiciarisation de l’Histoire. Mais nous voulons
des comptes : qui a fait quoi, et pourquoi », explique Me Reulent.
(…)
La guerre d’Algérie: der algerische Unabhängigkeitskrieg
(1954-1962) – blessure (f.) h: moralische Wunde
– les supplétifs (m.pl.) h.: die Hilfstruppen
– porter plainte (f.) Anzeige erstatten – le
crime contre l’humanité: das (nicht verjährbare) Verbrechen
gegen die Menschheit – trahir: verraten – vengeance
(f.): Rache – déposer (Anzeige, Klage)
einreichen – le tribunal de grande
instance das Zivilgericht (der 2. Instanz) – la
plainte contre X die Anzeige gegen Unbekannt – viser
qn s. gegen jdn. Richten – Me = Maître (Rechtsanwalt
oder Notar) – témoignage (m.) Zeugenaussage
– le particulier die Privatperson – le
plaignant der Kläger – sciemment wissentlich
– les accords d’Évian das
Friedensabkommen von Évian (zwischen Frankreich un den alger. Nationalisten,
18-3-1962) – terme (m.) h. : Ende – le
lâchage das Fallenlassen, die Preisgabe – ruse
(f.) List – exclure ausschließen – évacuation
(f.) gem. : der in Algerien lebende Franzose – retraite
(f.) Rückzug – l’Hexagone (m.) gem.:
Frankreich – tout en ayant la certitude
gleichwohl man die Gewissheit hat – quant à
was ...betrifft – refouler zurückdrängen
– sol (m.) Boden – parquer
zusammenpferchen – atteinte (f.) Verletzung
– le requérant der Antragsteller
– LES...la harka (arab.) das Harki-Regiment
– démarrer beginnen – alors
que während – s’engager s. verpflichten
– le maintien der Erhalt – la
veille der Vortag – s’y prêter
de bonne grâce gerne dabei mitmachen – le
FLN Front de libération nationale (spätere Einheitspartei der
alger. Nationalisten) – sans précautions
oratoires ohne Vorsicht bei der Wortwahl – meurtre
(m.) Ermordung – unique einzig – traître
(m.) Verräter – intercepter abfangen
– mission (f.) h.: Auftrag – en
métropole (f.) gem.: im französischen Mutterland – valet
(m.) Diener – tombe (f.) Grab – en
toute connaissance de cause in voller Kenntnis der Sachlage – bloquer
qn jdn. festsetzen – chargé de beauftragt
mit –le rapatriement die Rückführung in die
Heimat – sanctionner bestrafen – froisser
kränken – égorger qn jdm. Die Kehle
durchschneiden – sommaire (Exekution) im Schnellverfahren
– ampleur (f.) Ausmaß – perpétrer
verüben – relever h.: betonen – par
ailleurs außerdem - accueilli gem.:
von Frankreich als Asylanten aufgenommen – insalubre
gesundheitsschädlich, verslumt – rémunération
(f.) Bezahlung – le couvre-feu die Ausgangssperre
– la judiciarisation de l’Histoire die strafrechtliche
Aufarbeitung der Geschichte – vouloir des
comptes (m.pl.) Rechenschaft verlangen.