Histoire de la Bretagne


Manfred Overmann
Jürgen Wagner



Le dossier complet en PDF et en Word

Partout ou le soleil passe, le breton passe (Catherine de Sienne, 1347-1380)
(Rien de plus vrai, les navires bretons transportant les marchandises dans toute l'Europe pour toute l'Europe)

Histoire de Bretagne

Faire un tour d’horizon
de l’histoire mouvementé 
de la Bretagne









Un petit pays avec une grande histoire


Le dossier en format  PDF

asterixLa préhistoire
Tout à commencé il y a bien longtemps, lorsque l’histoire s’appelait préhistoire:
Il y a 5000 ans, à l'âge du néolithique, 1’âge d'or de la préhistoire armoricaine, nous assistons à la naissance d'un gigantisme architectural de l'art mégalithique par un peuple dont nous ne savons rien. Il a transporté et dressé; d'énormes blocs de terre que nous appelons les mégalithes (du grec   mega= grand et de lithos = pierre) ou menhirs (du breton maen hir = pierre longue). L' édification de ces monuments remonte à plus de 2000 ans avant la construction des Pyramides d’Égypte (4500-2000 ans av. JC) à l’époque de la production des haches de pierre. La population de l’époque s’élève à un chiffre entre 50.000 et 100.000 hommes pour 3.500.000 à l’heure actuelle.
Texte à trousTexte à trous Écoutez et/ou lisez le texte, puis complétez les espaces et cliquez sur correction. 

Pour aller plus loinBeaucoup de théories ont été émises à propos de l'origine de ces monuments. L'orientation de certains menhirs par rapport au lever du soleil à une époque précise de l'année a pu faire penser à des cérémonies calendaires liées à l'agriculture, mais aussi à un culte des morts. Ces blocs assemblés forment des chambres funéraires (Dolmen = table de pierre) et sont la preuve d’une organisation sociale développée.

Texte à trous Écoutez et/ou lisez le texte, puis complétez les espaces et cliquez sur correction.

Sujets d'étude
  1. Quelle autre appellation a-t-on employée pour désigner l'âge néolithique?
  2. Sur combien d'années l'époque du néolithique s'étend-elle?
  3. Expliquez l'origine des termes mégalithes et menhirs.
  4. Définissez l'édification des monuments mégalithiques par rapport à l'époque de la construction des Pyramides d'Égypte.
  5. Pourquoi le gigantisme architectural est-il toujours resté énigmatique?
  6. Citez deux théories sur l'origine des menhirs.
  7. Pourquoi, à votre avis, ignore-t-on l'origine et la signification exactes de ces monuments?
  8. Qu'est-ce qu'un Dolmen?
  9. Pour aller plus loin, cliquez ici!
  10. Pour aller plus loin: Des mystères alignés. Dans: Trinka (2000): Une Bretagne drôlement remarquable. Bannalec: Des Dessins et des Mots, Kérignan : 71.

Les alignements de Carnac
Il faut savoir qu'au cours des XIXème et XXème siècle, dans les 5 départements bretons de cette époque - Côtes d'Armor, Finistère, Ille-et-Vilaine, Loire Atlantique et Morbihan – on a pû recenser plus de : 1000 dolmens et 6000 menhirs, dont 5000 érigés en alignements ou en cromlechs (cercle) et 1000 apparemment isolés.
Les fouilles ont permis de classer les mégalithes en 2 catégories :
a) les sépultures : dolmens, allées couvertes, tumulus, cairns
b) les pierres dressées : menhirs, alignements, cromlechs
Les alignements de Carnac qui gardent tout leur mystère en sont la démonstration la plus célèbre.

Texte à trous Écoutez et/ou lisez le texte, puis complétez les espaces et cliquez sur correction


L'absence de documents écrits et l'interrogation sur l'origine des menhirs créèrent ainsi l'image d'une Bretagne profondément mystique. L'âme bretonne a toujours incliné au rêve, au fantastique et au surnaturel ce qui explique l'étonnante abondance des légendes au pays d'Armor. Le roi Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde, la fée Viviane et Merlin l'enchanteur dans la forêt de la Brocéliande n'en sont que les exemples les plus célèbres.

Texte à trous Écoutez et/ou lisez le texte, puis complétez les espaces et cliquez sur correction


Sujets d'étude
  1. Exercice à choix multiple
  2. Dessinez des menhirs en alignements et en cromlechs, puis des Dolmens.
  3. Faites une recherche Internet pour trouver des photos illustrant les différentes catégories de mégalithes.
  4. Dressez une liste en indiquant au moins deux villes dans chaque département breton ou se trouvent des mégalithes. Puis précisez de quelle sorte de pierres il s'agit. (Carte, link)

département villes   mégalithes
Finistère       
Carnac   
menhirs en alignements
.
.
.
.
.
.

      
       5. Quels phénomènes ont contribué à la mystification de la Bretagne?


Entre le Vème et le IIème siècle av. JC





L’Armorique celtique 

À l’âge du bronze (2.000 à 700 av. J.-C.)  l'Armorique était un pays prospère, au commerce actif et, déjà, un haut lieu spirituel du vieux continent. Les Celtes (Keltoi pour les Grecs ; Galli pour les romains) qui arrivent sur leurs chevaux apportent avec eux le fer, une langue, un sentiment très vif de la liberté et une conception du monde que transmettent, par voie orale, les druides. De leur enseignement, interdit à l'écriture pour des raisons religieuses, nous n'avons qu'une connaissance lacunaire.

Entre le Vème et le IIème siècle av. JC. a lieu la période d'extension maximale des Celtes qui déferlent sur l’Europe (Rome se rend en –390 ; -279 Delphes est pillé ; -186 on en trouve des traces en Égypte). Ils s'installent dans la plaine du Pô et parviennent même jusqu'en Asie Mineure. Les celtes, que l'on nomme tribus "armoricaines", pénètrent en Armorique à partir du VIème siècle avant J.C.

A partir du IIème siècle avant JC commencent la domination romaine et la fin progressive de la civilisation proprement celte. Mais les Celtes d'Armorique continueront d'entretenir durant les cinq siècles d'une romanisation mal supportée des liens étroits, tant culturels que politiques et commerciaux, avec leur frères d'outre-Manche, les Brittons.

La théorie la plus récente pense que les Celtes seraient arrivés dans notre pays beaucoup plus tôt que le dit la thèse des migrations, ce sont eux qui auraient érigé les mégalithes.

Aujourd'hui, les peuples d'origine celte qui à l'époque se sont unis aux populations autochtones sans heurt et ont formé cinq peuples dont certaines villes conservent encore le souvenir, sont concentrés sur les côtes de l'Europe occidentale. Ils vivent principalement en Bretagne, en Cornouailles, au Pays de Galles, en Ecosse, dans l'île de Man et en Irlande.

Sujets d'étude
  1. Comment les Grecs et les romains appellent-ils les Celtes?
  2. D'où viennent les Celtes et comment s'appellent ces pays à notre époque?
  3. Décrivez l'expansion des Celtes.
  4. Quand est-ce qu'ils ont commencé à pénétrer en Armorique?
  5. Quelles relations ont-ils entretenu avec les Brittoniques?
  6. Où est-ce que les peuples d'origine celte vivent de nos jours?

Les Vénètes = Vannes (adossés au sud-ouest de la Vilaine remontaient jusqu’à Quimperlé et l’intérieur du Finistère actuel)
Les Redones = Rennes (possédaient la partie orientale du pays)
Les Namnètes = Nantes (qui occupent le Sud du pays compris entre la Vilaine et la Loire)
Les Coriosolites s’ inserraient entre le pays de Saint-Brieuc et la Vallé de la Rance.
Les Osismei tenaient la pointe armoricaine.

Le sacré imprègne la vie des Celtes et leur donne une unité. Les « druides » sont à la fois prêtres, poètes, savants et philosophes…
Héritiers d’un savoir millénaire, les peuples armoricains vont devenir des puissances maritimes. Les Vénètes sont la plus puissante tribu côtière. Ils possèdent la plus grande flotte, avec laquelle ils commercent avec la Bretagne et s’opposeront même à la conquête par les romains.




Sujets d'étude
  1. Dressez un tableau en associant les cinq peuples aux lieux indiqués dans le texte.
  2. Retrouvez les lieux (villes, fleuves, départements) sur la carte (et coloriez-les). 
  3. Qui sont les druides? Faites une recherche Internet pour approfondir le sujet; puis exposez vos résultats en plenum
  4. Quels sont les rapports entre les peuples armoricains et la Grande-Bretagne?
  5. Quels sont les trois critères qui définissent les Vénètes?

Le peuple
Les lieux (villes, fleuves, départements)
Les Vénètes                                      














L’Armorique gallo-romaine

Jusqu’en 57 av. J.-C., les rapports entre Celtes et Romains furent surtout commerciaux. Quand César envoya la 7ème légion de Publius Crassus hiverner près d’Angers, les Vénètes (la plus puissante tribu de la région) comprirent que l’intention du général romain était de parachever la conquête de la Gaule et de conquérir l'Armorique. Mais les Vénètes ne tenaient pas à renoncer à leur indépendance. Ils emprisonnèrent donc les émissaires de Crassus, chargés de la réquisition des vivres et, en 56, soulevèrent l’Armorique. Aussitôt César intervint. 

Ne pouvant venir à bout des Vénètes retranchés dans leurs camps fortifiés, il opta pour la guerre navale. Malgré la supériorité de navigation des navires vénètes man½uvrés à la voile, - les Vénètes disposent de 220 navires en chêne à fond plat - les lourds bateaux romains mus à la rame favorisés par une accalmie de vent l’emportèrent. Ce fut la fin de l’indépendance armoricaine, même si les autres tribus armoricaines (Coriosolites, Redones et Osismes) envoyèrent plusieurs milliers de guerriers à participer à la révolte de Vercingétorix à Alésia assiégée en 52 av. J.-C.  La politique de l’empereur Auguste (-27 à 14) intégra l’Armorique à la province de la Gaule.






Les cités gallo-romaines et les principales voies romaines en Armorique.
D’après Louis Élégoët, Bretagne – une histoire, CRDP de Bretagne, Rennes 1999, p.30.

  1. Étudiez attentivement la carte historique et expliquez ce qu'elle indique.
  2. Comparez cette carte avec la carte géographique de la Bretagne actuelle. Quelles observations et conclusions pouvez-vous en tirez?

Sujets d'étude

  1. Quels furent les rapports entre Romains et Celtes jusqu'en 57 avant J.C.?
  2. Quelle fut la tâche des émissaires de Crassus?
  3. Pourquoi les Vénètes les emprisonnèrent-ils?
  4. Quelles furent les vraies intentions du général romain Publius Crassus et de la 7ème légion?
  5. Comment les Vénètes réagirent-ils?
  6. Est-ce que César put vaincre les Vénètes sans connaître trop de résistance?
  7. Comparez la construction des bateaux romains et celtes?
  8. Pourquoi les Vénètes perdirent-ils la bataille navale malgré la supériorité en nombre de leurs bateaux?
  9. Comment les autres peuples armoricains réagirent-ils face à cette défaite?
  10. Qui fut le dernier à ne pas vouloir se soumettre à la conquête de l'Armorique par les troupes romaines? Comment s'appela l'empereur romain qui paracheva la conquête de la Gaule?
  11. Ce fut à quelle époque?
Avec la conquête romaine la Bretagne entre dans une période apparente de prospérité qui permet le renforcement du réseau routier, le développement d’une économie adaptée et la construction de nouvelles villes : Nantes (Condevicnum), Rennes (Condate) et Vannes (Darioritum) qui devient la capitale des Vénètes.

C’est aux l’alentours de 410, que l’Armorique se souleva contre un pouvoir central inefficace et amena la chute de l’Empire par l’arrivée de plus en plus massive des Bretons qui avaient déjà assisté les Vénètes dans leur lutte contre César. Effectivement, de part et d’autre de la Manche existait une civilisation identique et les peuples qui la partageaient se fréquentaient assidûment grâce aux relations maritimes. Le chenal étroit de la Manche ne représentait aucunement un obstacle, mais plutôt un lien entre les deux peuples.
Sujets d'étude
  1. Est-ce que l'Armorique souffre de la "pax romana"?
  2. Qu'est-ce qui amène la chute de l'Empire?
  3. Expliquez les rapports entre les peuples de part et d'autre de la Manche.
La bretonnisation de l’Armorique et la naissance de la Bretagne (460-570)

Invasions Iles Britaniques

Vers 430 la situation en Grande Bretagne devient précaire. Les Angles et Saxons, ces hommes de mer, se mettent eux aussi à chercher de nouveaux lieux d'établissements et jettent leur révolu sur les îles Brittoniques conquises auparavant par les celtes. Les Saxons quittent leur territoire entre l'Elbe et la Weser et débarquent vers l' estuaire de la Tamise pour s'y installer. Les forces romaines, peu nombreuses, s'y opposent avec des difficultés grandissantes. Des légions sont demandées en renfort, mais l'empire est bien incapable de les fournir car la situation sur le continent n'étant guère brillante face au barbares Wisigoths, Vandales et Burgondes. En 409 le contingent Romain quitte donc le sol Breton, laissant le champ libre aux envahisseurs
Migration Bretonne
Fuyant le surpeuplement et les invasions saxonnes, les Celtes désormais dominés, passent au second plan et vont chercher refuge ailleurs. Traversant le canal Brittonique ( la Manche ), ils s'installent de l'autre côté de la mer, dans la péninsule Armoricaine peu peuplée. Les nouveaux venus s'implantent sans heurt dans cette partie extrême de la Gaule, et donnent à leur nouvelle terre d'élection le nom de leur pays d'origine la Bretagne. Il s'agit, en fait, d'une "petite" Bretagne en comparaison de l'autre qui devient par opposition, la "grande" Bretagne. 

Le breton supplante peu à peu le latin comme langue véhiculaire. A partir du VIIème siècle, les Francs tentent de soumettre les Bretons. Ceux-ci refusent cependant d'être les Vassaux de leurs puissants voisins et secouent régulièrement le joug franc.






Les migrations à partir de la Cornouailles et du pays de Galles entre Ie Ve et le VIIe siècle.
D’après Louis Élégoët, Bretagne – une histoire, CRDP de Bretagne, Rennes 1999, p.43.
  1. Étudiez attentivement la carte historique et expliquez ce qu'elle indique.

Iles Britaniques




Sujets d'étude
  1. D'où les Angles et Saxons viennent-ils?
  2. Que déclenche leur arrivée en Grande Bretagne.
  3. Pour quelle raison les romains ne peuvent plus leur résister?
  4. Comment réagissent-ils?
  5. Quelles sont les conséquences de l'arrivée des Angles et Saxons pour la population brittonique?
  6. Comment les Bretons brittoniques appellent-ils la péninsule armoricaine?
  7. Définissez ce qu'est une langue véhiculaire par rapport à une langue vernaculaire. Trouvez des exemples.
  8. À quelle époque le breton commence-t-il à supplanter le latin. 
  9. De quand date le plus vieux manuscrit en vieux breton et en français roman?
  10. Où ce fragment est-il archivé?



NOMINOË:   Roi de Bretagne et Père de la Nation Bretonne (830 à 851)

Le duché de Bretagne

Dossier Word et PDF

Le Tribut de Noménoë

LANGUE D'UN PEUPLE 

Le Tribut de Nomenoe (du Barzaz Breiz) est un poème de 140 vers, plus grand que l'Iliade, plus beau, plus parfait qu'aucun chef-d'\oeuvre sorti de l'esprit humain.

{...} En vérité, aucun de ceux qui tiennent une plume ne devrait rencontrer un Breton sans lui ôter son chapeau.

George Sand, 1866.   Promenades autour d'un Village. 


<>799 Charlemagne soumet toute la Bretagne
Le duché de Bretagne
826 Louis le Pieux fait duc de Bretagne un noble Vannetais: Nominoé.
845 Nominoé se libère de la suzeraineté franque.
851 Erispoé, fils de Nominoé, prend le titre de roi de Bretagne.

Nominoë, le plus grand roi que la Bretagne ait eu, poursuivi l'oeuvre de la délivrance de sa patrie, mais par d'autres moyens que ses prédécesseurs. Il opposa la ruse à la force; il feignit de se soumettre à la domination étrangère, et cette tactique lui réussit pour arrêter un ennemi dix fois supérieur en nombre. L'empereur Charles dit le Chauve, fut pris à ses démonstrations d'obéissance. Il ne devinait pas que le chef breton, comme tous les hommes politique d'un génie supérieur, savait attendre. Quand vint le moment d'agir, Nominoë jeta le masque; il chassa les Francs au delà des rivières de l'Oust et de la Vilaine, recula jusqu'au Poitou les frontières de la Bretagne, et, enlevant à l'ennemi les villes de Nantes et de Rennes, qui, depuis, n'ont jamais cessé de faire partie du territoire breton, il délivra ses compatriotes du tribut qu'ils payaient aux Francs (841).


Statue de Nominoë, Premier Roi de Bretagne, Bains-sur-Oust Ille et Vilaine

C'est en 845, que Nominoë, comte de Vannes, refusant de se soumettre au roi Carolingien, Charles le Chauve, bat les troupes franques à Ballon, près de Redon et se libère de la suzeraineté franque. Pour le roi cette défaite marque l'échec de la conquête de la Bretagne et la victoire de Nominoë assurera 7 siècles d'indépendance à la Bretagne.
846 : Constitution de la monarchie. Charles Le Chauve reconnait l'indépendance de la Bretagne et Nominoé devient souverain.

Drouk-Kinnig Neumenoiou

Discographie

Kanerien Sant Karanteg , « Le Tribut de Nominoë » ,Diffusion Breizh, 1994, 24,39 ¤ , Cantate pour ch½ur, solistes, orchestre
Le Tribut de Noménoë




Le poème raconte comment Noménoë délivra  la Bretagne du tribut qu'elle devait payer aux Franks
en 841.

I

L'herbe est fauchée;
il a bruiné tout à coup.
- Bataille !

- Il bruine, disait le grand chef
de famille du sommet des montagnes d'Arez;
- Bataille !

Il bruine depuis trois semaines, de plus
en plus, de plus en plus, du côté du pays des Franks,

Si bien que je ne puis en aucune façon
voir mon fils revenir vers moi.

Bon marchand, qui cours le pays,
sais-tu des nouvelles de mon fils Karo ?

- Peut-être, vieux père d'Arez;
mais comment est-il, et que fait-il ?

- C'est un homme de sens et de coeur;
c'est lui qui est allé conduire les chariots à Rennes,

Conduire à Rennes les chariots
traînés par des chevaux attelés trois par trois,

Lesquels portent sans fraude le tribut de la Bretagne,
divisé entre eux.

- Si votre fils est le porteur du tribut,
c'est en vain que vous l'attendrez.

Quand on est allé peser l'argent,
il manquait trois livres sur cent;

Et l'intendant a dit :
- Ta tête, vassal, fera le poids. -

Et, tirant son épée,
il a coupé la tête de votre fils.

Puis il l'a prise par les cheveux,
et il l'a jetée dans la balance. -

Le vieux chef de famille, à ces mots,
pensa s'évanouir;

Sur le rocher il tomba rudement,
en cachant son visage avec ses cheveux blancs;

Et, la tête dans la main, il s'écria en gémissant :
- Karo, mon fils, mon pauvre cher fils ! -


























Pour aller plus loin:
NOMINOË   Père de la Nation Bretonne
Histoire du département de l'Ille-et-Vilaine et de Noménoë
http://www.chez.com/buan1/buanominoe.htm
Rois et Ducs de Bretagne I
Rois et Ducs de Bretagne II
Nominoë et la bataille de Ballon
Rois, Dus, Comtes de Bretagne                               
II

Le grand chef de famille chemine,
suivi de sa parenté;

Le grand chef de famille approche,
il approche de la maison forte de Noménoë.

- Dites-moi, chef des portiers,
le maître est-il à la maison ?

- Qu'il y soit ou qu'il n'y soit pas,
que Dieu le garde en bonne santé ! -

Comme il disait ces mots,
le seigneur rentra au logis;

Revenant de la chasse,
précédé par ses grands chiens folâtres; 

Il tenait son arc à la main,
et portait un sanglier sur l'épaule,

Et le sang frais, tout vivant, coulait
sur sa main blanche, de la gueule de l'animal.

- Bonjour ! bonjour à vous, honnêtes montagnards; 
à vous d'abord, grand chef de famille;

Qu'y a-t-il de nouveau ?
que voulez-vous de moi ?

- Nous venons savoir de vous s'il est une justice;
s'il est un Dieu au ciel, et un chef en Bretagne.

- Il est un Dieu au ciel, je le crois,
et un chef en Bretagne, si je puis.

- Celui qui veut, celui-là peut;
celui qui peut, chasse le Frank,

Chasse le Frank, défend son pays,
et le venge et le vengera !

Il vengera vivants et morts,
et moi, et Karo mon enfant,

Mon pauvre fils Karo décapité
par le Frank excommunié;

Décapité dans sa fleur, et dont la tête, blonde comme du mil,
a été jetée dans la balance pour faire le poids ! -

Et le vieillard de pleurer,
et ses larmes coulèrent le long de sa barbe grise,

Et elles brillaient comme la rosée
sur un lis, au lever du soleil.

Quand le seigneur vit cela,
il fit un serment terrible et sanglant :

- Je le jure par la tête de ce sanglier,
et par la flèche qui l'a percé;

Avant que je lave le sang de ma main droite,
j'aurai lavé la plaie du pays ! -
III

Noménoë a fait ce qu'aucun
chef ne fit jamais :

Il est allé au bord de la mer avec des sacs
pour y ramasser des cailloux,

Des cailloux à offrir en tribut
à l'intendant du roi chauve.

Noménoë a fait
ce qu'aucun chef ne fit jamais :

Il a ferré d'argent poli son cheval,
et il l'a ferré à rebours.

Noménoë a fait
ce que ne fera jamais plus aucun chef :

Il est allé payer le tribut,
en personne, tout prince qu'il est.

- Ouvrez à deux battants les portes de Rennes,
que je fasse mon entrée dans la ville.

C'est Noménoë qui est ici
avec des chariots pleins d'argent.

- Descendez, seigneur; entrez au château;
et laissez vos chariots dans la remise;

Laissez votre cheval blanc entre les mains des écuyers, 
et venez souper là-haut.

Venez souper, et, tout d'abord, laver;
voilà que l'on corne l'eau; entendez-vous ?

- Je laverai dans un moment, seigneur,
quand le tribut sera pesé. -

Le premier sac que l'on porta
et il était bien ficelé,

Le premier sac qu'on apporta,
on y trouva le poids.

Le second sac qu'on apporta,
on y trouva le poids de même.

Le troisième sac que l'on pesa :
- Ohé ! Ohé ! le poids n'y est pas ! -

Lorsque l'intendant vit cela,
il étendit la main sur le sac;

Il saisit vivement les liens,
s'efforçant de les dénouer.

- Attends, attends, seigneur intendant,
je vais les couper avec mon épée. -

A peine il achevait ces mots,
que son épée sortait du fourreau,

Qu'elle frappait au ras des épaules
la tête du Frank courbé en deux,

Et elle coupait chair et nerfs
et une des chaînes de la balance de plus.

La tête tomba dans le bassin,
et le poids y fut bien ainsi.

Mais voilà la ville en rumeur :
- Arrête, arrête l'assassin !

Il fuit ! il fuit ! portez des torches;
courons vite après lui !

- Portez des torches, vous ferez bien;
la nuit est noire et le chemin glacé;

Mais je crains fort que vous n'usiez
vos chaussures à me poursuivre,

Vos chaussures de cuir bleu doré;
quant à vos balances, vous ne les userez plus;

Vous n'userez plus vos balances d'or
en pesant les pierres des Bretons.

- Bataille !





Le retour d'exil triomphal du duc
Jean IV de Montfort  en 1379

Les ducs de la maison de Montfort (1364-1468)
et la guerre de succession (1341-1364)

Les ducs de Montfort relèvent le pays. C'est la période la plus éclatante de son histoire. Les arts atteignent leur apogée. Les ducs, véritables souverains, ne rendent qu'un hommage théorique au roi de France.
La guerre de Succession s'ouvre à la mort du duc Jean III. Sa nièce, Jeanne de Penthièvre, femme de Charles de Blois, que soutiennent les Fran
çais, et son frère Jean de Montfort, allié des Anglais, se disputent le duché.

En 1488, le duc Fran
çois II, entré dans la coalition féodale dirigée contre la régente de France, Anne de Beaujeu, est battu à St-Aubin-du-Cormier et meurt. Sa fille, Anne de Bretagne, lui succède.

Dossier Word

An alarc'h

( Le cygne )
http://perso.wanadoo.fr/per.kentel/frame_connus.htm






Le sujet

L'Histoire relate fréquemment des successions au pouvoir sanglantes. La Bretagne n'y échappa pas et connut une guerre de succession entre 1341 et 1364.


Les Tri Yann ont repris un chant populaire guerrier très célèbre issu du Barzaz-Breiz qui décrit un fait historique : le retour du Duc Jean IV.
Une petite partie seulement du chant populaire a été reprise par les Tri Yann. Nous vous proposons le texte de leur chanson ainsi que l'intégrale du texte du Barzaz-Breiz.

La chanson évoque le retour d'exil triomphal du duc Jean IV de Montfort ("an aotrou Yann"), débarquant dans un vaisseau aux voiles blanches pour reconquérir la Bretagne.
Ce duc, installé par le royaume de France, avait pourtant été chassé quelques années auparavant par les Bretons ; mais, voyant que l'indépendance du duché était encore plus menacée sans lui qu'avec lui, ils avaient envoyé une délégation pour qu'il revienne.
Il débarque à Dinard le 3 août 1379 pour reconquérir le trône de Bretagne.
"An Alarc'h" c'est le cygne qui, dans la chanson, assiste à la scène depuis le sommet de la tour du château d'Arvor.

Le Duc Jean III meurt en 1341, sans héritier direct. Deux partis s'opposent alors durant plus de 20 ans :

  • Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean II et épouse de Charles de Blois,
  • Jean de Montfort, demi-frère de Jean III, oncle de Jeanne de Penthièvre.

Les deux partis s'assurent des alliances. Celui de Charles de Blois s'assure celle du royaume de France; Jean de Montfort, le soutien de l'Angleterre.
S'installe alors une longue période de troubles, pillages et destructions affectant surtout les campagnes.
Charles de Blois est tué à la bataille d'Auray en 1364. Jean de Montfort reste alors seul maître de la Bretagne et devient le Duc Jean IV.
L'attitude de Jean l'anglophile au profit des Anglais et au détriment des bretons révolte ses barons qui le somment de chasser les Anglais de la Bretagne ou de partir lui-même. Ils réclament l'aide du roi de France, Charles V, qui décide d'envoyer en Bretagne, en 1373, une armée sous la conduite de Bertrand Du Guesclin, lui-même breton !

Fin avril de cette même année, Jean IV, se sentant abandonné de tous, s'exile en Angleterre. Son séjour durera six années, entrecoupées d'expéditions sur le continent.

Charles V croit voir dans l'attitude des barons révoltés une preuve de sympathie pour la France et tente d'annexer la Bretagne, en changeant en pouvoir direct le droit de suzeraineté qu'il a sur le Duché. Il fait déclarer le pays à la couronne de France et envoie une armée pour faire exécuter l'arrêt de confiscation.

La noblesse bretonne réagit : le 25 avril 1379, rassemblée à Rennes, elle signe un acte d'association pour le maintien de l'indépendance de la Bretagne. Elle rappelle son Duc qui prend la mer pour rejoindre son duché.

Jean IV débarque à Dinard le 3 août 1379 (Saint-Malo était alors occupé par les Français). La foule est venue très nombreuse pour acclamer son retour. L'enthousiasme est tel que paysans, bourgeois et nobles, compagnons de la première heure ou pires ennemis, se jettent à la mer pour aller au devant du navire qui le porte.

Le chant raconte ce débarquement et l'accueil réservé par les Bretons à leur Duc.

Traduction

Un cygne, un cygne d'outre-mer, au sommet de la vieille tour du château d'Armor !
Dinn, dinn, daon ! au combat ! au combat ! Oh! dinn ! dinn ! daon ! Je vais au combat.
Heureuse nouvelle aux Bretons ! et malédiction rouge aux Français !
Dinn dinn, daon ! au combat au combat ! etc.
Un navire est entré dans le golfe, ses blanches voiles déployées ;
Le seigneur Jean est de retour, il vient défendre son pays ;
Nous défendre contre les Français, qui empiètent sur les Bretons.
Un cri de joie part, qui fait trembler le rivage
Les montagnes du Laz résonnent ; la cavale blanche (1) hennit, et bondit d'allégresse ;
Les cloches chantent joyeusement, dans toutes les villes, à cent lieues à la ronde.
L'été revient, le soleil brille ; le seigneur Jean est de retour !
Le seigneur Jean est un bon compagnon; il a le pied vif comme l'oeil.
Il a sucé le lait d'une Bretonne, un lait plus sain que du vin vieux.
Sa lance, quand il la balance, jette de tels éclairs, qu'elle éblouit tous les regards;
Son épée, quand il la manie, porte de tels coups, qu'il fend en deux homme et cheval.
Frappe toujours ! tiens bon ! seigneur duc ! courage ! lave-les (dans leur sang) ! lave-les !
Quand on hache comme tu haches, on n'a de suzerain que Dieu !
Tenons bon Bretons ! tenons bon ! ni merci, ni trêve! sang pour sang !
O Notre-Dame de Bretagne ! viens au secours de ton pays !
Nous fonderons un service, un service commémoratif !
Le foin est mûr : qui fauchera ? Le blé est mûr: qui moissonnera ?
Le foin, le blé, qui les emportera ? Le roi prétend que ce sera lui ;
Il va venir faucher en Bretagne, avec une faux d'argent ;
Il va venir faucher nos prairies avec une faux d'argent et moissonner nos champs avec une faucille d'or.
Voudraient-ils savoir, ces Français, si les Bretons sont des manchots ?
Voudrait-il apprendre, le seigneur roi, s'il est homme ou Dieu ?
Les loups de la Basse-Bretagne grincent des dents, en entendant le ban de guerre ;
En entendant les cris joyeux, ils hurlent : à l'odeur de l'ennemi, ils hurlent de joie.
On verra bientôt, dans les chemins, le sang couler comme de l'eau;
Si bien que le plumage des canards et des oies blanches qui les passeront à la nage, deviendra rouge comme la braise.
On verra plus de tronçons de lances éparpillés qu'il n'y a de rameaux sur la terre, après l'ouragan;
Et plus de têtes de morts qu'il n'y en a dans les ossuaires du pays
Là où les Français tomberont, ils resteront couchés jusqu'au jour du jugement;
Jusqu'au jour où ils seront jugés et châtiés avec le Traître qui commande l'attaque.
L'égout des arbres sera l'eau bénite qui arrosera son tombeau
Dinn ! dinn ! daon ! au combat ! au combat ! Oh ! dinn ! dinn ! daon ! Je vais au combat.

(1) la mer

Dans des versions récentes un couplet a été ajouté :
Enor, enor d'ar gwenn-ha-du
Ha d'ar C'hallaoued mallozh ruz !

Honneur, honneur au "blanc-et-noir" (le drapeau breton)
Et malheur rouge aux Français !

Pour aller plus loin:


1351.
Le combat des Trente  - 
Dossier Word

http://service.bretagne.com/supplements/histoires_bretagne/1351.htm

Le 30 avril 1341 meurt Jean III duc de Bretagne. Il n'a pas d'enfant. Un conflit éclate au sein de la famille. Deux de ses membres briguent la succession : Jean de Montfort, son demi-frère, et Charles de Blois, époux de la fille de son frère Guy de Penthièvre. Le premier est soutenu par le roi d'Angleterre, le second par le roi de France. Entre les deux hommes s'engage, dans le cliquetis des armes, une lutte sanglante. Leurs femmes, respectivement Jeanne de Flandre et Jeanne de Penthièvre, en prendront la direction après que l'un et l'autre aient été faits prisonniers. Ce sera alors la guerre des deux Jeanne qui s'achèvera en 1364 par la mémorable bataille d'Auray et dont l'un des épisodes les plus marquants sera le combat des Trente.

Le peintre Octave Penguilly-l'Haridon est l'auteur de cette huile sur toile datant de 1857 et intitulée «Le combat des Trente». Sur le cadre de ce tableau sont peintes les armoiries des combattants (Photo Musée des Beaux-Arts de Quimper).
Voilà maintenant quatorze ans que, de part et d'autre de la Manche, on se déchire pour la couronne de France. Le souverain d'Angleterre, Edouard III, la revendique en sa qualité de petit-fils de Philippe le Bel. De son côté, le jeune roi de France, Jean le Bon, tout comme son père Philippe de Valois, ne veut rien entendre. Plus qu'un bras de fer, c'est une véritable guerre qui les oppose. Elle durera cent ans.
Victorieux jusqu'à présent sur tous les fronts, Edouard III en fait à sa guise sur les territoires conquis et donne carte blanche au chef de son armée, Thomas Dagworth.
En Bretagne, ses troupes, composées de mercenaires de tout poil, se livrent au brigandage, rançonnant les paysans et pillant les châteaux. A leur tête, le tristement célèbre Croquart, un coupe-jarret sans aveu. Le roi de France voulait l'enrôler sous sa bannière. Sans doute ne fut-il pas assez convaincant.


Une «tête de blaireau" à Ploërmel

Faisant fi des accords intervenus en 1348, aux termes desquels chaque camp s'était engagé à se comporter loyalement, un homme va également se distinguer dans ce domaine.
Il s'appelle Richard-Robert Bembro. Par dérision, les Bretons le surnomment Penn Broc'h (Tête de Blaireau). Ce vaillant capitaine n'est pas le premier venu. Malgré un revers militaire subi devant Bertrand Du Guesclin au château de Fougeray, il vient d'être promu commandant de la garnison de Ploërmel par le lieutenant général en Bretagne du roi d'Angleterre.
Bembro ne manque pas de génie, certes. En revanche, il est totalement dépourvu de scrupules. Pour dire la vérité, il se comporte en véritable tyran à l'égard des habitants. Ce que n'apprécie pas, naturellement, son homologue français qui commande la place de Josselin, Jean de Beaumanoir. Aussi ce dernier se propose-t-il, en mars 1351, de le rencontrer pour lui faire part de sa réprobation.
Indigné, de Beaumanoir l'est d'autant plus qu'en approchant de Ploërmel il croise un groupe de paysans enchaînés deux par deux et poussés comme du bétail par des soldats anglais.
Comme il fallait s'y attendre, l'entrevue se passe mal. Excédé face à l'arrogance de son adversaire, le chef français lui lance un défi avant de partir. La querelle sera vidée en champ clos dans un combat opposant trente hommes de chaque côté.

Des Allemands parmi les Anglais

Rendez-vous est pris et le lieu fixé. La rencontre aura lieu le 26 mars 1351, veille du quatrième dimanche de Carême, sur une lande à "mi-voie" entre Ploërmel et Josselin. "Je serai le premier sur le terrain de bataille !" s'enflamme le capitaine anglais.
Lorsque Beaumanoir, de retour dans son cantonnement, relate l'entretien à ses hommes, ceux-ci applaudissent et tous revendiquent l'honneur de compter parmi les trente. Il choisit les chevaliers et écuyers issus des plus nobles familles bretonnes.
Bembro, à l'inverse, n'a pas le choix. Dans l'impossibilité de sélectionner une élite, il forme son groupe en majorité avec des aventuriers allemands monnayant leurs services sous les couleurs de la Couronne d'Angleterre. Quelques Bretons en font également partie, de même qu'une espèce d'hercule anglais ventripotent connu sous le nom d'Huttebitte Vilain. Il jure d'écraser les Français sous sa masse.
Ses amis promettent, eux, de faire passer leur chef Beaumanoir de vie à trépas, ou à tout le moins de le neutraliser. Ils fanfaronneront moins le jour venu.

«Vaincre ou mourir"

Ce matin-là, les hommes de Beaumanoir se confessent et entendent la messe. Puis leur chef les exalte au combat, lui-même décidé à "vaincre ou mourir". Il y a là notamment Éven Charuel de Plouigneau, Alain de Keronrois, Geffroy du Bois, Tinténiac, Guillaume de Montauban...
Le capitaine anglais prend peur en les voyant arriver, armés jusqu'aux dents et cuirassés de pied en cap. Il propose de reporter la rencontre. "Bel ami, dit-il à Beaumanoir, il faut auparavant consulter nos maîtres. Si cela leur agrée nous reviendrons". Charuel de Plouigneau s'emporte alors : "Malheur à qui s'en ira sans combattre !". Furieux d'essuyer un refus, Bembro éclate à son tour : "Les Bretons sont perdus ! Tuez-les tous ! Qu'il n'en reste pas un !".
Le sort en est jeté. Les adversaires s'alignent face à face. Un grand chêne les sépare. Au signal c'est la ruée. Les armures retentissent du choc des épées, des lances. D'emblée, les Anglais prennent l'avantage. Charuel de Plouigneau est fait prisonnier, deux de ses amis sont tués. D'un commun accord, une suspension d'armes intervient pour permettre à chacun de se rafraîchir.
A la reprise, Bembro se jette sur Beaumanoir et le somme de se rendre. En guise de réponse, de Keronrois lui porte un coup au visage qui le précipite à terre. L'autre se relève. Un coup de hache l'étend cette fois définitivement.

"Bois ton sang, la soif te passera"

Coup dur pour les Anglais ! L'aventurier allemand prend le commandement du groupe et change de stratégie. "Compagnons, je vous ordonne de tenir ferme !" s'écrie-t-il. "Honte et malheur sur nous si nous fléchissons !" rugit de son côté Beaumanoir. Le combat redouble de violence, le sang coule dans les deux camps. Blessé grièvement, épuisé, le chef français demande à boire. "Bois ton sang, la soif te passera !" cingle un de ses adversaires. Dans un sursaut d'énergie, il reprend la bataille. Hélas, la fatigue se fait à nouveau sentir dans ses rangs.
Guillaume de Montauban saute alors sur son cheval et se précipite sur les Anglais, lance en avant. La man½uvre prend ceux-ci au dépourvu. Sept d'entre-eux sont renversés. Le cavalier tourne bride, revient à la charge et en culbute trois autres. Charuel de Plouigneau s'engouffre à sa suite dans la brèche. Quatre ou cinq partisans du roi d'Angleterre passent encore de vie à trépas. Les survivants demandent quartier. Ils suivront jusqu'au château de Josselin leurs vainqueurs qui seront accueillis en héros.
Bien des années plus tard, un vieux chevalier vint s'asseoir à la table du roi de France. Il avait le visage couturé de cicatrices. C'était Éven Charuel de Plouigneau à qui Charles V voulait rendre hommage.

Claude Péridy


Jeanne la Boiteuse et Jeanne la Flamme

Deux femmes restent étroitement associées au souvenir du combat des Trente : Jeanne de Penthièvre et Jeanne de Flandre. L'une et l'autre prirent une part prépondérante dans la guerre de succession au duché de Bretagne qui opposa les deux prétendants.
Surnommée Jeanne la Boiteuse, la première est la nièce de Jean III, à la mort duquel éclate le conflit. Mariée à Charles de Blois, elle s'engage résolument à son côté pour faire valoir ses droits à la couronne ducale et prend le commandement de son armée lors de sa captivité en 1346. Après l'ultime bataille d'Auray qui voit la victoire du parti adverse, le 29 septembre 1364, elle renonce toutefois à poursuivre la lutte, son époux étant tué cette fois et ses deux fils retenus en otages.
A la mort de son époux Jean de Montfort, en 1345, Jeanne de Flandre, dite Jeanne la Flamme, reprend vaillamment le... flambeau. On dit d'elle qu'elle a un c½ur de lion. Son petit garçon de deux ans dans les bras, elle enfourche son cheval, et, à la tête de trois cents cavaliers, part à la reconquête des villes perdues. Suivie d'une foule en délire, elle entre triomphalement à Hennebont au son des trompettes et s'installe à l'abri des remparts. - Pour autant, Charles de Blois n'abandonne pas la partie. Sous les boulets de ses catapultes la princesse se voit contrainte de parlementer avec lui. Ruse de guerre ou nécessité du moment : en juin 1342, elle demande un délai de trois jours pour rendre la place. Au troisième jour, une escadre anglaise arrive à son secours par le Blavet et force les assiégeants à partir.




Anne de Bretagne (1477-1514)

Réunion de la Bretagne à la France

1491 Anne de Bretagne épouse Charles CIII. Mais elle reste duchesse et souveraine de Bretagne.
1498 Charles VIII meurt accidentellement. Anne retourne dans son duché.
1499 Anne redevient reine de France en se mariant avec Louis XII qui, en hâte, a répudié sa première femme. Le duché reste toujours distinct de la couronne.
1514 Anne de Bertagne meurt. Sa fille, Claude de France, hérite du duché. Elle épouse Francoisd'Angoulème qui va devenir Francois 1.
1532 Claude cède son duché à la couronne.Francois I fait ratifier cette union définitive de la Bretagne et de la France par le Parlement de Vannes.
 







Dossier Word et PDF

Maximilien I

Mariage de Charles VIII et Anne de Bretagne, portrait extrait de ses Grandes Heures, livre de prière, par Jean Bourdichon, vers 1500-1508)« En cette fin du XVème siècle, dans une Europe épuisée par la Guerre de Cent Ans (1337-1453) l’alliance bretonne est recherchée. Outre le fait que la Bretagne affirme son identité, elle s’impose économiquement, notamment au niveau maritime, grâce à ses marins devenus rouliers des mers. (…) Si le règne de François II, duc de Bretagne, s’annonce, de ce fait, heureux et brillant, le duc se trouve rapidement dans uns position difficile face à Louis XI, dit « le rassembleur des terres », roi de France autoritaire et sans scrupule (…) il veut annexer la Bretagne et stimule à cette fin toutes les oppositions au duc et soudoie les consciences. Pendant 30 ans, le duc, conscient de la situation, poursuit obstinément la politique d’indépendance des Montfort, tout en se préparant au conflit par un réseau d’Alliances ; la constitution d’un trésor de guerre et la promesse de marier sa fille au prince de Galles, allié privilégié, puis à l’archiduc Maximilien d’Autriche. » (Sécher 2000 : 4)

Pour sauvegarder l’autonomie de la Bretagne, le duc de Bretagne, François II, entre dans la coalition féodale dirigée contre la régente de France, Anne de Beaujeu qui poursuit sa politique d'assujettissement. La guerre éclate et l'armée bretonne de François II est vaincue à St.-Aubin-du-Cormier (Ille-et-Vilaine). Même si le traité du Verger (1488) reconnaît à la Bretagne sa spécificité et une relative autonomie, cette signature du regrettable traité place la Bretagne pour la première fois sous la tutelle française. En plus il stipule que l’héritière du duché ne peut se marier sans l’accord du roi de France. Le 9 septembre, François II fait une chute de cheval mortelle et sa fille, Anne, se voit imposer le mariage avec le roi, Charles VIII, puis à sa mort, à Louis XII. (Sécher 2000 : 4) Trois mariages de raison, un contrat d'union imposé (1532), et la Bretagne est devenue "province" du royaume de France. Saint Aubin du Cormier est le symbole de la défaite et de la perte de l'indépendance de la Bretagne comme la victoire de Ballon est le symbole de la création de l'état indépendant.
Quels sont les objectifs poursuivis par Louis XI et la régente Anne de Beaujeu? Comment le duc de Bretagne, François II, essaye-t-il de faire face à la menace? Quelle est la conséquence de la défaite à Staint Aubin du Cormier? Quels furent les trois mariages imposé à Anne? Quand est-ce que la Bretagne fut définitivement rattaché à la couronne de France.

*****

Anne de Bretagne est l'objet de toutes les convoitises et un des plus célèbres personnages du Moyen Age et de l’histoire française. En même temps, sa biographie et sa personnalité extraordinaires sont fortement liées à son pays d’origine, la Bretagne.

En 1477, Anne de Bretagne est née à Nantes, la capitale du duché de la Bretagne. Elle est la fille du duc de Bretagne, François II (1435-1488), et de la duchesse Marguerite de Foix (1458-1486). Anne a encore une s½ur, Isabeau, qui est née en 1478. Puisqu’elle est la fille aînée, Anne devient duchesse à onze ans, succédant à son père qui décède en 1488. Sa mère meurt en 1486, alors qu’Anne n’a que neuf ans. Dès le début de son règne, la jeune duchesse démontre une intelligence politique extraordinaire, en recherchant, comme son père, l'alliance de la Maison d'Autriche. C’est ainsi qu’il est prévu à partir de 1486 de marier Anne à Maximilien I., roi des Romains et futur empereur.
En quoi consiste l’importance de la ville de Nantes pour l’histoire de la Bretagne ? Quel est le titre du père d’Anne de Bretagne ? Qui est Maximilien I. ? Pourquoi l’alliance du Duché de Bretagne avec la Maison d’Habsbourg joue-t-elle un rôle primordial ?
http://www.publius-historicus.com/maximil1.htm


Charles VIIIReconstitution du mariage de Charles VIII et Anne de Bretagne le 6 décembre 1491 (scénographie adaptée en son et lumière depuis 2000 par Jean Fabier).Mais le roi de France, Charles VIII, est catégoriquement contre cette alliance et fait annuler le mariage, contracté en 1490, en conquérant la Bretagne avec ses troupes royales. Malgré la résistance acharnée des villes, comme Nantes et Rennes, et les soulèvements des paysans de Basse-Bretagne, François II est obligé de traiter avec la France et de se soumettre à ses volontés.
Cherchez les raisons qui expliquent la forte opposition du roi envers le mariage d’Anne et de Maximilien.
http://www.lochesentouraine.com/francais/tourisme/sites-monument/cite-medievale/anne.htm  

C'est dans le chateau de Langeais que fut célebré, le 6 décembre 1491 par L'Eveque Louis d'Amboise, le frère du Cardinal Georges d'Amboise, le mariage de Charles VIII et d'Anne de Bretagne
Anne doit se soumettre à la volonté du roi et en conséquence se marier avec lui le 6 décembre 1491 au château de Langeais. Anne a 14 ans et le roi de France en a 21. C'est le début de la fin pour la Bretagne indépendante. Anne devient pour la première fois reine de France. Elle donne naissance à quatre enfants dont ne survit que Charles-Orland, le dauphin, mais lui aussi meurt à l’âge de trois ans à la suite d’une épidémie qui s’empare de son entourage. Charles VIII meurt en 1498, sans avoir un héritier direct.
Renseignez- vous sur les conditions hygiéniques de l’époque et trouvez une explication pour la mort souvent prématurée des enfants en ces temps en vous servant des sites ci-dessous :
http://www.guedelon.com/fr/ecole/enfants.php

http://lesroutesdavalon.free.fr/moyen/vie.php3


Louis XII et Anne de Bretagne, les parents de ClaudeC’est Louis XII, issu de la branche des Orléans, qui prend la couronne et se marie avec Anne l’année suivante. Elle devient ainsi pour la deuxième fois reine de France et donne à nouveau naissance à quatre enfants, dont ne survivent que deux filles, Renée et Claude. La dernière lui succède sur le trône. Anne meurt épuisée en 1514 à l’âge de 37 ans, à la suite d’une grave maladie. Son tombeau se trouve à Saint Denis où elle est enterrée ensemble avec Louis XII. Mais même lors de sa mort, elle veut une dernière fois marquer son attachement aux Bretons en envoyant son c½ur, enfermé dans un reliquaire, à Nantes afin qu’il rejoigne le tombeau de ses parents.                  
Pourquoi est-ce qu’Anne décide à déposer son c½ur dans le tombeau de ses parents à Nantes ? Expliquez surtout les fonctions religieuses d’un reliquaire ! 
http://www.histoire-genealogie.com/article.php3?id_article=424

http://www.google.fr/search?hl=fr&q=le+culte+des+saints&meta

http://www.ehess.fr/centres/ceifr/assr/N112/005.htm

Comme duchesse de Bretagne et comme reine de France, Anne a toujours tenté de sauvegarder par contrat les libertés et les prérogatives du duché. Lorsque Charles VIII meurt en 1498, Louis XII, son successeur, fait annuler à Rome son propre mariage pour épouser à son tour Anne de Bretagne, qui devient reine pour la deuxième fois.
Cherchez les raisons pour lesquelles deux rois de France se sont mariés avec Anne de Bretagne. Réfléchissez sur les intérêts économiques et politiques.

http://www.chez.com/brunojls/Breizhonet/Bretagne/histoire/sommhist.htm
http://www3.sympatico.ca/rene.cormier1/histoire.htm 

Dans ce nouveau contrat, la duchesse reine fait préciser, en les améliorant, les conditions d'une véritable autonomie bretonne dans le cadre du royaume. Elle obtient notamment : le droit de ne payer que les impôts acceptés par les États de Bretagne, le droit d'appliquer les octrois uniquement à la défense du pays, le droit pour les Bretons de n'être jamais jugés hors du pays et le droit pour la noblesse bretonne de ne servir hors de Bretagne que dans le cas d'extrême nécessité.
Hors ses mérites politiques, Anne a beaucoup contribué à l’épanouissement des arts, comme par exemple l’architecture, la musique, la peinture et l’artisanat d’art. En outre, elle a soutenu de nombreuses abbayes, dont plusieurs ont connu une crise vers la fin du moyen âge. Anne de Bretagne était beaucoup aimée par le peuple pour sa bonté, sa piété, sa charité et son engagement pour la Bretagne.

Énumérez, après la lecture du texte, les raisons pour lesquelles la duchesse Anne était tant aimée et appréciée par le peuple breton !    

De sa politique a résulté une longue période de prospérité pour la Bretagne. Mais malgré toutes les tentatives d’Anne pour éviter la perte de l’autonomie, la Bretagne est finalement annexée en 1531 à la France par le roi François I. Celui-ci lui garantit des droits fiscaux et juridiques et maintient les États, le parlement et l’autonomie administrative de la Bretagne. Cependant la signature de l’Acte d’Union en 1532 engage les Bretons vers un autre destin : « La Bretagne cesse d’être un État souverain pour devenir une « province » intégrée au royaume de France. » (Secher 1993 : 4)
Du Traité d'Union de la Bretagne à la France se dégagent trois points:
1 - Aucune imposition ne pourra être faite en Bretagne qu'elle n'ait été préalablement demandée aux Etats et par eux consentie; les deniers fournis par les billots ou
octrois seront employés aux fortifications et réparations des villes et des places fortes.
2 - La justice sera maintenue "en forme et manière accoutumée", les juridictions conservées et nul ne pourra être obligé de plaider hors de Bretagne, sauf cas d'appel
ressortissant au Parlement de Paris.
3 - Les bénéfices ecclésiastiques, autrement dit les nominations aux évêchés, chapitres et abbayes, seront attribués par le roi à des Bretons exclusivement.


Pour aller plus loin:

1488. La bataille de Saint-Aubin fatale à la Bretagne  -  DOSSOER WORD
Le télégramme: http://service.bretagne.com/supplements/histoires_bretagne/1488.htm


La bataille a eu lieu sur la lande de St-Aubin-du-Cormier. 6000 Bretons y trouveront la mort (d'après une gravure de la collection des Archives départementales d'Ille-et-Vilaine).1461, Louis XI devient roi de France, bien décidé à renforcer le pouvoir de la monarchie au détriment des principautés. Alors que les ducs de Bretagne ont entretenu jusque-là des rapports de neutralité avec leur puissant voisin, le climat se dégrade rapidement. Le duc François II (1458-1488) essaie par tous les moyens de défendre l'indépendance de sa principauté, mais à la fin des années 1480, la guerre devient inéluctable. Le 28 juillet 1488 à Saint-Aubin-du-Cormier, au nord-est de Rennes, près de Liffré, les troupes de Louis XI infligent une sévère défaite à l'armée bretonne. La Bretagne conservera cependant son indépendance, mais passera sous la tutelle du roi de France.

Entre le roi de France et les principautés dont fait partie la Bretagne, le contentieux est lourd. Les rois ne peuvent tolérer la politique de souveraineté des Montfort, famille des ducs de Bretagne, pas plus d'ailleurs que celle des comtes de Provence ou des ducs de Bourgogne.


<>
La difficile indépendance de la Bretagne


Gros argent de François II. Cette monnaie a été émise en masse en 1487-1488 pour financer la guerre.Gros argent de François II. Cette monnaie a été émise en masse en 1487-1488 pour financer la guerre.<>François II s'intitule «duc par la grâce de Dieu», ce qui sous entend qu'il ne reconnaît aucun pouvoir supérieur au sien. La Bretagne mène une diplomatie autonome, émet monnaies d'or et d'argent, entretient une armée<> et interdit l'appel en justice à Paris.
L'Etat breton, repose sur des services efficaces comme la chancellerie (qui rédige et expédie les textes ducaux), la Chambre des comptes (qui contrôle les finances), le conseil ducal (qui gère les affaires du duché) et les Etats (qui délibèrent sur l'impôt et conseillent le duc).
François II peut aussi compter sur les élites intellectuelles, formées en partie à l'université de Nantes, et sur les chroniqueurs qui relatent les hauts faits des ducs et distillent dans l'opinion le message indépendantiste.
En Bretagne, cette politique n'est pas du goût de tous, et en mars 1487, une soixantaine de nobles fait appel au roi pour chasser les conseillers du duc, chargés de tous les maux.

La guerre

A la fin du mois de mai 1487, l'armée royale entre en Bretagne et s'empare sans difficulté de Châteaubriant, Vitré, Ancenis et Clisson, aux mains des opposants à François II. En route vers Vannes, l'armée royale prend et saccage Ploërmel au passage. Il ne faut pas trop s'arrêter sur la cruauté de tel ou tel épisode. La terreur est déjà au XVe siècle un excellent moyen de mener une guerre efficace et rapide. Vannes capitule le 5 juin.

Nantes résiste

Les événements semblent tirer à leur fin, quand la résistance de Nantes remet en cause une fin annoncée. Le 3 août, les assiégés font une sortie et attaque l'armée royale qui se retire. La guerre n'est pas gagnée pour autant.
L'Etat breton met à profit l'hiver pour consolider les murailles, renforcer les garnisons et trouver de l'argent.
Le maréchal de Rieux, chef de l'armée bretonne passé au service du roi, fait dissidence, revient au service du duc et reconquiert quelques places fortes appartenant aux Rohan.
Au printemps 1488, les hostilités reprennent avec les beaux jours. L'armée royale change de tactique. Plutôt que d'errer de places fortes en places fortes, son chef, Louis de La Trémoille, décide de tenir fermement la zone frontalière avant de s'engager plus avant en terre ennemie.
Pendant ce temps et alors que les forteresses tombent les unes après les autres, l'armée ducale tarde à se réunir dans la région rennaise. Alors que les anciens, comme Rieux, refusent une bataille rangée, les jeunes ne rêvent que d'en découdre, situation de toutes les époques.

La bataille de Saint-Aubin-du-Cormier

Sans trancher entre les deux solutions, l'armée bretonne se rend à Saint-Aubin-du-Cormier, où elle rencontre l'ennemi à l'improviste.
Le 28 juillet 1488, la confrontation à lieu sur la lande. L'armée bretonne est divisée en trois corps : le premier est commandé par Rieux et comprend les lances ducales, c'est-à-dire l'armée de métier, renforcées de 300 archers anglais. Ce sont eux qui doivent subir le choc le plus violent. Le corps de bataille, au centre du dispositif, comprend un ensemble assez composite de 5.000 hommes sous le commandement du comte d'Albret. L'arrière-garde, sous la tutelle du baron de Châteaubriand, compte 2.000 cavaliers, en réserve.

6.000 morts bretons

 

A Saint-Aubin-du-Cormier, un monument érigé en 1988, rappelle la défaite qui mettra la Bretagne sous tutelle française (collection archives départementales d'Ille-et-Vilaine).


L'armée française s'organise de la même façon, avec un corps de bataille commandé par La Trémoille en personne. Le combat s'engage par un duel d'artillerie qui désorganise les deux camps. La bataille commence bien pour les Bretons qui avancent au contact, tandis que les troupes royales reculent de 100 pas. Mais une erreur du capitaine Blair, chef des auxiliaires allemands, provoque un rentrant dans le front. 400 hommes d'armes à cheval se jettent alors au centre du dispositif et le brise.

Duchesse Anne

Alors que l'arrière-garde bretonne ne réussit pas à stopper cette trombe, l'armée royale s'élance dans la brèche et le carnage commence, 6.000 hommes de l'armée bretonne restent sur le terrain.

La Bretagne sous tutelle royale

La cathédrale de Nantes abrite le tombeau de François II , le dernier duc de la Maison de Montfort et de son épouse, Marguerité de Foix. Il est caractéristique de l'art de la fin de l'époque gothique et du début de la renaissance. Oeuvre du sculpteur Michel Colombe, il a été commandé par leur fille, la duchesse-reine Anne. On remarquera en particulier les statues d'angle, la Justice, la Prudence, la Force et la Tempérance, l'une (photo de droite) sous les traits de la duchesse Anne (photos archives départementales de Loire-Atlantique).
La Trémoille veut profiter de l'effet de sa victoire et envoie une délégation sommer la ville de Rennes de se rendre. La réponse est énergique et fière : « Nous ne craignons le roi ni toute sa puissance. Et pour ce, retournez au seigneur de la Trémoille, et lui faites le rapport de la joyeuse réponse que nous vous avons faite». Par contre, Dinan et Saint-Malo tombent rapidement. François II renonce alors à la lutte et est contraint à négocier.
Les clauses du traité sont finalement assez molles. Une seule mérite d'être retenue : les filles du duc ne pourront se marier qu'avec l'assentiment du roi, et François II n'a que deux filles...
Au total, la situation est critique : le duché conserve son indépendance, mais sous tutelle royale. L'armée bretonne a montré ses qualités comme ses limites, et la principauté est exsangue.
Dernière conséquence de la défaite : le duc François II meurt de chagrin en septembre 1488, laissant le pouvoir à une enfant de 12 ans... Anne de Bretagne




Yves Coativy


1491
La Duchesse Anne de Bretagne rend les armes  -  DOSSIER WORD

http://service.bretagne.com/supplements/histoires_bretagne/1491.htm

1491. Trois ans après son arrivée à la tête du royaume de Bretagne, la jeune Duchesse Anne doit rendre les armes. A la tête d'une province désormais ruinée, la souveraine de 14 ans n'a plus d'autre choix que de céder aux puissants du royaume de France. La Bretagne indépendante n'est plus. Quant à sa souveraine, elle ne sera désormais qu'un pion amer et désabusé sur le grand échiquier des politiques. Malgré une personnalité hors du commun, une force de caractère digne des plus grands stratèges de l'époque, la jeune Anne doit se rendre, deux ans après avoir fait renaître l'espoir d'une Bretagne puissante et indépendante à son peuple.

Photo : Devenue reine de France, Anne de Bretagne fit travailler, pour sa gloire, de nombreux artistes, peintres, musiciens ou poètes. Sur ce tableau de 1510 attribué à Jean Bourdichon, son poète "officiel" Jean Marot lui offre son dernier livre (Bibliothèque Nationale).



L'héritière inespérée

En 1488, François II, duc de Bretagne, s'éteint, après avoir, des années durant, tenu tête au royaume de France. Figure de la «guerre folle», mouvement de révolte contre le pouvoir français, il doit se résoudre à signer, l'année même de sa mort, le traité du Verger. La révolte a vécu, et le royaume de France reprend la main sur cette Bretagne qui était restée la dernière province indépendante et souveraine.
François II ne survivra pas à cet échec. Il meurt la même année, laissant sa fille Anne à la tête d'un duché exsangue. A 11 ans et demi, la jeune fille est déjà rôdée aux secrets du pouvoir. A la cour de Nantes, elle a été élevée comme une future souveraine, courtisée dès son plus jeune âge par les grands d'Europe, qui convoitent en elle l'héritière de la puissance indépendante.
Son enfance, elle l'aura vécue dans un climat de fourberies, trahisons et autres bassesses. De quoi forger le caractère d'une femme politique qui va se révéler, aux premières heures du pouvoir, comme l'atout inespéré du peuple breton.


Abdication

A Morlaix, la maison dite "de la Reine Anne" n'a vraisemblablement jamais reçu la visite d'Anne de Bretagne.Placée, par le traité du Verger, sous la tutelle du roi de France, Charles VIII, Anne ne peut de fait devenir duchesse de Bretagne: son mariage est conditionné à l'accord de Charles VIII. Pourtant, dès la mort de son père, Anne reprend les rênes de son destin.
Trois mois après la disparition de Francois II, la France a à nouveau déclaré la guerre à la Bretagne. Les barons qui avaient jadis combattu aux côtés du Duc se rallient au royaume de France. On tente de marier Anne au Maréchal de Rieux. Sans succès. Malgré une situation désespérée, alors que le royaume nantais vient de se rendre au Maréchal de Rieux, qui pille le trésor ducal, Anne, réfugiée dans le dernier bastion de Bretagne, se fait couronner Duchesse dans la cathédrale de Rennes. Dame souveraine et duchessse de la terre et de la mer de Bretagne, elle défie la France.
Anne croit pouvoir sauver son royaume en s'alliant à Maximilien d'Autriche. Les noces ont lieu en 1490... par procuration. Le beau rêve de la jeune duchesse se heurte à la réalité: elle ne verra jamais son époux. A la cérémonie du mariage, Maximilien se fait représenter par son ambassadeur, Wolfang de Ploham, qui glisse symboliquement une jambe dans le lit nuptial. Anne est arrivée seule à la tête de son Duché, elle devra lutter seule.
Pris par la guerre, sur son propre royaume, Maximilien n'interviendra jamais dans les affaires de la Bretagne. En avril 1491, Rennes cède au siège Français, après deux mois de lutte inégale. Ruinée, Anne doit accepter l'union que la France lui impose.

Un pion amer

Les noces, somptueuses, vont en fait cacher, sous leur faste, toute l'immensité d'une défaite personnelle. Le 6 décembre 1491, Anne dit «oui» pour la seconde fois. L'année de la découverte de l'Amérique sera celle du sacre de la Reine de France, de son abdication aussi.
Sous les ors de la basilique de Saint Denis, elle est couronnée et sacrée, fait rarissime pour une femme dans l'Histoire de France. De quoi, sans doute, faire passer l'amère pilule de l'abandon de la Bretagne. Car, en acceptant de devenir la reine des Français, Anne engage aussi «sa» Bretagne: les époux se transfèrent mutuellement leurs droits, ce qui revient à unir à jamais les sorts breton et français.
Cette année sera pourtant sans doute pour Anne l'une des plus belles de sa courte vie. Au détriment évident de la cause bretonne. A partir de cette époque, la jeune reine reste éloignée de sa terre mère, pour se concentrer sur la vie de ses cours de la Loire, Blois, Loches ou Amboise.
Sans pouvoirs, elle oublie l'affront dans un déluge de dépenses, dans une dévotion passionnée, qui sera d'ailleurs sans doute son seul domaine de pouvoir véritable. Sept années durant, Anne de Bretagne n'est plus qu'un pion sans valeur sur l'échiquier politique. Un pion amer, délaissé par un époux volage et violent, meurtri par le décès de ses cinq enfants.
Tenue à l'écart de toute décision politique, Anne ne se battra guère pour la défense de son peuple, laissant Charles VIII man½uvrer habilement dans le sens d'une lente ingérence française au sein de chacune des institutions bretonnes.

Retour aux sources ?

La forteresse de Suscinio située dans la presqu'île de Rhuys a souvent servi de résidence d'été à la Reine Anne.La mort accidentelle de son époux au château d'Amboise, en 1498, va pourtant redonner à Anne une once de pouvoir. En 1499, elle prend pour époux Louis XII, le nouveau souverain français.
Cette fois, la conscience identitaire reprend le dessus, et Anne ½uvre à nouveau pour son peuple. Le nouveau contrat de mariage stipule une garantie des «droits, libertés et prééminences du pays de Bretagne». Un nouvel espoir pour le peuple breton... qui n'en profitera pourtant guère.
Car, si Louis accorde sans doute plus de crédit à son épouse que ne le fit son prédécesseur, la Bretagne souveraine n'est plus depuis longtemps. En lui donnant deux filles, Anne tentera bien de reprendre la main, destinant l'aînée au futur Charles Quint. Comme aux débuts de son règne, Anne croit encore en l'avantage d'une alliance autrichienne pour préserver les intérêts de la Bretagne.
Prise sans doute d'un remords, quelque peu tardif, elle part alors effectuer le fameux Tro Breizh, en 1505 (lire encadré). Au retour de ce voyage qui n'aura servi qu'à gonfler son ego, la reine Anne se retrouve une fois encore perdante. Louis a fait annuler les noces de Claude. L'héritière de Bretagne s'unira au futur François 1er, qui achèvera d'absorber l'intégralité de la province.

Victoire posthume

Depuis toujours de santé fragile, Anne n'aura plus la force de se battre. Dans des douleurs atroces, elle succombe à la maladie de la gravelle en 1514. Elle a alors trente sept ans. Les funérailles nationales de la «duchesse aux sabots" laisseront finalement dans l'histoire la trace d'une image bretonne à la tête du royaume français. Victoire posthume mais de peu de valeur, puisqu'un an plus tard, François 1er obtiendra de Claude, l'héritière, l'usufruit de la Bretagne... Celle-ci vénèrera pourtant longtemps encore sa «petite reine", autour de son c½ur, qui selon les dernières volontés de la reine, fut transféré à la crypte des Carmes de Nantes. Un symbole puissant que les révolutionnaires firent disparaître à jamais deux siècles et demi plus tard.
La reine des Bretons, malgré une vie et un règne des plus contradictoires, aura ainsi laissé dans l'histoire l'image d'une femme de tête, égérie de son peuple. Manipulatrice, elle aura en effet réussi à construire de son vivant sa propre légende. Biographes et historiens, à sa botte, lui auront façonné la statue qu'elle avait elle même esquissée. Au moins peut-on lui reconnaître ce talent...

Elisabeth Jard
Union de la Bretagne à la France
http://www.bretagnenet.com/strobinet/barzaz/anneb.htm

1488 Le duc François II, entré dans la coalition féodale dirigée contre la régente de France, Anne de Beaujeu. La guerre éclate et l'armée bretonne de François II est vaincu à St.-Aubin-du-Cormier (Ille-et-Vilaine). Signature du regrettable traité du Verger qui place la Bretagne sous la tutelle française.

1488 Sa fille Anne lui succède. D'abord resolue à résister aux Français, la duchesse Anne de Bretagne décide d'épouser par procuration l'archiduc Maximilien de Habsbourg. Mécontent, Charles VIII envoie ses troupes en Bretagne et conquiert la plupart des villes.

1491 Réfugiée dans Rennes encerclée par les Français, la duchesse Anne, accepte d'épouser Charles VIII. Elle devient reine de France, à l'âge de 15 ans. Mais elle reste duchesse et souveraine de Bretagne.

1498 Charles VIII meurt accidentellement. Anne revient en Bretagne.

1499 Mariage d'Anne et Louis XII, tout en maintenant l'autonomie du duché. Une période de prospérité s'annonce pour le Bretagne..

1514 Anne de Bretagne meurt. Leur fille aînée, Claude de France, hérite de la couronne ducale. Elle épouse le comte François d'Angoulême, futur François Ier, roi de France. Ce dernier administre la Bretagne jusqu'en 1532. Il obtient de sa femme, en 1515, la donation du duché à titre perpétuel, violant ainsi le contrat de mariage de 1499.

1532 Date fatidique pour la Bretagne. Les états de Bretagne, réunis à Vannes, signent l'acte d'union de la Bretagne à la France. Le traité prévoit le respect des privilèges bretons. Il ne sera pas respecté longtemps.

<>


Loyalisme et révolte


La révolte des « bonnets rouges » ou révolte du « papier timbré »

Dossier Word et PDF

<>La révolte du papier timbré fut l'une des plus sanglantes de l'histoire de la Bretagne. ...
En 1673, Colbert veut lever de nouveaux impôts en Bretagne: la gabelle et le papier timbré (qui taxe tout document officiel). Or, depuis l'union de la France et de la Bretagne en 1532, tout nouvel impôt doit être accepté par les Etats généraux de Bretagne. Bien sur, ceux-ci s'opposent à cette taxe supplémentaire et le peuple se révolte contre la hausse des impôts sur le tabac, la vaisselle d’étain et le papier timbré. Les Bretons, dirigés par Sébastien Le Balp, entrent en rébellion. Le roi, Louis XIV, décide alors d'envoyer des troupes en Bretagne et le duc De Chaulnes, gouverneur de la province, fait intervenir l’armée. La répression est sans pitié et la révolte est cruellement réprimée. On ne compte plus les exécutions sommaires et les pendaisons. Pour punir les paysans en révoltes, certains iront même jusqu'à couper la pointe des clochers. Amie du gouverneur, Mme de Sévigné écrit alors : « Il y a de petites tranchées en Bretagne, il y a même eu à Rennes une colique pierreuse. Monsieur de Chaulnes voulut par sa présence dissiper le peuple, il fut repoussé chez lui à coup de pierres : il faut avouer que tout cela est bien insolent. »

 

**********

« Le dimanche 9 Juin (1675), le tocsin sonne dans toutes les campagnes de Basse-Bretagne.
Villages et paysans s'insurgent. Torr'hé benn (casse-lui la tête)! La Révolte du « papier timbré » est aussi dite « des Bonnets Rouges », en raison de la couleur des couvre-chefs de certains paysans.

- On nous accable de corvées ! On nous ruine en procès ! Les nobles nous considèrent moins que des chevaux !
+ Assez de misères ! Assez d’impôts ! À bas le papier timbré ! À bas la gabelle !
* Malheur aux maltotiers ! Aux accapareurs ! Aux profiteurs ! Aux seigneurs sans pitié !

Code paysan
L’explosion de haine est à la mesure de décennies de frustrations et de rancunes accumulées et en dit long sur les sentiments des révoltés. Des centaines de manoirs, de maisons de châteaux sont dévastés, certains sont brûlés, quelques personnes tuées. Le 6 Juillet ; Carhaix est pris, le 20 Pontivy est assailli. Nombre de bourgs sont visités par les « Bonnets Rouges » Parfois « Bleus » ! (…) Des insurgés de Cornouaille rédigent leurs revendications, ce sont les « Codes Paysans » : règlements fait par les nobles habitants des paroisses du pays d’Armorique, unies pour la liberté de la province. (…) Réforme de la société, de la justice, de l’église, égalité sociale… émergent ici, déjà, les futurs revendications des cahiers de doléance de 1789. Signé : Torrében et les habitants !

Dans un royaume puissant, où le roi est au faîte de son pouvoir, les nouvelles de Bretagne font scandale. Le duc de Chaulnes temporise en attendant les renforts qu’il a demandés, renforts qui tardent à venir, la guerre les retenant aux frontières de l’est. Pour arrêter la révolte, le seul et unique moyen envisagé est la répression dans le sang et la destruction.

Dès le début des événements, le duc de Chaulnes conseille, à titre de sanction, de raser les quartiers insurgés des villes : « Le remède (…) est un peu violent mais c’est, dans mon sens, l’unique, sans cela l’on ne pourra jamais assurer de cette ville (Rennes) ». à nul moment, n’a été pris en considération l’aspect impulsif et anonyme de l’insurrection qui se traduisent par le manque de plan et de chefs réels, d’envergure. (…)

En août, Chaulnes reçoit 6.000 hommes. Il applique une répression méthodique. (…) Les paroisses sont punies en fonction de leur « culpabilité » : amendes, pillages, destructions. Le Père Maunoir et des prêtres prêchent la soumission. Des clochés sont descendues, des clochers rasés. Ici, on pend sans qu’ils soit possible d’avancer le moindre bilan : À Combrit, 14 habitants le sont au même chêne. Là, on exécute officiellement par la corde ou la roue. Laurent le Queau et Alain le Moign sont torturés, roués. À Rennes, le faubourg de la Rue Haute est détruit, ses habitants chassés. Pour punir les parlementaires et les « citadins », le parlement est « exilé » à Vannes pour 15 ans. Les États, réunis à Dinan, votent tout ce qu’on veut pour essayer d’amadouer le roi. Sans succès : 10.000 soldats arrivent pour passer l’hiver dans les villes bretonnes. Ils s’y comportent comme en pays ennemi, multipliant les violences, pillant, tuant, violant. La « Province » est matée. » Secher (1999 : 38-41)


Pour aller plus loin:

1675. Le tocsin des Bonnets rouges enflamme le Poher - DOSSIER WORD
http://service.bretagne.com/supplements/histoires_bretagne/1675.htm


Juin 1675 : depuis plus d'un mois de violentes émeutes secouent les principales villes de Bretagne, dont les habitants protestent contre les nouvelles taxes instituées par Colbert. Le ministre des finances de Louis XIV a décidé de passer outre les prérogatives des Etats de Bretagne. Dans un contexte économique difficile, la contestation s'étend aux campagnes bas-bretonnes. L'explosion a lieu à proximité de Châteaulin le 9 juin. La révolte des Bonnets rouges du Poher et des Bonnets bleus du pays bigouden vient de commencer. Son souvenir et celui de la répression qui suivra, va marquer durablement les esprits en Basse Bretagne.


Plusieurs clochers du pays bigouden qui avaient sonné le tocsin de la révolte furent rasés. Ceux des chapelles de Languivoa en Plonéour-Lanvern (à gauche) et de Lambour à Pont-l'Abbé n'ont jamais été reconstruits.Plusieurs clochers du pays bigouden qui avaient sonné le tocsin de la révolte furent rasés. Ceux des chapelles de Languivoa en Plonéour-Lanvern (à gauche) et de Lambour à Pont-l'Abbé n'ont jamais été reconstruits.Le 9 juin 1675 au matin, le marquis de la Coste, lieutenant du roi pour la Basse Bretagne, se rend à Châteaulin, où il doit s'assurer du maintien de l'ordre et de l'exécution des nouveaux édits sur le tabac et le papier timbré qui servait à rédiger les actes notariés. Quelques jours plus tôt, un huissier avait été molesté dans cette même ville, alors qu'il lisait les textes des édits. Un incident révélateur de la tension qui était alors perceptible dans les campagnes bas-bretonnes, même si elles sont relativement calmes par rapport aux villes de Bretagne, secouées par de violentes émeutes depuis avril.
Des troubles ont éclaté à Saint-Malo et Lamballe. A Guingamp et à Nantes, on a exécuté des meneurs. A Rennes, le gouverneur de Bretagne, le duc de Chaulnes, est pratiquement assiégé dans son hôtel.

Le tocsin sonne

Dans ce contexte, la venue du marquis de la Coste est perçue comme une provocation. Dans trente paroisses autour de Châteaulin, le tocsin retentit et des bandes de paysans en armes s'assemblent.
L'une d'elles rencontre le cortège du marquis. Les esprits s'échauffent et De la Coste blesse d'un coup d'épée un des paysans qui tenait des propos insolents. Les agents de l'administration sont aussitôt pris à parti.
Blessé d'une balle à l'épaule, le marquis de la Coste ne doit son salut qu'en promettant l'annulation des édits.
Au même moment, une autre troupe rassemblée à Briec reçoit une fausse information selon laquelle le marquis se trouve au château de la Boissière à Edern. Des dizaines de paysans des paroisses de Landudal, Trégourez et Plogonnec se rendent au château qu'ils pillent et brûlent en partie.

"Nulle sûreté par la campagne"

Le tocsin de la révolte vient de sonner dans l'évêché de Cornouaille et son retentissement est immédiat. Le duc de Chaulnes quitte Rennes pour la citadelle de Port-Louis où il s'enferme en attendant des troupes en provenance du sud de la France.
De Gonville, commissaire des guerres, écrit à Louvois, ministre des armées : "Il n'y a, Monseigneur, nulle sûreté par la campagne, il n'y a que les plus proches de Brest où le calme est". Les insurgés du Poher choisissent un bonnet rouge comme signe de ralliement, ceux du pays bigouden, un bonnet bleu.
Le premier dimanche de juillet 1675, à Spézet, une foule importante se rassemble devant la maison du notaire Porcher. "Ils se mirent à fouiller toute ladite maison et à esfondrer les coffres, armoires et autres meubles", témoigna Ysabeau Bouriquen, la servante de maître Porcher. Quant au papier timbré, servant aux actes notariaux, "après les avoir fait trier, ils en déchirèrent une grande partye et en emportèrent à brassées, hors ladite maison".
Le 11 juillet, près de 6.000 paysans de Saint-Hernin, Kergloff et des paroisses environnantes prennent d'assaut le château de Kergoat à Saint-Hernin, dont le propriétaire, Toussaint de Trevigny, était connu pour sa dureté contre les paysans et avait déjà eu affaire, ponctuellement, à des actes de révolte. Les insurgés tuent l'intendant, le sieur de Kervilly, et plusieurs serviteurs. Les tires et parchemins sont détruits, les canons enlevés et le château brûlé. En ce mois de juillet 1675, les notaires, les "fermiers du devoir " et les nobles sont partout attaqués et le papier timbré brûlé. La révolte passée, la marquise de Montgaillard de Poullaouen, estimera "à plus de 200 maisons de noblesse", le nombre de manoirs et châteaux pillés.

Le code paîsan

Le code paîsan ou code "pesovat" (ar pezh 'zo vat, ce qui est bon, en breton) est une des originalités de cette révolte. Véritable programme politique, les insurgés y exposent leurs revendications. Ils demandent l'abolition de droits et taxes féodales et une justice équitable.
Le code paîsan étonne l'Europe, l'ambassadeur de Venise en France en fait mention, comme certaines gazettes hollandaises et anglaises. C'est un texte bien construit, écrit sans doute par un ou plusieurs juristes.
Or, le meneur le plus célèbre des Bonnets rouges, Sébastien Le Balp, a eu une formation de juriste. Né en 1639, à Poullaouen, il fut remarqué très tôt par le marquis du Tymeur qui l'envoya faire du droit à Nantes. Revenu dans le Poher, Le Balp s'installe comme notaire royal à Kergloff. Accusé de malversations, il est jeté en prison de 1673 à 1675. Il est relâché faute de preuve, à la veille de l'insurrection.

Sébastien Le Balp à la tête de la révolte

La révolte en centre Bretagne va trouver un chef dans ce notaire à la réputation ruinée. Les événements passés, un des bourgeois de Carhaix témoigne qu'il s'était "acquis une telle réputation parmi les paysans révoltés [...] qu'il s'était fait passer pour le chef, que lesdits révoltés suivaient entièrement ses ordres pour sonner les tocsins, pour s'attrouper et s'assembler où il voulait, que pendant la sédition, il a été le premier en tête, à tous les incendies, pillages et désordres".
Le comte de Boiséan, gouverneur de Morlaix, ne s'y trompe pas en écrivant, le 26 juillet, au marquis de Montgaillard : "Je crois que s'y pouviez gagner leur chef ou lui faire couper la gorge, tout ce parti se réduirait en fumée". Le marquis de Montgaillard qui entretient des rapports ambigus avec les insurgés, était en effet arrivé par ruse à les dissuader de marcher sur cette ville. La prise du port de Morlaix aurait permis aux Bonnets rouges de recevoir le renfort d'une escadre hollandaise qui croisait alors dans la Manche.
En représailles, le manoir du Tymeur en Poullaouen, appartenant à Montgaillard, est pillé et en partie brûlé. Mais Le Balp ne rompt pas ses relations avec le marquis. En effet, les insurgés savent que des troupes royales sont en route pour la Bretagne. Or, pour espérer leur résister militairement, il leur faut un professionnel de la guerre. Sébastien Le Balp tente de persuader Montgaillard, ancien officier de l'armée royale, de prendre la tête des troupes insurgées.

Le Balp tué à Poullaouen

Une des tours pigeonnier du château de Kergoat en Saint-Hernin. Il fut pris et en partie détruit par les Bonnets rouges le 11 juillet 1675.Sébastien Le Balp entend réunir 30.000 hommes en armes le 3 septembre au manoir du Tymeur. Il compte ensuite marcher sur Carhaix et Quimper, puis affronter les troupes du duc de Chaulnes. Arrivé au Tymeur la veille au soir, avec 2.000 hommes, Sébastien Le Balp s'isole pour s'entretenir avec le marquis de Montgaillard et le frère de celui-ci. Mais ce dernier, vers minuit, s'empare d'une épée et transperce la gorge du chef des insurgés. Les deux nobles parviennent ensuite à s'enfuir en semant la confusion chez les Bonnets rouges complètement démoralisés par la mort de leur meneur.
Dans le même temps, les troupes fraîches qu'attendait le duc de Chaulnes arrivent en Bretagne. Le 1er septembre, elles sont à Quimper, du 4 au 18 dans le Poher, le 20 à Morlaix, le 12 octobre, elles pénètrent dans Rennes. En l'absence de rébellion organisée, l'expédition se transforme en promenade de santé pour les troupes royales. Pour les habitants des paroisses révoltées, en revanche, c'est le début d'une longue épreuve.

Une répression sans pitié

Les meneurs qui sont capturés sont pendus aux clochers ou aux arbres bordant les châteaux pillés par les rebelles. Au milieu de la répression, le duc de Chaulnes a cette phrase terrible : "Les arbres commencent à avoir le poids qu'on leur donne". Plusieurs clochers du pays bigouden qui avaient sonné le tocsin de la révolte sont rasés. Ceux de Lanvern, Languivoa en Plonéour-Lanvern et Lambour à Pont-l'Abbé n'ont jamais été reconstruits.
A Rennes, un faubourg est entièrement rasé et les Etats de Bretagne, réfugiés à Vannes, sont obligés de verser une contribution de trois millions de livres au trésor de guerre, une somme colossale.
La reprise en main est aussi idéologique avec les missionnaires du père Maunoir, envoyés réévangéliser les campagnes rebelles. Quant au corps de Sébastien Le Balp, il est exhumé. On fait un procès à son cadavre qui est ensuite traîné sur une claie, rompu et exposé sur une roue.
Après avoir soufflé le temps de l'été 1675, la révolte des Bonnets rouges s'éteint tragiquement dans une longue répression.

Erwan Chartier


1644. La jeune marquise de Sévigné découvre la Bretagne - DOSSIER WORD
http://service.bretagne.com/supplements/histoires_bretagne/1644.htm


La jeune marquise de Sévigné dans son altière beauté (détail, école française du XVIIe. Musée des Rochers Sévigné. Coll comte Y. de Ternay. Cliché Bernard).La plus parisienne des Parisiennes chez les Bretons. Par son mariage avec un grand nom de la noblesse bretonne, par ses séjours répétés à sa propriété des Rochers à Vitré et les multiples lettres qu'elle y a écrites, la marquise de Sévigné a lié son sort à une province avec laquelle, pourtant, elle n'avait guère d'affinités. D'où entre l'épistolière et la Bretagne, des relations ambiguës et pas toujours très amènes.

Tout commence le 4 août 1644 par le mariage de Marie de Rabutin-Chantal (1626-1696), dix-huit ans, avec un aristocrate breton de vieille extraction, le baron Henri de Sévigné, vingt-et-un ans. La famille du mari, qui se donne du "marquis" selon l'habitude du temps, remonte au moins au tout début du XIVe siècle et compte donc parmi les plus anciennes du duché de Bretagne. Le berceau familial du château de Sévigné à Cesson ayant été rasé par le duc François II en 1485, les Rochers devinrent la résidence familiale.

Veuve à 25 ans

Tout de suite, la Bretagne occupe une place non négligeable dans la vie de la marquise. A peine unis, les jeunes époux quittent Paris pour visiter les terres d'Henri.
Si Françoise, la fille si chérie, destinataire des fameuses lettres devenues monument littéraire national, naît en 1646 à Paris, Charles, l'unique fils, voit le jour aux Rochers deux ans plus tard.
Mais en 1651, l'infidèle époux meurt en duel pour les beaux yeux de Madame de Gondrand, "la belle Lolo". Malgré de nombreuses sollicitations, la jeune et jolie veuve de vingt-cinq ans préfère la liberté d'une existence indépendante. Elle ne se remariera pas.


La dame des Rochers

De 1644 à 1690, elle fait de nombreux séjours dans la grande demeure gothique des années 1500, souvent en compagnie de son oncle, l'abbé de Coulanges, "le Bien Bon". La dispendieuse marquise apprécie la vie bon marché de la campagne bretonne, elle vient s'y reposer de ses innombrables obligations parisiennes de femme en vue.
Elle s'y consacre à ses passe-temps favoris, la lecture, la flânerie dans le parc et, surtout, sa correspondance avec sa fille Françoise, mariée au comte de Grignan et "exilée" en Provence. Des Rochers partiront plus de 260 de ses lettres. Elle passe une bonne partie de ses journées dans sa "chambre", pièce où elle dort, prend ses repas sur une table dressée sur tréteaux, et où elle reçoit ses visiteurs.
A l'angle de la cour, elle fait reconstruire une chapelle à l'intention de son oncle abbé qui lui tient compagnie et s'occupe, pas toujours avec pertinence, de la gestion de ses biens. Le jardin et le parc la passionnent ; elle en nomme les allées, qu'elle parcourt, selon les saisons, dans une exaltation quelque peu préromantique, ou au contraire dans un climat de douce mélancolie.
Parfois, elle séjourne dans les autres propriétés familiales, la maison de Vitré nommée la Tour de Sévigné, adossée aux remparts, le château du Buron-en-Vigneux près de Nantes, qui lui procure un revenu apprécié. Mais contrairement à une certaine légende, la marquise n'a jamais visité ses biens de Basse-Bretagne, les domaines de la région de Quimper, Lanros, Lestrémeur, etc, hérités de la famille d'Acigné.

La marquise et les Bonnets Rouges

En avril 1675, éclate la révolte du Papier Timbré, bientôt suivie par celle des Bonnets Rouges. Entre les insurgés et la grande dame, l'incompréhension est totale, au point qu'aux yeux des Bretons l'image de la célèbre épistolière en sort passablement écornée. C'est que de par ses origines aristocratiques et ses relations bretonnes -- à Rennes elle fréquente en priorité la duchesse et le duc de Chaulnes, le gouverneur de la Bretagne, chargé de la répression -- elle se sent aux antipodes du petit peuple.
Aussi ses lettres ne sont-elles pas tendres pour les révoltés. Le 3 juillet, de Paris, elle tranche : «On dit qu'il y a cinq ou six cents bonnets bleus en Basse-Bretagne, qui auraient bon besoin d'être pendus pour leur apprendre à parler».
Trois semaines plus tard, son sentiment n'a pas varié : «Dans l'état où sont les choses, il ne faut pas des remèdes anodins». Son irritation contre les mutins est d'autant plus forte qu'à cause d'eux elle doit différer son départ pour la Bretagne, alors que la chaleur l'indispose de plus en plus dans la capitale.
A la mi-septembre, la voici enfin dans ses chers Rochers, où la répression qui bat son plein lui parvient en écho et lui donne l'occasion d'un bon mot : «Nos pauvres Bas-Bretons s'attroupent quarante, cinquante par les champs ; et dès qu'ils voient les soldats, ils se jettent à genoux, et disent mea culpa : c'est le seul mot de français qu'ils sachent... On ne laisse pas de pendre ces pauvres Bas-Bretons ; ils demandent à boire et du tabac et qu'on les dépêche», en d'autres termes, qu'on les exécute (lettre du 24 septembre).
La rudesse de la répression, surtout quand elle atteint Rennes et ses amis de la bonne société, finit tout de même par ébranler la marquise : «Cette province est dans une grande désolation. M. de Chaulnes a ôté le Parlement de Rennes pour punir la ville; ces messieurs sont allés à Vannes, qui est une petite ville où ils sont fort pressés. Mais je trouve tout fort bon, pourvu que les quatre mille hommes de guerre qui sont à Rennes ne m'empêchent point de me promener dans les bois, qui sont d'une hauteur et d'une beauté merveilleuses (20 octobre)».
Non, décidément, Madame de Sévigné n'a rien compris aux raisons profondes du mécontentement populaire en Bretagne sous le règne du Roi-Soleil. Seuls la préoccupaient la tranquillité et le bien-être de son séjour vitréen.

Un tableau moqueur de la noblesse bretonne

Mais on aurait tort de réduire les relations de la marquise de Sévigné et de la Bretagne à cet épisode douloureux. A travers ses lettres, elle brosse un tableau alerte, souvent moqueur, et même acide, de la noblesse bretonne d'alors.
L'épistolière s'amuse des patronymes vernaculaires, à ses yeux imprononçables, de ses relations autochtones, elle raille le provincialisme pataud de ces personnages qui tiennent le haut du pavé à Rennes mais feraient figure de péquenauds à la Cour.
On entre de plain-pied dans le quotidien de cette noblesse de Haute-Bretagne, ses ridicules querelles de préséance et ses craintes continuelles pour ses revenus. Ce témoignage de première main apporte à la connaissance des Bretons de haute naissance de l'époque Louis XIV une touche irremplaçable. Et un contrepoint salutaire à leur suffisance native.
La marquise de Sévigné ne se laissera jamais séduire en profondeur par le pays breton. Elle est très fâchée que son fils préfère la vie de gentilhomme campagnard à celle d'homme de cour. «Les délices de Quimper», écrit-elle, ont pour lui plus d'attraits que celles de Versailles. A ses yeux, une impardonnable faute de goût.

Serge Duigou


La conspiration de Pontcallec (1720)
1718 : Le marquis de Pontcallec participe à un complot pour la défense des libertés bretonnes. Il est décapité en 1720

Dossier Word et PDF

A la mort de Louis XIV, la régence de Philippe d'Orléans ouvre une période de libertinage et de faste dans la bonne société. Mais la situation n'est pas la même en province, spécialement en Bretagne où la population de remet mal des massacres perpétués pendant la révoltes des bonnets rouges. C'est alors qu'entre en scène le marquis de Pontcallek. C'est un noble sans le sou, qui vit de trafics divers. Il rêve d'une Bretagne libre et d'une république aristocratique.

Pour comprendre les motifs de la conspiration que dirigea le marquis de Pontcallec au début du XVIIIème siècle, il faut revenir au traité d'union de 1532. Il faut savoir que la Bretagne n'a pas été annexée à la France après une défaite militaire, ni par les mariages de la duchesse Anne avec les rois français. L'unité de la Bretagne et de la France a été votée par le parlement de Bretagne siégeant à Rennes. Ses motivations étaient que de toute façon, pour avoir la paix, la Bretagne devait se faire un allié de la France et vu que celle-ci était sans cesse agressive et avait une volonté hégémonique, et que le roi corrompait avec largesse les parlementaires, ils finirent par voter en 1532 l'Edit d'Union, celui-ci spécifiant qu'il ne serait jamais porté atteintes aux privilèges, exemptions, franchises et libertés octroyés aux bretons par leurs ducs, et ils continueraient à en jouir à perpétuité sous réserve seulement des modifications que proposeraient les Etats de Bretagne dans l'intérêt du pays. Presque 2 siècles plus tard, 30 ans après la révolte des Bonnets Rouges, dans les dernières années du règne de Louis XIV, les Bretons prennent conscience de l'exploitation éhontée à laquelle ils sont soumis par le pouvoir central.

Pontcallek selon Langleiz
« 1718. Se fondant sur la violation des clauses de l'Edit d'Union de 1532 par le Régent - le duc d'Orléans - un certain nombre de gentilshommes Bretons décident de renverser le gouvernement royal (conspiration de Cellamare), pour le remplacer par le roi d'Espagne, Philippe V. Parmi ces hommes, le Marquis de Pontcallec. Ce dernier  joua un rôle déterminant dans cette affaire. Malgré un contexte politique favorable (refus du parlement de Bretagne d'enregistrer la rentrée des impôts sans le consentement des Etats le 10 janvier 1718, troubles un peu partout en Bretagne, etc.), et la constitution d'une association des « Frères Bretons » avec ses 500 signataires, le « soulèvement Breton » reste marginal.

Seuls, une vingtaine de petits nobles terriens prennent une part active au complot. Cet échec se traduit par l'arrestation du Marquis de Pontcallec le 28 décembre 1718, grâce à la trahison de Chémendy, sénéchal du Faouët et ami (!) du Marquis. Trois autres conjurés, du Couëdic, Montlouis, Le Moyne du Talhouët se rendirent eux-mêmes. Les condamnés furent exécutés le 4 mai 1720. "Une immense pitié étreignit les coeurs au souvenir de ces malheureux sacrifiés à une politique impitoyable ". " C'est de ce sentiment qu'est né la légende. On plaignit justement les quatre infortunés qui avaient payé pour les autres...On en fit des héros et des martyrs.» (Pocquet, Histoire de Bretagne, T.VI, p.150)

**********

« Louis XV (1710-1715/1774), arrière petit-fils de Louis XIV, à 5 ans. La régence est exercée par Philippe d’Orléans (1674-1715/1723), neveu du roi défunt, jusqu’à sa mort. La régence renoue avec les plaisirs affichés, mais doit assumer l’énorme déficit légué par le règne précédent : deux fois plus de dépenses que de recettes. (…)
Les esprits s’échauffent, des écrits circulent. Sous Louis XIV, la Bretagne a dû s’endetter de 25 millions de livres. On lui en demande maintenant 9 millions alors qu’il n’y a que 5 millions de recettes. Les États se réunissent, le 15 décembre 1717, à dinan. Le jeune Talhouët de Bonamour mène la contestation. Les États ne peuvent accorder le « don gratuit » avant d’avoir examiné l’état des finances de la Bretagne !

Le commandant en chef, Montesquiou (Pierre d’Artagnan), réagit brutalement. J’ordonne la séparation des États ! La Régence veut passer outre et lever les impôts. Le parlement s’y oppose immédiatement. L’assemblée des trois États est la loi fondamentale de cette province et il ne peut s’y lever aucun droit (taxes, impôts) sans leur consentement. Montesquiou fait alors venir des régiments.

Mais le régent préfère re-convoquer les États pour le 1er juillet 1718, à Dinan. Le don gratuit est voté, mais réduit, des taxes sont supprimées. Des meneurs nobles ou parlementaires sont exilés, le 12 septembres 1718 : l’affaire fait du bruit.

Le 16 septembre 1718, quelques gentilshommes mécontents se réunissent à Rennes.

- Il nous faut fonder une association de nobles bretons ouverte à tous pour soutenir les droits et privilèges de la Bretagne et les prérogatives de la noblesse !
Talhouët rédige un acte d’union pour la défense des libertés de Bretagne. L’acte circule et recueille 500 signatures. Mais au premier rendez-vous, le 13 avril 1719, ils ne se retrouvent que 16 en forêt de Lanvaux.

- Il nous faut trouver de l’aide. Le roi d’Espagne Philippe est le petit-fils de Louis XIV. Demandons-lui de nous envoyer des troupes !

Le 29 septembre, vers 8 heures, les conjurés sont au château du marquis de Pontcallec (Morbihan).

- Alerte ! Des soldats du roi ! Sauve – qui – peut !
Le 6 octobre en forêt de Lannouée.

- Nous devions nous retrouver à 900 ! Nous ne sommes que 16 !

Durant la nuit du 30-31 octobre, 300 espagnols débarquent dans la rivière de Crac’h.

- Rembarquez au plus vite ! Tout est découvert !

Les autorités savent tout. Des troupes sillonnent la province. Des conjurés sont arrêtés, certains réussissent à s’enfuir. Un tribunal d’exécution arrive en Bretagne et siège au château de Nantes où sont détenus les prisonniers. Le 23 mars 1720, quatre des principaux meneurs sont décapités à Nantes : Pontcallec, Talhouët-le Moyne, Du Couëdic, Montlouis. Le marquis de Pontcallec était détesté de ses paysans et la conspiration n’a jamais concerné que quelques nobles. En fait, c’est le peuple et la légende qui ont fait de Pontcallec un héros, le symbole d’une aspiration. (Secher 1999 : 44-45)
Pour aller plus loin, exploitez la chanson sur la Mort de Pontcallec  -  (Texte sur la Mort de Pontcallec en format word)

La Bretagne en désordre lors de la Révolution de 1789

Dossier Word et PDF

Pour élucider le rôle de la Bretagne lors des évènements révolutionnaires de 1789 il faut d’abord exposer les circonstances économiques et sociales qui ont conduit à la Révolution.  

En 1789, la France est une monarchie ancienne et puissante. La France est le pays le plus peuplé d’Europe, Russie exceptée, avec près de 28 millions d’habitants et, tout au long du XVIII siècle, il a connu un enrichissement continu qui a profité à tous, même si les inégalités sautent aux yeux. La société française est divisée par les privilèges attribués aux membres du clergé et aux nobles qui bénéficient d’avantages fiscaux à la différence des autres Français, ceux du troisième ordre, autrement dit du tiers état.

A la fin du XVIIIe siècle, une série de mauvaises récoltes provoque des difficultés imprévues, au moment où les caisses de l’État sont vides. Alors qu’un mouvement d’idées, qui déborde du petit cercle des intellectuels (les philosophes des lumières), agite les pensées et provoque le désir de réformer la société, le roi Louis XVI permet en mai 1789 la réunion des États généraux, auxquels il compte demander une augmentation des impôts. Dès la réunion des états généraux, certains députés de Bretagne avaient  fondé un "club breton", où ils accueillirent des amis venus d'autres régions. Quand l'Assemblée gagna Paris, le club breton, ou "Société des amis de la Constitution", alla siéger rue Saint-Honoré, au couvent des jacobins, et devint alors le "club des Jacobins"
Décrivez les circonstances économiques, politiques et sociales qui ont conduit à la Révolution ! Approfondissez surtout vos connaissances au sujet de la structure de la société française avant la Révolution ! http://www.revolution.1789.free.fr
Renseignez-vous sur la philosophie des lumières ! Quels sont les philosophes les plus importants de l’époque ? Quelles sont leurs exigences et leurs idées ?

http://www.lumieres.matplane.com


Au milieu du tiers État se constitue un groupe de réformateurs qui veut réduire les inégalités devant l’impôt ou la justice et qui exige des réformes selon la procédure des États généraux. La situation s’envenime par la maladresse politique du roi, qui paraît menacer les députés du tiers État, ayant la majorité du peuple de son côté. Le 14 juillet 1789, les Parisiens, aidés par la milice patriote de la ville, les gardes nationaux, vont à l’assaut de la Bastille, symbole de la tyrannie, et la détruisent. A la suite de ces évènements, le roi est forcé de partager son pouvoir avec l’assemblée. Les États généraux, devenus Assemblée nationale entreprennent aussitôt une série de réformes, dont une des premières est l’abolition des privilèges et des distinctions juridiques.

Comparez le contenu des réformes entreprises par l’Assemblée nationale aux idées sociales et politiques des philosophes des lumières ! 

Tout le pays participe à la Révolution, les évènements parisiens sont attentivement suivis par les Français, qui les apprennent avec retard et souvent déformés. Les ruraux ne sont pas en dehors de la Révolution. Les changements apportés par l’Assemblée nationale provoquent des modifications importantes dans leur vie : les impôts disparaissent et sont remplacés par des contributions souvent plus lourdes encore pour les paysans qui espéraient en être totalement dispensés. Pour des raisons financières, l’État souhaite disposer des richesses terriennes du clergé. Dans de nombreuses campagnes, les ruraux perdent leurs chapelles qui sont fermées lorsqu’elles sont éloignées des églises. Les ruraux voient ensuite partir leurs curés et se retrouvent sans être ravitaillés en saints sacrements. De la confiscation des biens du clergé ne profitent que les propriétaires urbains qui saisissent l’occasion pour accroître leurs biens au détriment des paysans. La province de Bretagne perd son unité au profit du nouveau découpage en départements ce qui rompt avec des habitudes séculaires. Tous les cadres de vie auxquels les ruraux sont habitués changent en deux années. C’est ainsi que dans tout le pays se lève un fort mouvement contre-révolutionnaire. C’est surtout dans l’ouest de la Bretagne que les émeutes les plus fortes éclatent.

Exposez les changements provoqués par la révolution dans la société française et les conséquences qui en ressortent !

La Bretagne devient un des centres de la contre-révolution. A cette époque, dans l’ouest de la France les bourgs et les villes sont habités par des populations, généralement différentes des populations paysannes. Les habitants des bourgs vivent de la location des terres ou de services rendus alors que la population paysanne doit travailler sur ces terres. Dans le domaine religieux, les citadins des villes sont souvent critiques envers le curé, mais pratiquent une religion austère. Les ruraux sont plus soumis à l’influence du clergé et conservent des pratiques quasi magiques que les curés doivent accepter. Les ruraux sont pour la plupart analphabètes et ne parlent que rarement le français. Ce qui distingue l’ouest et notamment la Bretagne du reste de la France : les communautés rurales sont très puissantes. Les paysans, vendant surtout du bétail, sont engagés dans des opérations financières et disposent d’une réelle autonomie face aux propriétaires. A partir de 1791, les paysans de l’Ouest sont mécontents de l’augmentation des impôts nouvellement créés. Il est de plus en plus évident que la Révolution ne profite guère aux paysans qui avaient placé beaucoup d’espoir en elle.

Résumez les particularités sociales et économiques qui apparaissent en Bretagne !

L’insatisfaction des paysans s’ajoute à la colère de la noblesse. L’abolition des privilèges n’a pas ruinée cette dernière, car le droit de propriété a été déclaré sacré. Elle conserve ses biens, mais est soumise aux impôts. C’est ainsi que la contre-révolution est paradoxalement une coalition de la noblesse et des populations rurales. C’est un ancien combattant de la Guerre d'Indépendance des Etats-Unis d'Amérique, le marquis de La Rouërie, qui prend la tête de la révolte dans l’Ouest. Il est le moteur d’une vaste conspiration nobiliaire et prépare une insurrection.
Renseignez-vous sur le marquis de La Rouërie:
http://www.kounbreizh.free.fr/la_rouerie.htm


D’autres seigneurs se soulèvent aussi comme les gentilshommes de Boishardy dans les Côtes-du-Nord, Boisguyen autour l’Ille-et-Vilaine, ou des paysans comme Jean Cottereau, dit « Jean Chouan » dans le pays de Vitré, et Guillemot surnommé le « roi de Bignon ». Le plus célèbre de tous fut le morbihannais Georges Cadoudal.

Qui est-ce qui fut Georges Cadoudal ?

http://www.bretagne-ouest-france.com/histoire/cadoudal.htm

http://www.les.guillotines.free.fr/cadoudal.htm


Trois évènements aggravent la situation : la chute de la royauté 1792 et la mort du roi, guillotiné 1793, puis une levée de 300 000 hommes pour les armées révolutionnaires étant en guerre contre les monarchies européennes coalisées, et finalement le régime de la terreur révolutionnaire, établi par la Révolution comme réaction aux insurrections qui éclatent dans tout le pays.

Qu’est-ce qu’on entend par « le régime de la terreur » ?
http://www.revolution.1789.free.fr


En Bretagne, les révoltes se produisent dans le Léon, autour de Saint-Pol-de-Léon et de Saint-Renan, dans les pays de Lamballe, de Fougères, de Vitré, et surtout dans la région qui s'étend de Pontivy jusqu’à Nantes. Alors la France révolutionnaire est à partir de l’année 1792 doublement menacée : d’un côté par l’ennemi intérieur, la contre-révolution, de l’autre côté par toutes les puissances européennes, qui se sont coalisées contre la Révolution. Mais le régime de la terreur s’avère très efficace à tel point qu’en avril 1793, les émeutes paysannes sont presque toutes éteintes, sauf dans l’Ouest où en juillet 1795, une petite armée d'émigrés, aidé par une flotte anglaise tente de se joindre aux contre-révolutionnaires du Morbihan. Le débarquement ne réussit pas. Bloqués par le général Hoche dans la presqu'île de Quiberon, les rebelles doivent capituler. Près de 800 d'entre eux furent fusillés à Auray et à Vannes. Mais ce désastre ne met pas fin à la chouannerie. Le calme et la paix religieuse ne revinrent qu'après la prise du pouvoir par Bonaparte. Encore restait-il des irréductibles qui complotèrent contre l’empereur. Le plus obstiné de tous, Georges Cadoudal, arrêté par surprise, fut guillotiné à Paris en 1804. Mais la Bretagne resta encore longtemps hostile à l’idée révolutionnaire.  
Résumez les évènements principaux qui ont conduit successivement aux confrontations armées entre les révolutionnaires et les contre-révolutionnaires. Cherchez ensuite des raisons afin d’expliquer pourquoi le mouvement de la contre-révolution a échoué malgré la situation difficile de la Révolution, doublement menacée !

(© Dossier élaboré par Max Stoeckl)






Les cartes de la Bretagne à travers l'histoire
http://www.lexilogos.com/bretagne_carte.htm



UNE HISTOIRE DE LA BRETAGNE - Le télegramme
http://service.bretagne.com/supplements/histoires_bretagne/index.htm



L'histoire en bref
© http://www.visit-bretagne.com/histoire/indexfr.html

VI ème siècle après JC - © Le royaume breton

Les Carolingiens , notamment Charlemagne, reprennent le contrôle de cette péninsule rebelle à l'autorité franque. Cependant, la lourdeur des campagnes militaires nécessaires pousse l'empereur Louis-Le-Pieux à confier à Nominoë, aristocrate breton, des pouvoirs équivalents à ceux d'un roi, en contrepartie de sa loyauté.Nominoë, puis ses successeurs les rois Erispoë et Salomon, sont à la tête de l'éphémère mais bien réel royaume de Bretagne. Celui-ci perdure jusqu'à la fin du IXe s, puis disparaît dans un contexte de reprise de la guerre contre les Francs et d'invasions vikings.

IX ème siècle après JC -  © La bretagne Féodale

Ravagé par les Normands, le duché de Bretagne ne renaît qu'au Xe s. Il passe sous domination anglaise de 1166 à 1213, puis redevient un fief du roi de France jusqu'à la Guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) : indissociable de l'affrontement franco-anglais de la Guerre de Cent Ans, cette guerre civile déchire les Bretons et dévaste le duché. Elle s'achève par l'avènement du duc Jean IV(1364-1399) et sur la restauration d'un duché désormais neutre dans le conflit franco-anglais.

XIV ème siècle après JC -  © L'Etat breton

Cette habile neutralité, très favorable à ses intérêts économiques, permet à la Bretagne de jouir d'une réelle indépendance. Les ducs de Bretagne, notamment Jean V(1399-1442) et François II (1458-1488), agissent en souverains et sont à la tête d'un Etat dont les institutions gouvernementales sont parmi les plus modernes de l'époque (conseils, parlement, monnaie...). Nantes est alors élevée au rang de capitale du duché, au détriment de Rennes, jusqu'ici détentrice du titre et qui ne retrouvera sa prépondérance politique qu'au XVIIe s. Prospère et arrivé au sommet de sa puissance, mais doté d'une armée trop faible, le duché de Bretagne devient une cible
prioritaire pour le roi de France.

XV ème siècle après JC- © La fin de l'indépendance bretonne

En 1488, la petite armée bretonne de Jean II est vaincue par l'armée royale à Saint- Aubin- du-Cormier. La Duchesse Anne succède à son père, sans avoir les moyens de préserver l'indépendance du duché : assiégée dans Rennes, elle se résigne à épouser le roi de France Charles XIII, puis, à la mort de celui-ci, son cousin Louis XII. Sa fille Claude épouse enfin François Ier lui apportant la Bretagne en dot. En 1532, l'union perpétuelle de la Bretagne et de la France est scellée.

XVI ème siècle après JC -  © La bretagne, province française

Depuis le XVIe s. l'histoire de la Bretagne se confond donc avec l'Histoire de France. Cependant, la province se distingue à plusieurs époques : - par son esprit d'indépendance (symbolisé par le Parlement de Bretagne à Rennes) et ses défis à l'égard du pouvoir royal (révolte du papier timbré en 1675, révolte des "Bonnets Rouges", exil du Parlement, lutte contre les représentants du pouvoir royal au XVIIIe s),  - par l'essor de son grand commerce maritime et de ses ports ( Nantes, Saint-Malo, Lorient... ) aux XVIIe s et XVIIIe s, et la notoriété de ses marins ( Duguay-Trouin, Lamotte-Picquet, Surcouf ), - par l'attitude singulière des Bretons lors de la Révolution Française, qui, après avoir accueilli favorablement les bouleversements de 1789, sont nombreux à participer à la Chouannerie contre la république jacobine,  - par le désastre humain de 1914-1918 (22 % des bretons
mobilisés ont été tués),  - par les événements liés à la Seconde Guerre Mondiale et à l'Occupation (Résistance et maquis, collaboration du "Parti National Breton", destruction des grands ports...)

Si la Bretagne est aujourd'hui complètement intégrée à la  France, elle n'en conserve pas moins une forte identité culturelle : celle-ci s'exprime par l'actualité de la question  linguistique et par le maintien, voire le renouveau de vivantes traditions régionales : musique, danses et festivités ( Festou- Noz, Bagadou, festivals ...), pratique religieuse (pardons, processions... ), littérature, architecture ou encore
gastronomie.



UNE HISTOIRE DE LA BRETAGNE

http://www.visit-bretagne.com/histoire/indexfr.html
http://www.visit-bretagne.com/homefr.html
Les origines du peuplement de la Bretagne sont très anciennes : de nombreuses découvertes archéologiques attestent que des hommes occupaient déjà la péninsule au paléolithique (700 000 av. J.-C. pour les plus anciennes traces connues).
On sait peu de choses du peuple qui, au néolithique (5500 à 2000 av. J.-C. environ) fait de la Bretagne un des principaux centres de la civilisation mégalithique. Outre divers outils qui témoignent d'un développement avancé, les vestiges de cette époque impressionnent et intriguent : des menhirs, qui peuvent être isolés (Le Champ-Dolent, près de Dol-de-Bretagne) ou rassemblés dans des alignements (Carnac) ou des Cromlechs circulaires ; des Dolmens (Locmariaquer), des allées couvertes (La Roche-aux-Fées à Essé) ou encore des Cairns (Bamenez en Plouezoc'h, près de Morlaix) et autres tumulus (Gavrinis, dans le Golfe du Morbihan, Bourbriac)
 

L'Armorique celtique
http://www.visit-bretagne.com/histoire/histoire1.html
C'est ce peuple mal connu qui voit au VIe s. av. J.-C. les premiers Celtes arriver en Armorique, au terme d'une longue migration qui, d'Europe centrale, les a conduit toujours plus vers l'ouest. Ceux-ci s'installent définitivement dans la péninsule au IVe s. av J.-C. et la nomment "Ar Mor " : " le pays devant La Mer ".
Répartis en cinq grandes tribus (les Osismes à l'ouest, les Coriosolites et les Redons au Nord et à l'est, les Vénétes et les Namnétes au sud), les Gaulois d'Armorique forment ensuite une sorte de confédération dans laquelle les Vénètes exercent peu à peu leur hégémonie. Leur puissante flotte, leur intense activité commerciale et financière font de leur cité la plus apte à résister à l'invasion romaine de 57 av J.-C.

L'Armorique gallo-romaine
http://www.visit-bretagne.com/histoire/histoire2.html
C'est en effet la conquête de l'Armorique par les légions de César et Crassus qui interrompt brutalement le développement de cette civilisation gauloise. Les tribus armoricaines sont vaincues (56 av. J.-C.) et progressivement romanisées.
D'importantes cités gallo-romaines se développent sous l'empire : Condate (Rennes), Condevicnum (Nantes), Fanum Martis (Corseul), Vorgium (Carhaix) ou encore Darioritum (Vannes). Elles sont dotées d'un forum, de temples, de thermes, de théâtres, de voies pavées, parfois même d'aqueducs, et deviennent ainsi des vitrines de la romanité.
A ces mutations s'ajoute la christianisation tardive mais rapide de l'Armorique (IVe s. ap J.-C.).

L'Armorique devient la Bretagne
http://www.visit-bretagne.com/histoire/histoire3.html
Aux Ve. et VIe s., des Bretons (les Celtes de Grande-Bretagne) arrivent par vagues successives en Armorique, repoussés par les invasions des peuples barbares venus du nord (Pictes, Scots, Angles et Saxons). Leur intégration semble bien acceptée par les Armoricains qui partagent avec les nouveaux arrivants une culture, une langue et des coutumes assez semblables.
L'Armorique (un temps appelée Petite Bretagne) est désormais peuplée de Bretons issus de ce mélange, chrétiens et soumis à des comtes locaux.
Intégrée au royaume des Francs (d'origine germanique) sous Clovis, la Bretagne s'en rend ensuite peu à peu indépendante, comme en témoigne l'existence d'un roi de Domnonée (région correspondant au nord-ouest de la péninsule) nommé Judicaël et mentionné vers 630.

Le royaume breton
http://www.visit-bretagne.com/histoire/histoire4.html
Les Carolingiens , notamment Charlemagne, reprennent le contrôle de cette péninsule rebelle à l'autorité franque. Cependant, la lourdeur des campagnes militaires nécessaires pousse l'empereur Louis-Le-Pieux à confier à Nominoë, aristocrate breton, des pouvoirs équivalents à ceux d'un roi, en contrepartie de sa loyauté.
Nominoë, puis ses successeurs les rois Erispoë et Salomon, sont à la tête de l'éphémère mais bien réel royaume de Bretagne. Celui-ci perdure jusqu'à la fin du IXe s, puis disparaît dans un contexte de reprise de la guerre contre les Francs et d'invasions vikings.

La Bretagne féodale
http://www.visit-bretagne.com/histoire/histoire5.html
Ravagé par les Normands, le duché de Bretagne ne renaît qu'au Xe s. Il passe sous domination anglaise de 1166 à 1213, puis redevient un fief du roi de France jusqu'à la Guerre de Succession de Bretagne (1341-1364) : indissociable de l'affrontement franco-anglais de la Guerre de Cent Ans, cette guerre civile déchire les Bretons et dévaste le duché. Elle s'achève par l'avènement du duc Jean IV(1364-1399) et sur la restauration d'un duché désormais neutre dans le conflit franco-anglais.

L'Etat breton
http://www.visit-bretagne.com/histoire/histoire6.html
Cette habile neutralité, très favorable à ses intérêts économiques, permet à la Bretagne de jouir d'une réelle indépendance. Les ducs de Bretagne, notamment Jean V(1399-1442) et François II (1458-1488), agissent en souverains et sont à la tête d'un Etat dont les institutions gouvernementales sont parmi les plus modernes de l'époque (conseils, parlement, monnaie...).
Nantes est alors élevée au rang de capitale du duché, au détriment de Rennes, jusqu'ici détentrice du titre et qui ne retrouvera sa prépondérance politique qu'au XVIIe s.
Prospère et arrivé au sommet de sa puissance, mais doté d'une armée trop faible, le duché de Bretagne devient une cible prioritaire pour le roi de France.

La fin de l'indépendance bretonne
http://www.visit-bretagne.com/histoire/histoire7.html
En 1488, la petite armée bretonne de Jean II est vaincue par l'armée royale à Saint- Aubin- du-Cormier. La Duchesse Anne succède à son père, sans avoir les moyens de préserver l'indépendance du duché : assiégée dans Rennes, elle se résigne à épouser le roi de France Charles XIII, puis, à la mort de celui-ci, son cousin Louis XII.
Sa fille Claude épouse enfin François Ier lui apportant la Bretagne en dot. En 1532, l'union perpétuelle de la Bretagne et de la France est scellée.

La Bretagne, province française
http://www.visit-bretagne.com/histoire/histoire.html
Depuis le XVIe s. l'histoire de la Bretagne se confond donc avec l'Histoire de France.
Cependant, la province se distingue à plusieurs époques :
- par son esprit d'indépendance (symbolisé par le Parlement de Bretagne à Rennes) et ses défis à l'égard du pouvoir royal (révolte du papier timbré en 1675, révolte des "Bonnets Rouges", exil du Parlement, lutte contre les représentants du pouvoir royal au XVIIIe s).
- par l'essor de son grand commerce maritime et de ses ports ( Nantes, Saint-Malo, Lorient... ) aux XVIIe s et XVIIIe s, et la notoriété de ses marins ( Duguay-Trouin, Lamotte-Picquet, Surcouf )
- par l'attitude singulière des Bretons lors de la Révolution Française, qui, après avoir accueilli favorablement les bouleversements de 1789, sont nombreux à participer à la Chouannerie contre la république jacobine.
- par le désastre humain de 1914-1918 (22 % des bretons mobilisés ont été tués)
- par les événements liés à la Seconde Guerre Mondiale et à l'Occupation (Résistance et maquis, collaboration du "Parti National Breton", destruction des grands ports...)
Si la Bretagne est aujourd'hui complètement intégrée à la France, elle n'en conserve pas moins une forte identité culturelle : celle-ci s'exprime par l'actualité de la question linguistique et par le maintien, voire le renouveau de vivantes traditions régionales : musique, danses et festivités ( Festou- Noz, Bagadou, festivals ...), pratique religieuse (pardons, processions... ), littérature, architecture ou encore gastronomie.


 

Pour aller plus loin:

L'histoire des Celtes - http://jfbradu.free.fr/celtes/les-celtes/cadre-histoire-celtes.htm

Effectivment, jusqu'à l'essor de l'Empire romain, les Celtes représentaient une puissance indéniable. Rome elle-même avait été pillée par les Celtes en 385 av. J-C. Un événement que les légionnaires n'avaient pas oublié lorsqu'ils permirent la victoire de Jules César entre 59 et 49 av. J.-C. sur les tribus celtes de la Gaule. Quoique bien intégrés dans l'Empire romain, les Celtes continuaient d'adorer leurs dieux jusqu'à l'adoption officielle du christianisme par Rome. Leur religion et leur mythologie commencèrent alors à décliner, excepté dans les régions où l'on racontait encore les légendes celtes du passé. Même en Irlande, une île qui ne fut jamais sous contrôle romain, l'influence du christianisme ne tarda pas à se faire sentir. Mais sa conversion n'entraîna pas forcément la destruction de l'héritage celtique, car à partir du Ve siècle, les moines eurent soin de mettre par écrit les anciennes légendes celtes . C'est à cet effort de conservation que l'on doit l'ensemble ou presque de nos connaissances de la mythologie celte. Car sauf au Pays de Galles, où l'on retranscrivit quelques récits, rien ne fut jamais couché par écrit.

Les longs conflits des Celtes apparaissent moins terribles lorsqu'on sait que les Celtes croyaient en la réincarnation. Leur autre monde, à la différence du monde souterrain des Grecs et des Romains, n'était pas la sombre demeure des morts. Il s'agissait d'un paradis où les âmes se reposaient en attendant de renaître.

Par la suite, le christianisme devint un élément central de la mythologie celtique, notamment dans les légendes arthuriennes. La quête du Graal en est l'exemple le plus frappant. Bien qu'on puisse la rapprocher des chaudrons magiques celtes, cette coupe sacrée était celle qui fut utilisée lors de la Cène et qui, lors de la Crucifixion, reçut le sang du Christ blessé au côté par une lance. Elle fut amenée en Grande-Bretagne par Joseph d'Arimathie puis perdue, devenant ainsi l'objet de la quête des chevaliers du roi Arthur. Seul Galahad fut assez pur pour pouvoir contempler le Graal, qu'il prit comme « le corps de notre Seigneur entre ses mains.


http://jfbradu.free.fr/celtes/les-celtes/cadre-histoire-celtes.htm#mots
Les mots "Celtes", "gaulois", "galate"
L'appellation "Celtes" apparaît en premier chez Hécatée de Milet (vers 500 av JC) puis chez Hérodote (vers 450 av JC). Ce mot viendrait de l'indo-européen "keletos", rapide, ou "kel-kol", habitant, colon.
Le mot "Galate" (" Ceux d'ailleurs " ou " Envahisseurs ") apparaît dans la littérature grecque en 279 av JC. "Galli" apparaît pour la première fois en 168 av JC dans les " Origines "de Caton l'Ancien (traduction latine de " Galates "). Au IIe siècle ap JC, Dion Cassius traduit Gaulois par Galates et Celtes par Germains (ce qui est évidemment une erreur, les Celtes ne sont pas des Germains, ce sont deux peuples distincts). " Galatie " reste le nom de la province d'Asie Mineure où les Celtes ont fondé un royaume.
Les termes de Gaulois et de Celtes sont au début synonymes. Puis les Romains réservent le premier terme seulement à une partie des Celtes (distinction géographique) qui sont fixés en Gaule cisalpine (Italie du Nord) et Gaule transalpine (au-delà des Alpes en se situant du côté de l'Italie, c'est-à-dire grossièrement la France d'aujourd'hui). César était conscient du caractère conventionnel de ces distinctions "Ceux que nous nommons Gaulois dans notre langue, se nomment Celtes dans la leur". Aujourd'hui, on admet généralement le terme de "Gaulois" pour les habitants de la Gaule à partir du IIIème siècle av JC. Pour les périodes précédentes et les autres zones géographiques on parle de "Celtes".
Conclusion : les Gaulois sont donc bien des Celtes, mais les Celtes ne sont pas des Germains.

Entre le Vème et le IIème siècle av JC : la période de la Tène (deuxième âge du fer)


 
 

La Gaule à la veille de la conquête romaine

Au IIème siècle av JC, les tribus gauloises deviennent de véritables Etats indépendants, les "civitates" (les cités), avec leur gouvernement, leur administration et leurs institutions religieuses, les oppida sont à leur apogée. Ces cités sont elles-mêmes divisées en pagi ou "pays".
La Gaule compte alors peut-être 10 à 15 millions d'habitants, on l'appelle parfois "chevelue" car elle est encore couverte par de nombreuses forêts. La Gaule est divisée en quatre régions qui diffèrent par la langue, par les lois et les coutumes : l'Aquitaine, la Celtique, la Belgique et la Narbonnaise. Voir la carte.
La Narbonnaise : elle est conquise par les Romains (d'où son appellation : la Province, ce qui donnera le mot "Provence") dès 121 av JC. Mais cette région avait déjà subi une forte influence grecque par la fondation de Phocée (Marseille) vers 600 av JC.
L'Aquitaine : les Celtes ont dû occuper cette région vers le VIème siècle av JC. A partir du IIème siècle av JC, les Ibériques s'y implantent également. Parmi la vingtaine de peuples on trouve les Convènes, les Ausques, les Tarbelles.
La Celtique : c'est la région la plus vaste, les peuples, souvent groupés en fédérations, sont puissants : les Bituriges (Avaricum = Bourges), les Carnutes occupent le centre supposé de la Gaule (Genabum = Orléans et Autricum = Chartres), les Parisii  contrôlent les confluents de l'Oise et de la Seine (Lutèce = Paris), les Sénons (Agedincum = Sens) font une expédition à Rome avec leur chef Brennos , une partie des Lingons (Andematunum = Langres) s'installe dans la plaine du Pô, les Helvètes occupent la Suisse, les Eduens contrôlent une position stratégique, ce qui leur donne de la puissance (Cabilonum =Chalon-sur-Saône, Matisco =Mâcon, Bibracte = centre industriel implanté sur le mont Beuvray), les Arvernes ont créé une véritable confédération dans la Massif Central, leur dernier chef, Vercingétorix, défend avec succès sa capitale Gergovie contre les Romains. Les Celtes pénétent assez tardivement en Bretagne: les Vénètes s'enrichissent en allant faire le commerce de l'étain en Cornouailles.
La Belgique : elle s'étend jusqu'au Rhin, le fleuve servant de frontière entre Celtes et Germains. Les principaux peuples : les Véliocasses (Rotomagus = Rouen), les Ambiens (Samarobriva = Amiens), les Rèmes occupent la Champagne.
Malgré la diversité des peuples qui habitent la Gaule, il existe entre eux une véritable unité culturelle.
 
 

Carte des peuples de la Gaule :

http://www.skene.be/CE/archeoloj/AJ09021102.html
Les Gaulois sont de bons agriculteurs, ils cultivent le blé, l'orge et le millet, ils améliorent leurs terre par le chaulage et le fumier parfois mélangé à des cendres. Ils  sont aussi de grands éleveurs, ils élèvent des porcs pour en consommer la viande (ils mangent très peu de sangliers). Ils savent conserver la viande en la salant ou la fumant et sont d'excellents charcutiers. Les Gaulois sont de gros mangeurs et de grands buveurs, ils boivent beaucoup de bière et sont grands amateurs de vin. La pêche fournit un complément de nourriture.
Les Gaulois sont aussi de très bon artisans, ils construisent des chars à quatre roues, inventent la moissonneuse, construisent des navires robustes. Ils sont également les inventeurs du tonneau, plus léger et plus pratique que les amphores, et du savon (en mélangeant de la graisse et de la soude).

 
 
 
 
 
 
 
 

HISTOIRE POLITIQUE DE LA BRETAGNE
(Texte élaboré à pratir du site http://www.chez.com/buan1/buanhistoire.htm)

NOMINOË

La Bretagne historique, on peut considérer qu'elle a vécu sous trois régimes différents de gouvernement :
la Bretagne indépendante, la Bretagne autonome, la Bretagne assujettie

avec comme dates clés : 845, 1532, 1789.

845 avec la victoire de Nominoë à Ballon marque le départ de la première étape.

Pour comprendre l'oeuvre de Nominoë, il n'est que de considérer la Bretagne aux siècles précédents. Une expression géographique : il y a en Armorique des territoires peuplés de Bretons ; il n'y a pas une Bretagne.

Aux IVème et Vème siècles, la Gaule romanisée et unifiée a été envahie par différentes tribus, germaniques ou autres, qui ont détruit l'unité impériale et introduit l'anarchie avec la ruine. Le chiffre de population ? De 200 à
300 000 âmes au plus, selon Léon Fleuriot, qui fait autorité en la matière. Cette faible densité explique la relative facilité du débarquement des Bretons et de la bretonnisation de toute la région côtière. - L'Armorique semble mener sa vie en dehors du reste de la Gaule, mais un combat permanent contre les Francs s'installe. En 826, Le Débonnaire, se disant que les Bretons se soumettront peut-être plus facilement s'ils ont à leur tête un breton, choisit un noble qu'il avait eu l'occasion de connaître comme délégué pour le tribut : NOMINOE. Il le désigne comme duc avec autorité sur tous les comtés bretons, Vannes y compris.

C'est pour calmer ces rebellions qu'en 824 Louis le Pieux fait de Nominoë, un chef du Vannetais, le premier duc de Bretagne. Resté loyal pendant la durée du règne de Louis, Nominoë agit en roi indépendant dès l'avènement de son successeur, Charles le Chauve, dont il bat les troupes à Ballon (845), près de Redon. Nominoë ne se contente pas de cette victoire : avec une audace incroyable, il conquiert Rennes, Nantes, le Maine et l'Anjou. Le territoire breton s'étend ainsi à des zones franques où l'on ne parle pas breton. Cette série de succès militaires marque le début de l'histoire de la Bretagne ducale. Pour s'affranchir un peu plus de la tutelle franque, Nominoë arrache la Bretagne à l'archevêché de Tours, dont elle dépendait jusqu'ici : il fonde le nouvel archevêché de Dol, dans le but de créer une église bretonne autonome, qui conserve intactes les coutumes des Bretons.

Les successeurs de Nominoë, d'Erispoë à Alain Barbetorte, vont s'attacher à défendre l'indépendance du Duché face aux Francs et aux Normands : sous le règne de Salaün (857-874), la Bretagne s'étend même jusqu'au Cotentin et à Laval. En 1203, pour contrer les ambitions anglaises, les évêques et barons bretons choisissent pour duc un prince français de la maison capétienne, Pierre de Dreux, dit Pierre Mauclerc. En raison de ses origines, on pouvait craindre que Pierre ne serve les intérêts exclusifs de la France. En fait, il s'est efforcé de maintenir la Bretagne à égale distance de l'Angleterre et de la France, préservant ainsi l'indépendance et la prospérité du duché. C'est lui qui introduit en Bretagne l'hermine comme motif héraldique. Avec lui s'ouvre une période de paix longue d'un siècle durant laquelle la Bretagne s'affirme comme duché autonome. Quatre ducs lui succèdent jusqu'en 1341 : Jean Ier, Jean II, Arthur II et Jean III.

A la mort de Jean III éclate une guerre de succession entre les deux prétendants à la couronne ducale : Jeanne de Penthièvre, nièce de Jean III, et Jean de Montfort, demi-frère de Jean III. Comme Jean de Montfort était marié à Jeanne de Flandre, cette période est aussi appelée la guerre des deux Jeanne. Cette guerre civile entre factions bretonnes, qui allait également mettre aux prises l'Angleterre, soutien des Montfort, et la France, soutien de Jeanne de Penthièvre, devait durer 24 ans. Malgré l'appui apporté par du Guesclin aux Penthièvre, la guerre se solde finalement par le succès des Montfort à la bataille d'Auray (1364) : le Traité de Guérande (1365) désigne Jean IV, fils de Jean de Montfort, comme nouveau duc.

L'avènement des Montfort marque l'apogée de la puissance et de la prospérité bretonnes : le XVème siècle est considéré à juste titre comme l'âge d'or de la Bretagne. Le duc est "roi en son pays" au point que la Bretagne agit en Etat indépendant, développant ses propres relations diplomatiques et frappant monnaie. L'hommage prêté au roi de France n'est qu'un hommage simple, effectué debout, l'épée au côté. Le commerce, les arts, les lettres, les constructions de cathédrales sont encouragés ; l'Université de Nantes est créée en 1460. L'hermine devient l'emblème national de la Bretagne.

Charles VIII n'a cependant pas renoncé au rêve des Capétiens de soumettre la Bretagne. En 1487, l'armée royale échoue à Nantes mais le 28 juillet 1488 les troupes ducales sont défaites à Saint-Aubin-du-Cormier, près de Rennes : cet échec militaire marque la fin de l'indépendance bretonne. Par le Traité du Verger signé près d'Angers le 20 août 1488, François II doit accepter que sa fille Anne, héritière du Duché, ne se marie qu'avec le consentement du roi de France.

Devenue duchesse à la mort de son père, Anne de Bretagne est donc contrainte d'épouser Charles VIII en 1491, puis son successeur Louis XII en 1499 : le Duché reste cependant sa propriété personnelle. A son retour en Bretagne, elle est accueillie triomphalement. Aimée de son peuple car restée simple et proche de lui, elle meurt en 1514 non sans avoir demandé que son coeur soit conservé à Nantes. En 1506, sa fille Claude épouse malgré elle François d'Angoulême, futur François Ier Le royaume et le Duché étaient ainsi irrévocablement liés. Pour ménager les barons bretons, François Ier accepte de signer un Traité d'Union perpétuelle (1532) qui garantit les libertés et privilèges de la Bretagne dans le royaume. Officiellement, ce traité consacre l'union de deux Etats indépendants ; dans la pratique, il entérine la soumission de la Bretagne. La Bretagne en tant qu'Etat libre avait vécu : la France allait alors organiser sa lente assimilation au royaume.

De fait, par la suite, l'absolutisme royal puis le zèle jacobin n'auront de cesse de rogner les libertés bretonnes pourtant protégées juridiquement par le Traité d'Union. Ainsi, en 1675, Louis XIV impose, contre la volonté des Bretons, une taxe sur le papier timbré. Cette mesure inique déclenche dans toute la Bretagne des émeutes paysannes. Cette révolte des "Bonnets rouges" sera réprimée durement : villages saccagés, paysans torturés et pendus. A partir de 1689, un intendant est désormais nommé à demeure pour mettre au pas une province dont "les esprits ne se gouvernent pas comme les autres". En 1789, la Révolution supprime toute forme d'existence administrative de la Bretagne, désormais divisée en cinq départements. Pour certains Bretons, la préservation de leurs coutumes passe par le soutien au roi, perçu comme le garant de leurs libertés face au centralisme jacobin : ainsi naît la chouannerie bretonne, dirigée par Cadoudal. Au cours du XIXème siècle, la Bretagne est mise à l'écart du développement économique et la Troisième République s'efforce d'humilier le sentiment national breton (cf. l'affaire de Conlie, 1870) et d'éradiquer la langue bretonne. En 1941,Vichy ampute la Bretagne du pays nantais.

Au XXème siècle, la culture et le particularisme bretons restent cependant vivaces. En 1932, le monument symbolisant l'Union entre la Bretagne et la France est détruit à Rennes par l'organisation clandestine "Gwenn ha du". En 1981, le nouveau pouvoir socialiste en France fait un pas en faveur de la reconnaissance de la langue bretonne, cependant jugé insuffisant par le Mouvement Breton qui réclame plus d'autonomie, voire la souveraineté, pour un pays autrefois indépendant et prospère.



Carte de Bretagne

Ceci est une carte de la Bretagne qui date un peu. La preuve qu'elle date un peu c'est qu'elle représente
Nantes. Or chacun sait que nantes n'est pas en Bretagne. Nantes fait partie de la région historique des
Pays de Loire. Vous trouverez la description compléte de la dynastie des rois des Pays de Loire sur
le robuste site http://www.rois-des-pays-de-loire-de-Pétain-à-Mitterand.bzh

 Carte de Bretagne de1690 avec Nantes

(La séparation de Nantes et de la Bretagne est rappelons-le pour ceux qui l'ignorent
le fait d'un décret du gouvernement de Vichy (Loire Atlantique(autrefois nommée "Loire inférieure" et séparée de la bretagne administrative depuis le décret de Vichy. (30 juin 1941) )mais chacun sait qu'avoir fait partie
du gouvernement de Vichy n'est pas un obstacle à une grande carrière dans la Haute Administration
Française)


La Bretage 1789

Un accord unanime
La carte d’origine, gravée dans son cadre gradué, était dédiée en 1771 au duc de Duras (1715-1789), noble et militaire de haute lignée alors chargé de  l’ordre en Bretagne. Elle a été réutilisée par les députés bretons pour porter en couleur le tracé des nouvelles divisions administratives décrétées par l’Assemblée constituante entre décembre 1789 et février 1790 : cinq départements aux noms géographiques (Finistère, Côtes-du-Nord, Morbihan, Ille-et-Vilaine, Loire-Inférieure) et quarante-cinq districts, définis autour des bourgades de quelque importance, se superposent aux évêchés de l’ancienne province. Seul un léger litige à l’extrémité sud-est a fait l’objet d’une brève négociation : « Il faudra se conformer au tracé indiqué par la ligne noire. » Dès le 26 février 1790, avec rapidité et enthousiasme, les députés entérinent depuis Paris le nouveau visage de la Bretagne, qu’ils valident par leur signature – « approuvé la présente carte avec le double d’icelle pour servir de minute de la division de la province de Bretagne en 5 départements et 45 districts, à Paris, le 26 février 1790 ».

Auteur : Cécile SOUCHON




© http://evolbreizh.free.fr/  (droits réservés)
Nous remercions Yohann REVERDY de nous avoir autorisé de publier les textes suivants:

Faits historiques de la Bretagne du XXe siècle

A l'aube de la première Guerre mondiale, les conditions de vie s'améliorent mais le surpeuplement des campagnes provoque l'exode de la population bretonne vers des villes comme Paris ou Nantes. Le résultat de la grande Guerre  sera la mort de plus de 100 mille bretons. Cet événement est aussi l'occasion d'un échange d'idées : les Bretons y apprennent à connaître d'autres hommes, d'autres coins de terre, d'autres modes de vie, ce qui contribuera à accélérer les départs vers d'autres régions et villes au lendemain de la guerre.

"Bretagne toujours"Quelque peu mis en veilleuse pendant la guerre, le mouvement breton connaît un regain de vigueur dès 1919.Par la revue Feiz ha Breiz qu'il dirige et le Bleun Brug qu'il rénove, l'abbé J.M. Perrot continue de promouvoir la culture bretonne en associant foi et langue bretonne.

En 1925, le Gwenn Ha Du à champ d'hermines et à neuf bandes fait son apparition. Cet emblème (s'ajoutant à l'hymne "Bro Gozh ma zadou") fait suite à la parution du journal Breiz Atao (Bretagne Toujours) qui est le support écrit de la mouvance indépendantiste.
 

Faits marquants pendant l'Occupation jusqu'à maintenant

Entre les deux Guerres , La masse de la population se tient à l'écart du militantisme politique et culturel. Elle vise surtout à intégrer la culture française. Cela se traduit par le recul de la langue bretonne, par l'abandon au moins partiel du costume traditionnel et par une préférence accordée aux musiques et aux danses autres que bretonnes.
En 1940 , pendant l'occupation, Vichy pour des raisons idéologiques tente d'intégrer le folklore de la Bretagne dans un projet culturel, aussi encourage t-il l'essor des groupes folkloriques qui s'étaient constitués dans l'entre-deux guerres. Pour cette raison, la sortie de Guerre fut difficile : tout ce qui était breton  était Breiz-Atao et donc signifiait la collaboration. A titre d'exemple, le BZH collé sur les voitures était passible d'une condamnation au tribunal, sous De Gaulle.

      Au début des années 60, la colère monte chez les paysans (cf la prise de la sous préfecture de Morlaix le 8 juin 61).En effet, pour permettre aux paysans d'être compétitifs au sein de la CEE, les pouvoirs publics leur accordent des subventions et incitent les paysans âgés à céder leur ferme. Dès lors que les cours baissent, les agriculteurs n'hésitent pas à exprimer leur colère par des manifestations souvent violentes.

 Les années 70 sont une période où le militantisme breton du FLB et de l'ARB se fait plus ou moins par action violente (attentats contre des bâtiments publics), qui aujourd'hui à réussit à tuer une personne lors de l'attentat de Quevert. D'autre part, on assiste à une augmentation des publications en français ou en breton sur la Bretagne, qu'il s'agisse de livres ou de revues (Ar men).Un important centre de recherche bretonne et celtique (CRBC) est crée a Brest. Plusieurs de ces initiatives sont soutenues par l'institut culturel de Bretagne qui se développe à rennes à partir de 1981.

Les autres évènements marquants furent bien sûr : l'Amoco Cadiz qui s'échoue et déverse 230 mille tonnes de pétrole sur nos côtes. L'Erika prendra la suite en décembre 99. Sinon, en 1994, ce fut l'incendie qui détruisit le Parlement de Bretagne aujourd'hui remis à neuf. Aujourd'hui, la Bretagne s'impose peu à peu à la France par l'intermédiaire de sa musique, de son riche patrimoine. Ainsi, voit-on la multiplication des boutiques vendant ce qui fait la Bretagne (symboles, produits artisanaux, etc.) mais aussi de nombreux sites Internet...


 


 


Les températments politiques en Bretagne au début du XXème siècle.
D’après Louis Élégoët, Bretagne – une histoire, CRDP de Bretagne, Rennes 1999, p.190.
Exercice





La Bretagne - Problèmes du régionalisme en France, Cornelsen-Velhagen & Klasing , Berlin 1979.




Diesterweg Dossier: Modelle für den neusprachlichen Unterricht, Hrsg. Jürgen Olbertt , zus.gestellt und bearbeitet von Chritophund Joelle Steinbrink, 1982.

Alain Croix,  Presses Universitaires de Rennes : “Bretagne 2100, identité et avenir”. Rencontre autour de l’histoire en Bretagne. 2004
Histoire: http://www.sciences-ouest.org/default.asp?chaine=/contenu.asp?rub=366
 

Sciences Ouest : On a le sentiment que l’on ne fait plus, aujourd’hui, l’histoire de la Bretagne, comme il y a dix ans ?
Alain Croix : Je pense que ce “tournant” est un peu plus ancien. Je dirais que tout a basculé il y a vingt ans. Cela a commencé, à la fin des années 70, avec toute une génération de chercheurs, qui ont réalisé qu’il n’y avait plus besoin de faire systématiquement référence à l’État français et au nationalisme, mais qu’il fallait devenir plus scientifique et rigoureux. C’est ainsi que progressivement, il y a eu une sorte de “banalisation” positive de la méthode scientifique qui s’est éloignée de la vision nationaliste. Au demeurant, il faut noter que cette dernière n’a jamais été universitaire, mais le fruit de militants ou de gens indépendants.
 
 

Sciences Ouest : Qu’est-ce qui a fait le “déclic”, chez les chercheurs ?
Alain Croix : Je dirais qu’il y a eu alors un besoin d’excellence. Puisque l’on dénonçait une histoire “militante” et nationaliste, il fallait faire mieux, devenir scientifique. J’ai besoin de mon histoire, de ma mémoire, mais avec un devoir de vérité. Et ce qui est étonnant, c’est que cette prise de conscience n’est pas le fruit d’individus isolés, ou de leaders. Non, c’est un travail collectif qui a concerné toute une génération. J’ai beau chercher, je ne vois pas un nom qui se détache. J’en vois des dizaines, dont les travaux sont absolument essentiels. C’est grâce à tous ces gens qu’en vingt ans, on a entièrement “refait” l’histoire de la Bretagne.
 
 

Sciences Ouest : Avez-vous quelques exemples des travaux scientifiques ainsi réalisés ?
Alain Croix : Il y en a des dizaines…Par exemple, on a clairement et définitivement établi que, contrairement à ce qu’affirmaient certains nationalistes, le rattachement de la Bretagne à la France n’a absolument pas entraîné la ruine de la Région. Bien au contraire. Par contre, on peut affirmer que sous Louis XIV, le choix de l’État de développer l’agriculture au détriment du domaine maritime, a été un très mauvais choix économique dont a beaucoup souffert la Bretagne.
 
 

Sciences Ouest : Est-ce qu’un jour prochain on pourra enfin travailler sur la période très sensible de la dernière guerre mondiale ?

Alain Croix : Ce travail est déjà en cours depuis une dizaine d’années ! Pour vous donner un exemple, il y aura à l’automne prochain un colloque sur la Guerre à Brest. Il y a trois ou cinq ans, une telle idée aurait été absolument inconcevable !
 
 
 
 

Sciences Ouest : À vous écouter, on a l’impression que cet élan n’est pas près de s’arrêter. Parlera-t-on un jour d’une “École bretonne” d’histoire ?
Alain Croix : Sommes nous à une apogée ? Ou déjà sur un déclin ? L’avenir le dira. Mais ce que je peux vous dire, c’est qu’au niveau du recrutement, mis à part Paris, c’est la Bretagne qui fournit le plus gros contingent d’historiens ! Et ceci est une constante depuis plus d’une décennie.

Rens. : Alain Croix
Université Rennes 2
Tél. : 02 99 14 17 85


Livres sur la Bretagne: http://www.breizh.de/index.htm

LA BRETAGNE N'A PAS DIT SON DERNIER MOT
Marcel Texier, 2004
Éd.: Yorann Embanner

Bernard Le Nail
 

Ce DRÔLE DE 19e SIÈCLE EN BRETAGNE
Trinka & Gilles Carrière, 2003
Editions Des Dessins et Des Mots
Kerignan

à commander chez:

Editions Des Dessins et Des Mots
Kerignan
F-29380 Bannalec
Tel.: 0033-2-98 35 40 56
Fax: 0033-2-98 35 42 91
 






L'Histoire de la Bretagne: http://www.chez.com/brunojls/Breizhonet/Bretagne/histoire/sommhist.htm

   Vers 100000 av J-C: Peuplement généralisé de la Bretagne
   Vers 4400 av J-C: Développement de l'agriculture
   Vers VIe av J-C: Arrivée des Celtes
   56 av J-C: Défaite des Vénètes, occupation de l'armorique par César
   Ve-VIe: Implantation des celtes de Cornouaille
   799: Charlemagne annexe la Bretagne
   845: Victoire des Bretons sur les Francs. Indépendance du Duché
   IXe-Xe: Invasions normandes
   1341-1365: Guerre de succession
   XVe: Règne des Montforts, création de la première université bretonne
   1491: Mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII
   1499: Mariage d'Anne de Bretagne avec Louis XII
   1532: Union de la Bretagne et de la France, mais le duché conserve ses privilèges
   1675: Révoltes urbaines
   1718: Complot auquel participe le marquis de Pontcallec ("Que la fête commence")
   1789: Les Etats de Bretagne disparaissent et les privilèges sont abandonnés
   1793-99: Chouannerie
   1870: Le camp de Conlie ("L'holocauste breton", Yann Brekilien)
   1940-45: Résistance, et maquis dès 43. Libération peu après le débarquement



L'organisation étatique de la Bretagne - http://perso.club-internet.fr/gm_serv/kreabreizh/Cartes-geo.htm

Du IXème siècle à 1789, la Province est constituée de 9 pays ou évêchés.

La Bannière ducale (d'hermine plain)

Historique : Apparue au milieu du XIIIe siècle, ce drapeau est celui des monarques de Bretagne et symbolise la Bretagne jusqu'à l'apprition du Gwenn-ha-du (années 1920).

Symbolique : A l'origine l'hermine est un petit annimal, cousin de la belette. En héraldique, c'est une fourrure qui présentée comme ci-dessus se dit : Champ d'hermine plein. Le fond blanc étant sa fourrure d'hivers. Le noir étant sa queue (moucheture) épinglée en quinconce, pointes en bas.
 

A la Révolution Française, la province de Bretagne
  a été divisée en 5 départements ( Finistère, Côte
       d'Armor, Morbihan, Ille-et-Vilaine et
              Loire-Atlantique.)

 
 
 

Le drapeau Breton : Gwenn-Ha-Du (Pavillon national actuel)


 

Historique : Dessiné par le jeune architecte rennais, Morvan Marchal dans les années 1920, pour le Parti National Breton. Ce drapeau fût longtemps interdit par l'Etat Français, mais grâce à la volonté du peuple breton, il s'est imposé comme "Le" drapeau breton.

Symbolique : En canton se trouve un champ d'hermine, rappelant la bannière des Ducs de Bretagne (leurs nombres n'ont aucune signification). Les 9 bandes alternées noires et blanches pour le 9 pays historiques. En blanches pour les 4 pays de Basse-Bretagne : 1)- Bro-Leon / Le Léon, 2)- Bro-Gernev / La Cornouaille, 3)- Bro-Dreger / Le Trégor, 4)- Bro-Wened / Le Vannetais ; et en noires pour les 5 pays de Haute-Bretagne ou "Bertaigne gallèse" : 5)-Pays de Saint-Brieuc, 6)-Pays de Saint-Malo, 7) Pays de Nantes, 8) Pays de Rennes, 9) Pays de Dol.
Attention, ce drapeau n'est pas celui de la Région Administrative "Bretagne" mais bien celui de toute la Bretagne (5 départements)
 

Cliquer ici pour connaître le enjeux de la  réunification. Lire la 4ème de couverture.




 
 

La Gaule

 
 


 

Cartes: http://perso.club-internet.fr/gm_serv/kreabreizh/Cartes-geo.htm
 
 
 


 


----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Source: http://www.britia.com/

23 Décembre 2004 - http://www.britia.com/page.php?id=28

Gwenn-ha-Du fait sauter la duchesse Anne

En ce 7 aout 1932, le "monument de la honte" explose place de la mairie à Rennes. L'organisation secrète Gwenn-ha-Du vient de détruire le monument de l'Union de la Bretagne à la France, représentant la duchesse Anne de Bretagne à genoux devant le roi de France.

Gwen-ha-Du est une petite société secrète autonomiste créée fin 1930, à Paris, par l'ingénieur chimiste Célestin Lainé. Elle prône l'action directe et publie un bulletin  confidentiel d'instruction "militaire", sorte de manuel du parfait  terroriste breton.

En juillet 1932, décision est prise de détruire un monument qui choque nombre de consciences bretonnes. Lainé fabrique une bombe dans sa chambre. Il s'agit d'une boîte de lait condensé remplie de nitroglycérine. Le détonateur est fourni par un débardeur de bois. Le 7 août au matin, le leader de Gwenn-ha-Du place l'engin derrière la tête du roi de France. Deux personnes traversent la place de la mairie, regardent puis s'en vont. Elles se dispenseront par la suite de dire ce qu'elles ont vu malgré les offres de récompense.

La détonation arrache la masse de bronze de sa niche, la projette au sol où elle se brise. Toutes les vitres sont pulvérisées dans un rayon de cent mètres.

L'automne suivant, Gwenn-ha-Du marque à nouveau l'opinion. Le 20 novembre 1932, les Bretons font sauter la voie ferrée à Ingrandes, peu avant que le train officiel du chef du  gouvernement Edouard Herriot ne franchisse les marches de Bretagne. Le train s'arrête devant les rails coupés par les charges d'explosifs. Cela n'empêche pas Herriot de se rendre ensuite à Nantes pour célébrer l'acte d'Union de la France à la Bretagne. La commémoration a lieu dans une atmosphère d'état de siège.

Avant et pendant la guerre 39-45, Célestin Lainé prend le parti des Allemands. En 1943, il s'engage auprès des nazis contre la Résistance. Son groupe rassemble une centaine de personnes sous l'appellation de Bezenn Perrot (en référence à l'abbé Perrot, curé assassiné par la résistance communiste). Les soldats de Bezenn Perrot s'enrôlent dans  le Sicherheit-Dienst sous uniforme allemand. L'action de Bezenn Perrot a été réduite et n'a duré que six mois. Mais, à la Libération, ces activités collaborationnistes contribueront à jeter l'opprobre sur l'ensemble du mouvement breton.

Olier Mordrel, co-fondateur du Parti autonomiste breton, écrira : "Lainé était un homme étrange. Il était devenu le prophète d'une religion celtique faite à sa mesure, où le racisme nordisant se mariait avec la volonté de puissance nietzschéenne, non sans flirter avec d'inévitables exhalaisons de druidisme romantique". (Olier Mordrel, in Breiz Atao).

Yves Thétiot

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
23 Décembre 2004 - http://www.britia.com/livres/livres.php?id=7
Bothorel, terroriste breton

                             Consterné par le retard économique de la Bretagne des
                             années 1960, scandalisé par le cynisme des partis politiques,
                             Jean Bothorel adhère au FLB en 1968. Pour passer à l'action
                             directe quelques mois plus tard et vivre l'incarcération en1969.
                             Etudiant gaulliste bon teint, Jean Bothorel n'aurait pas imaginé
                             un tel destin.

                      En 1963, nommé auprès de Raymond Marcellin au ministère de la Santé,
                      il prend conscience du mépris des élites parisiennes pour le
                      développement des régions. A l'occasion de contacts professionnels avec
                      les élus bretons, ce Léonard renoue avec une Bretagne qu'il avait fini par
                      presque oublier : " J'ai, enfin, découvert la Bretagne, étonné, ici, par sa
                      pauvreté, là, par sa résignation, ailleurs, par sa colère ", écrit-il. Une région
                      qui s'enfonçait dans le sous-développement et personne, alors, n'aurait
                      parié sur son rétablissement ". Et pendant ce temps : " L'élite parisienne
                      continuait de vivre dans le sentiment que tout ce qui éclairait la planète
                      était français, et que tout ce qui était français était propre à éclairer la
                      planète ".

                      En 1965, Jean Bothorel quitte Raymond Marcellin pour le cabinet d'Yvon
                     Bourges, nommé secrétaire d'Etat chargé de la recherche scientifique. Le
                      député-maire de Dinard crée le mensuel Bretagne Magazine et nomme
                      Bothorel rédacteur en chef. " Sous la tutelle de Bourges, Bretagne
                      Magazine ne peut, à l'évidence, s'écarter d'un conformisme tranquille,
                      folklorisant, avec, de-ci, de-là, quelques articles de fond sur la vie
                      économique et sociale ". Ce conformisme agacera le rédacteur en chef
                      qui prendra des positions de plus en plus régionalistes et sera éjecté
                      quelques années plus tard par Yvon Bourges pour avoir donné la parole
                      au chef de file de l'opposition socialiste en Bretagne, Michel
                      Phlipponneau.

                      Journaliste à l'Expansion, Bothorel continuera à militer au sein de l'Emsav
                      avec son ami Xavier Graal, pour adhérer ensuite au FLB et participer à
                      deux attentats à la bombe.

                      Avec " Un terroriste breton " Bothorel apporte un témoignage éclairant sur
                      le " problème breton " des années 60 à 80.

                      "Un terroriste breton", Jean Bothorel, Calmann-Lévy, 180 pages, 14 euros.

                                                                   Jean Clam


Photos des mégalithes en Bretagne
http://www.britia.com/mag/megalithes/megacent.html


© http://evolbreizh.free.fr/  (droits réservés)
Nous remercions Yohann REVERDY de nous avoir autorisé de publier les textes suivants:

L'importance du monde rural dans la culture bretonne

La société rurale d'autrefois n'était nullement figée. Les techniques évoluaient de même que les costumes, la musique, les danses, la façon de vivre sa foi, l'architecture et même les paysages. En Bretagne c'était le milieu paysan qui était le dépositaire de la musique traditionnelle, c'est lui qui la façonnait. Il ne faut pas pour autant oublier le monde citadin. Toutes les petites villes du Morbihan étaient imprégnées par la vie rurale. Aujourd'hui le monde rurale reste encore un milieu de références ne serait-ce que pour le collectage et l'ambiance. Mais les différences s'estompent et c'est dans les villes, grandes ou moyennes, qu'ont lieu les manifestations culturelles les plus importantes.

Si les dures nécessités de la guerre 39-45 font revivre des pratiques traditionnelles, les gestes sont oubliés et les mots de la langue bretonne pour le dire, d'où la création de musées.
La standardisation de la culture sur le modèle de la vie parisienne situe le niveau de la destruction culturelle de l'espace rural. Dépositaire de la tradition rural, du patrimoine oral, l'espace rural voit se perdre en quelques dizaines d'années des siècles de mémoire collective.


© http://evolbreizh.free.fr/  (droits réservés)
Nous remercions Yohann REVERDY de nous avoir autorisé de publier les textes suivants:

La nuit sainte

"Personne parmi nos ancêtres n'aurait voulu manquer la messe de Minuit que l'on appelait en Basse Bretagne : l'Ofernn ar pelgent (la messe d'avant l'aube).
Qu'il pleuve ou qu'il vente, ils sortent des maisons et s'enfoncent dans la nuit .Ils ont pris lanternes, bâtons et s'éloignent en chantant des noëls.
Avant de partir ils ont pris une collation de crêpes chaudes, et, comme les trépassés sont toujours présents à leur mémoire, ils ont récité une prière pour leur paix.
Toujours avant de partir, ils ont allumé la bûche de Noël, une bûche spéciale, enrubannée, conservée souvent des mois à l'avance. Ils l'ont aspergé d'eau bénite. Selon les endroits, elle doit brûler trois ou neuf jours. Les tissons seront précieusement conservés toute l'année parce qu'ils préservent de la foudre, du venin des serpents, purifient aussi l'eau de pluie.
Et ils marchent, et ils chantent...
Arrivés à l'église qui resplendit de la lueur des cierges, ils vont à la crêche, y déposent leurs offrandes : un peu d'argent, un gâteau, du beurre, voire une corbeille, un panier d'osier. Offrande modeste, mais toute pleine de bon coeur.
Et c'est ensuite avec le même coeur qu'ils continuent de chanter, pendant la messe, de vieux noëls, des cantiques bien de chez eux comme Ni hoc'h ador, Mabig Jésuz (Nous vous adorons, petit Enfant Jésus) ou Péh trouz' zou ar en doar ? (Quel est ce bruit sur la terre ?)
Au retour, on s'attable pour un réveillon assez sobre en général : soupe au lard, boudin grillé, fouaces en forme d'étoile.
Elles aussi, les bêtes, ont leur réveillon : une bonne ration de foin supplémentaire. Puis l'on va se coucher.
Cette nuit-là n'est pas comme les autres. On l'appelle ann Noz Santel : la Nuit Sainte."

Extrait de l'Almanach des traditions bretonnes, Guy Ganachaud   éditions Ouest France

MORT DE PONTCALLEC
(Texte sur la Mort de Pontcallec en format word)

L'intégralité du texte de la chanson sur le marquis de Pontcalec 
© Claude Devries:  http://www.bretagnenet.com/strobinet/barzaz/poncai2.htm

Eur werzeen neve zo savet;
War markiz Pontkalek eo gret;

Diskan
- "Traitour ! ah! Malloz d'id ! Malloz d'id 'ta !
Traitour ! ah ! Malloz d'id ! ah !"

War markiz iaouank Pontkalek,
Ker koant, ken drant, ker kalonek !

Mignon a oa d'ar Vretoned,
Abalamour aneo oa deuet;

Ablamour aneo oa deuet,
Hag etre-z-ho oa bet maget.

Mignon a oa d'ar Vretoned,
D'ar vourc'hizien ne larann ket;

D'ar vourc'hizien ne larann ket,
A zo a-du ar C'hallaoued;

A zo atao' kas gwaska re
N'ho deuz na madou na leve,

Nemet poan ho diou-vrec'h, noz-de,
Evit maga ho mammou d'he.

Laeket en devoa enn he benn
Dizamma d'eomp-ni hor horden;

Gwarizi-tag d'ar vourc'hizien,
O klask ann tu eid hen dibenn.

-"Otru markiz, et da guhet,
Ann tu a zo gant he kavet !"

Un chant nouveau a été composé,
il a été fait sur le marquis de Pontcalec;

Refrain
- "Toi qui l'as trahi, sois maudit ! sois maudit !
Toi qui l'as trahi, sois maudit !"

Sur le jeune marquis de Pontcalec,
si beau, si gai, si plein de coeur !

Il aimait les Bretons,
car il était né d'eux;

Car il était né d'eux,
et avait été élevé au milieu d'eux.

Il aimait les Bretons,
mais non pas les bourgeois;

Mais non pas les bourgeois
qui sont tous du parti français;

Qui sont toujours cherchant à nuire
à ceux qui n'ont ni biens ni rentes,

A ceux qui n'ont que la peine de leurs deux bras, jour et nuit,
pour nourrir leurs mères.

Il avait formé le projet
de nous décharger de notre faix;

Grand sujet de dépit pour les bourgeois
qui cherchaient l'occasion de le faire décapiter.

- "Seigneur marquis, cachez vous vite,
cette occasion, ils l'ont trouvée !"

 
II

Pellik zo ema dianket;
Evit he glask n'he gaver ket.

Eur paour euz ker, o klask he voed,
Hennez en deuz hen diskuliet.

Eur c'houer n'her defe ket gret,
Pa vije roet d'ean pemp kant skoed.

Gwel Maria'nn est, de evid de,
Ann dragoned oa war vale :

- "Leret-hu d'i-me, dragoned,
O klask ar markiz em'oc'h bet ?"

- "O klask ar markiz em omp bet;
Daoust penoz ema-hen gwisket ?"

- "Er c'hiz diwar 'mez 'ma gwisket;
Glaz he vorled hag hen bordet;

Glaz he jak, ha gwenn he jupenn;
Bodrou-ler, ha bragou lien;

Eunn tokik plouz neudennet-ru;
War he skoa, eur pennad bleo-du;

Eur gouriz-ler; diou bistolenn,
Hag hi a Vro-Spagn, a-zaou denn;

Gat-han dillad pillou-huan,
Gad unan alaouret didan.

Mar fell d'hoch-hu roi d'in tri skoet,
Me a rei d'hoc'h-hu he gaouet."

- "Tri gwennek zo-ken na rimp het,
Toliou sabren, ne laromp ket;

Ne rimp ket zo-ken pemp gwennek,
Ha te rei d'omp kaout Pontkalek."

- "Dragoned ker, enn han Doue !
Na et ked d'ober droug d'i-me :

Na et ked d'ober droug d'i-me;
Ho hencha raktal e rinn-me :

Ha hen du-ze, er zal, ouz tol,
O leina gad person Lignol."

Voilà longtemps qu'il est perdu;
on a beau le chercher, on ne le trouve pas.

Un gueux de la ville, qui mendiait son pain,
est celui qui l'a dénoncé;

Un paysan ne l'eût pas trahi,
quand on lui eût offert cinq cents écus.

C'était la fête de Notre-Dame des moissons, jour pour jour,
les dragons étaient en campagne :

- "Dites-moi, dragons,
n'êtes-vous pas en quête du marquis ?"

- "Nous sommes en quête du marquis;
sais-tu comment il est vêtu ?"

- "Il est vêtu à la mode de la campagne;
surtout bleu orné de broderies;

Soubreveste bleue et pourpoint blanc;
guêtres de cuir et braies de toile;

Petit chapeau de paille tissu de fils rouges;
sur ses épaules de longs cheveux noirs;

Ceinture de cuir avec deux pistolets
espagnols à deux coups.

Ses habits sont de grosse étoffe,
mais dessous il en a de dorés.

Si vous me donnez trois écus,
je vous le ferai trouver."

- "Nous ne te donnerons pas même trois sous,
des coups de sabre, c'est différent;

Nous ne te donnerons pas même trois sous,
et tu nous feras trouver Pontcalec."

- "Chers dragons, au nom de Dieu !
ne me faites point de mal;

Ne me faites point de mal,
je vais vous mettre tout de suite sur ces traces :

Il est là-bas, dans la salle du presbytère, à table,
avec le recteur de Lignol."

 
III

- "Otrou markiz, tec'het, tec'het !
Me wel erru ann dragoned !"

Me wel ann dragoned erru :
Sternou lugernuz, dillad ru.

- "Me na gredann ked em c'halon,
E krogfe enn on eunn dragon;

Na gredann ket ve deut ar c'hiz
Ma krog ann dragon er markiz."

Oa ked he gomz peur-achuet,
Tre-barz ar zal ho deuz lammet.

Hag hen da beg'nn he bistolenn :
- "Neb a dost ouz-in 'n defo'nn tenn !"

Ar person koz dal 'm 'her gwelaz,
Dirag ar markiz nem strinkaz :

- "Enn hano Doue, ho Salver,
Na dennet ket, ma otrou ker !"

Pa glevaz hano hor Salver
En deuz gouzanvet gand dousder;

Hano hor Salver pa glevaz,
Daoust d'he spered hen a oelaz;

Rez he galon strakaz he zent;
Ken a droc'haz, sonn : "Deomp d'ann hent !"

A-ireuz parrez Lignol pa eo,
Ar gouer paour a lavare,

Laret a ree al Lignoliz :
- "Pec'hed eo eren ar markiz !"

Pa eo ebiou parrez Berne,
Digouet eur frapad bugale :

- "Mad-d'hoc'h ! mad-d'hoc'h ! otrou markiz
Ni ia d'ar vorc'h, d'ar c'hatekiz."

- "Kenavo, bugaligou vad;
N'ho kwelo mui ma daoulagad."

- "Da belec'h et eta, otrou;
Ha dont na reot souden endrou ?"

- "Me na ouzon ked, Doue'r goar;
Bugale baour, me zo war var."

Ho cherisa en defe gret,
Paneved he zaouarn ereet.

Kriz vije'r galon na ranne;
Re'nn dragoned zo-ken a ree;

Potred-a-vrezel, koulskoude,
Ho deuz kalonou kri enn he.

Ha-pa oa digouet e Naoned,
E oa barnet ha kondaonet;

Kondaonet, naren gand tud-par,
Nemet tud koet doc'h lost ar c'harr.

Da Bontkalek deuz int laret :
- "Otrou markiz, petra peuz gret ?"

- "Pez a oa dleet d'in da ober;
Ha gret-hu ive ho micher."

"Seigneur marquis, fuyez ! fuyez !
voici les dragons qui arrivent !"

Voici les dragons qui arrivent :
armures brillantes, habits rouges.

- "Je ne puis croire qu'un dragon
ose porter la main sur moi.

Je ne puis croire que l'usage soit venu
que les dragons portent la main sur les marquis !"

Il n'avait pas fini de parler,
qu'ils avaient envahi la salle.

Et lui de saisir ses pistolets :
- "Si quelqu'un s'approche, je tire !"

Voyant cela, le vieux recteur
se jeta aux genoux du marquis :

- "Au nom de Dieu, votre Sauveur,
ne tirez pas, mon cher seigneur !"

A ce nom de notre Sauveur,
qui a souffert patiemment;

A ce nom de notre Sauveur,
ses larmes coulèrent malgré lui;

Contre sa poitrine ses dents claquèrent;
mais, se redressant, il sécria "Partons !"

Comme il traversait la paroisse de Lignol,
les pauvres paysans disaient,

Ils disaient, les habitants de Lignol :
- "C'est un grand péché de garotter le marquis !"

Comme il passait près de Berné,
arriva une bande d'enfants :

- "Bonjour, bonjour, monsieur le marquis :
nous allons au bourg, au catéchisme."

- "Adieu, mes bons petits enfants,
je ne vous verrai plus jamais !"

- "Et où allez-vous donc, seigneur ?
est-ce que vous ne reviendrez pas bientôt ?"

- "Je n'en sais rien, Dieu seul le sait;
pauvres petits, je suis en danger."

Il eût voulu les caresser,
mais ses mains étaient enchaînées.

Dur eût été le coeur qui ne se fût pas ému;
les dragons eux-mêmes pleuraient;

Et cependant les gens de guerre
ont des coeurs durs dans leurs poitrines.

Quand il arriva à Nantes,
il fut jugé et condamné,

Condamné, non pas par ses pairs,
mais par des gens tombés de derrière les carrosses.

Ils demandèrent à Pontcalec :
-"Seigneur marquis, qu'avez-vous fait ?"

"J'ai fait mon devoir;
faites votre métier !"

 
IV

D'ar sul kenta pask, hevlene,
Oa kaset kannad da Verne.

- "Iec'hed mad d'hoc'h holl, er ger-ma;
Pale 'ma ar person drema ?"

- "Ma o laret he oferen,
Ma o vonet gand ar bregen."

Pa oa o vonet d'ar gador,
Oa roed d'ean eul lier el leor :

Ne oa ket goest evid he lenn,
Gad ann daelou demeuz he benn.

- "Petra zo c'hoarvet a neve,
Pa oel ar person er c'hiz-ze ?"

- "Goela a rann, ma bugale,
War pez a refac'h-c'hui ive.

Maro, perien, neb ho mage,
Neb ho kwiske, neb ho harpe;

Maro ann hini ho kare,
Berneviz, kouls evel on-me,

Maro neb a gare he vro,
Hag her grez beteg ar maro;

Maro da zaou vloa war-n-ugent,
Vel ar verzerien hag ar zent;

Doue, ho pet out-han truez !
Marv e 'nn otrou ! marv e ma mouez !"

- "Traitour ! ah! Malloz d'id ! Malloz d'id 'ta !
Traitour ! ah ! Malloz d'id ! ah !"

Le premier dimanche de Pâques, de cette année,
un messager est arrivé à Berné.

- "Bonne santé à vous tous, en ce bourg;
où est le recteur par ici ?"

- "Il est à dire la grand'messe,
voilà qu'il va commencer le prône."

Comme il montait en chaire,
on lui remit une lettre dans son livre :

Il ne pouvait pas la lire,
tant ses yeux se remplissaient de larmes.

- "Qu'est-il arrivé de nouveau,
que le recteur pleure ainsi ?"

- "Je pleure, mes enfants,
pour une chose qui vous fera pleurer vous-mêmes :

Il est mort, chers pauvres, celui qui vous nourrissait,
qui vous vêtissait, qui vous soutenait;

Il est mort celui qui vous aimait,
habitants de Berné, comme je vous aime;

Il est mort celui qui aimait son pays,
et qui l'a aimé jusqu'à mourir pour lui;

Il est mort à vingt-deux ans,
comme meurent les martyrs et les saints.

Mon Dieu, ayez pitié de son âme !
le seigneur est mort ! ma voix meurt !"

- "Toi qui l'as trahi, sois maudit ! sois maudit !
Toi qui l'as trahi, sois maudit !"

 
Remarque
Dans le chant, chaque couplet a son premier vers suivi du premier vers du refrain. Parfois, cet ensemble est répété. La totalité du refrain suit chaque couplet.  

Notes


trahi, gueux de la ville
Pontcallec ne fut pas trahi par un mendiant comme le veut la légende, mais par l'un des conjurés : Chemendy, sénéchal du Faouët, ami, hôte et confident de Pontcallec. Il fut ensuite dénoncé par son valet, sous la pression de ses poursuivants.

jeune
La tradition veut que Pontcallec ait une vingtaine d'années; en réalité il était agé de 40 ans.

bourgeois
La légende veut que la plus grande partie de la noblesse et des populations rurales entrèrent dans cette ligue contre la France. La bourgeoisie resta seule en dehors du mouvement. Elle était entièrement dévouée au Régent.

peine
A cette époque, une résistance à payer les impots royaux s'était installée en Bretagne, surtout chez les gentilshommes.

dragons
Face aux mouvements de rébellion et à plusieurs émeutes, le Régent avait fait venir en Bretagne plusieurs régiments de dragons. En tout, près de 15 000 hommes étaient commandés par le Maréchal de Montesquiou.

Lignol
Lignol est un bourg situé à quelques kilomètres du château de Pontcallec. C'est en effet chez le curé de Lignol que s'était réfugié Pontcallec et qu'il fut arrêté. Le Recteur fut lui-aussi arrêté.

Partons
Ceci se passait le jeudi 28 décembre 1719, à 6 heures du matin. L'Histoire dit que le bruit des chevaux avait réveillé Pontcallec mais que celui-ci était si misérable que c'est couché qu'il fut prit. Il n'offrit aucune résistance lors de son arrestation.

Berné
Le château de Pontcallec est situé sur la paroisse de Berné. Après son arrestation, Pontcallec fut conduit à Guémené-sur-Scorff pour y être interrogé, puis le lendemain transferré à Nantes, dans une voiture escortée de soldats. Les rencontres avec la population tiennent de la légende et sont en contradiction avec le peu d'estime portée au Marquis par ses paysans.

tombés de derrière les carrosses
C'est le nom breton des parvenus (mot-à-mot : de la queue des carrosses). Pontcallec et ses complices furent jugés par un tribunal d'exception : la Chambre Royale de Justice, mise en place à Nantes le 30 octobre 1719 par le Régent et dirigée par un conseiller du Régent, Antoine de Castagnéry, non-Breton (il était Savoyard), agé de 70 ans.

lettre
Cette lettre qui apprend au Recteur de Berné la mort du Marquis a été écrite par l'un des pères Carmes qui ont assisté les condamnés. Tous quatre furent ensevelis dans l'église du couvent des Carmes de Nantes.

mort
Pontcallec et ses trois complices furent décapités le 25 mars 1720 à Nantes sur la place du Bouffay. L'exécution de Pontcallec fut particulièrement laborieuse.

La partition



Présentation

© Claude Devries:  http://www.bretagnenet.com/strobinet/barzaz/poncai2.htm

Cette chanson issue du Barzaz-Breiz est assez peu connue dans le répertoire des Tri Yann.
Elle ne figure en effet que dans leur second album, "Dix ans dix filles", paru en 1973. Elle est toutefois fort célèbre et a été interprétée par de nombreux chanteurs bretonnants (par exemple, Gilles Servat, album "A-roak mont kuit" (Avant de partir) ).

Une petite partie du chant populaire seulement a été reprise par les différents interprètes. Nous vous proposons le texte de la chanson des Tri Yann ainsi que le texte intégral du Barzaz-Breiz.

L'attachement des Bretons à leur indépendance s'est manifesté dès la colonisation de l'Armorique par les premiers Bretons et s'est prolongé jusqu'à nous. Ce chant populaire évoque la conspiration de Pontcallec.

Elle a servi de support au film Que la fête commence.

Il existe en fait deux Pontcallec : le vrai Pontcallec, le Pontcallec de l'Histoire, décrit avec précision par La Borderie dans sa monumentale Histoire de Bretagne, et celui de la légende, l'être glorifié qui s'est perpétué dans la mémoire des hommes.

La Régence (1715-1723), commencée à la mort de Louis XIV et qui dura la minorité de Louis XV, fut d'abord marquée par une réaction contre le pouvoir absolu de Louis XIV. A partir de 1718, le Régent Philippe d'Orléans revint à des pratiques absolutistes, et la résistance des Parlementaires fut évitée par un exil en province.

A la violation de leurs franchises par le Régent, les Bretons déclarèrent nul l'acte de leur union à la France (1532) : une soixantaine de gentilshommes ratifia le 15 septembre 1718 un "Acte d'union pour la défense des libertés de la Bretagne". Afin d'obtenir l'indépendance absolue, ils demandèrent l'appui du roi d'Espagne Philippe V, à qui la France venait de déclarer la guerre.

Cet acte d'union se transforma en 1719 en ce qu'on appelle la conspiration de Pontcallec.

Clément-Chrysogone de Guer, marquis de Pontcallec, avait quarante ans. Il habitait le château de Pontcallec, entre Guémené-sur-Scorff et le Faouët (Morbihan). Alors que la légende lui donne 21 ans et fait de lui un Saint, l'Histoire le décrit comme un gentilhomme chasseur, viveur et fraudeur : dur, violent, sans scrupule; les châtelains du pays et ses vasseaux le détestaient et se défiaient de lui.

La conspiration échoua. Quatre des principaux chefs, des gentilshommes, furent capturés et jugés : Pontcallec, du Couëdic, Montlouis et Talhouët-le-Moine. Pour éviter une trop grande clémence, le Régent de France ne les fit pas juger par leurs Pairs (le Parlement de Bretagne), comme l'aurait voulu la coutume, mais les livra à une cour martiale présidée par un Savoyard.

Tous quatre furent condamnés à la peine capitale.
Ils furent décapités à Nantes, sur la place du Bouffay, le 25 mars 1720. L'exécution de Pontcallec fut particulièrement laborieuse.

Dans la crainte d'un soulèvement, le Régent avait fait déployer un grand appareil militaire et ordonné que les quatre nobles soient enterrés sans son de cloche ni chant d'église dans la chapelle du monastère des Carmes à Nantes.
 

Le chant populaire est divisé en quatre parties :

  1. La première partie introduit le récit et raconte l'attachement du peuple à son jeune marquis.
  2. La seconde raconte la dénonciation dont fut l'objet Pontcallec.
  3. La partie suivante narre l'arrestation du marquis, son voyage jusqu'à Nantes, son jugement.
  4. La dernière partie décrit la tristesse de la population, à travers la réaction du recteur de la paroisse dont dépend le château de Pontcallec.


Traitour ! ah! Malloz d'id ! Malloz d'id ! Traitour ! ah ! Malloz d'id ! ah !
Toi qui l'as trahi, sois maudit ! sois maudit ! Toi qui l'as trahi, sois maudit !

ilaine: Éditions Reynald Secher. (Collection Mémoire du Futur.)