Manfred Overmann
Jürgen Wagner

  "Pour l'unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître". Cette phrase définitive et sans appel, prononcée en 1925 par de Monzie, le ministre de l'instruction publique d'alors, est l'aboutissement de plus d'un siècle de nettoyage linguistique en Bretagne.
La langue bretonne (ar brezhoneg)
Il faut absolument détruire le langage breton.
(M. de Montalivet, Ministre de l’instruction publique, 1831)  (p.25)
 
Il n’y a pas de place pour les langues régionales dans une France destinée à marquer l’Europe de son sceau.
(M. Pompidou, Président de la République Française, 1972)  (p.25)

Ar Feiz hag ar Yez a zo breur ha c’hoar e Breiz, « la foi et la langue sont frère et sœur en Bretagne ». (p.90)
(
Fanch Olivier, Bretagne - Breizh. Une nouvelle prise de conscience. Marabout: Verbiers (Belgique) 1978.)

http://www.wagner-juergen.de/franz/bretpro/prenomsbretons.exe

L'apprentissage du breton:

Remettez dans l'ordre les segments proposés

Le dossier en format  PDF

La langue bretonne


Pour écoutez l'
hymne national breton cliquez ici


map

http://pharouest.ac-rennes.fr/e290149E/fran/bretagne.html

Le Breton est une langue celtique parlée dans la partie occidentale de la Bretagne (à partir de Saint Brieuc au Nord et de Vannes au Sud). Les parlers de la Bretagne se partagent en deux parties pour les langues: Le parler Breton en basse Bretagne et le parler Gallo en haute Bretagne.


Exemples de quelques mots Bretons:

  • mor: mer, 
  • ker: maison, village, 
  • hent: route, 
  • bugel: enfant, 
  • skol: école, 
  • daol: table, 
  • kenavo: au revoir, 
  • mad eo: c'est bien, 
  • bag: bateau, 
  • mam: maman

Le mur de Bretagne est la frontière linguistique qui partage la Bretagne en deux parties, la partie orientale, le pays gallo, blanc, située à l'est de la ligne Saint-Brieuc-Vannes, et la partie occidentale bretonnante, rouge, qui traditionellement vote plutôt à gauche. À l'intérieur de la zone bretonnante elle-même surgissent quatre dialectes, le léonais, le trégorois, le vannetais et le cornouaillais. (cf. Dulong 1975: 16-20).
















La Bretagne, Problèmes du régionalisme en France, Cornelsen-Velhagen & Klasing , Berlin 1979.
  1. Décrivez l'image.
  2. Quelles idées associez-vous à cet homme, à la vieille dame et à l''église paroissiale?
  3. Qu'est-ce que l'homme reproche à la vieille dame?
  4. Quel est le rapport entre le parler breton et le port du Tchador?
  5. Expliquez les rapports entre les deux personnages et les valeurs qu'ils représentent.
  6. Établissez un rapport entre l'intégrisme islamique et le Front de Libération Breton.

Cour sur les menhirs
La Betagne - Problèmes du régionalisme en France,
Cornelsen-Velhagen & Klasing , Berlin 1979.

  1. Décrivez et interprétez l'image.

Langue bretonne: Le francais lui a piqué des mots. Dans:
Trinka (2000): Une Bretagne drôlement remarquable. Bannalec: Des Dessins et des Mots, Kérignan : 45.


Le plus vieux texte en breton


Le manuscrit le plus ancien en breton est un fragment d'un traité de médecine conservé à l'Université de Leyden en Hollande.

Traité de botanique fragment en vieux breton et latin (vers 590)
Ce texte breton est anterieur au plus vieux texte francais-roman (843)

Traité de botanique fragment en vieux breton et latin (vers 590)

Source: Université de Leyde, Pays-Bas.

Introduction
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Lorsque les immigrés brittoniques chassés de l'île de Bretagne par les envahisseurs Angels, Saxes, Pictes et Scots (du Vème au VIIème) s'intègrent aux autochtones, l'apport des celtophones insulaires entre en interférences avec le celtique continental et le roman. C'est à cette époque que l'Armorique devient la Bretagne. Au cours des siècles qui suivent, la langue parlée en Bretagne acquiert sa propre personnalté. Mais, dédaignée par l'aristocratie qui subit l'ascendant de la civilisation française, elle demeure effectivement un parler. Le fait est d'importance: paradoxalement, la conquête au IXème siècle des pays de Rennes et de Nantes par Nominoé, chef breton qui ouvre l'ère d'une dynastie en Bretagne, inaugure ce temps du mépris dans lequel va être tenue la langue bretonne. Depuis dix siècles autrement dit, elle reste, ainsi que le remarque Yann-Ber Piriou dans Défense de cracher par terre et de parler breton, "la propriété exclusive des classes souffrantes de ce pays".

Questions à choix multiple

Jusqu'au XII ème siècle, l'état breton est dirigé par des dynasties de langue bretonne. Au delà de cette date, tous les souverains bretons, jusqu'au XVI siècle, date de l'annexion de la Bretagne à la France, seront de langue française. En 1532, le duché signe avec le roi François Ier un traté d'union. Ce traité stipule le respect des droits et privilèges de la Bretagne, de ses institutions, de sa langue, de son individualité en tant que nation. Mais la France, dorénavant, considère la Breagne comme annexée. Le scandale est similaire à l'égard d'autres ethnies (Provence, Corse, etc.). Par l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), le français est déclaré langue officielle du royaume, toutes les autres langues n'étant en regard que de vicieuses et bientôt coupables façons de parler, que continuent de pratiquer des peuplades privinciales, sauvages dont l'ignorance est patente et l' entêtement suspect.
L'Académie suit la cour, la Convention consolide l'oeuvre de la monarchie, et les Républiques accréditeront le français comme l'outil d'une mission civilisatrice. Les petits Bretons, note finiment un haut fonctionnaire en 1897, jusqu'au moment où ils commencent à apprendre le français à l'école, ne donnent absolument aucun signe d'intelligence.

Exercices à trous

Aujourd'hui, les limites territoriales de la langue bretonne demeurent, à peu de chose près, identiques à celles qui se stabilisèrent une fois apaisés les remous des invasions normandes. Dans l'emploi qui en est fait quotidiennement jusque dans les années 1950, la langue bretonne reste la langue des populations rurales et des classes sociales les plus défavorisées; elle est toutefois, depuis cinquante ans, remise à l'honneur chez les intellectuels bretonnants. Mais jamais, alors que dès le Xème siècle s'instaure dans les moeurs un bilinguisme de fait, le breton n'aura accédé, en Bretagne, au statu de langue officielle. L'éminent philosophe duXIIème siècle, Pierre Abélard, use du latin, du français à l'extrême rigueur, mais surtout pas du breton qui n'est pour lui qu'un turpis. Ainsi jusqu'au XIIIème siècle, la langue écrite est le latin, supplanté ensuite par le français qui, déjà, au fils des siècles précédents, est devenu le langage coutumier de la diplomatie. Il faut se rendre à l'évidence: on ne trouve pas un texte (de qualité littéraire) écrit en breton armoricain avant le XVème siècle!
(Texte rédigé d'après:: Durand, Philippe: Le livre d’or de la Bretagne. Paris : Seghers 1975, p.9-10; p.22)

Questions à choix multiple

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Evolution de la langue bretonne : disparition progressive au fil du siècle
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Vers 1900, le breton est parlé par 75% de la population de Basse Bretagne, dont la moitié ne parle que cette langue. A cette époque, trois facteurs contribuent a faire reculer la pratique du breton : les nouveaux moyens de communication, le service militaire et surtout l'école. Il est vrai que l'Etat a voulu parfaire l'unité nationale née de la période révolutionnaire par l'unification linguistique.

le jeune bretonnant montré du doigtIl s'est trouvé aussi des gens en Basse Bretagne qui se sont mis à apprendre le français de leur propre initiative. Aux alentours de la première guerre mondiale, le breton a cessé d'être la seule langue connue de la majorité de la population. Dans les décennies qui ont suivi la dernière guerre, l'apprentissage et la transmission de la langue bretonne par la famille se sont quasiment arrêtés. Les conditions économiques et sociales vont accélérer le mouvement.

Ce qui explique sur une longue période la mutation linguistique intervenue, c'est en effet le développement des échanges. C'est en raison de celui-ci, d'une part entre les campagnes et les villes, d'autre part entre la région bretonnante et l'extérieur, que le breton a dû céder devant le français. Ensuite, c'est dans les années 60 que le breton a cessé d'être connu de la majorité de la population de la Basse Bretagne. En l'espace de 50 ans, le pourcentage des bretonnants évolue de près de 75% à moins de 20%.Les 4/5 des Bas-Bretons ignorent aujourd'hui le breton, alors qu'il y a moins d'un siècle, c'est le français qu'ils ignoraient dans une proportion pour ainsi dire équivalente (les 3/4). Il a donc suffi de moins d'un siècle pour que le breton, auparavant moyen de communication quasi-exclusif de toute une population, ne soit plus que le moyen d'expression marginalisé d'une fraction réduite de la population bretonne.


Evolution de la langue bretonne : situation actuelle et devenir de notre langue

Aujourd'hui, l'image symbolique de la Bretagne est inversée. Si parler breton en 1958 était "plouc", en 1998, c'est devenu "branché". Denez Prigent: "Etre breton aujourd'hui, parler breton, ce n'est plus une marque de honte, c'est même une marque de culture, donc les choses ont beaucoup changé".

Ainsi il est toujours bien vu de connaître quelques mots bretons comme : Roazhon (Rennes), trugarez (merci), glav a ra (il pleut) ou encore penaos eo an amzer ?(comment est le temps?). Comment comprendre ce retournement ? Il est pour partie le fruit de l'effort des militants de la langue et de la culture bretonne.

Alors que le breton avait été confiné à l'univers de la vie privée, où il était menacé de mort rapide, ils ont réussi à l'installer sur la place publique : le breton, désormais, est enseigné, affiché et médiatisé (radio breiz izel, France 3 Bretagne, TV Breizh). En effet, l'enseignement laïc qui l'avait interdit le remit au programme en 1977.

Les écoles Diwan (moyen de développer et de diffuser la pratique du breton par l'immersion totale), où le breton est enseigné dès la maternelle et le français à partir du CE1, apparurent alors et sont aujourd'hui de plus en plus nombreuses.

Ce combat pour la langue fait partie d'un mouvement beaucoup plus large, qui concerne l'ensemble de la culture bretonne et notamment la musique et la danse. Un nouvel état d'esprit n'a-t-il pas commencé à naître depuis les années 1980, plus favorable à la langue bretonne ?

Sujets d'étude 
  1. Relevez les dates (événements) qui ont marqué le déclin de la langue bretonne.
  2. Expliquez le renversement du pourcentage des gens qui ont parlé français / breton entre 1900 et 1960.
  3. Quels sont les trois facteurs et les raisons qui ont contribué à la marginalisation du breton?
  4. Quand est-ce que l'enseignement du breton a été interdit, puis remis au programme?
  5. Quels phénomènes et quelles institutions  ont relancé la pratique du breton?
  6. Analysez la phrase:  Si parler breton en 1958 était "plouc", en 1998, c'est devenu "branché".
  7. À votre avis, dans quelle mesure un débat sur l'enseignement du breton / français à l'école est-il révélateur des enjeux sociaux et politiques en Basse-Bretagne?

La langue bretonne hier et aujourd'hui
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Le Breton et les langues celtiques
Le breton hier
Différents bretons
Le breton d'aujourd'hui
La situation du breton
Comment peut on être breton (et français) en 1998?

LE BRETON ET LES LANGUES CELTIQUES

Le breton fait partie des langues celtiques qui ont survécu dans l'europe actuelle. Repoussées aujourd'hui jusqu'aux extrémités occidentales de l'europe, les langues celtiques couvraient autrefois vers l'an - 300 les 2/3 de l'europe. Bretons, Gaulois et Belges parlaient alors la même langue, ou peu s'en faut. Ils appartenaient à la même race, ou mieux, à la même ethnie. C'étaient tous des Celtes, peuples indo-européens, mais de la branche qu'on appelle brittonique pour les différencier de la première branche des Celtes d'Irlande, laquelle est appelée gaélique dont la langue était et est encore assez particulière. Lorsque les Romains ont établi des camps dans l'Ile de Bretagne - car on peut difficilement parler d'occupation prolongée comme en Gaule -, ils ont essayé d'implanter la langue latine, mais sans grand succès. Comme le dit Francis Gourvil, si cette latinisation s'était poursuivie librement, le résultat en eût été la naissance d'un dialecte roman proche du français qui serait répandu à peu près partout en Grande Bretagne. (cf. Markale 1985: 6) (cf. aussi définitions)

Entre le Vème et le IIème siècle av. JC : 



Les langues celtiques vivent encore à la veille du troisième millénaire. À notre époque elles sont parlées de part et d'autre de la manche et comprennent:
Tout d'abord le celtique insulaire
- en Écosse en parle l'écossais
- en Irlande l'irlandais
- au Royaume Uni  le Manxois sur l'île de Man, le Cornique en Cornouailles et le Gallois au pays de Galles
Les Bretons qui sont restés en Grande-Bretagne malgré les envahisseurs Angles et Saxons à partir du VIème siècle après Jésus-Christ, se sont réfugiés dans les parties occitentales de l'île, c'est-à-dire au Pays de Galles et en Cornouailles. Ils ont pris le nom de Cymry (=compatriotes), c'est-à-dire de Gallois. Ces Celtes n'ont pas cessé de parler leur langue et c'est ainsi que la presqu'île de Cornouailles (Cornwall) a parlé une langue bretonne jusqu'au XVIIIème siècle, langue qu'on a appelée Cornique, et que le Pays de Galles parle encore de nos jours. Cette même langue bretonne a évoluée à travers les sicèls. Les autochtones l'appellent Cymraeg, les Français Gallois et les Anglais  Welsh. Par conséquent, le Gaulois, le Cornique, le Gallois et le Breton-armoricain sont des langues issues du même moule, ayant le même vocabulaire de base, la même syntaxe, les mêmes particularités. Elles font partie d'un même ensemble, d'une même culture, elles se rattachent à une même tradition. (cf. Markale 1985: 7)
Il existe également le celtique continental 
C'est le Breton en France.







Sujets d'étude
  1. Décrivez l'expansion des Celtes entre le IVème et le IIème siècle avant Jésus Christ.
  2. En quoi consiste la particularité historique du Gallois?
  3. Où est-ce que l'on parle encore des langues d'origine celtique à notre époque? Remplissez le tableau exposant les langues celtiques contemporaines.

lieu 
langue














4.  Classez les langues celtiques selon leur branche brittonique ou gaélique en deux catégories.

brittonique gaélique
.
.
.
.
.
.

5.  Quelle transformation géographique les langues celtes ont-elles connu depuis le VIIème siècle?


LE BRETON HIER

 
Les deux Bretagnes

Du point de vue linguistique et ethnique, les Bretons sont plus proches des Irlandais et des Gallois que des Français. Le breton (Ar Brezhoneg) est une langue à part entière d'origine celtique. Issues de la famille
indo-européenne, les langues celtiques comprennent 2 groupes:

     le gaélique (parlé en Irlande et en Ecosse) et
     la branche brittonique, dont fait part le breton ainsi que le Gallois.

Depuis des siècles, la Bretagne est partagée en deux zones linguistiques:

     - à l'est d'une ligne Mont-Saint-Michel-Paimpol-Pontivy-Vannes, la Haute-Bretagne ou Bretagne romane ou pays gallo. Le Gallo (gallec en breton) est une langue romane apparentée au français, dérivé du latin populaire.
     Cette région fut la première à délaisser le breton au profit du Français du IXe au XVIe siècle. Il n'en est presque plus de trace.
    -  à l'ouest, La Basse-Bretagne dite celtique ou Bretagne bretonnante. Là on parle et/ou comprend la langue bretonne. Elle comprend quatre régions (dialectes):

  1. la Cornouaille (Cornouallais) du Sud-Finistère avec
  2. le pays du Léon (Léonard) du Nord-Finistère
  3. le pays de Tréguier (Trégorrois)
  4. et le pays de Vannes (Vannetais)

L'origine

- Du Ve au VIIe siècle, des Brittons de "la grande Ile de Bretagne" (pays de Galles, Devon, Cornwall), chassés par les envahisseurs anglo-saxons, émigrèrent en masse sur la péninsule armoricaine et enrichirent le gaulois qui y
était parlé. De cette fusion émergea une nouvelle langue appartenant à la grande famille des langues celtiques. Elle fleurit dans les 5 départements bretons avec cependant des différences dialectiques. La langue celtique venue de
la Grande Bretagne n'a pas eu beaucoup de mal à prendre racine.

     Au moment de la chute de l'empire romain, en Armorique, le latin ne s'était vraiment implanté que dans les villes.
     Ailleurs, le Gaulois n'avait pas totalement disparu.

- Du Ve au IXe siècle, époque du vieux breton, la toponymie et les patronymes voient le jour. Ils conserveront jusqu'à aujourd'hui leur forme originelle.

- Au IXe siècle la dynastie de Nominoë marque l'apogée de la nation bretonne et l'extrème avancée de sa langue. Le breton progressa à l'est, entreprit la conquête des pays de Rennes et de Nantes. Vers 1050, il se trouvait
dans sa phase d'expansion maximale, on le parlait jusque dans la baie du Mont-Saint-Michel et dans la région de Saint-Nazaire. Le breton apparaît comme une langue homogène ne présentant que quelques traces de
dialectisation.
 


La langue bretonne eut une grande importance jusqu'au XIIe siècle. Elle était utilisée, à côté du latin, pour de nombreux textes officiels. Le breton véhiculait la littérature orale, mais bénéficiait
aussi d'une structure écrite codifiée qui évita la naissance de multiples dialectes. Le breton était la langue des lettrés et de la noblesse, au même titre que celle des paysans.


Un lent déclin

Les invasions normandes mettaient à mal l'unité bretonne. La féodalité fut marquée par une progression spectaculaire et rapide du français déplaçant la frontière linguistique vers l'ouest.

Jusqu'au XII ème siècle, l'état breton fut dirigé par des dynasties de langue bretonne. Puis les familles dirigeantes se francisèrent peu à peu, et, au delà de cette date, tous les souverains bretons, jusqu'au XVI siècle, date de l'annexion de la Bretagne à la France, seront de langue française. Du fait de son prestige dans les milieux lettrés et administratifs, le français s'impose à partir du XIIIe siècle comme langue diplomatique à la place du latin dans tout le duché. Dès cette époque les villes de basse Bretagne devinrent bilingues. En 1532, le duché signe, avec le roi François Ier, un traité d'union. Ce traité stipule le respect des droits et privilèges de la Bretagne, de ses institutions, de sa langue, de son individualité en tant que nation. Mais la France, dorénavant, considère la Bretagne comme annexée. Le scandale est similaire à l'égard d'autres ethnies (Provence, Corse, etc.). Par l'ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), le français est déclaré langue officielle du royaume, toutes les autres langues n'étant au regard que de vicieuses et bientôt coupables façons de parler, que continuent de pratiquer des peuplades provinciales, sauvages dont l'ignorance est patente et l'entêtement suspect.

La centralisation de Paris marqua le déclin de la langue écrite et les familles cultivées l'abandonnèrent pour le français. Le breton resta pourtant d'usage, même dans la bourgeoisie et la noblesse, jusqu'au XVIIe siècle. Des ouvrages étaient rédigés en breton, la grammaire latine était enseignée en breton et le breton possédait en propre un système de versification.

Le rattachement de la Bretagne à la France au XVe siècle et la Révolution renversaient la situation en faveur du français. Langue des campagnes et du petit peuple, le breton marginalisa ceux, dont il était le seul parler, et
fut senti comme un lourd handicap. Par ailleurs, il se fragmenta en 4 dialectes. A la fin du XVIe siècle, le breton finit par disparaître à l'est de la province, où figure pour la première fois la séparation
entre basse et haute Bretagne. La frontière se stabilisa vers 1886 et dès lors resta pratiquement inchangée.


On distingue  3 zones à l'intérieur de la péninsule armoricaine

A l'ouest une première zone que l'on peu qualifier de purement Bretonne Au centre une zone mixte dans laquelle les bretons s'établirent moins nombreux À l'est une zone dans laquelle les bretons ne s'y installèrent pas

 

Limites du breton au IXè siècle et XXème siècle


Jusqu'au XVII siècle, le breton est demeuré une langue de prestige dans toutes les classes de la société au moins dans la partie occidentale de la Bretagne (Basse-Bretagne). Ce n'est qu'au moment de la révolution française, que le breton se voit attaqué par le français et que son prestige s'affaiblit. Il faut se souvenir du discours du député Barère de Vieuzac à la Convention : "la superstition parle bas - breton".  Pourtant, en 1902: 90 % des habitants de la Bretagne bretonnante parlaient le breton, soit 1 200 000 personnes et 50 % d'entre eux ignoraient totalement le français. La république française prend alors peur. L'état décide d'éradiquer le breton. C'est l'interdiction du breton à l'école: "plus un mot de breton en classe ni dans les cours de récréation".

C'est l'époque du symbole : sabot percé d'un trou, ou tout autre objet qu'on accrochait au cou de l'enfant coupable d'avoir parlé breton. Pour s'en séparer, l'enfant devait dénoncer un autre camarade ayant laissé échapper un mot de breton. Cette pratique perdurera jusqu'à la fin des années 1940 et cessera définitivement avec l'autorisation de l'enseignement du breton jusque là interdit (loi Dexonne de 1951).

Sujets d'étude

  1. Quelle est la différence entre le gallois et le gallo?
  2. Pourquoi peut-on parler de deux Bretagnes?
  3. Quelle fut l'origine de la langue bretonne et quand fut son apogée?
  4. Donnez deux synonymes pour désigner la Haute-Bretagne et la Basse-Bretagne.
  5. Quelle est la cause du déclin du breton?
  6. Quels sont les quatre dialectes bretons?
  7. Quels sont les départements qui actuellement délimitent ces dialectes?
  8. Quand est-ce que la Bretagne fut rattachée à la France et quelles en furent les conséquences?
  9. Pourquoi parla-t-on uniquement breton en Bretagne jusqu'au XIIème siècle?
  10. Pourquoi le statut linguistique fut-il modifié à partir du XIIIème siècle et surtout à partir du XVIème siècle?
  11. Quel rôle attribua-t-on alors à la langue bretonne?
  12. Situez la frontière linguistique au IXème et au XXème siècle.
  13. Donnez une définition géographique et linguistique des trois zones historiques de la Bretagne?
  14. Pourquoi, à votre opinion, la révolution française joua-t-elle un rôle décisif quant à la progression de la langue française en Basse-Bretagne?
  15. Analysez l'énoncé prononcé par le député Barère de Vieuzac à la Convention : "la superstition parle bas - breton".
  16. Quelle est la situation du breton au début du XXème siècle et quelles sont les mesures prises par l'État pour renforcer la langue nationale?
  17. Expliquez le phénomène du "symbole" et formulez votre point de vue à ce sujet.

DIFFERENTS BRETONS

En l'absence de promotion du breton après l'annexion de la Bretagne à la France, (notamment dans les actes écrits, l'Edit de Villers Coteret 1539 imposait le français dans tous les actes judiciaires et notariés), le Breton transmis par les parents, s'est vite fragmenté en différents dialectes.

On a ainsi distingué 4 variétés de breton :
Cornouaillais (sud Finistère, une partie des côtes d'armor et du morbihan) ( Bro Gernew)
Léonard (nord Finistére) (Bro Leon)
Trégorrois (Côtes d'Armor) ( Bro Dreger)
Vannetais (région de Vannes) (Bro Wened)
 
Entamé au XIX siècle, un travail d'unification de la langue bretonne écrite a été mené progressivement par étapes. En 1908, les 3 premiers, proches, ont été regroupés sous une écriture commune le KLT (Kerne- Leon - Treger). Le vannetais, plus différent des autres dialectes, a constitué un breton un peu différent en raison de certains points de grammaire et de vocabulaire spécifiques. D'autres étapes suivront, notamment en 1941, avec l'unification orthographique avec le Vannetais pour former le KLTG ( G pour Vannetais, Gwened en Breton).

Aujourd'hui, la langue bretonne enseignée, celle que l'on trouve majoritairement dans les publications, est une langue désormais unifiée.

 
Sujets d'étude

  1. Délimitez les 4 dialectes bretons géographiquement.
  2. Comment la langue écrite a-t-elle été unifiée?

LE BRETON AUJOURD'HUI   

Actuellement, le nombre de bretonnants diminue. On estime aujourd'hui que 240 000 le parlent soit 20 % de la population (à l'ouest de la ligne Paimpol-Vannes) (selon un sondage TMO - Le Télégramme). Ils étaient 1 200 000 au début du siècle. Les jeunes Bretons ne parlent presque plus la langue. Seulement 6 % des moins de 40 ans parlent breton et même pas 1 % des moins de 20 ans. C'est le vieillissement de la population et l'allongement de la vie qui permet d'avoir ce nombre important de bretonnants. 64 % ont plus de 60 ans.

En 1950: 75 % de la population savait encore parler le breton, dont 47 % s'exprimait principalement en breton. La génération des enfants nés dans les années 50 n'a pas appris le breton : Les parents dans ces années 50-60 ont omis de transmettre la langue bretonne à leurs enfants (non enseignée à l'école, elle était transmise par les parents).

Si le breton va franchir la barre du XXIe siècle, son déclin rapide le menace d'extinction vers les années 2020-2030. Pourtant chaque jour, 45.000 à 50.000 personnes continuent à utiliser la langue bretonne quotidiennement. L'attachement affectif des bretons à la langue est aujourd'hui de plus en plus fort, tout comme la volonté de la sauver. 88 % des bretons pensent qu'il faut sauver le breton et 80 % sont favorables à son enseignement à l'école (sondage TMO - Le télégramme en avril 1997) .

On peut distinguer aujourd'hui 2 groupes de bretonnants: Dans le premier groupe se trouvent des gens qui ont découvert ou redécouvert le breton à l'adolescence ou plus tard, qui oeuvrent pour la reconnaissance, l'enseignement, et la diffusion du breton. On trouve aujourd'hui une rupture dans le portrait-robot des bretonnants des jeunes générations. Ceux qui aujourd'hui parlent et apprennent le breton sont plutôt des classes moyennes ou élevées, plutôt urbaines (14 % des bretonnants). C'est sans aucun doute dans cette tranche sociologique que le breton va recruter dans les années à venir ses nouveaux pratiquants.

Le second groupe, plus nombreux, est constitué par des gens âgés, bretonnants de naissance.

Sujets d'étude

  1. Quelle est la situation actuelle du breton?
  2. Comment expliquez-vous qu'à l'heure actuelle  il y ait toujours 20% de la population qui parle breton et que 45.000 à 50.000 personnes le parlent quotidiennement?
  3. Le breton est-il menacé d'être éradiqué? Quel est l'avenir de la langue bretonne et qui parle encore breton?
  4. À votre avis, quelles seront les conséquences de la disparition du breton?
  5. Quelles sont les autres langues minoritaires en France (cf. le texte ci-dessous)?

LA SITUATION DU BRETON
 

Le breton est une langue qui n'est pas reconnuee officiellement dans la république française. Le français est la seule langue officielle de l'état français, bien que dans les faits, la France soit un pays de plusieurs langues (breton , mais aussi corse, occitan, basque ...). Le breton, a pu survivre, pendant des siècles en résistant à l'emprise du latin, puis à celle du français, mais à la différence du gallois (langue du Pays de Galles au Royaume Uni et langue soeur du breton ), il ne dispose pas de l'appui et de la reconnaissance de l'état français.

Ainsi, est il intéressant de comparer deux pays ayant une forte tradition historique de centralisation, la France et le Royaume Uni, dans leur approche des langues régionales. Un pays a reconnu ses langues minoritaires, le Royaume Uni, et un autre, la France, qui les refuse toujours. Le Gallois, langue proche du breton (famille des langues dite brittoniques comprenant le gallois, le cornique et le Breton), a vécu une évolution légale fort différente du breton. En 1967, avec le "Welsh Language Act", le Gallois est reconnu comme une des langues officielles du Royaume Uni, ce qui signifie que tous les documents publics peuvent être rédigés dans cette langue.

En 1974, l'installation de tout nouveau panneau routier est bilingue et de nombreux programmes de radio et de télévision quotidiens en Gallois sont mis en place. En novembre 1982, création d'une chaîne de télévision de langue galloise. A l'école, possibilité de recevoir l'enseignement en Gallois avec l'anglais comme seconde langue, ou inversement en anglais, avec le Gallois comme seconde langue.
  
En Bretagne pas de télé, quelques heures de radio chichement mesurés. Un enseignement faible du breton longtemps laissé à la seule initiative privée comme les écoles bretonnes DIWAN, qui militent depuis 20 ans pour l'enseignement du breton. Des classes bilingues dans quelques écoles publiques, depuis peu de temps, avec des parents qui doivent la plupart du temps se battre et militer pour obtenir des enseignants de breton.

Même si l'enseignement bilingue a progressé de 41 % depuis 1994, cela ne concerne qu'un peu plus de 5000 enfants actuellement en Bretagne.

Ainsi, la France, qui reconnaît les droits des minorités ethniques et linguistiques (sauf sur son sol) refuse aujourd'hui de ratifier la Charte Européenne des langues minoritaires et régionales, qui vise à "maintenir et développer les langues régionales, facettes vivantes de l'identité culturelle européenne" .

La Charte des langues minoritaire a été signée par la France le 7 mai 1999 (sur 98 articles de cette charte, seules 39, le minimum, ont été signées par la France).

Pour beaucoup de gens, c'était l'espoir d'un changement dans la politique de l'état français à l'égard de la langue bretonne.

Mais, immédiatement, au mois de juin, le Conseil Constitutionnel déclarait la Charte contraire aux fondements de la république donc anticonstitutionnelle non seulement à cause de l'article 2 de la Constitution française (« le français est la seule langue de la République », article voté en 1992) mais aussi en raison de l'article 1 ( « l'unité de la nation» et «l'unité de l'état »).

Un changement de la constitution était donc nécessaire pour pouvoir ratifier la charte européenne des langues minoritaires. Ce n'était en vérité pas un problème insurmontable. En effet, la constitution française tend à être modifiée chaque année, le dernier changement a été effectué pour la parité homme femme en politique.

Cependant, le président de la république doit donner son accord pour un changement constitutionnel, ce que celui aujourd'hui refuse de faire.

Ainsi, la charte des langues minoritaires européennes a bien été signé, mais l'état français refuse aujourd'hui de la ratifier (c'est à dire mettre en application les dispositions signées par la France).

A l'heure de l'Union Européenne, dans un état se revendiquant comme le pays des droits de l'homme, la France continue de refuser l'expression des langues régionales qui ont depuis longtemps cessé d'être une menace pour la république et la langue française.

Les bretons appartiennent à la communauté française; ils veulent également conserver leur culture et leur langue, est ce trop demander ?

Sujets d'étude

  1. Comparez les différentes approches des gouvernements brittanniques et français à l'égard de la reconnaissance du Gallois et du Breton en retraçant l'histoire de ces deux langues minoritaires.

COMMENT PEUT ON ETRE BRETON (ET FRANCAIS) EN 1998 ?

« Comment peut-on être Breton ?», écrivait Morvan Lebesque, dans un livre phare publié il y a maintenant 25 ans. La Honte de soi, a longtemps été le sentiment qui caractérisait beaucoup de Bretons d'un certain âge ne trouvant pas leur place dans une société française qui leur était sur bien des points étrangère et qui les méprisait. Honte de ne pas bien parler le français, honte d'avoir un accent breton, honte d'avoir, collectivement, une réputation d'ivrogne, etc... Nous sommes passés, en une génération, d'une identité négative à une identité positive. Le changement est récent. Il est venu progressivement depuis les années 60-70.

Sur le plan culturel, le mouvement revendicatif d'après 1968 a joué un rôle indéniable. Des artistes comme Alan Stivell ont fait reconnaître la musique bretonne. Le livre de Morvan Lebesque et celui de Per Jakez Hélias, « le Cheval d'Orgueil », ont donné une image positive de la Bretagne. Les artistes et écrivains ont revendiqué leur identité.

Repli tribal ou simplement aspiration d'un nouveau lien social, fondé sur la redécouverte de l'identité bretonne. De plus en plus de personnes revendiquent aujourd'hui la reconnaissance de leur culture et de leur histoire, tout en se reconnaissant pleinement dans une communauté française elle même ouverte sur l'Europe.

Les exemples d'autres pays de l'union européenne montrent que cela est aujourd'hui parfaitement possible : Lombardie , generalitat de Catalogne, pays de Galles ....

Au XXI siècle et à l'heure de l'unification monétaire de l'Europe, il faut se remémorer les idées d'Ernest RENAN : Une nation n'est ni le fruit de l'hérédité, ni de la géographie, ni d'une religion, ni d'une langue mais le résultat de la volonté de vivre ensemble. Un résultat par nature fragile et soumis à un plébiscite permanent.

Sujets d'étude

  1. Pour quelles raisons l'identité bretonne est-elle passée d'une connotation négative à une image positive à partir des années 1960-70?
  2. Pourquoi beaucoup de bretons ont-ils eu honte de parler breton? Prenez aussi en considération l'évolution historique. Quels sont les événements qui les ont aidés à retrouver leur dignité d'être breton?
  3. Analysez la chanson de Try Yann (1976) "La découverte ou l'ignorance" d'après un extrait du texte "Comment peut on être breton?" de Morvan Lebesque.
  4. (cf. http://www.ph-ludwigsburg.de/franzoesisch/overmann/bretagne/musiquebretonne.htm)


Pour aller plus loin:

Sondage et extraits de la thèse de F. Broudic



Le racisme anti-langue bretonne au 19e siècle
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Association Tanael GENEVE
Site d'information pour la défense des peuples opprimés, principalement le peuple breton.
Nous dédions cette page d'accueil à tous les patriotes et à leurs familles martyrisés ou persécutés par l'occupant depuis l'annexion de notre nation en 1532.
http://www.webglaz.ch/tanael/informations/racisme01.htm (droits réservés)  
Aujourd'hui ce racisme prend une forme rampante, insidieuse et donc plus difficile à combattre. L'Etat français continue d'avoir peur de notre culture.

1831

Préfets et sous-préfets font leurs rapports:

BRETAGNE COLONIE
La Basse-Bretagne, je ne cesse de le dire, est une contrée à part qui n'est plus la France. Exceptez en les villes, le reste devrait être soumis à une sorte de régime colonial. Je n'avance rien d'exagéré. Créons pour l'amélioration de la race bretonne, quelques unes de ces primes que nous réservons aux chevaux et faisons que le clergé nous seconde en n'accordant la première communion qu'aux seuls enfants parlant le français.
Auguste Romieu, sous-préfet de Kemperle

POUR L'APPAUVRISSEMENT DU BRETON
Il faut, par tous les moyens possibles, favoriser l'appauvrissement du breton, jusqu'au point où, d'une commune à l'autre, on ne puisse pas s'entendre ({...}), car alors la nécessité de communication obligera le paysan d'apprendre le français. Il faut absolument détruire le langage breton.
Lettre des préfets des Côtes du Nord et du Finistère à Montalivet, ministre de l'Instruction Publique.

LANGAGE DUR
Les Bas-Bretons ont un langage dur et difficile à comprendre. Leurs habitudes, leurs coutumes, leur crédulité et leurs superstitions leur laissent à peine une place au dessus de l'homme sauvage. Le paysan y est d'une malpropreté dégoûtante. Son habitation peut presque se comparer à celle d'Hottentots{...} En général les paysans ont une mauvaise physionomie, stupide et brutale à la fois.
Malte Brun, Les jeunes voyageurs en France.

1835

BRETON PIRE QUE LE CATALAN
Croyez-moi, Monsieur, le catalan qui me faisait tant enrager n'est qu'un jeu d'enfant auprès du bas breton. C'est une langue que celle-là. On peut la parler fort bien, je crois, avec un bâillon dans la bouche, car il n'y a que les entrailles qui paraissent se contracter quand on cause en bas breton. Il y a surtout l'h et le c'h qui laissent loin derrière la jota espagnole. Les gens qui parlent cette belle langue sont bons diables, mais horriblement sales{...} On voit dans les villages les enfants et les cochons se roulant pêle-mêle sur le fumier, et la pâtée que mangent les premiers serait probablement refusée par les cochons du Canigou.
Prosper Mérimée, lettre à Jaubert de Passa.

1836

LANGUE DIABOLIQUE
Vous saurez d'abord que c'est vers la Bretagne, la douce et la bretonnante, que se sont dirigées mes courses cette année{...} Quant aux naturels du pays hélas! c'est la province sans soleil. Croiriez vous que j'ai fait quatre cent lieues en Bretagne sans déboutonner ma braguette. Impossible de toucher sans pincette les personnes du sexe de Brest, Morlaix, Saint Brieux (sic), Rennes, Vannes, Quimper. Ce n'est qu'à Nantes que la Providence m'a envoyé soulagement{...} Au lieu de votre joli patois dont on comprend toujours quelque chose, c'est une langue que le diable a inventée que l'on parle là-bas et qui n'a pas moins de quatre dialectes très différents. Lavarèt d'in pélèc'h azô ünenbennak ago zéfé gâllec? Voilà tout ce que j'ai pu apprendre à dire m'écorchant le gosier: Dites moi où il y a quelqu'un qui parle français. Jamais, à moins qu'on ne lui fasse une opération chirurgicale, un Provençal ne prononcera pélèc'h. Mangez une olive crue, et en crachant, vous ferez un bruit approchant ce c'h. Par dessus le marché, ces sauvages ne m'ont-ils pas persécuté dans leurs journaux, m'accusant d'avoir enlevé d'autorité à leur province un manuscrit d'un certain barde du Vè siècle, Guiclan ou Guinclan, manuscrit que j'ai cherché partout inutilement et dont j'ai appris l'existence à la plupart de leurs doctes!
Prosper Mérimée, lettre à Requien.

1845

TUER
Surtout rappelez-vous, messieurs, que vous n'êtes établis que pour tuer la langue bretonne.
Un sous-préfet du Finistère, Discours aux instituteurs.

1846

SUBSTITUER
Nos écoles, dans la Basse-Bretgne, ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au breton et ce serait incontestablement un bienfait. C'est en breton, par l'exigence de MM. les Recteurs, qu'on y enseigne le plus généralement le catéchisme et les prières: c'est un mal. Nos écoles dans la Basse Bretagne ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au breton.
Préfet des Cotes du Nord, Lettre à l'évêque de Saint-Brieuc. (Annales de Bretagne, édité en novembre 1912)

VIEILLE LANGUE
Nous voyons avec un contentement réel que vous tenez à vos vieux usages, à vos vieux costumes, à votre vieille langue.
Monseigneur Graveran, évêque de Quimper et Léon.

1874

BRETON, LANGUE MORTE

Si l'on veut comprendre la Vendée, qu'on se figure cet antagonisme: d'un côté, la Révolution française, de l'autre le paysan breton. En face de ces évènements incomparables, menace immense de tous les bienfaits à la fois, accès de colère de la civilisation, excès du progrès, amélioration démesurée et inintelligente, qu'on place ce sauvage grave et singulier, cet homme à l'\oeil clairet aux longs cheveux, vivant de lait et de châtaignes, borné à son toit de chaume, à sa haie et à son fossé, distinguant chaque hameau du voisinage au son de sa cloche, ne se servant de l'eau que pour boire, ayant sur le dos une veste de cuir avec des arabesques de soie, inculte et brodé, tatouant ses habits comme ses ancêtres les Celtes avaient tatoué leurs visages, respectant son maître dans son bourreau, parlant une langue morte, ce qui est faire habiter une tombe à sa pensée, piquant ses b\oeufs, aiguisant sa faux, sarclant son blé noir, pétrissant sa galette de sarrasin, vénérant sa charrue d'abord, sa grand-mère ensuite, croyant à la Sainte Vierge et à la Dame Blanche, dévot à l'autel et aussi à la haute pierre mystérieuse debout au milieu de la lande, laboureur dans la plaine, pêcheur sur la côte, braconnier dans le hallier, aimant ses rois, ses seigneurs, ses prêtres, ses poux ; pensif, immobile, souvent des heures entières sur la grande grève déserte, sombre écouteur de la mer.
Et qu'on se demande si cet aveugle pouvait accepter cette clarté.
Victor Hugo, Quatre-Vingt Treize

LANGUE DE L'INSTRUCTION RELIGIEUSE
L'enfant qui regardera la langue bretonne comme la langue de l'instruction religieuse regardera la langue française comme la langue de la vie civile, la langue des affaires, la langue dans laquelle il devra écrire, calculer, apprendre ce qui lui sera utile pour le commerce et l'industrie, la langue qui lui sera nécessaire dans les relations qu'il aura avec les personnes étrangères au pays qu'il habite.
Evêque de Quimper, lettre de l'évêque de Quimper au préfet. NOTE DE TANAEL: en fait ici l'évêque ruse pour défendre malgré tout la langue bretonne auprès du préfet qui veut faire disparaître la langue bretonne y compris au catéchisme

1888

BRETON, LANGUE D'ARRIERES MENTAUX
Le petit Breton est abandonné à lui-même dès qu'il peut marcher. A peine vêtu, malpropre, il patauge toute la journée par les chemins, mange à l'écart un morceau de pain noir, joue peu, ne parle pas{...} S'il a huit ans d'âge physiquement, il en a trois à peine pour le développement intellectuel. Y a-t-il lieu, dans ces conditions, de tenir compte des quelques mots bretons qui lui ont suffi pour traîner jusque là une vie rudimentaire ? Je ne le crois pas. Mieux vaut admettre qu'il ne sait rien et commencer avec lui par le commencement, comme on fait à l'école maternelle.
Poitrineau, inspecteur d'Académie à Vannes, cité par Ar Falz, n°1, 1959

PAS DE BRETON A L'ECOLE
Un principe qui ne saurait jamais fléchir: pas un mot de breton en classe ni dans la cour de récréation.
L'inspecteur d'académie Dausimont

Sujets d'étude
  1. Quel est l'objectif de l'association Tanael à Genève?
  2. Dressez une liste en énumérant les expressions qui jettent le discrédit sur les bretons, puis interprétez-les.
  3. Brossez le portrait d’un breton en utilisant les expressions des textes ci-dessus.
  4. Analysez deux rapports de votre choix.


La pratique du breton de l'Ancien régime à nos jours
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Extraits de la thèse de F. Broudic
(droits réservés)
http://perso.wanadoo.fr/fanch.broudic/PAJENN/These1.html
La thèse a été soutenue en juin 1993, devant l'Université de Bretagne Occidentale à Brest
L'essentiel de la thèse a fait l'objet d'une publication :
BROUDIC (Fañch). - La pratique du breton de l'Ancien régime à nos jours. - Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 1995. - 490 p., 99 graph., 101 tab., 9 cartes. - (Collection : Des Sociétés).  Ouvrage publié avec le concours du Centre de Recherche Bretonne et Celtique (UBO, Brest). ISBN 2-86847-128-5

Extrait 1
L'école et la langue bretonne : histoire et repères - présentation

Les textes et les intentions
Résistances et retards de scolarisation
"Nous ne pouvons interdire…"
L'invention du symbole
L'adoption de "la méthode directe"
Les trois périodes

Extrait 2
La guerre de 14-18 et ses conséquences sur la pratique du breton - présentation
Les Bretons dans la guerre de 14
Les guerres : des moments de perturbation linguistique

Extrait 3
Un changement de langue en trois générations
Quelle évolution sur deux siècles ?
Modernité contre identité ?

Les six textes réunis sur cette page sont extraits du chapitre 17 de la thèse de Fañch Broudic sur "La pratique du breton de l'Ancien Régime à nos jours", intitulé : "L'école : un rôle central ?", et figurant pages 361-392.

Les textes et les intentions

Puisque la langue bretonne a toujours été une réalité incontournable, quelle a été la politique scolaire du XIXe siècle à son égard ? Contrairement aux apparences, la question a rarement fait l'objet d'une analyse détaillée. Elle s'impose d'autant plus que les débats sur l'école sont toujours révélateurs de bien des enjeux sociaux, et qu'ils peuvent fournir des données intéressantes sur les pratiques linguistiques en Basse-Bretagne.

Les collèges de l'Ancien Régime ont ignoré le breton. La Révolution, après avoir prétendu, par "un décret haletant" (selon l'expression de Furet et Ozouf) , imposer dans les dix jours un instituteur de langue française dans chaque commune de Bretagne, avait fini par admettre l'usage du breton comme langue auxiliaire de l'enseignement. Par la suite, il semble bien que les principales lois sur l'enseignement ne fassent plus jamais mention des langues régionales.

- La loi Guizot de 1833, imposant l'ouverture d'une école de garçons dans chaque commune, établit que "l'instruction primaire comprend nécessairement (…) les éléments de la langue française (…) .
- La formulation de la loi Falloux de 1850 est identique.
- La loi sur l'enseignement primaire de 1867 y ajoute l'étude de l'histoire et de la géographie de la France.
- A peine peut-on signaler une circulaire par laquelle le Ministre Salvandy, en 1838, s'adresse aux recteurs, à propos des "quelques élèves" qui se signalent "par une ignorance absolue de la langue française" : il fallait que les instituteurs "exigeassent, en ce cas, une sorte d'analyse verbale ou traduction dans l'idiome local. Mais c'est là un moyen fâcheux qui ne devrait être employé que s'il était jugé indispensable".
Les textes ne sont donc ni très précis ni apparement contraignants, si bien que pendant toute cette période, l'utilisation du breton a longtemps été admise dans les écoles.

Pourtant, au niveau des principes et de la finalité, primauté est bien donnée à la langue nationale. Les règlements locaux traduisent cette impérieuse nécessité. Par exemple, le "Règlement pour les écoles primaires élémentaires de l'arrondissement de Lorient",adopté et arrêté par le Comité supérieur de l'arrondissement, en 1836 et approuvé par le Recteur en 1842, stipule :

"§ 2. Discipline.

Art. 19. Chaque classe commence et se termine par une prière en français, qui est arrêtée par le comité local sur proposition du curé.
Art. 21. Il est défendu aux élèves de parler breton, même pendant la récréation et de proférer aucune parole grossière. Aucun livre breton ne devra être admis ni toléré." S'exprimer en breton et parler "grossièrement" font l'objet de la même prohibition".

En 1834, le Comité d'Instruction primaire de l'arrondissement de Brest adopte le règlement des écoles primaires. D'après l'article 19, le breton pourra seulement être un moyen auxiliaire d'enseignement :
"il est interdit aux instituteurs d'enseigner l'idiome breton; ils pourront seulement se servir de cette langue pour communiquer avec les enfants qui n'entendraient pas le français".
En 1852, le "règlement adopté par le Ministre de l'Instruction Publique sur l'avis du Conseil supérieur de l'Instruction Publique pour les écoles publiques de l'Académie du Morbihan" proclame sur une grande affiche:
"Art 13. L'enseignement dans les écoles primaires publiques comprend nécessairement (…) les éléments de la langue française (…)".
Localement, on sait généralement "interpréter" la politique attribuée aux pouvoirs publics dans le domaine linguistique. Le souhait de l'administration est bien de répandre la langue française par le biais des écoles :
• "il est naturel, dit encore un Breton, le 4 thermidor an XI (23 juillet 1803), de penser que le gouvernement désire, en propageant l'instruction, rendre aussi la langue française familière et d'un usage général en Basse-Bretagne (…) Signé : J. Garnier".
• "il n'a jamais existé d'Ecole de la langue Bretonne, et je ne pense pas que l'intention du gouvernement soit d'en établir", écrit, le 17 floréal an XI (7 mai 1803), le Préfet du Finistère. Celui-ci semble d'ailleurs considérer qu'il n'y a pas lieu de créer d'écoles pour ceux qui ne savent que le breton : "il n'y a guèrres que 36 communes qui soient susceptibles de recevoir cet établissement; celles de campagnes ne sont composées que d'habitations éparses où personne ne parle français".
• En 1837, le Préfet du Finistère, le baron Boullé, est hostile à l'enseignement du breton : "vous voudriez, Monsieur, écrit-il à son correspondant, que l'Instruction primaire se donnât en Breton dans nos campagnes et que chaque commune y eût son école Bretonne. Cette idée certes devrait être suivie si les Bretons ne devaient pas se fondre chaque jour davantage dans la grande unité française. Mais par cela que nous ne formons aujourd'hui qu'une nation, que nous avons la même constitution, les mêmes lois, le même gouvernement, de bons esprits peuvent croire que toutes ces choses communes nous arriveront à n'avoir aussi qu'une même langue et que dès lors, il faut éviter ce qui tendrait à en retarder le moment".
• en 1845, un sous-Préfet du Finistère se serait adressé aux instituteurs en ces termes : "surtout rappelez-vous, messieurs, que vous n'êtes établis que pour tuer la langue bretonne".
• En 1846, le Préfet des Côtes-du-Nord expose à l'Evêque de Saint-Brieuc que "nos écoles, dans la Basse Bretagne, ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au Breton, et ce serait incontestablement déjà un grand bienfait".
• en invitant l'Inspecteur d'Académie de Vannes à lui adresser par retour du courrier les éléments réclamés dans le cadre de l'enquête Duruy de 1863, le Recteur de l'Académie de Rennes ne manque pas de lui réclamer également "le plus promptement possible un rapport sur les mesures pratiques qu'il conviendrait de prendre pour déraciner chez les habitants de (son) département l'habitude de la langue bretonne et faire généraliser le français".
• l'Inspecteur vannetais s'associe pleinement à cet objectif : "évidemment le premier rôle que l'instituteur a à remplir en Bretagne c'est de rattacher par la langue à la patrie française des populations qui y tiennent si fortement par le patriotisme et la religion".

Pourtant, les pouvoirs publics s'interrogent parfois. En 1831, par exemple, le Ministre de l'Instruction Publique et des Cultes de la Monarchie de Juillet, de Montalivet, reçut apparemment de Basse-Bretagne un projet d'enseignement bilingue. Selon cette proposition, le cours des écoles normales primaires devrait y être de deux ans, la première année étant "consacrée à l'enseignement, par principes, de la langue celto-bretonne", et ce n'est qu'au cours de la seconde année qu'aurait été introduit l'enseignement du français. Le Ministre consulte les préfets des trois départements concernés par circulaire en date du 15 octobre 1831 : deux d'entre eux y sont opposés, seul celui du Morbihan se montre favorable.

Le Préfet du Finistère - le même Billiard que nous avons déjà rencontré - adopte sans réserves les observations que lui fait le "Comité d'Instruction Primaire de Quimper". Ce comité, dont tous les membres ne sont pas bretonnants, est tout à fait hostile à l'enseignement du breton. Il n'exclut pas vraiment que l'on fournisse aux enfants des explications "dans leur idiome". Mais considérant "qu'il y a, en Basse-Bretagne, autant de dialectes que de cantons, presque autant que de communes", que seule la langue du Léon étant écrite peut "être réduite en principes", cela reviendrait en quelque sorte à leur apprendre une nouvelle langue "presque aussi étrangèr(e) à l'élève". Il n'y a pas lieu d'être surpris de la conclusion de ce raisonnement : "il paraît naturel de commencer" directement par l'étude du français !

C'est de cet avis du comité quimpérois, repris par le Préfet, qu'est extraite la fameuse phrase souvent citée : "ne doit-on pas, au contraire, favoriser, par tous les moyens possibles, l'appauvrissement,la corruption, jusqu'au point que d'une commune à l'autre on ne ne puisse plus s'entendre ? Car alors la nécessité des communications obligera le paysan d'apprendre le français". Le Comité suggère en outre de placer les enfants d'âge scolaire dans des écoles de villes ou de gros bourgs de manière à "exiger que dans les écoles ils ne parlent que français; introduire parmi eux des élèves qui ignorent entièrement le breton."

Le préfet du Morbihan, Lorois, réfutait en bloc cette argumentation, en observant que ce dont il s'agissait, c'était d'enseigner "les principes généraux de la grammaire, dans les langues maternelles des élèves, pour ensuite en faire l'application lors de l'étude du français". A son avis, favoriser la corruption du breton serait un "système un peu machiavélique" : "passer par le pire pour arriver à une amélioration". Il considérait enfin que "si les élèves français sont en minorité, ce seront ces intrus qui apprendront le breton". Il n'y avait donc pas unanimité entre les différents représentants de l'Etat en Basse-Bretagne sur la langue bretonne. Il faut croire cependant que les arguments "contre" pesaient plus lourds que les "pour" puisque le Ministre ne donna aucune suite à ce projet d'enseignement bilingue.
 
Sujets d'étude

  1. Quel fut l'attitude adoptée lors de la Révolution Française à l'égard de l'enseignement du breton dans les écoles primaires?
  2. Quelle finalité étatique peut-on en déduire?
  3. Citez et commentez quelques lois sur l'enseignement du français à l'école primaire.
  4. Relevez et commentez les énoncés des Préfets bretons à l'égard de l'enseignement du français / breton. Dressez un tableau.

Résistances et retards de scolarisation

Il semble que, bien avant Charles de Gaulle, avant Emile Masson ou Yann Sohier, des voix - qui resteront sans doute pour toujours anonymes, mais pas toutes - se soient levées en faveur d'un enseignement du breton, ou tout au moins par le breton. Lorois, le préfet du Morbihan en 1831, n'est pas le seul. Un juge de paix de Brest, Laouénan, adresse en 1837 au Préfet Boullé un mémoire dans lequel il écrit notamment :
"cette question, Monsieur le Préfet, touche à l'avenir et au bien-être de tous les cultivateurs, artisans et ouvriers de notre département bretonnant seulement". Il lui adresse un mémoire pour qu'il juge lui-même "de la nécessité d'instruire les Bas-Bretons dans leur propre langue, et par conséquent de répandre parmi eux le plus possible les livres le plus à leur portée, et en même temps ceux qui leur sont le plus nécessaire en raison de leurs professions et de leur besoins journaliers".
En 1835, on lit ceci dans le rapport de l'Inspecteur Primaire de Brest :
"l'interdiction aux instituteurs de ne rien apprendre aux enfants en idiome breton, a trouvé des contradicteurs et je ne doute pas, qu'elle ne soit cause que beaucoup de cultivateurs n'envoient pas leurs enfants à l'école, ces cultivateurs tenant fortement à ce que leurs enfants sachent lire en breton, langue qui longtemps encore leur sera très utile et dans laquelle se fait le catéchisme aux églises. Il est sans doute nécessaire d'habituer les gens de la campagne à se servir habituellement de la langue française, mais il faut se reposer sur le besoin qu'ils en auront dans leurs communications avec les personnes de la ville et user de grands ménagements, afin d'amener nos cultivateurs, assez apathiques, à envoyer leurs enfants à l'école".
En 1851, le Préfet du Finistère craint encore l'effet dissuasif d'un enseignement non breton sur la fréquentation scolaire :
"tout en reconnaissant que l'état des choses actuel s'oppose à tout progrès et doit en conséquence être modifié, j'(illisible) que la proscription absolue de l'idiome breton n'eût pas pour effet de diminuer le nombre, déjà si faible, de notre population scolarisée".
Il apparaît donc que, parallèlement à la préoccupation des classes les plus aisées de la paysannerie de faire apprendre le français à leurs enfants, la masse des bretonnants a, en quelque sorte, fait de la résistance passive vis-à-vis de la scolarisation parce que, précisément, l'enseignement n'était pas dispensé en breton […].

Il n'y a guère, il est vrai, d'ambiguité possible. Furet et Ozouf, s'appuyant sur les recherches d'Augustin Cariou, sur les travaux d'un érudit morbihannais, le Dr Fouquet, en 1874, mais aussi sur le dépouillement de listes nominatives de conscrits, dans le Morbihan et les Côtes-du-Nord, pour 1850 et 1890, ont mis en évidence un retard constant des cantons bretonnants par rapport à ceux du pays gallo, en matière d'alphabétisation.

- Avant la Révolution, dans les paroisses rurales, les hommes apposent beaucoup plus fréquemment leur signature au bas des actes de baptême en pays gallo qu'en pays bretonnant.
- En 1874, les 16 cantons purement bretonnants ont un taux d'analphabétisme supérieur à la moyenne départementale, alors que celui des cantons francophones est inférieur.
- En 1850, parmi les conscrits que l'on peut classer comme laboureurs ou cultivateurs, 17,6% étaient alphabétisés dans les cantons bretons, 35,3% dans les cantons gallos. Parmi les artisans et commerçants, les taux sont respectivement de 41,2% et 55,4%.
- Quarante ans plus tard, en 1890, les cantons bretons ont accentué leur retard dans la catégorie "laboureurs" : le nombre des "sachant au moins lire" progresse plus vite en pays gallo.
Furet et Ozouf en tirent les conclusions suivantes : "pour un conscrit du milieu du XIXe siècle, quelle que soit sa catégorie sociale (paysan, domestique, journalier, commerçant, artisan) et quel que soit son lieu de résidence (intérieur, maritime ou semi-maritime), être bretonnant se traduit par un retard sensible d'alphabétisation. Au cours de la deuxième moitié du siècle, au moment où, partout, la tendance est au rattrapage rapide des retards d'alphabétisation (sexuels, sociaux, géographiques), être bretonnant, pour les conscrits de condition paysanne, les laboureurs, les domestiques, les journaliers, se traduit par une sensible aggravation du handicap initial".

Du moins leur explication n'est-elle pas simpliste, et ne se limite pas à constater des différences de part et d'autre de la frontière linguistique. Ils prennent également en considération les attitudes culturelles, allant jusqu'à envisager "la présence ici d'un refus. Dans l'Ouest bretonnant vit, sinon une capacité de s'insurger, du moins une tendance à résister à la directive politique comme à l'injonction culturelle". Une telle analyse "ethniciste" n'est pas, non plus, spécialement satisfaisante, mais le "refus" dont elle fait état a bien été une réalité, que l'analyse historique met en évidence, et que confirment les déclarations de l'époque. En réalité, si les Bas-Bretons ont boudé l'école, tout au moins au cours des deux premiers tiers du XIXe siècle, c'est parce qu'elle ne parlait pas leur langue, et qu'elle leur paraissait du coup inadaptée et superflue.

D'autres témoignages vont dans le même sens. Nous avons déjà observé qu'au milieu du siècle, les paysans aisés "n'éprouvent pas le besoin d'avoir un instituteur dans leur commune" puisqu'ils ont les moyens de placer leurs enfants, à l'extérieur, dans des pensionnats, pour apprendre le français. Le même rapport de l'Académie du Morbihan ajoute : "on trouve la même indifférence chez les cultivateurs indigents qui ne comprennent pas encore les bienfaits de l'instruction".

Comment interpréter cette apathie, cette indifférence, cette grossièreté, si ce n'est par le fait que, ne s'exprimant usuellement qu'en breton, n'ayant besoin pour leurs relations ordinaires que du breton, assurés de l'indispensable instruction religieuse en cette langue, les populations concernées ne ressentent aucun besoin d'une école dont la finalité proclamée est d'apprendre une autre langue ? Guyot-Jomard et l'Inspecteur d'Académie du Morbihan nous confirment dans cette approche.

Le premier est l'auteur d'un "Manuel breton-français", dont le but, selon une correspondance qu'il adresse à l'administration en 1863, est de "faciliter considérablement l'étude de notre langue (française) sans pour cela travailler à anéantir le breton, ce qui dans ce pays ne serait pas bien perçu".
"Le jour où, écrit le second, toujours en 1863, le catéchisme breton serait interdit par l'administration, les écoles perdraient au moins tous les enfants qui n'ont pas fait leur première communion".
Il faut se souvenir en effet que l'école n'est pas encore obligatoire à cette date, et d'autre part, que c'est dans le cadre de l'école que l'on dispense l'enseignement du catéchisme aux enfants scolarisés. Ce que veut dire l'inspecteur vannetais, c'est que ces enfants ne sont inscrits à l'école que dans le but de faire leur première communion, et c'est pour cela qu'ils doivent apprendre leur catéchisme. La crainte de l'Inspecteur d'Académie est donc bien de nature linguistique : s'il arrivait que les enfants n'apprennent plus leur catéchisme en breton, ils ne viendraient même plus à l'école avant leur première communion. Autrement dit, la fréquentation scolaire n'est alors ce qu'elle est que parce que l'administration tolère - et ne peut faire autrement que de tolérer - l'enseignement du catéchisme en breton […].

Celui qui a le mieux exprimé la conjoncture scolaire du moment est sans doute l'Inspecteur Primaire de Quimper dans son rapport de 1863 :

"si les paysans riches, sentant l'avantage de savoir le français sont toujours empressés pour le faire apprendre plus promptement et plus correctement à leurs enfants de placer ces enfants dans les écoles des villes où ils sont en relations avec des enfants parlant français, il n'en est nullement de même des fermiers peu aisés, des journaliers, des pauvres, qui forment la classe la plus nombreuse, et qui, confinés dans leurs villages d'où ils ne sortent que rarement et où ils ne sont entourés que de personnes parlant breton, ne sentent, généralement du moins, ni le besoin d'envoyer leurs enfants même aux écoles de leurs communes, ni celui de faire acquérir à ces enfants la connaissance d'une autre langue".
De même qu'un siècle plus tard, vers 1950-60, les enfants d'agriculteurs qui se destinaient à la reprise de l'exploitation familiale considéraient souvent qu'ils n'avaient guère besoin de poursuivre leurs études, à l'instar de leurs frères et sœurs - "puisqu'ils allaient rester à la ferme" ! - de même, alors, la plus grande partie de la population estimait donc n'avoir nul besoin de fréquenter une école de langue française - puisqu'ils ne parlaient eux que le breton ! Le pasteur gallois David Jones le confirme à sa façon : "ils ont un attachement invincible à leur langue et aux usages de leurs ancêtres; grâce à quoi et à leur attache particulière au lieu de leur naissance, ils vivent dans un état à demi barbare…".

Si donc la Basse-Bretagne a accumulé de tels retards de scolarisation durant tout le XIXe siècle, l'on peut y voir l'échec des politiques scolaires successives, et particulièrement de la politique linguistique de l'Etat. En établissant une stricte relation d'association entre la réalisation de l'unité nationale et l'unification linguistique, l'Etat condamnait une région de langue différente comme la Basse-Bretagne à ne pas bénéficier du même progrès scolaire que le reste de la nation. C'est pour n'avoir pas voulu, pour des raisons idéologiques, envisager la mise en place d'un système d'enseignement qui tienne compte de l'existence de la langue bretonne, que l'on s'est condamné à la stagnation scolaire. Au lieu d'incriminer l'apathie des populations et l'indifférence des "cultivateurs indigents", il eût fallu s'interroger sur la finalité et sur la langue de l'enseignement. Que les inspecteurs et autres responsables de l'enseignement ne posent presque jamais la question en ces termes est en soi tout à fait significatif.

Pour cette première moitié du XIXe siècle, il faut donc retenir, de la part des Bas-bretons, un jeu complexe de réactions différenciées vis-à-vis de l'école comme vis-à-vis de l'apprentissage du français :

- Les classes aisées, ressentant le besoin de connaître la langue nationale, poussent à l'instruction, en fonction et en raison de leurs moyens.
- Les responsables et les édiles aussi ressentent ce besoin d'instruction, mais n'y répondent que sélectivement.
- La masse de la population reste passive, et se contente du catéchisme en breton.
Sujets d'étude
  1. Quels sont les arguments de ceux qui rejettent la primauté de l'enseignement du français en favorisant l'instruction des Bas-Bretons dans leur propre langue?
  2. En quoi a consisté la résistance passive des bretonnants?
  3. Quel rôle a joué l'alphabétisation?
  4. Quelles furent les couches sociales particulièrement marquées par le refus de vouloir apprendre le français?
  5. Quelle est la synthèse de l'analyse "éthniciste" sur la scolarisation et l'alphabétisation dans l'Ouest bretonnant par rapport à la progression du français en pays gallo?
  6. Quel rôle a joué l'église dans la querelle des langues?
  7. Comparez le niveau d'études des enfants d'agriculteurs vers 1850 et 1950. Comment le pasteur gallois David Jones juge-t-il cette situation? Qu'en pensez-vous?
  8. Quels sont les risques de la réalisation de l'unité nationale?
  9. Comment l'unification linguistique se fait-elle ressentir dans les différentes classes sociales?

"Nous ne pouvons interdire…"

En pratique, la politique officielle a été fluctuante, faisant preuve de souplesse, au moins jusqu'en 1870, sinon sur les principes, du moins dans les faits. Ainsi que le reconnaît l'Inspecteur Primaire de Brest dans son rapport de 1863, "nous ne pouvons interdire d'une manière absolue l'usage du breton, même dans nos écoles publiques".

Contrairement à beaucoup d'idées reçues, infiniment nombreux ont été les cas où il apparaît que le breton a été présent dans les écoles. L'on peut même considérer que, tout au long du XIXe siècle au moins, avec ou sans la bénédiction des autorités académiques, le breton a généralement été - au minimum - un auxiliaire indispensable de l'enseignement.

- En 1836, le conseil municipal de Guéméné-sur-Scorff se félicite que les instituteurs "connaissent parfaitement l'idiome bas breton qui est pour eux un moyen de démonstration plus facile dans l'instruction des enfants".
- En 1851, à Ploerdut, l'instituteur "parle parfaitement le breton, chose nécessaire dans un pays où les enfants ne parlent que cette langue".
- En 1866, l'Inspecteur du Finistère, consulté sur les pratiques en vigueur à l'école de Plouguin "ne pense pas qu'il y ait lieu d'interdire, dans l'école de cette commune, l'usage de faire la classe en breton, pourvu toutefois que l'instruction ne se borne pas à l'enseignement de cette langue, et prépare les élèves, par des exercices de traduction, à la connaissance de la langue française, qui ne doit être ignorée dans aucune de nos écoles primaires".
- En 1876, c'est le Ministre qui, non sans visées répressives, demande un rapport "sur l'instituteur communal d'Ergué-Armel qui, contrairement aux instructions de M. l'Inspecteur d'Académie et malgré les dispositions formelles de l'article 28 du règlement des écoles continuerait à faire sa classe en breton exclusivement".
Il convient à cet égard de relativiser quelque peu les statistiques. L'enquête Duruy de 1863 ne signale ainsi pour le Morbihan aucune école où l'enseignement soit assuré "en idiome ou patois exclusivement", se contentant de noter qu'il y en a 181 sur un total de 449 où il est dispensé simultanément "en idiome, en patois, et en langue française". S'il n'en est que 40% qui fassent intervenir l'idiome, c'est bien sûr qu'une partie du Morbihan n'est pas concernée par la langue bretonne. Le rapport de l'Inspecteur Général Villeneuve laisse entendre qu'il s'agit quasiment, en fait, d'écoles bretonnes : les enfants y apprennent "à lire et à écrire - non pas en français qui se parle à peine dans l'école et qu'on ne parle jamais au dehors, mais le Bas-Breton que les enfants trouvent dans leur livre de prières et dans leur catéchisme; telle est la situation de 130 communes environ sur 230". L'on ne sera pas surpris que l'Inspecteur d'Académie de Vannes, directement mis en cause, conteste vivement ce rapport, en introduisant cependant une clause de réserve : "il y a là, à mon avis, une exagération évidente, une erreur notoire, en ce qui concerne du moins les écoles publiques".

Mais dans celles-ci aussi, l'enseignement religieux était alors dispensé en breton. Le pauvre inspecteur, ayant préalablement témoigné de sa loyauté vis-à-vis des objectifs de l'Instruction Publique, en est réduit à décrire "les difficultés que rencontrent les instituteurs des communes bretonnes, placés en présence d'enfants dont ils ne peuvent se faire comprendre, pour lesquels tout est neuf dans l'enseignement, et le fond et la forme, et qui saisissent à peine ce qu'on exige d'eux. Là évidemment les procédés ordinaires de l'enseignement primaire sont insuffisants (…) La difficulté se complique à l'égard des enfants qui débutent, de l'impossibilité de recourir à d'autres procédés que des exercices oraux (…)".

L'administration elle-même tient compte du fait que les enfants sont monolingues bretonnants en arrivant à l'école.

- Dans les Côtes-du-Nord, par exemple, le règlement des écoles primaires communales de 1852 stipule en son article 30 que "le français sera seul en usage dans l'école. Le maître s'efforcera, par des descriptions, par de fréquentes explications et surtout par son exemple, de former les élèves à l'usage de cette langue. Néanmoins, dans les communes où le catéchisme breton est seul usité, l'instituteur enseignera ce catéchisme. Il pourra aussi employer la langue bretonne comme moyen de traduction".
- Des exercices de traduction et l'étude du catéchisme breton figurent expressément au programme des écoles de Plourivo et de Trévérec en 1839.
- Dans le Morbihan, le Conseil Académique, au cours de sa session de juin 1864, donne son approbation à une liste de livres d'enseignement parmi lesquels figurent trois manuels breton-français. Il dresse même une liste des communes auxquelles il pourrait être "utilement" adressé.
Dans le Finistère, en 1857, un inspecteur d'académie, Lecat, très critique par rapport aux méthodes pédagogiques en vigueur jusqu'à son arrivée, et qui déplorait "le peu de français que nos pauvres petits Bretons parvenaient à apprendre" en plusieurs années d'école, explique ses propores méthodes à l'Evêque de Quimper. Sa lettre vaut d'être citée :
"dès que les enfants entrent à l'école, on leur fait suivre, à côté des exercices purement mécaniques auxquels ils se livrent journellement, un autre exercice qui consiste à leur indiquer en breton les noms ou objets qu'ils connaissent et le nom français correspondant; puis on fait l'inverse etc, etc. Dans chaque leçon on fait répéter la leçon ou les leçons précédentes avant de commencer un nouvel exercice... plus tard on ajoute un adjectif ou un substantif, etc. A mesure que les enfants avancent et avant même qu'ils sachent lire, ils connaissent déjà un grand nombre de mots français et les connaissent d'autant mieux qu'on les leur a fait épeler par cœur, c.à.d. sans exemple sous les yeux.

Ces exercices qui offrent aux enfants des matériaux indispensables pour la langue qu'ils doivent parler, ne produiront de très bons résultats que lorsque nous aurons dans nos écoles des tableaux dans lesquels les mots bretons se trouveront en regard des mots français. Mais comme le dialecte breton n'est pas le même dans les cinq arrondissements, je vais donner des prescriptions pour que chaque instituteur prépare lui-même ces tableaux qui pourront ainsi être appropriés à chaque localité. Ces tableaux faits de la main du maître auront de plus l'avantage d'apprendre de bonne heure aux enfants à lire l'écriture cursive.
[…] Les élèves, arrivés dans la 1ère division, sont exercés à écrire en français, soit une histoire que le maître leur aura racontée en breton ou en français, soit une histoire qui leur aura été lue, etc, etc.
En un mot, le breton n'est que l'auxiliaire indispensable pour apprendre promptement le français à notre jeune et intéressante population du Finistère, et on le supprime, dès que l'élève sait rendre sa pensée en français […]".
Cet inspecteur d'Académie ne discute pas des objectifs de l'école : il s'agit bien de transformer les petits Bretons en Français qu'ils ne sont pas encore, et donc de les rendre aptes à s'exprimer usuellement en langue française. Du moins convient-il de s'aider de la seule langue qu'ils connaissent au départ pour les initier à celle dont ils doivent tout apprendre. Le breton reste langue auxiliaire de l'enseignement, mais il n'est pas exclu de l'école, et il n'y a là rien de répressif à son égard.

Quelques années plus tard, au moment de l'enquête Duruy, ces méthodes n'ont pas été abandonnées, et les inspecteurs primaires de Brest et de Quimper insistent, dans leurs rapports, sur ces exercices de traduction orale et écrite qu'ils expérimentent depuis quelques années et qui produisent "de bons résultats" : "à de bien faibles exceptions près, tous les enfants de 13 ans (garçons et filles) savent parler et écrire le français. Il y a même lieu quelquefois de s'étonner de la promptitude et de la correction avec lesquelles ils traduisent dans les inspections, les phrases qui leur sont proposées".

En 1879, l'Inspecteur d'Académie des Côtes-du-Nord regrette le manque de compétence pédagogique de nombre d'instituteurs et surtout d'institutrices : "si dans les communes rurales de la plus grande partie du département, la langue de la famille n'est pas celle de l'école, et si nos maîtres et maîtresses rencontrent là un grand obstacle contre lequel ils luttent avec une pénible énergie, on ne sait pas non plus l'art d'appuyer sur le breton même l'étude du français et de concilier ainsi les légitimes exigences de la société française et de l'avenir national avec le respect du pittoresque idiome des ancêtres de la contrée et la religion des souvenirs".
 
Sujets d'étude

  1. Comment le français est-il enseigné dans les écoles? Quelles méthodes les inspecteurs emploient-ils?

L'invention du symbole

A une pédagogie tolérante, on adjoint désormais des méthodes qui se veulent plus persuasives. En 1862, par exemple, le maire de Penhars s'adresse aux enfants de l'école, en leur présentant leur nouvel instituteur : "il leur a surtout recommandé de ne point parler breton en récréation comme ils avaient eu l'habitude de le faire jusqu'à présent".

L'Inspecteur Primaire de Quimper passe du stade de la recommandation à celui de l'injonction :

"aux moyens proposés pour les enfants, on pourrait ajouter la remise déjà pratiquée sur mon invitation dans plusieurs écoles, de jetons, qui, donnés à un certain nombre d'élèves seraient passés par ceux-ci aux enfants parlant breton pendant les récréations, dans les chemins ou dans les villages, et repassés par ces derniers aux premiers trouvés en faute, afin d'éviter la punition réservée à la fin de chaque journée aux détenteurs des jetons. L'obligation de parler constamment français résultant de la circulation des jetons et de la surveillance incessante des élèves par eux-mêmes fait évidemment de cette circulation, par le maintien aussi sévère que possible de la défense de parler breton, un auxiliaire puissant des exercices de la classe".
Ce n'est cependant pas ce fonctionnaire que l'on doit considérer comme l'inventeur du "symbole". Dès 1833, l'un de ces prédécesseurs, un certain Dufilhol, bien que n'utilisant pas ce terme, préconisait que les enfants se surveillent mutuellement, celui qui serait surpris à proférer un mot de breton par inadvertance se voyant attribuer une pièce de bois et ne pouvant prendre part aux jeux de la récréation que lorsqu'il aurait lui-même entendu un de ses camarades parler breton. Selon Dufilhol, les enfants se surveillaient de manière très active et très enjouée.

Maryon McDonald souligne que l'usage du symbole ne semble avoir donné lieu "à aucune directive officielle de la part du gouvernement central". On s'est souvent interrogé sur les origines d'une telle pratique.

L'invention, en réalité, ne date pas du XIXe siècle. Daniel Boorstin, le directeur de la Bibliothèque du Congrès à Washington, racontant dans un livre passionnant sur "Les découvreurs" comment le latin était au Moyen-Age la langue de la communauté savante, et donc non seulement celle de l'Eglise, mais aussi celle des universités, et ceci dans toute l'Europe, explique en effet que

"professeurs et étudiants pouvaient se déplacer de Bologne à Heidelberg, de Heidelberg à Prague, de Prague à Paris, sans jamais se sentir dépaysés en cours". Il ajoute que "la connaissance du latin était une condition sine qua non pour fréquenter une université au Moyen-Age; il ne suffisait pas de savoir plus ou moins le déchiffrer car tout enseignement était donné en latin et les étudiants astreints à ne parler que cette langue en dehors des cours : des sanctions et des informateurs surnommés ”les loups” veillaient à l'application de ce règlement (…) Lorsqu'un étudiant avait une quelconque requête à présenter au recteur de l'Université de Paris, le règlement l'obligeait à bannir toutes paroles en français (…)".
Il n'est pas alors question de jetons, mais le système de surveillance réciproque et de sanctions imaginé par l'Inspecteur Dufilhol en 1833, et mis en œuvre par l'Inspecteur Primaire de Quimper 30 ans plus tard, s'apparente étrangement à celui en vigueur au XVIe siècle dans les universités européennes à l'égard des étudiants surpris à s'exprimer en français - ou dans tout autre langue vernaculaire ou parler local - plutôt qu'en latin.

L'utilisation du symbole dans les écoles de Basse-Bretagne a-t-elle été ensuite intensive ou épisodique ?. Toujours est-il que l'une des dernières relations de son utilisation remonte aux années 1960.
 
Sujets d'étude

  1. Résumez et expliquez l'invention du "symbole".

L'adoption de "la méthode directe"

La proclamation de la Troisième République marque en effet l'avènement d'une nouvelle époque. En moins de dix ans, la loi instaure
- la gratuité totale de l'école primaire (16 juin 1881),
- l'obligation scolaire pour tous les enfants de 7 à 13 ans,
- la laïcité des locaux et des programmes (28 mars 1882),
- la laïcité des personnels (30 octobre 1886).
L'adoption de cette nouvelle législation suscite des débats particulièrement âpres entre républicains et conservateurs : le résultat en est que l'enseignement primaire est désormais constitué en service public. Mais il ne semble pas que la question des langues régionales ait donné lieu à quelque controverse que ce soit. L'article premier de la loi de 1882 ne change pour ainsi dire pas de formulation sur ce point : l'enseignement primaire comprend
"(…) - la lecture et l'écriture;

- la langue et les éléments de la littérature française (…)".
Les pouvoirs publics n'ignorent pourtant pas, même au niveau le plus élevé, que l'enseignement ne se dispense pas partout en français. L'enquête Duruy l'avait confirmé. En 1877, Waddington, le Ministre de l'Instruction Publique, apprenant que le catéchisme est enseigné en breton dans plusieurs écoles publiques, rédige une instruction en ces termes : "je n'ai pas à vous rappeler que le français est la seule langue qui puisse être enseignée dans les écoles et qu'on ne peut s'y servir que d'ouvrages français". En 1880, le règlement des écoles publiques du Finistère proposé par le conseil départemental et adopté par Fortoul, Ministre de l'Instruction Publique, porte : "le français sera seul en usage dans les écoles".

L'une des premières conséquences de la nouvelle législation laïque porte sur l'enseignement du catéchisme, qui, nous le savons, était généralement assuré en breton en Basse-Bretagne : désormais il ne peut plus avoir lieu dans le cadre de l'école. L'un des points de fixation de la présence du breton à l'école disparaît donc. La langue bretonne va-t-elle au moins conserver son rôle de moyen auxiliaire de l'enseignement ? En principe, non, et les règlements scolaires du Finistère, en 1887 stipulent effectivement que seul le français doit être en usage dans les écoles.

Les plus hautes instances de l'administration interviennent dans le même sens. I. Carré, inspecteur général de l'enseignement primaire, vient par deux fois en Bretagne, en 1887 et 1889. Devant les instituteurs, puis dans les revues pédagogiques, il expose - et impose - sa méthode, bien connue depuis sous le nom de "méthode directe". Elle n'était pas nouvelle, puisque, déjà en l'an II, la Convention avait eu à connaître de l'action d'un Alsacien du Bas-Rhin qui était parvenu à apprendre à lire et à écrire en français à toute la jeunesse de sa vallée, "en combinant leçon de mots et leçons de choses, telle que nous la préconisons de notre temps", raconte F. Brunot par la suite.

L'Inspecteur Général Carré avait lui-même mis au point une "Méthode pratique de langage, de lecture, d'écriture, de calcul, etc…", dont il précisait sur la couverture qu'elle était "plus spécialement destinée aux élèves des provinces où l'on ne parle pas français, et qui arrivent en classe ne comprenant ni ne sachant parler la langue nationale". On ne peut en tout cas reprocher à cette énonciation d'occulter, ou de nier, la réalité. Pour l'Inspecteur Général, les choses sont claires : il est des provinces qui ignorent le français et des enfants qui arrivent à l'école sans le connaître. Son objectif est, dès lors, de remédier à cette situation qui lui paraît anormale. Carré a, incontestablement, fait le tour de la question, même si certains de ses arguments peuvent paraître spécieux (en particulier la première réponse au point 2 ci-après). L'argumentaire suivant est extrait de sa préface au "Livre du maître" :

"1. est-il nécessaire que TOUS les petits Français (même les Bretons, les Flamands, les Basques, les Arabes, etc.) comprennent et sachent parler le français?

Oui :
Parce que leur intérêt est qu'ils puissent plus tard entretenir des relations avec les habitants du reste de la France;
Parce qu'ils seront soldats et que les commandements militaires se font en français;
Parce que les lois qui les obligent sont écrites en français;
Enfin, parce qu'on n'est pas complètement Français, quand on ne connaît pas la langue de la France.

2. Est-il nécessaire de recourir à la langue qu'ils parlent en arrivant à l'école pour leur apprendre le français qu'ils ne savent pas ?

Non :
Parce que, dans tout le reste de la France, les mères apprennent le français à leurs enfants sans savoir ni breton, ni flamand, ni basque, ni arabe;
Parce qu'on parle toujours une langue qu'on n'a apprise qu'à l'aide de traductions et en passant par des intermédiaires avec moins d'aisance et de naturel qu'on ne fait de sa langue maternelle.

3. Quelle méthode faut-il suivre pour apprendre le français à de jeunes enfants qui arrivent à l'école ne sachant pas un mot de français ?

La méthode maternelle (…)

          6. Cette méthode est-elle facile à pratiquer ? Oui. - Est-elle fatigante pour le maître ?Non (…)".
Si l'on tient compte du fait que rien ne s'oppose en soi à la traduction des lois en d'autres langues que le français - et la Révolution a fait de ces traductions - l'argumentaire de Carré est fondamentalement politique et idéologique : le marché national unique et l'unification nationale impliquent l'unification linguistique "pour entretenir des relations avec les habitants du reste de la France". Devant les instituteurs du Finistère, pourtant, Carré se défend de vouloir "détruire" la langue bretonne ni aucune des "particularités" de la Bretagne, et, à cet égard, il n'est absolument pas partisan des méthodes répressives : "par-dessus tout ne pas faire usage du symbole, si tant est que cette pratique existe toujours quelque part".

Mais il avait dès le départ exclu que l'enseignement puisse n'être dispensé qu'en breton - ce serait renoncer à la langue nationale, et ce n'était pas dans l'esprit de la loi. Il écarte également toute possibilité d'enseignement bilingue - le breton n'ayant d'intérêt linguistique que pour des savants, dans le cadre d'études universitaires. Il ne conçoit même pas qu'il puisse être un moyen auxiliaire de l'enseignement, la seule méthode valable à ses yeux étant cette méthode maternelle ou directe:

"si la mère, en deux ou trois ans à peine, amène son enfant à comprendre tout ce qu'elle lui dit (…), on doit forcément arriver à ce même résultat en deux ou trois mois en employant les mêmes procédés, mais coordonnés, progressifs, méthodiques en un mot, avec des enfants dont l'esprit est plus ouvert (…)".

L'Inspecteur Général n'envisageait d'utilisation du breton que de manière tout à fait restrictive, pendant la période d'initiation des enfants au vocabulaire de base.

La méthode directe de Carré, qui aboutissait à l'exclusion de fait du breton de l'école alors que les enfants ne savaient que cette langue, a été violemment et constamment critiquée par les mouvements de défense de la langue bretonne. En fait, cette critique est inappropriée sur un plan strictement pédagogique : n'est-ce pas quelque variante de cette "méthode directe" qu'utilisent depuis une dizaine d'années les écoles "Diwan" pour apprendre "par immersion" le breton à des enfants qui ne le savent pas ? N'est-ce pas toujours par des sortes de "méthode directe" que l'on cherche à apprendre les langues étrangères à la jeunesse d'aujourd'hui ?

Mais, actuellement, l'apprentissage d'une langue étrangère ne se fait pas à l'exclusion de toute étude de la langue maternelle, et ce n'est pas en cette nouvelle langue qu'apprennent les élèves que sont dispensés tous les autres enseignements. Si la méthode Carré était donc critiquable, c'est parce qu'elle était conçue comme excluant toute forme d'enseignement du breton à des enfants qui ne parlaient que cette langue. Or, la première véritable revendication d'un enseignement du breton dans les écoles de Basse-Bretagne après la promulgation des lois Ferry ne sera formulée qu'à la veille de la première guerre mondiale, par Emile Masson, dans "Brug".

Les débats concernant la méthode directe se sont prolongés, y compris parmi le personnel enseignant et parmi les politiques, jusqu'à la veille de la seconde guerre mondiale. Certains maîtres d'école répugnaient à employer les méthodes préconisées par la hiérarchie. D'autres, à l'exemple de ceux de Brasparts, se prononçaient pour l'éviction du breton. Un certain J. Dosimont, Inspecteur d'Académie du Finistère pendant quelques années, clôt le débat, en 1897, en interdisant les méthodes basées sur la traduction et en préconisant la seule méthode Carré. Il édicte comme une "règle inviolable" et un "principe qui ne saurait jamais fléchir" le fait que "pas un mot de breton (ne devait être prononcé) en classe, ni dans les cours de récréation". Jamais, jusque là, la politique d'exclusion du breton n'avait été aussi clairement affirmée. De tels principes débouchaient sur la répression.
 
 
Sujets d'étude

  1. Quand et dans quel contexte historique la Première, la Deuxième et la Troisième République ont-elles été proclamées?
  2. Commentez les nouvelles lois instaurées par la Troisième République.
  3. Quelles sont les conséquences de la législation laïque sur l'enseignement?
  4. Quels sont les arguments avancés en faveur de l'enseignement généralisé du français?
  5. Expliquez les fondements de la "méthode directe".
  6. Quel terme les écoles "Diwan" emploient-elles pour désigner la méthode directe. Que pensez-vous de cette méthode? Par quelles autres méthode de l'enseignement des langues a-t-elle été remplacée depuis 1945?

Les trois périodes

L'école est considérée comme ayant joué un rôle "essentiel" dans le processus d'évolution de la pratique du breton. Elle a - c'est vrai - toujours eu la même finalité, mais la manière dont elle a tenu compte de l'existence de la langue bretonne n'a pas toujours été identique. Trois périodes peuvent, nous semble-t-il, être distinguées.

PREMIERE PERIODE

La première est incontestablement caractérisée par le fait que l'enseignement a toujours été dispensé en français. Ou, plus exactement, qu'il aurait dû l'être : les lois et règlements le prescrivent, dès le début du XIXe siècle. Dans la pratique, il n'en est pas tout à fait de même.

Les enfants sont monolingues et ne savent que le breton au moment où ils entament leur scolarité. Il existe bien une demande sociale de connaissance du français, et cette demande, socialement circonscrite au début, s'amplifie par la suite. Mais les petites écoles, bretonnantes, durent pour ainsi dire jusqu'à l'adoption des lois Ferry; dans l'enseignement officiel lui-même, le breton sert au minimum comme moyen auxiliaire de l'enseignement, comme en témoigne l'enquête Duruy de 1863, - et comme langue du catéchisme.

Les autorités académiques et les responsables de l'enseignement s'en montrent contrariés, mais, accrochés à l'idée qu'ils se font de la nécessaire unification linguistique de la France, ils n'imaginent pas d'adapter l'école, en Basse-Bretagne, aux réalités linguistiques locales. Impuissants à entamer les résistances qu'ils rencontrent, ils préfèrent s'en accommoder, au risque d'un retard significatif de scolarisation. Jusque vers 1880, cette première période scolaire est donc caractérisée à la fois par l'affirmation du principe de la primauté de la langue française à l'école, et par une certaine tolérancede fait à l'égard de la langue bretonne.

Sujets d'étude

  1. Décrivez le rôle ambiguë de l'école dans le processus d'évolution de la pratique du français à travers le 19ème siècle.
Exercice à choix multiples  / version b

DEUXIEME PERIODE

C'est, en réalité, après l'instauration de l'enseignement primaire obligatoire que l'inspecteur Général Carré fait prévaloir la méthode directe, puis Dosimont la règle "inviolable" de l'exclusion complète du breton de l'école. Il faut cependant attendre le 14 août 1925 pour qu'un Ministre de l'Instruction Publique, Anatole de Monzie, publie une circulaire "relative aux idiomes locaux", excluant tout à fait que "le dialecte local puisse servir à enseigner le français". Nous le savons : c'est le même Ministre qui, quelques semaines plus tard, n'hésite pas à condenser son propos, lors de l'inauguration du Pavillon de la Bretagne à l'Exposition Universelle, le 19 juillet 1925, en un axiome constamment cité depuis : "pour l'unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître !".

Cette période répressive dure de la fin des années 1880 jusqu'au début des années 1950, c'est-à-dire pendant une soixantaine d'années. Elle marque une rupture par rapport à la période antérieure, puisque l'objectif désormais défini par la loi est de scolariser la totalité des enfants d'une même classe d'âge du fait de l'obligation scolaire. Mais, en Basse-Bretagne, cette obligation s'adresse à des enfants qui sont toujours monolingues et ignorent le français au moment de leur arrivée à l'école.

- Le témoignage de P.J. Hélias est suffisamment explicite pour l'entre deux guerres : "le breton nous vient tout seul sur la langue dès qu'il ne s'agit plus des matières de l'école. Comment pourrions-nous parler en français de ce qui se passe dans notre bourg où l'on ne parle que breton ?".
- Les enquêtes récentes de K. an Du confirment que la plupart des bretonnants ont connu l'interdiction - fréquemment assortie de punitions diverses - de parler breton jusque dans la cour de récréation, et que plus du tiers se souviennent d'avoir subi le symbole.
Cette période de généralisation de la scolarisation est donc en même temps celle où l'école fonctionne comme si le breton n'existait pas, et oppose une pratique répressive aux usages linguistiques des enfants. Pendant près de trois-quarts de siècle, le breton est donc interdit dans les écoles, et l'interdiction touche la quasi-totalité des enfants bretonnants de Basse-Bretagne.

Sujets d'étude

  1. Quels sont les éléments qui caractérisent la période répressive de l'enseignement du breton?
  2. Pendant combien de temps l'enseignement du breton a-t-il été interdit?
  3. Quelles sont les conséquences linguistiques de la scolarisation obligatoire?
  4. Analysez la citation tirée du "Cheval d'Orgueil" de P.J. Hélias: "le breton nous vient tout seul sur la langue dès qu'il ne s'agit plus des matières de l'école. Comment pourrions-nous parler en français de ce qui se passe dans notre bourg où l'on ne parle que breton ?"

TROISIEME PERIODE

Depuis la dernière guerre les enfants sont de moins en moins bretonnants au moment de leur arrivée à l'école. L'enquête des séminaristes de 1946 l'a établi : l'une des raisons pour lesquelles les parents entreprennent alors d'élever leurs enfants en français, c'est que de toute façon l'école ne leur apprend pas le breton. Ils adoptent en fait une attitude pragmatique, en voulant anticiper sur les difficultés que vivrait l'enfant en ne sachant pas le français. Il en est bien peu, alors, pour s'inquiéter du devenir de la langue bretonne. Ils sont convaincus que leurs enfants sauront toujours assez de breton, et de fait, les premières générations qui ne sont pas élevées en breton l'apprennent assez rapidement au contact d'autres enfants ou au contact du voisinage, voire de leurs parents eux-mêmes.

Personne ne se rend compte que le choix effectué à ce moment-là - individuellement par chacun des couples concernés, mais aussi collectivement - aura des effets irrémédiables sur la pratique du breton, et ce n'est surtout pas le critère que l'on prend en considération. Mais dans un deuxième temps, l'apprentissage détourné du breton ne sera même plus possible.

Si, dans les années 1950-70, il est des enfants qui savent toujours le breton, la nouveauté de cette période c'est qu'étant désormais élevés en français par leurs parents, ils n'ignorent plus la langue nationale en entamant leur scolarité. Les enfants sont donc bilingues, ou s'ils sont monolingues ne savent que le français.

En fin de période - dans les années 80 - on peut même considérer que le pourcentage de ceux qui savent le breton au moment d'entreprendre leur scolarisation est nul, au point que même ceux qui fréquentent les écoles Diwan ne sont généralement pas capables de s'exprimer en breton au moment de leur première inscription, puisque leurs parents eux-mêmes l'ignorent pour la plupart. Toutes les enquêtes vont dans le même sens, la dernière en date - celle de Ronan Le Coadic au lycée de l'Elorn à Landerneau - étant particulièrement significative, puisque 1,52% des élèves seulement déclarent parler "assez bien" ou "maladroitement" le breton.

C'est aussi depuis la dernière guerre que la Basse-Bretagne effectue son plus grand bond en avant dans le domaine de la scolarisation et de la formation. De 1955 à 1965, la population scolaire des quatre départements progresse de 29%, pendant que les effectifs nationaux augmentent de 35%. Mais de 1954 à 1962, l'augmentation des taux de scolarisation par âge au-delà de 14 ans a été plus forte en Bretagne que dans l'ensemble de la France, aussi bien pour les garçons que pour les filles. Dans les années 60, le Finistère est le premier département français pour la scolarisation en 6e. En 1975, la Bretagne reste en retard par rapport à la France entière, pour ce qui est de la proportion de diplômés dans la population. Mais dans l'Académie de Rennes, le taux de scolarisation des 19-24 ans progresse plus fortement que la moyenne nationale, atteignant les 20% en 1985.

Tout ce développement de la scolarisation ne se fait que par l'intermédiaire du français. Au cours de cette troisième période, pourtant, l'école n'ignore plus tout à fait le breton. En 1951, est votée "la première loi linguistique de l'histoire française", connue sous le nom de loi Deixonne, autorisant l'organisation de cours facultatifs pour quatre langues "locales", dont le breton. Mais l'impact en est réduit, non seulement en raison des dispositions limitées de la loi elle-même, mais également à cause de l'application restrictive qui en est faite. L'enseignement du breton progresse ensuite par décrets et circulaires.

Bien que les écoles Diwan aient été créées pour suppléer à ce que ses promoteurs considèrent comme des carences de l'Education Nationale, elles ne sont pas les seules où se dispense un enseignement du breton, ni même un enseignement en breton. La circulaire Savary de 1982 en ayant ouvert la possibilité, une filière de classes bilingues s'est mise en place, non sans mal parfois, dans l'enseignement public, puis, beaucoup plus modestement, dans le privé. A Saint-Rivoal, Cavan, Lannion, Rennes, Landerneau, etc…, se sont ouvertes des classes fonctionnant à mi-temps en breton et en français.

Au total, l'enseignement du breton ne touche qu'une faible proportion des élèves. Au début des années 1980, un peu plus de 10 000 sont concernés en primaire et près de 6 000 dans le secondaire, les effectifs restant globalement stables. On conviendra que ces chiffres restent modestes : environ 2% des 600 000 élèves de l'Académie de Rennes sont concernés, le pourcentage étant sans doute plus fort en Basse-Bretagne.

Les chiffres traduisent cependant la petite percée qu'a réussie l'enseignement du breton. Ils ne disent pas tout, pour autant, car l'organisation des cours reste souvent difficile à mettre en place, et n'apparaît pas toujours comme étant une réelle priorité pour les responsables d'établissement. Mais selon l'Inspecteur spécialisé de l'Académie de Rennes, Y. Evenou, il faudrait aussi que l'enseignement du breton puisse s'appuyer "sur la force de conviction des principaux partenaires, familles et enseignants…"

Sujets d'étude

  1. Expliquez l'attitude pragmatique des parents à l'égard de l'apprentissage du français depuis la deuxième guerre mondiale.
  2. Quels sont les effets irrémédiables de la pratique du français au sein de la famille?
  3. Qui sont les garants de la pratique du breton dans les années 1950-70?
  4. À quel problème les écoles "Diwan" sont-elles confrontées dans les années 1980?
  5. Dans quelles tranches d'âge de la scolarisation la Basse-Bretagne atteint-elle un taux supérieur à la moyenne nationale?
  6. Quels sont les facteurs qui favorisent la reprise de l'enseignement du français à partir des années 1980?
  7. Quel est le pourcentage de ceux qui parlent breton?

RENVERSEMENTS DE PERSPECTIVE

Deux autres transformations doivent être notées, en tout cas, concernant cette période.

Tout d'abord, le changement de nature de la demande d'enseignement du breton. Jusqu'à la dernière guerre, et même jusqu'à la fin des années 1960, la revendication de l'enseignement du breton s'appuyait sur le fait que le breton était la - ou l'une des langues maternelles de l'enfant. Désormais, ce n'est plus le cas. Ce qui est maintenant demandé à l'école, c'est d'apprendre aux enfants une langue qu'ils ne connaissent plus eux-mêmes, qui est - quelquefois - celle de leurs parents, plus souvent celle de leurs grands-parents. On assiste donc à un renversement complet de perspective par rapport à la période précédente : quand les enfants ne savaient que le breton, l'école n'a pas voulu le leur enseigner; maintenant qu'ils l'ignorent, elle admet, bien qu'avec certaines réserves, non seulement de le leur apprendre, mais en outre d'en faire une langue d'enseignement.

Et c'est la seconde transformation à laquelle nous faisions allusion : pour les élèves des classes bilingues et pour ceux des écoles Diwan, le breton n'est pas uniquement une matière d'enseignement, il est aussi la langue dans laquelle s'enseignent un certain nombre d'autres matières (histoire-géographie, sciences naturelles, mathématiques…). C'est un autre renversement de perspective par rapport aux périodes scolaires que nous avons caractérisées précédemment.

Avant la Révolution, en effet, on n'imagine pas que le breton puisse faire l'objet d'un enseignement en tant que tel :

- Jusqu'aux lois Ferry, il est un simple moyen auxiliaire de l'enseignement, en vue de l'apprentissage du français; ensuite, il ne l'est même plus.
- Pendant tout le XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle, la seule matière dont on conçoit qu'elle puisse s'enseigner en breton est l'instruction religieuse, autrement dit le catéchisme.
- Désormais, le breton est positionné comme ayant les mêmes potentialités que le français, et donc à parité avec lui. En devenant langue d'enseignement, il revendique de devenir langue à part entière.
Mais c'est au moment où la pratique du breton est en régression rapide qu'il parvient à un tel statut. Quand il était la seule langue connue de la quasi-totalité de la population, et même plus tard, lorsqu'il en était le moyen principal de communication, il n'a pas pu y prétendre. L'évolution des usages linguistiques en Basse-Bretagne était-elle donc un préalable indispensable à l'évolution du statut de la langue régionale ?

Sujets d'étude
  1. En quoi consiste le renversement de perspective de l'apprentissage du breton dans les années 1980 par rapport à la première partie du 20ème siècle? Quel a été le pourcentage des bretonnants au début du 20ème siècle par rapport aux années 1980?
  2. Décrivez la seconde transformation qui a lieu dans l'enseignement du breton à partir des années 1980.

Extrait 2

La guerre de 14-18 et ses conséquences sur la pratique du breton. Présentation.

2004 a marqué le 90e anniversaire du déclenchement de la première guerre mondiale.

Le 3 août 1914, l'Allemagne avait déclaré la guerre à la France. Le conflit devait durer 4 ans, jusqu'au 11 novembre 1918.

Quelles conséquences ont eu la guerre de 14-18, puis celle de 39-45, sur les usages de langues en basse-Bretagne ?

Les deux passages suivants, extraits de la thèse de F. Broudic, font le point sur cette question. Ils sont reproduits ici sans l'appareil de notation, les notes pouvant être consultées dans l'ouvrage publié aux Presses Universitaires de Rennes.
 

Les Bretons dans la guerre de 14

De 1870 à 1914, la Bretagne connaît une série de transformations qui vont avoir une incidence considérable, non seulement sur la vie quotidienne des personnes concernées, mais de manière générale sur le fonctionnement de la société. Les lois rendant l'école primaire laïque, gratuite et obligatoire, par exemple, n'ont pas eu des effets que pour les enfants. La Bretagne comble alors une grande partie de son retard : de 1878 à 1906, le taux de scolarisation passe de 66 à 89%, et le pourcentage d'analphabètes parmi les conscrits chute de 30 à 3% .

[…]

Il est certain que c'est à ce moment-là - au cours des deux premières décennies du XXe siècle - que s'effectue le premier grand changement intervenu en Basse-Bretagne dans la pratique du breton. Au tournant du siècle, la plus grande partie de la population continue à s'exprimer usuellement en breton, et dans la pratique courante elle apparaît toujours comme monolingue. Un Inspecteur des Côtes-du-Nord, Constant, le confirme :

"dans l'arrondissement de Lannion, tout le monde parle breton. A leur arrivée à l'école, les enfants n'ont entendu que cet idiome. En dehors des heures de classe, dans leur famille, ils n'en entendent pas d'autre. L'école seule doit leur enseigner le français; à l'école seule incombe le soin de les habituer à se servir couramment de la langue nationale" .
On ne peut mieux dire qu'en 1900, le breton reste la langue d'usage pour la quasi-totalité de la population, et que le français étant une langue apprise ne sert pas dans la vie quotidienne. Mais la langue nationale bénéficie de progrès décisifs, et bientôt, la moitié des Bas-Bretons saura suffisamment de français pour s'exprimer en cette langue. Le breton conserve toujours une position dominante au niveau des usages, mais la Basse-Bretagne devient tout doucement une région de bilinguisme. 14-18 va accélérer brutalement ce processus : cette guerre, ainsi que l'écrit Pierre-Jakez Hélias dans son "Cheval d'orgueil", "a changé bien des choses…" . Le clergé de Lorient s'est mis à la prédication en français à compter du début de la guerre .

La Bretagne est éloignée du front, mais elle vit pendant quatre ans au rythme de la guerre. Déjà, une loi de 1913 - contre laquelle s'étaient élevés plusieurs articles en breton de la revue "Brug " - avait porté la durée du service militaire de deux à trois ans. Les Bretons sont marins : "les quatre-cinquièmes de la maistrance étaient bretons, et presque tous de Basse-Bretagne" . Mais ils sont aussi fantassins : sur le front, ils sont généralement présents en première ligne. Au total, la région fournit 318 000 mobilisés, et c'est la nouveauté de la période : pendant quatre ans, ce sont tous les jeunes gens valides en âge d'être incorporés qui, confrontés à la guerre, sont impliqués dans un nouveau type de relation avec l'extérieur. Beaucoup n'en reviendront pas :

- les estimations les plus courantes font état de 120 000 à 150 000 tués pour les cinq départements.
- Pour la partie bretonnante des Côtes-du-Nord, on peut, à partir des réponses fournies par les recteurs de 171 paroisses au questionnaire de visite pastorale de 1936-39, en arrêter le chiffre à 11 738 .
Au front, les Bas-Bretons continuent de s'exprimer en leur langue. Marc Bloch porte sur eux un regard extérieur :
"les hommes de l'intérieur des terres nous parurent de biens médiocres guerriers. Vieillis avant l'âge, ils semblent déprimés par la misère et l'alcool. Leur ignorance de la langue ajoutait encore à leur abrutissement. Pour comble de malheur, le recrutement les avait pris aux quatre coins de la Bretagne, si bien que chacun parlait un dialecte différent, ceux d'entre eux qui savaient un peu de français ne pouvaient que rarement servir d'interprètes auprès des autres".
La guerre réunit des soldats de diverses origines géographiques, et si des Bretons ont pu se trouver gênés de ne pas savoir le français, l'inverse s'est également produit, ainsi que le rapporte S. Audouin-Rouzeau, d'après le journal "L'Echo du boqueteau" de juin 1918. Des Provençaux viennent d'être versés dans un régiment de Bretons :
"nous sommes au 19e. C'est un fait. Et nous n'avons pas à discuter si nous préférerions être tombés dans un régiment de Marseillais, de Limousins ou de ”Chetits gars”. Quelle que soit notre préférence personnelle, nous sommes devenus Bretons… vivons donc en bonne harmonie avec les Bretons qui sont de braves gens et qui nous ressemblent par plus d'un point (…) Mais les Bretons parlent une langue à laquelle nous n'entendons rien ?… Est-ce à nous de les en blâmer ? (…) Tout comme le provençal, le breton est une langue vénérable qui mérite d'être sauvée (…) Faisons bon accueil au 19e".
Un bureau spécial du service de contrôle postal aux armées s'occupe des lettres en breton que les soldats écrivent parfois à leur famille. Mais le plus souvent, c'est en français qu'ils écrivent, puisque ce fut la langue de leur école. Des séjours prolongés loin de leur domicile, les contacts avec des soldats de diverses origines, conduisent nécessairement les Bretons à une pratique plus intensive du français. Ils "ont un peu appris la Marseillaise, le Chant du Départ, la Brabançonne, et d'autres chansons en français". P.J. Hélias se souvient d'un ancien combattant de 14-18
"qui cherchera pendant des années à se procurer le livre breton Ar Pevar Mab Emon (les Quatre Fils Aymon) qu'il a entendu lire dans les tranchées. Les autres ont occupé leurs jours de repos, à l'arrière des lignes de combat, à dévorer tous les imprimés français qui leur tombaient sous la main".
La guerre ne fait donc pas perdre aux Bas-Bretons l'habitude de parler leur propre langue, mais elle est aussi pour eux un moment de découverte active du français.

A l'arrière, la population est avide d'informations sur la guerre. On peut supposer que l'observation faite sur la diffusion de la presse à Pordic, pas très loin de la limite linguistique, est significative de ce qui se passe dans toute la région : pour 900 familles, on y lit alors 1 060 quotidiens et périodiques, contre à peine 500 avant la guerre. "Kroaz ar Vretoned" continue de paraître en breton. "Le Courrier du Finistère", qui avait cessé de publier des articles en breton au début du conflit, les reprend au bout de quelques mois. Dans la conversation courante, le monde des bretonnants adopte des mots nouveaux empruntés au français :

d'abord "le front"; puis "tranchées, obus, soixante-quinze. Il n'y a pas de mots bretons pour dire ce qu'ils signifient"; enfin "un mot français de plus, encore plus bizarre que les autres et qui retentit dans toutes les bouches comme un applaudissement : armistice…" .

Sujets d'étude
  1. Quelles sont les trois lois qui ont entraîné un grand changement en Basse-Bretagne dans les années qui s'échelonnent entre la guerre franco-allemande et le début de la Première Guerre Mondiale?
  2. Élucidez ces transformations.
  3. Imaginez un exemple pour le bilinguisme naissant dans une famille en Basse-Bretagne pendant les deux premières décennies du 20ème siècle. Tenez aussi compte de l'observation faite par J.-J. Hélias dans son "Cheval d'Orgueil".
  4. Quels problèmes les jeunes appelés ont-ils rencontrés dans l'armée  et/où pendant leur service militaire? Donnez quelques exemples et étudiez-en les conséquences.

Les guerres : des moments de perturbation linguistique

Outre l'école et les medias, différents autres facteurs contribuent à la socialisation, et impliquent donc les usages linguistiques. Le service militaire, par exemple, est considéré comme ayant eu un rôle similaire à celui de l'école.

La conscription est généralisée à la fin du XIXe siècle. Elle l'avait déjà été par la loi Jourdan de 1798, laquelle régularisait les décrets de réquisition de Barère sous la Terreur. Mais à compter de la Restauration, le recrutement fut assuré par tirage au sort parmi les jeunes de vingt ans, le remplacement étant admis, et la durée du service variant de 6 à 8 ans suivant les époques. Après la défaite de Sedan et la Commune, la loi du 27 juillet 1872 institue le principe d'égalité devant les obligations militaires : tous les jeunes gens sont appelés sous les drapeaux, mais le contingent est divisé en deux parties, dont l'une fait 5 ans, et l'autre seulement un an. Le service militaire devient donc obligatoire, mais il faut attendre la loi du 21 mars 1905 pour qu'il devienne égal et universel . Selon un manuel d'histoire, «tous les hommes du peuple y passent, quittent la Bretagne, y pratiquent le français. Le déplacement forcé renforce la conscience d'être différent mais augmente la volonté d'intégration» . J. Le Dû et Y. Le Berre analysent cette donnée en d'autres termes : d'après eux, les guerres et la conscription «ont beaucoup concouru à un notable élargissement de l'horizon géographique, donc culturel, des habitants bretonnants des campagnes» .

Il ne semble pas, pourtant, que les effets de la conscription aient fait l'objet d'une étude particulière sous cet angle précis. Ce qui est certain, c'est que du fait de la conscription obligatoire, tous les bretonnants de sexe masculin ont été mis à un moment donné en situation de contact avec des francophones. Ayant à séjourner loin de leur pays d'origine, les soldats d'origine bas-bretonne ont dû apprendre le français : le soldat Le Pennec, dont François Le Gallou a remarquablement interprété la destinée, sur scène et dans le film «Comme un ange après temps de misère», écrivait en français à sa famille de Cavan, depuis les champs de bataille napoléoniens . D'après la correspondance adressée par l'instituteur de Prat à Gaultier du Mottay, si la connaissance du français progresse dans sa commune, on le doit «au retour des militaires». Selon l'Inspecteur Primaire de Brest, en 1863, «la loi sur le recrutement de l'armée appelle chaque année sous les drapeaux un certain nombre de jeunes gens qui reviennent dans leur commune avec une certaine connaissance du français» . L'écrivain Yeun ar Gow fait le bilan du séjour obligé de son grand-père pendant sept ans à Verdun : «quand il eut fini son temps, il savait un peu le français; il avait aussi appris à lire les chiffres qu'ont les soldats sur leur veste et leur manteau» .

Pendant longtemps, certains régiments n'étaient composés que de Bas-Bretons. Yves Le Gallo cite à leur propos deux témoignages, à soixante ans de distance.

En 1871, l'Evêque de Quimper reçoit la demande suivante de l'Archevêque de Rennes : «nos hôpitaux regorgent de vos pauvres Bretons bretonnants, et nous n'avons plus à Rennes qu'un de vos aumôniers qui parle la langue. Aurez-vous la charité de nous envoyer un de vos bons prêtres bretons pour quelques semaines, afin de secourir ces bons chrétiens que nous ne pouvons confesser, n'entendant pas leur langue ?». Déjà, en 1813, l'attention de son prédécesseur avait été attirée sur «les militaires malades qui remplissent les hôpitaux de Paris (parmi lesquels) on trouve un très grand nombre de jeunes bas-bretons, presque tous vos diocésains. Nous n'avons pas de prêtres qui entendent leur langage et qu'ils puissent eux-mêmes entendre» .

C'est à ces mêmes militaires, rescapés des débâcles napoléoniennes, que fut confronté René-Théophile Laënnec, à l'hôpital de La Salpêtrière, quelques mois avant qu'il n'invente le stéthoscope. D'après sa correspondance, il trouve les Bretons «plus à plaindre que tous les autres malades. Isolés dans des salles où ils ne pouvaient se faire entendre de personne, presque tous attaqués du mal du pays, ils tombaient pour la plupart dans le plus profond découragement (…) J'en ai de tous les dialectes et j'ai par conséquent été obligé de reprendre mes études celtiques» . Les conditions d'incorporation étaient sans aucun doute différentes aux deux dates, mais l'usage du breton n'avait pas subi de transformation apparente.

Les témoignages suivants sont postérieurs, puisqu'ils remontent au début du XXe siècle, mais ils décrivent bien les souffrances des Bas-Bretons pendant leur incorporation :

o «J'en ai voulu au breton pendant mon service militaire» .
o «Quand je suis parti à l'armée, je m'en souviens encore, - tu n'es pas obligé de me croire - je me suis dit, un soir, en montant me coucher : «Bon Dieu ! Si seulement j'étais mort pour demain matin ! J'étais tellement déprimé à cause du français !» Ce n'était pas le mal du pays, mais c'était le français» .
Qu'ils aient effectué leur service militaire sur place, en Bretagne même, ou à l'extérieur de la région, les Bas-Bretons ont continué à s'exprimer entre eux dans leur langue maternelle, au moins jusqu'à la guerre 14-18. La conscription a nécessairement contribué à leur connaissance de la langue nationale, et, à partir d'un certain stade, habitué les bretonnants à s'exprimer en français : Roparz Hemon considère, non sans raison, que les zones de fort recrutement pour la Marine Nationale (Paimpol, Perros-Guirec) sont aussi celles où s'est imposée une plus grande pratique du français . Bien plus que l'école, le service militaire a isolé les bretonnants de leur milieu «naturel», les transportant même à l'extérieur de leur région d'origine, pour les besoins de leur incorporation ou en raison de la localisation des champs de bataille.

Si les Bas-Bretons ignoraient le français en partant pour l'armée, ils le savaient davantage en revenant. Mais, en réintégrant leur famille, les anciens appelés se remettaient à s'exprimer usuellement en breton. Ce n'est qu'ensuite que la connaissance du français, acquise à l'école, puis affermie durant le service militaire, a débouché sur une pratique de plus en plus intensive de la langue nationale . Mais autant, sinon plus que le service militaire lui-même - qui ne touchait que la population masculine - les guerres ont eu de profondes conséquences sur les usages linguistiques. Ce n'est pas sans raison que la guerre 14-18 peut être considérée comme un moment-clé dans l'évolution sociolinguistique de la Basse-Bretagne.

La raison généralement invoquée en est le séjour prolongé de dizaines de milliers de jeunes Bretons sur le front. Mais en Basse-Bretagne aussi, les incidences sont mesurables : en 1917, le curé-doyen de la paroisse Saint-Louis de Lorient déclare qu'il lui est «impossible de prêcher en breton» depuis le début de la guerre, et le recteur de Keryado qu'il doit prêcher en français «à toutes les messes» depuis la même date.

Le scénario se reproduit au cours de la seconde guerre, en s'étendant géographiquement. A Langonnet, le recteur entreprend de prêcher en français à partir de l'exode des Lorientais. Des messes, dites «messes des réfugiés» - comme il y avait en d'autres temps des «messes des touristes» - sont dites à Melrand, Locmalo, Saint-Tugdual… Il en est de même dans l'évêché voisin, et dans bien des paroisses il y a désormais, comme à Plabennec, «des causeries françaises» à destination des réfugiés, mais dont profite aussi la population locale, et en particulier celle des bourgs. A Plougastel-Daoulas, la guerre amène des familles non-paysannes et non-bretonnantes à s'installer pour la première fois à la campagne.

La guerre est bien vécue comme un moment de perturbation linguistique. Les Douarnenistes qui viennent se ravitailler à Guengat de 1940 à 1944 sont aussi bretonnants que ceux chez qui ils se présentent, mais les uns et les autres ont désormais le même français à leur disposition : ils n'ont donc pas besoin de surmonter les différences qu'ils perçoivent mutuellement dans leur breton… En mettant en contact des populations qui ne l'auraient jamais été en d'autres circonstances, la guerre aiguise la perception qu'elles peuvent avoir de leur propre pratique linguistique. A Locmélar, «le passage des réfugiés aura fait du tort au breton» : le français est confirmé dans sa fonction de moyen de communication extra-local, alors que le breton est perçu comme limitatif, et du même coup relégué dans un statut de second rang .

La dernière guerre a donc bien contribué à l'accélération d'un processus. Si, à ce moment, ou juste après, les jeunes ménages décident d'élever leurs enfants en français, si les jeunes filles de la campagne prennent les premières, délibérément, le parti de s'exprimer de préférence en français, c'est que la guerre a, sous bien des aspects, joué le rôle de déclic : la correspondance des séminaristes finistériens, en 1946, est très explicite à cet égard.

Sujets d'étude

  1. Décrivez la débâcle des jeunes appelés lors de leur service militaire.
  2. Quel a été  l'impacte du service militaire sur la progression linguistique des jeunes appelés?
  3. Expliquez pourquoi le service militaire a joué un rôle similaire à celui de l'école dans l'évolution de la langue nationale.
  4. Donnez au moins deux exemples pour prouver que l'usage du breton n'a pas toujours subi une transformation apparente, notamment lors des guerres napoléoniennes.
  5. Quand est-ce que la situation a commencé à changer?
  6. Expliquez pourquoi la guerre 14-18 peut être considérée comme un moment-clé dans l'évolution sociolinguistique de la Basse-Bretagne.


Extrait 3

Un changement de langue en trois générations

Il n'est pas rare aujourd'hui d'entendre des adultes dans la force de l'âge déclarer : "mes grands-parents (ou tel de mes grands-parents) savaient (ou : ne savaient que) le breton". Certes, la substitution n'a pas abouti à son terme : il y a toujours aujourd'hui une masse de 250 000 personnes dont le breton est le moyen de communication au moins occassionnel. Mais le renversement de perspective a bien eu lieu en l'espace de 70 ans : au début du siècle, les monolingues bretonnants étaient encore la majorité; aujourd'hui les bretonnants bilingues ne sont plus qu'une minorité. L'évolution ne s'est pas produite partout au même rythme, certaines régions comme le sud-est vannetais ayant pris, en quelque sorte, de l'avance sur les autres. Il conviendrait également de prendre en considération les situations familiales et personnelles : la substitution - puisque substitution il y a, et même si le processus est loin d'avoir abouti à son terme - n'a pas été partout identique et n'a pas toujours eu lieu au même moment.

L'on peut cependant remarquer que le processus du changement de langue s'est généralement développé sur trois ou quatre générations :

- les grands-parents étaient monolingues bretonnants
- les parents ont été bilingues
- les enfants ou les petits-enfants sont monolingues francophones.
Les enquêtes confirment la validité de ce découpage, et si l'on reprend la classification opérée pour la commune de Poullaouen par F. Favereau, l'on obtient les données rassemblées sur le tableau suivant :
 

 
GENERATION
ANNEE DE NAISSANCE
AGE AU MOMENT DE L'ENQUETE
AGE EN 1994
CATEGORIE
4e
avant 1916
plus de 65 ans
plus de 78 ans
proche du monolinguisme
3e
1917-1941
40-64 ans
53-77 ans
bons bilingues
2e
1942-1961
20-39 ans
33-52 ans
bilinguisme ou diglossie
1ère
après 1962
moins de 19 ans
moins de  32 ans
connaissance passive
 Tableau. Répartition des générations selon leur compétence linguistique, d'après Favereau.

Suzanne Le Rouzic décrit également la mutation linguistique qu'elle a observée parmi les bûcherons de Camors comme s'étant opérée. Ayant interrogé six d'entre eux, hommes et femmes, nés entre 1904 et 1925, elle en arrive aux conclusions suivantes :

- les parents des personnes interrogées parlaient presque exclusivement breton, bien que leur père ait appris le français, à l'école surtout (mais pas uniquement)
 
- les personnes interrogées sont nettement bilingues, même à l'intérieur de leur propre famille : elles parlent breton entre conjoints, et français avec les enfants
 
- leurs enfants ne parlent que français, même s'ils comprennent le breton.
S. Le Rouzic va plus loin en distinguant, parmi ses interlocuteurs, des pratiques différenciées. L'un des couples, bien que séjournant la plupart du temps hors du pays bretonnant, et bien qu'ayant appris le français du fait de la scolarisation, ne parle cependant que breton en famille : il s'agirait d'une pratique. Dans une autre famille, le breton n'est pratiqué qu'entre les conjoints : le choix est conforme à celui de toute une génération, qui décide de s'adresser aux enfants en français, mais dans cette famille, les enfants ont quand même appris le breton au contact de la population environnante.

Cette description du changement de langue survenu en l'espace de trois ou quatre générations est cohérente par rapport à l'évolution du nombre des bretonnants que nous avons rapportée jusqu'à présent. En fait, ce sont les parents nés après la première guerre mondiale qui décident de parler le français à leurs propres enfants, eux-mêmes nés après la dernière guerre. L'usage du breton est, alors, nettement perçu comme un obstacle que l'on ne peut surmonter qu'en l'éliminant.

Pour que la chose fût possible, plusieurs conditions devaient être réunies. Il fallait que les parents eux-mêmes aient su suffisamment de français pour le parler couramment à leurs propres enfants : on observera que ce n'est qu'à la 3e génération après l'instauration de l'enseignement primaire obligatoire que les parents se décident, dans les années d'après la dernière guerre, à élever leurs enfants en français, alors qu'ils continuent, le plus souvent, à s'exprimer, entre eux et avec leurs relations, en breton. L'enquête des séminaristes finistériens, en 1946, ne prouve pas qu'ils en aient toujours été réellement capables, leur faible connaissance de la langue nationale n'aboutissant parfois qu'à apprendre un triste jargon à leurs enfants. Mais l'important en la matière est qu'ils s'en soient crus capables. Au bout de quelques années, lorsque les enfants arrivent à l'adolescence, ils reviennent à l'usage du breton, mais le pas a été franchi.

Il fallait aussi qu'ils aient eux-mêmes souffert de ne pas savoir le français, à l'école, puis en dehors, pour se décider à changer de langue : c'est précisément le cas de ceux qui sont méthodiquement scolarisés, entre les deux guerres, ainsi qu'en témoignent notamment les écrits de P.J. Hélias.

Il fallait enfin une conscience au moins diffuse des transformations qui allaient se produire au sein de la société bretonne. A cet égard, la concomitance est parfaite entre les deux phénomènes : les parents font globalement le choix d'élever leurs enfants en français - comme cela a été très justement daté et décrit par L. Elégoet pour le cas de Saint-Méen - au moment précis où s'enclenche, à partir de 1950, le plus vaste processus de modernisation de l'économie qu'ait jamais connu la Bretagne. Ce brusque mouvement vers la langue nationale aurait-il pu avoir lieu plus tôt avec une telle ampleur ? Il semble bien que non, à la fois pour des raisons linguistiques et pour des raisons sociales : d'une part, la connaissance et la pratique du français n'étaient pas suffisamment répandues au sein des générations précédentes (nées à la fin du XIXe ou au début du XXe siècle); d'autre part, n'avaient pas encore émergé le désir et la volonté d'insérer à ce point l'économie régionale dans l'économie française dans son ensemble.

Sujets d'étude

  1. Quelle langue prévalait sur l'autre pendant les trois dernières générations du 20ème siècle.
  2. Commentez le tableau illustrant la mutation de la compétence linguistique en Basse-Bretagne établi à partir d'une enquête menée par F. Favereau.
  3. Interprétez la conclusion de Suzanne Le Rouzic sur la mutation linguistique qu'elle a observée parmi les bûcherons de Camors en Basse-Bretagne en appuyant votre argumentation sur les faits historiques développés antérieurement.
  4. Quelles ont été les conditions préalables à la transformation linguistique en Basse-Bretagne?

Quelle évolution sur deux siècles ?

Les 4 catégories pour lesquelles nous disposons de données relativement complètes et cohérentes sont les suivantes :
- les monolingues bretonnants
- les monolingues francophones
- le total des bretonnants
- le total des francophones.

DATE
BRETONNANTS
FRANCOPHONES

MONOLINGUES
TOTAL
MONOLINGUES
TOTAL
1831
80%
-
-
17%
1863
86%
98%
2%
-
1902
50%
75%
-
25%
1952
6%
73%
27%
94%
1979
-
*46%
*54%
100%
1990
-
17%
83%
100%

Tableau. Evolution de la pratique du breton du début du XIXe siècle à la fin du XXe siècle. Les chiffres marqués * concernent la population des plus de 15 ans.


 Graphique. L'évolution de la pratique du breton du milieu du XIXe siècle à nos jours.
Le graphique permet de situer les moments auxquels la situation du breton s'est transformée

Tout d'abord, c'est au début du XXe siècle, et au plus tard aux alentours de la première guerre mondiale, qu'il a cessé d'être la seule langue connue de la majorité de la population : c'est alors que les monolingues bretonnants ont commencé à devenir la minorité. La pratique du breton est toujours majoritaire mais la connaissance du français est elle-même désormais le fait de la majorité.

Ensuite, c'est dans les années 1960 que le breton a cessé d'être connu de la majorité de la population de la Basse-Bretagne :

- en l'espace de 40 ans, de 1950 à 1990, le pourcentage des bretonnants évolue de près de 75% à moins de 20%.
 
- dans le même temps, en passant de 1 100 000 à 250 000, le nombre des bretonnants a baissé de près de 80%, soit une diminution de près de 2 points par an, ce qui représente en moyenne 20 000 locuteurs de moins chaque année.
 
- ceux pour qui le breton est le moyen principal d'expression sont passés, quant à eux, d'environ 50% (de la population totale) à 3% (des plus de 15 ans).
La pratique de la langue régionale est désormais devenue minoritaire dans la zone même où on la parle, la langue nationale devenant le moyen de communication privilégié, sinon même exclusif, de la plus grande partie de la population. Autrement dit, les 4/5 des Bas-Bretons ignorent aujourd'hui le breton, alors qu'il y a moins d'un siècle, c'est le français qu'ils ignoraient dans une proportion pour ainsi dire équivalente (les 3/4).

Il a donc suffi de moins d'un siècle pour transformer radicalement les habitudes langagières de la Basse-Bretagne, et pour que le breton de moyen de communication quasi-exclusif de toute une population, ne soit plus que le moyen d'expression marginalisé d'une fraction réduite de cette même population.

Sujets d'étude

  1. Commentez les deux graphiques ci-dessus qui décrivent l'évolution de la pratique du breton du début (milieu) du 19ème siècle à nos jours.

Modernité contre identité ?

Peut-on disculper l'Etat d'avoir voulu procéder à l'élimination de la langue bretonne ? L'accusation est née au XXe siècle, et se développe depuis au rythme du mouvement breton. Elle est d'autant plus radicale que ceux qui la formulent n'ont guère eux-mêmes de prise sur l'évolution sociolinguistique de la région. En fait, le rôle de l'Etat a été essentiel, et, peut-on dire, déterminant, mais non suffisant. Il est indubitable que, pour des raisons idéologiques notamment, l'Etat, tant au niveau du pouvoir central qu'à celui de ses représentants locaux, a voulu parfaire l'unité nationale née de la période révolutionnaire par l'unification linguistique : alors que la Révolution à ses débuts admettait la pluralité des usages linguistiques, depuis la Terreur la nation n'est plus conçue en droit comme pouvant être plurilingue. C'est pour concrétiser cet objectif d'unification que l'on a explicitement cherché à «substituer» le français à la langue bretonne, et l'école a été, c'est vrai, le lieu - ou plus exactement le laboratoire - où cette substitution a été expérimentée et mise en œuvre. Mais il n'a pas suffi des lois de Jules Ferry pour enclencher le processus de substitution, et c'est ce qui faisait, 20 ans après leur promulgation, l'étonnement d'Emile Combes. Les instigateurs de la politique de changement de langue par l'école et les procureurs qui les accusent d'avoir précisément voulu anéantir le breton par l'école, se rejoignent au moins sur un point : les uns et les autres croient qu'il suffit d'imposer l'enseignement exclusif d'une langue pour en éliminer une autre. Or, des lois linguistiques, ou plus exactement dans le cas présent, des lois qui sont censées avoir des implications en termes d'évolution linguistique, ne produisent leur effet qu'à terme, avec retardement et en cascade, et à partir du moment où de multiples autres facteurs sont réunis pour constituer une conjonction favorable.

Dans le cas de la Basse-Bretagne, le changement de langue n'a pu se faire en particulier que parce qu'un profond mouvement d'opinion s'est, à un moment donné, prononcé dans ce sens. Le pouvoir d'Etat, à lui seul, ne pouvait l'imposer : les violentes réactions provoquées par les décisions d'Emile Combes en 1902 le prouvent d'abondance. A peine 50 ans plus tard, la jeunesse féminine opte ostensiblement pour le français et les familles décident de ne plus élever leurs enfants en breton : aucune injonction ne leur avait été adressée en ce sens. Chacune des familles a, dans cette initiative, ses propres motivations :

- accès au savoir et à la connaissance : faciliter les études des enfants; maîtriser complètement tous les aspects concernant ses propres affaires ou intérêts, sans être tributaire d'un intermédiaire…
 
- prévention : éviter, par exemple, les traumatismes ultérieurs à l'âge de la scolarisation ou du service militaire…
 
- mimétisme ou snobisme : le désir de se conformer aux usages linguistiques de la ville ou du bourg, se donner un genre, être chic…
 
- l'adoption du français est enfin vécue comme le rejet d'une société traditionnelle trop pesante et comme une libération (à la fois sociale, sexuelle, etc…)
Les résultats ne correspondent pas toujours à ce qui est escompté. Les enfants apprennent parfois un français approximatif et, dans un premier temps tout au moins, apprennent quand même le breton au contact de la société des adultes. Il n'y a plus de langue commune au sein d'une même famille, ou des groupes sociaux : entre enfants et parents, entre enfants et grands-parents, entre frères et sœurs, entre enfants du voisinage, au sein d'un même quartier, entre jeunes de la commune… Précédemment, il pouvait être douloureux de ne connaître que le breton : pendant longtemps le changement de langue aussi est perturbant. Mais c'est le choix qui a été fait massivement en Basse-Bretagne à partir de la dernière guerre. Peu importait généralement l'avenir de la langue bretonne elle-même. André Burguière en a été frappé : «la disparition du breton ne prend à Plozévet aucun tour dramatique. Pas de regret chez les «blancs», pas de mépris chez les «rouges». Pas de culture humiliée». Chacun considérait d'abord son intérêt à terme. L'essentiel était de pouvoir accéder à d'autres connaissances, à d'autres échanges, à d'autres potentialités. Le breton était considéré comme ne le permettant plus, le français comme l'autorisant largement. Les conditions psychologiques ont été réunies, à ce moment-là, pour qu'intervienne le changement de langue. Celui-ci ne peut donc avoir lieu qu'avec l'assentiment profond de la population concernée.

Cette mutation psychologique rend dès lors possible d'autres changements. Elle est effectivement intervenue, aux alentours de la dernière guerre, juste avant que la (Basse)-Bretagne n'entre dans une phase aiguë de bouleversements économiques qui vont la transformer fondamentalement. Le désir de changement de langue anticipe donc les mutations économiques, et contribue à les rendre possibles. Les conditions économiques et sociales vont ensuite accélérer le mouvement.

Pendant tout le XIXe siècle et, peut-on dire, pendant la première moitié du XXe siècle, il s'est trouvé des gens en Basse-Bretagne qui ont voulu apprendre et qui ont appris le français, de leur propre initiative, à celle de leurs parents, ou parce que les circonstances le leur imposaient. Cela a longtemps été le cas, en particulier, des familles aisées de la paysannerie, mettant leurs enfants en pension dans la ville voisine à cet effet. Mais ce mouvement, s'il contribuait à répandre la connaissance du français, n'entamait pas le bloc social des usagers du breton. Tant qu'entre les deux guerres, l'économie bretonne et en particulier l'agriculture restent en état de stagnation, la pratique du breton ne subit toujours pas d'évolution sensible. C'est seulement à partir du moment où l'économie régionale est entrée dans une phase nouvelle de mutations radicales que la pratique du breton subit elle aussi une transformation qui va se traduire par une diminution de 80% du nombre total de locuteurs entre les années 1950 et 1990. A bien des égards, l'économique a eu plus d'importance que le politique.

Ce qui, en dernière analyse, explique sur longue période la mutation linguistique intervenue en Basse-Bretagne, c'est en effet le développement des échanges. Il suffit d'observer que c'est à partir des villes et des agglomérations urbaines que les positions du breton sont minées en permanence. C'est ensuite à partir des bourgs et de leurs commerces que les campagnes environnantes sont touchées à leur tour. C'est en raison du développement des échanges, d'une part entre les campagnes et les villes, d'autre part, entre la région bretonnante et l'extérieur, que le breton a dû céder devant le français.

La mutation intervient au moment où la Bretagne s'apprête à vivre la plus formidable transformation de son histoire, une sorte de bond en avant à la chinoise que tous les analystes s'accordent pour considérer comme une révolution. Il est vrai que la Bretagne de 1990 n'a plus grand'chose à voir avec celle de 1950. En moins d'un demi-siècle, l'évolution est consommée. «La société bretonne s'est restructurée sur un nouveau mode, se rapprochant globalement de la moyenne française» (…).

Dès lors, il n'est pas suffisant de dire que les transformations radicales de l'économie bretonne intervenues au cours de ce demi-siècle ont eu pour effet la régression généralisée de la pratique du breton. En réalité, l'abandon du breton a été, simultanément, l'une des conditions nécessaires de la modernisation économique. La «révolution silencieuse», en Basse-Bretagne, c'est aussi la substitution, le changement de langue.

Sujets d'étude

  1. De quoi le mouvement breton accuse-t-il l'État?
  2. Quel a été l'impacte de la Révolution sur l'unification linguistique?
  3. À votre avis, peut-on disculper l'État de ses intentions unificatrices?
  4. Selon vous, l'école est-elle responsable du processus de substitution du  français à la langue bretonne?
  5. Pourquoi les familles choisissent-elles ostensiblement d'élever leurs enfants en français à partir des années 1950?
  6. Quel a été l'impacte de l'évolution économique sur l'élimination progressive de la langue bretonne?

Qui parle breton aujourd'hui? Les principaux résultats du sondage (1997)

http://perso.wanadoo.fr/fanch.broudic/PAJENN/Sondagebr.2.html

DOSSIER WORD


Parler le breton

Aujourd'hui, en Basse-Bretagne, tout le monde sait le français. Cela n'a pas toujours été le cas : lorsqu'ils voyagent "par les champs et par les grèves" en 1847, Gustave Flaubert et Maxime du Camp se retrouvent à la Pointe du Raz "plus incompris, plus perdus que chez les Lapons ou les Algonquins", ne trouvant personne à qui parler qui sache le français. En 1902, au moment de l'interdiction du breton pour la prédication, 50% des Bas-Bretons sont toujours monolingues bretonnants. Vers 1950, ces derniers ne représentent plus que 7% de la population de la zone concernée. Si l'on continue de parler le breton en Basse-Bretagne, ceux qui le font savent aussi désormais le français et dès lors sont donc tous bilingues. Ce qui veut dire qu'à l'inverse, un grand nombre de personnes ne savent plus que le français et ignorent donc le breton. Dans ce contexte, combien sont réllement à même de s'exprimer en cette langue ?

Vers 1950, aux lendemains de la dernière guerre, le nombre total de bretonnants peut être estimé à 1 100 000 personnes, soit environ 75% de la population de la Basse-Bretagne. Depuis, en un demi-siècle, la diminution a été considérable : le premier sondage réalisé en 1990-91 par TMO faisait état en effet d'un taux de 21% de locuteurs parmi les personnes âgées de 15 ans et plus, ce qui représente le chiffre de 250 000 personnes capables de s'exprimer en breton, soit encore 17% de la population totale de la Basse-Bretagne.

Contrairement à toute attente, le nouveau sondage de 1997 fait apparaître une sorte de stabilisation du nombre de locuteurs : 20% des personnes interrogées ont en effet répondu qu'elles pouvaient s'exprimer en breton "très bien" ou "assez bien" (graphique). Ce pourcentage représente une population de 240 000 bretonnants (âgés de 15 ans et plus) en Basse-Bretagne. Il ne faut cependant pas se réjouir trop rapidement d'un tel bon résultat : si la population bretonnante n'a pas continué à régresser entre 1990 et 1997, c'est essentiellement - ainsi que nous le verrons - en raison de son vieillissement.

En contrepoint, il apparaît que près du quart (23%) des personnes interrogées ne peuvent pas s'exprimer en breton en dehors de quelques mots, et surtout que 57% ne le parlent pas du tout. Dans leur grande majorité - 80% - les Bas-Bretons sont donc désormais des monolingues francophones.


Graphique. La pratique du breton. Réponses à la question : "savez-vous parler le breton ?" Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997.


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Lire et écrire le breton

La lecture

L'on entend couramment dire que les bretonnants n'ayant jamais été alphabétisés en leur langue, ils ne savent ni la lire ni l'écrire. De manière tout à fait inattendue, le sondage de 1991 faisait déjà apparaître un pourcentage élevé - 10,5% - de personnes affirmant pouvoir lire le breton. Ce qui voulait dire que la moitié des locuteurs s'affirmaient capables de le lire.

Le résultat de 1997 est encore plus surprenant, puisqu'à la question : "savez-vous lire le breton ?", ce sont 15,5% des personnes interrogées qui ont fourni une réponse positive, ce qui représente une population d'environ 180 000 personnes. Ce qui veut dire aussi que les 3/4 des bretonnants seraient à même de lire en leur langue. Ceci étant, il convient de relativiser aussitôt cette compétence en lecture. Deux questions complémentaires permettent cette fois de savoir non seulement avec quelle "facilité" les intéressés lisent le breton, mais aussi quel usage font-ils concrètement de cette compétence.

Il n'est pas sans intérêt de savoir au préalable comment les personnes concernées ont-elles apris à lire en breton. La part d'"auto-alphabétisation" est importante, puisque la moitié de ceux qui en ont la capacité l'ont appris, soit seuls, soit avec leurs parents. Mais la part de l'enseignement n'est pas négligeable non plus, puisque 20% de ceux qui savent lire le breton affirment avoir appris à le faire "à l'école ou dans des cours", et que 22% l'ont appris dans le cadre du catéchisme. Il est probable que ce sont les plus âgés qui ont ainsi appris la lecture en breton en même temps que le catéchisme, dans la mesure où l'on a généralement cessé de l'enseigner dans cette langue autour des années 1930-1940.

En ce qui concerne leur compétence en lecture, la plupart des bretonnants reconnaissent qu'elle est limitée.

Vous lisez le breton…
très facilement
8%
assez facilement
25%
assez difficilement
31%
difficilement
31%
Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997. La capacité à lire le breton. Base : les 15,5% des personnes sondées qui ont déclaré pouvoir lire le breton.

Moins de 10% de ceux qui sont capables de lire le breton déclarent qu'ils le font "très facilement". La grande majorité (62%) le fait "difficilement" ou "assez difficilement". Cependant, si l'on totalise ceux qui lisent "facilement" et ceux qui le font "assez facilement", l'on aboutit à une estimation de 60 000 personnes.

Dans quelle mesure cette compétence est-elle concrètement exercée ? Les réponses à cette question recoupent les précédentes.

Vous lisez le breton…
régulièrement
4%
souvent
5%
de temps en temps
27%
rarement
40%
jamais
23%
Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997. La lecture effective en breton. Base : les 15,5% de personnes sondées qui ont déclaré pouvoir lire le breton.

Il semble bien que la plupart des lecteurs potentiels ne lisent pas ou pas beaucoup en breton : moins de 10% de ceux qui sont capables de lire le font "régulièrement" ou "souvent". Mais ces lecteurs "assidus" (1,7% de l'échantillon global) représentent tout de même une population de près de 20 000 personnes. Sachant que l'on publie en breton une dizaine de périodiques et de 60 à 80 livres par an, on peut considérer que ce sont ces lecteurs-là qui constituent sans doute le public le plus large de l'édition en langue bretonne.

Cependant, les 2/3 de ceux qui affirment pouvoir lire en breton, en réalité, lisent "rarement" (40%) ou ne lisent "jamais" (23%).

L'écriture

Pour ce qui est de l'écriture, chacun connaît la complexité de la situation bretonne, puisque plusieurs orthographes sont en concurrence et que par ailleurs ce dossier a évolué avec le temps. Il était cependant intéressant de savoir combien de personnes affirment être en mesure d'écrire en breton. Déjà, en 1991, 4,5% des personnes interrogées avaient déclaré une compétence en ce domaine, ce qui apparaissait comme un pourcentage considérable.

En 1997, le taux de réponses positives atteint 8%, ce qui représente une population d'environ 100 000 personnes. Si l'on rapporte ces chiffres au nombre de 240 000 bretonnants que nous avons établi précédemment, cela signifie que 2 bretonnants sur 5 se reconnaissent une certaine capacité à écrire en leur langue. Mais, de même que pour la lecture, il convient d'interpréter ces données avec prudence.

En effet, si l'on ne prend en considération que ceux qui déclarent savoir écrire en breton, 80% d'entre eux reconnaissent qu'ils ne peuvent le faire que "moyennement". Il n'y a donc que 20% d'entre eux à pouvoir le faire "très bien" ou "assez bien" (soit 1,5% de l'échantillon global). L'estimation de la population concernée équivaut à celle du nombre de lecteurs assidus : près de 20 000 personnes également.


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Le vieillissement de la population bretonnante

Qui sont les bretonnants de la fin du XXe siècle ? Nous avons vu que de 1990-91 à 1997 le pourcentage de locuteurs n'a pratiquement pas bougé - ce qui pouvait constituer une heureuse surprise. Mais cette stabilité apparente occulte des évolutions autrement plus inquiétantes. Dès que l'on entreprend en effet de procéder à la caractérisation de la population bretonnante au moyen des différents critères sociaux ou des variables extra-linguistiques habituellement utilisés en sociolinguistique (tels que le sexe, l'âge, la profession ou la classe sociale…), la donnée majeure qui s'impose à l'analyste est celle du vieillissement de cette population. Entre les deux sondages TMO, la répartition par tranches d'âges des locuteurs s'est en effet considérablement transformée.

Si l'on tente de répartir les bretonnants en fonction de leur âge (graphique), la donnée la plus remarquable est assurément le fait que très exactement 50% des bretonnants - c'est-à-dire la moitié ! - se situent désormais dans la tranche d'âges des 60-74 ans. Si on leur ajoute le groupe des 75 ans et plus, le pourcentage s'élève à 67% ! Autrement dit, 2 bretonnants sur 3 se situent désormais dans la catégorie des plus de 60 ans : au nombre de 160 000, ils constituent donc la plus grande partie des 240 000 personnes capables de s'exprimer en breton en Basse-Bretagne. En sept ans, l'évolution, sur ce point, a été très importante, puisque lors du premier sondage TMO le pourcentage de bretonnants de plus de 60 ans n'était que de 45%. Il a donc augmenté de plus de 20 points durant ce laps de temps.

Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que les autres tranches d'âges soient beaucoup moins bien représentées. On observe tout d'abord que le pourcentage des 15-19 ans est infime (0,5%). La catégorie des 20-39 ans ne compte que pour 5%. Au total, au-dessous de 40 ans, il n'y a plus que 13 000 personnes qui puissent parler le breton.

Restent les tranches d'âges intermédiaires, celles des 40-59 ans : elles se situent au niveau de 28%, soit environ 67 000 personnes. La coupure entre les générations bretonnantes et celles qui ne le sont plus guère se situe désormais autour des 50 ans - alors qu'elle s'établissait autour de l'âge de 40 ans au début des années 1990. Mais ce glissement est "logique", dans la mesure où les personnes concernées ont vieilli d'une dizaine d'années, dans la mesure surtout où "les années décisives" se situent autour de la dernière guerre : jusque vers 1950, la langue maternelle était généralement le breton, du moins en zone rurale; à compter de ces années-là, les familles font massivement le choix d'élever leurs enfants en français.

Graphique. Répartition des bretonnants par tranches d'âges. Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997.


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Les préférences des locuteurs

On peut poser aux sondés la question de savoir si, finalement, c'est en breton ou en français qu'ils s'expriment le plus souvent. Les tendances déjà observées en 1991 se renforcent : il se confirme que le breton, même pour ceux qui le savent, n'est plus que d'un usage occasionnel. Ceux qui considèrent qu'ils le parlent "plus souvent" que le français ne sont plus que 12%, ce qui représente une diminution de 1% par an. La perte se répartit entre les deux autres comportements possibles : 10% estiment qu'ils parlent "autant" breton que français; mais surtout 77% - soit les 3/4 des locuteurs - reconnaissent aujourd'hui qu'ils emploient "moins souvent" la langue régionale que la langue nationale.

De toute façon, le comportement des locuteurs varie suivant le contexte. Ainsi, si dans un groupe tout le monde sait le breton, la langue de la conversation, dans 80% des cas, sera le breton (tableau 10). Par contre, il suffit qu'il y ait dans le groupe quelqu'un qui ne parle pas le breton pour que dans 90% des cas ce soit le français qui soit immédiatement utilisé. Comportement caractéristique : il n'est pas question d'exclure des échanges quelqu'un qui ne pratique pas votre langue. Il y a en quelque sorte accomodation linguistique en fonction de la langue utilisée par l'interlocuteur. Au bout du compte, il n'y aurait que 7% des bretonnants à poursuivre la conversation en leur langue en présence de non-locuteurs.

Le phénomène se vérifie dès qu'on fait intervenir la variable "âge" dans l'analyse de ce processus. Si l'on demande aux bretonnants quelle langue ils préfèrent utiliser en présence d'enfants, de jeunes, de personnes de leur âge ou de personnes âgées, la réponse varie effectivement du tout au tout en fonction de la génération à laquelle on s'adresse (graphique). Avec les enfants et les jeunes, pas de surprise, puisque nous savons déjà qu'ils ne parlent pas ou presque pas le breton : c'est donc en français que les bretonnants déclarent s'adresser à eux dans 95% des cas, autrement dit de manière tout à fait courante.

Graphique. L'usage du breton en groupe, en fonction de la langue des interlocuteurs : les jeunes, les personnes de même âge, les personnes plus âgées. Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997.

Il n'est pas davantage surprenant que les bretonnants ont le sentiment d'utiliser les deux langues de manière à peu près équivalente, lorsqu'ils s'adressent à des personnes de leur âge. C'est de même tout naturellement - dans 85% des cas - que l'on s'adressera en breton à un interlocuteur plus âgé. La répartition des usages tient compte logiquement de la capacité des locuteurs à s'exprimer ou non en breton : comme la plus grande masse des locuteurs se retrouve dans la catégorie des plus de 60 ans, il est plus facile pour quelqu'un qui s'exprime aisément en breton d'avoir une conversation en cette langue avec des gens de son âge, et a fortiori avec des gens plus âgés.

Si dans un groupe…
Vous préférez parler…

BRETON
FRANCAIS
NR
tout le monde sait le breton
79,5%
18,0%
2,5%
quelqu'un ne sait pas le breton
7,0%
90,0%
3,0%
Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997.


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Faut-il ou non conserver le breton ?

Quelles sont en pratique les motivations des personnes sondées concernant le devenir du breton ? A la question : "faut-il conserver le breton", il leur était demandé aussi d'expliquer le "pourquoi" de leur opinion. Quelques grands thèmes peuvent être définis sans difficulté .

Les arguments "pour"

Pour ceux qui ont répondu positivement à la question : "faut-il conserver le breton ?", il apparaît tout d'abord que la référence à la "culture" et au "patrimoine" est la plus fréquente, aussi bien chez les non-bretonnants que chez les bretonnants. Mais un écart de près de 10 points sépare les locuteurs (33% seulement de références à cette notion) de ceux qui ne le sont pas (42% de références). Les autres arguments avancés sont les suivants :
- 17% de non-bretonnants comme 18,5% de bretonnants font état d'une tradition à préserver
- pour 17% de locuteurs et pour 15% de non-locuteurs, le fait que le breton soit "une langue vivante", "notre langue" ou "la langue régionale" est important
- pour 15% de non-bretonnants, mais pour 12% seulement de bretonnants, il est fait référence aux notions d'origines et de racines
- les personnes interrogées appliquent spontanément un certain nombre de qualificatifs à la langue bretonne, qui peut être "jolie", "belle", "riche", "sentimentale" ou encore "typique" : les bretonnants se retrouvent plus nombreux que ceux qui ne le sont pas sur ces critères (10,5% contre 6,5%)
- enfin, la langue comme marqueur d'identité ou élément de fierté est celui qui est avancé le moins fréquemment : il ne compte que pour 4% des non-bretonnants, mais pour 9% des bretonnants.

Les arguments "contre"

Ceux qui ne croient pas qu'il est nécessaire de maintenir la langue bretonne avancent, pour leur part, trois types d'arguments :
- l'argument principal, pour les bretonnants encore plus que pour ceux qui ne le sont pas, est celui de l'inutilité de cette langue (pour 92% des premiers et pour 84% des seconds)
- le deuxième argument avancé par les uns et les autres consiste à dire que le breton n'a aucun avenir
- quelques non-locuteurs enfin considèrent que le breton n'est "pas joli"

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Les chiffres à retenir

En conclusion, les chiffres de base qu'il faut retenir du sondage de 1997 sur la pratique du breton en Basse-Bretagne sont les suivants :

Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997.

A MEME DE… LE BRETON
NOMBRE DE PERSONNES ESTIME
comprendre
370 000
parler
240 000
lire
180 000
écrire
100 000
Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997.

Mais au-delà ce ces premiers constats, la réalité apparaît beaucoup plus contrastée, puisque

- la moitié de ceux qui savent le breton aujourd'hui ne le parlent plus que de temps en temps, ce qui veut dire que le nombre de locuteurs "réguliers" est d'environ 120 000 personnes. Ceux qui le parlent "tous les jours" ne sont même qu'au nombre de 66 000. Le rôle du breton en tant que moyen habituel de communication régresse donc, même pour ceux qui le savent bien.

- la grande majorité de ceux qui peuvent lire et écrire le breton reconnaissent qu'ils ne le font qu'avec difficulté : le nombre de ceux qui déclarent pouvoir le faire aisément est de l'ordre de 20 000 personnes.

Il convient de rappeler en outre que ces résultats ne concernent que la population âgée de 15 ans et plus, résidant en Basse-Bretagne. Certes le nombre de ceux qui sont capables de parler le breton, parmi les jeunes de moins de 15 ans, est très faible, et les résultats du sondage ne peuvent donc guère être affectés par le fait que les moins de 15 ans ne pouvaient être inclus dans l'enquête. Si l'on rapporte dès lors les chiffres précédents à la population de l'ensemble de la Basse-Bretagne les pourcentages sont très différents :

A MÊME DE … LE BRETON
% PAR RAPPORT A LA POPULATION DE 15 ANS ET PLUS EN BASSE-BRETAGNE
% ESTIME PAR RAPPORT LA POPULATION TOTALE DE LA BASSE-BRETAGNE
comprendre
31,0%
25,0%
parler
20,0%
16,0%
lire
15,5%
12,0%
écrire
8,0%
7,0%
Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997.

Que représentent par ailleurs les 240 000 bretonnants de Basse-Bretagne pour l'ensemble de la Bretagne ? Le tableau suivant met en évidence les pourcentages de locuteurs que l'on obtient, en fonction des échelles géographiques et démographiques que l'on adopte comme référence :

240 000 personnes à même de parler le breton en Basse-Bretagne représentent
en Basse-Bretagne
20,0%
de la population âgée de 15 ans et plus
en Basse-Bretagne
16,0%
de la population totale
dans la Région Bretagne
(4 départements)
8,5%
de la population totale
dans la Bretagne historique (5 départements)
6,0%
de la population totale

Ceux qui sont à même de parler le breton sont déjà une minorité en Basse-Bretagne même : ils le sont encore plus sur l'ensemble de la région, puisqu'ils représentent moins de 10% de la population de la Région Bretagne et 6% seulement de la population dans la Bretagne historique à 5 départements.




La langue bretonne en net déclin
23 Décembre 2004 - http://www.britia.com/page.php?id=19

Le breton langue morte dans vingt ans ? Dans un récent rapport, l'Office de la langue bretonne (Ofis ar Brezhoneg) tire la sonnette d'alarme.

L'étude montre que chaque année, le nombre de bretonnants chute d’environ quinze mille. Faute de combattants, le breton pourrait cesser d’être une langue vivante d’ici deux décennies. A la fin du XIXe siècle, dans les cinq départements bretons, près de deux Bretons sur trois le parlaient ou le comprenaient. En ce début du
XXIe siècle, ils ne sont même pas un sur dix (7.5%) . Autre raison d'inquiétude : les deux tiers des locuteurs ont plus de 60 ans.Pourtant huit Bretons sur dix sont unanimes à vouloir conserver leur langue régionale.

Comment enrayer ce déclin ? L’Office de la langue bretonne considère qu'il n’est pas irréversible pour peu qu’une politique volontariste soit rapidement menée. Ce qui ne semble pas être le cas actuellement du côté des pouvoirs publics.

Ce rapport de 260 pages est disponible (30 €) à l’Office de la langue bretonne, 10 rue Nantaise à Rennes.



Bibliographie

Fañch BROUDIC. - Histoire de la langue bretonne. - Rennes : Editions Ouest-France, 1999. - 64 p., ill.  ISBN : 2-7373-2495-5.- 7,62 €
Fañch Broudig : La Pratique du Breton de l'Ancien Régime à nos jours 33,54 €
Fañch Broudig : Qui parle breton aujourd'hui ?FF 70.00
Fañch Broudig : L'interdiction du breton en 1902 FF 148.00
Fañch Broudig : L'interdiction du breton en 1902 FF 148.00

Bernard Tanguy et Michel Lagrée: Atlas d'histoire de Bretagne



 

Les régions de langue et de culture celtique

Texte1
 

Texte2


Parler le breton: statistiques

 

http://www.portailbreton.fr.st/

Il est interdit de cracher par terre et de parler breton

De fait, plus de 80% des habitants de la Basse-Bretagne ignorent le français sous le Second Empire. En 1902, ils sont 50% dans ce cas. Vers 1950, il y a toujours quelques 100 000 monolingues bretonnants.

"IL EST INTERDIT DE CRACHER PAR TERRE ET DE PARLER BRETON"

CONVENTION NATIONALE - RAPPORT:
Sur la nécessité et les moyens d'anéantir le patois, et d'universaliser l'usage de la langue française.

Histoire de la langue bretonne
Interdiction du breton en 1902
ö
ö
ö
http://www.kervarker.org/fr/dan09_01_skrid.html
La langue bretonne (super): http://www.kervarker.org/fr/whatisbreton_01_noid.html





La langue bretonne:  http://www.kervarker.org/fr/whatisbreton_01_noid.html


Vallerie, Erwan/ Nono: Il sont fous ces Bretons!! Coop Breizh, 2003.


Sources:
http://evolbreizh.free.fr/ (droits réservés)
http://www.emiliemp.com/breton.html (droits réservés)
http://www.webglaz.ch/tanael/informations/racisme01.htm (droits réservés) 
Extraits de la thèse de F. Broudic (droits réservés)
http://perso.wanadoo.fr/fanch.broudic/PAJENN/These1.html
Markale, Jean (1985): L'épopée celtique en Bretagne. Paris: Payot.


Le gallois: Langue du Pay de Galle au Royaume Uni et langue soeur du breton; famille des langues dite brittoniqes comprenant le gallois, le cornique et le breton. (en allemand: walisisch, kymrisch)
Gallo, gallot ou gallec: du breton gall; lat. gallus. Dialecte français parlé en Bretagne. Le gallo se rapproche du patois de Basse-Normandie.
Gaulois, de Gaule, pays des Romans, peuple gaulois,  celtes. Par ext. français, en tant que descendant des Gaulois.
Gaélique: groupe de dialectes celtiques d'Irlande. (en allemand: gälisch)
 
Dulong, Renaud (1975) : La question bretonne. Paris : Presses de la Fondation nationale des sciences politiques.

Markale, Jean (1985): L'épopée celtique en Bretagne. Paris: Payot.

Les aires linguistiques des langues régionales de France





Les aires linguistiques des langues régionales de France


LE MONDE 03.10.03






L'enseignement des langues régionales en France : effectifs

d'élèves dans les établissements publics, privés et associatifs







 

  La langue bretonne - Le verbe être / bezañ

Infinitif : bezañ, bout

Participe présent : o vezañ
Participe passé : bet

Présent :
on
out
zo, eo, eus
omp
oc'h
int
oar, eur

Imparfait :
oan
oas
oa
oamp
oac'h
oant
oad


http://www.wagner-juergen.de/franz/geobret2.doc





                                                                L'État face à la langue bretonne »
                                                                              Klask - Volume 4
                                                                              de Valérie Lachuer
10,67 €
  "Pour l'unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître". Cette phrase définitive et sans appel, pronocée en 1925 par de Monzie, le ministre de l'instruction publique d'alors, est l'aboutissement de plus
d'un siècle de nettoyage linguistique en Bretagne. Le "Symbole" qu'ont pu connaître nos parents et grands-parents aurait pu en être le presque point final, s'il n'y avait encore aujourd'hui des gens qui se battent pour une langue
actuellement toujours en péril.

Diwan: http://skeudenn.ouestfrance.fr/langue.htm

La langue bretonne - Le verbe être / bezañ


 
 

LEVR GWENN HA DU AR BREZHONEG

Livre blanc et noir de la langue bretonne
XVIIIème siècle
http://www.kervarker.org/fr/levr_25_period.html
FRANÇAIS, LANGUE DE LA CLARTE 
Le français, par un privilège unique, est seul resté fidèle à l'ordre direct {...} la syntaxe française est incorruptible. C'est de là que résulte cette admirable clarté, base éternelle de notre langue. Ce qui n'est pas clair n'est pas français.

Antoine Rivarol, 1782,   Discours sur l'Universalité de la langue française. 
 

LA SUPERSTITION PARLE BRETON 
Parmi les idiomes anciens, welches, gascons, celtiques, visigoths, phocéens ou orientaux, {...} nous avons observé que l'idiome appelé bas-breton, l'idiome basque, les langues allemande et italienne ont perpétué le règne du fanatisme et de la superstition, assuré la domination des prêtres, des nobles et des patriciens, empêché la révolution de pénétrer dans neuf départements importantsnote, et peuvent favoriser les ennemis de la France.

Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton; l'émigration et la haine de la République parlent allemand; la contre-révolution parle italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d'erreur.

Barrère, 1794,   Rapport au comité de salut public 
 

DESPOTISME ET VARIETE LINGUISTIQUE 
Le despotisme maintenait la variété des idiomes.

Barrère, 1794,   Rapport au comité de salut public 
 

JARGONS 
D'ailleurs combien de dépenses n'avons nous pas faites pour la traduction des lois des deux premières assemblées nationales dans les divers idiomes parlés en France! Comme si c'était à nous à maintenir ces jargons barbares et ces idiomes grossiers qui ne peuvent servir que les fanatiques et les contre-révolutionnaires !

Barrère, 1794,   Rapport au comité de salut public 
 

IGNORER LA LANGUE FRANCAISE C'EST TRAHIR LA PATRIE 
Laisser les citoyens dans l'ignorance de la langue nationale, c'est trahir la patrie; c'est laisser le torrent des lumières empoisonné ou obstrué dans son cour; c'est méconnaître les bienfaits de l'imprimerie, car chaque imprimeur est un instituteur public de langue et de législation.

Barrère, 1794,   Rapport au comité de salut public 
 

LA MEME LANGUE POUR TOUS 
Citoyens, la langue d'un peuple libre doit être une et la même pour tous.

{...} Tandis que les peuples étrangers apprennent sur tout le globe la langue française {...} on dirait qu'il existe en France six cent mille français qui ignorent absolument la langue de leur nation {...} il n'appartient qu'à elle {la langue française} de devenir universelle

Barrère, 1794,   Rapport au comité de salut public 
 

DES MAITRES POUR ENSEIGNER LA LANGUE FRANCAISE ET LES DROITS DE L'HOMME 
Article I.

Il sera établi {...} un instituteurs de langue française dans chaque commune de campagne des départements du Morbihan, du Finnistère, des Cotes du Nord, d'Ille et Vilaine, et dans la partie de la Loire Inférieure dont les habitants parlent l'idiome breton.

{...}

Article IV.

Les instituteurs seront tenus d'enseigner tous les jours la langue française et la Déclaration des Droits de l'Homme {...}

Décret de la Convention sur les langues, 1794.
 

PATOIS BRETON, LANGUE FRANCAISE 
Nous n'avons plus de provinces, et nous avons encore environ trente patois qui en rappellent les noms.

Peut-être n'est-il pas inutile d'en faire l'énumération: le bas-breton, le normand, le picard, le rouchi ou wallon, le flamand, le champenois, le messin, le lorrain, le franc-comtois, le bourguignon, le bressan, le lyonnais, le dauphinois, l'auvergnat, le poitevin, le limousin, le picard, le provençal, le languedocien, le velayen, le catalan, le béarnais, le basque, le rouergat et le gascon {...}

Au nombre des patois on doit placer encore l'italien de la Corse, des Alpes Maritimes, et l'allemand des Haut et Bas Rhin, parce que ces deux idiomes y sont très dégénérés.

{...}

Ainsi avec trente patois différents, nous sommes encore, pour le langage, à la tour de Babel, tandis que, pour la liberté, nous formons l'avant-garde des nations.

Henri Grégoire, 1794,  Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française 
 

LA LIBERTE EN UNIFORME PARLE FRANCAIS 
{...} on peut uniformer le langage d'une grande nation {...} Cette entreprise qui ne fut pleinement exécutée chez aucun peuple, est digne du peuple français, qui centralise toutes les branches de l'organisation sociale et qui doit être jaloux de consacrer au plus tôt, dans une République une et indivisible, l'usage unique et invariable de la langue de la liberté.

En général, dans nos bataillons on parle français, et cette masse de républicains qui en aura contracté l'usage le répandra dans ses foyersnote.

Henri Grégoire, 1794,   Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française 
 

ENSEIGNER, PERSUADER, FRANCISER 
{...} la Convention nationale décréta {...} qu'il serait établi des instituteurs pour enseigner notre langue dans les départements où elle est le moins connue. Cette mesure très-salutaire {...} doit être secondée par le zèle des citoyens. La voix douce de la persuasion peut accélérer l'époque où ces idiomes féodaux auront disparus. Un des moyens les plus efficaces peut-être pour électriser les citoyens, c'est de leur prouver que la connaissance et l'usage de la langue nationale importent à la conservation de la liberté.

Henri Grégoire, 1794,   Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française 
 

XIXème siècle
http://www.kervarker.org/fr/levr_26_period.html

MORT DU BRETON 

Aujourd'hui le bas-breton, le basque, le gaélique, meurent de cabane en cabane, à mesure que meurent les chevriers et les laboureurs.

Chateaubriant, 1822.  Mémoires d'Outre-Tombe (publiées en 1848). 

BRETAGNE COLONIE 
La Basse-Bretagne, je ne cesse de le dire, est une contrée à part qui n'est plus la France. Exceptez en les villes, le reste devrait être soumis à une sorte de régime colonial. Je n'avance rien d'exagéré. Créons pour l'amélioration de la race bretonne, quelques unes de ces primes que nous réservons aux chevaux et faisons que le clergé nous seconde en n'accordant la première communion qu'aux seuls enfants parlant le français.

Auguste Romieu, sous-préfet de Kemperle, 1831
 

LANGAGE DUR 
Les Bas-Bretons ont un langage dur et difficile à comprendre. Leurs habitudes, leurs coutumes, leur crédulité et leurs superstitions leur laissent à peine une place au dessus de l'homme sauvage. Le paysan y est d'une malpropreté dégoûtante. Son habitation peut presque se comparer à celle d'Hottentots{...} En général les paysans ont une mauvaise physionomie, stupide et brutale à la fois.

Malte Brun,  Les jeunes voyageurs en France, 1831
 

BRETON PIRE QUE LE CATALAN 
Croyez-moi, Monsieur, le catalan qui me faisait tant enrager n'est qu'un jeu d'enfant auprès du bas breton. C'est une langue que celle-là. On peut la parler fort bien, je crois, avec un bâillon dans la bouche, car il n'y a que les entrailles qui paraissent se contracter quand on cause en bas breton. Il y a surtout l'h et le c'h qui laissent loin derrière la jota espagnole. Les gens qui parlent cette belle langue sont bons diables, mais horriblement sales{...} On voit dans les villages les enfants et les cochons se roulant pêle-mêle sur le fumier, et la pâtée que mangent les premiers serait probablement refusée par les cochons du Canigou.

Prosper Mérimée,   lettre à Jaubert de Passa, 1835.
 

APPRENEZ LE BRETON 
Sachez qu'il y a quatre manières de conjuguer un verbe breton: ci 4.

Plus une cinquième au moyen du verbe auxiliaire ober faire, lequel se conjugue aussi de quatre manières: ci 4x4

Plus qu'il y a quatre dialectes différents à savoir celui de: Tréguier, Saint-Pol-de-Léon, Cornouaille, Vannes: ci, 4 x 4 x 4 x 4 = 64

Apprenez (sic) ensuite le breton si le c\oeur vous en dit.

Prosper Mérimée   lettre à un ami, 4 septembre 1835. 
 

LANGUE DIABOLIQUE 
Vous saurez d'abord que c'est vers la Bretagne, la douce et la bretonnante, que se sont dirigées mes courses cette année{...} Quant aux naturels du pays hélas! c'est la province sans soleil. Croiriez vous que j'ai fait quatre cent lieues en Bretagne sans déboutonner ma braguette. Impossible de toucher sans pincette les personnes du sexe de Brest, Morlaix, Saint Brieux (sic), Rennes, Vannes, Quimper. Ce n'est qu'à Nantes que la Providence m'a envoyé soulagement{...} Au lieu de votre joli patois dont on comprend toujours quelque chose, c'est une langue que le diable a inventée que l'on parle là-bas et qui n'a pas moins de quatre dialectes très différents. Lavarèt d'in pélèc'h azô ünenbennak ago zéfé gâllec? Voilà tout ce que j'ai pu apprendre à dire m'écorchant le gosier: Dites moi où il y a quelqu'un qui parle français. Jamais, à moins qu'on ne lui fasse une opération chirurgicale, un Provençal ne prononcera pélèc'h. Mangez une olive crue, et en crachant, vous ferez un bruit approchant ce c'h. Par dessus le marché, ces sauvages ne m'ont-ils pas persécuté dans leurs journaux, m'accusant d'avoir enlevé d'autorité à leur province un manuscrit d'un certain barde du Vè siècle, Guiclan ou Guinclan, manuscrit que j'ai cherché partout inutilement et dont j'ai appris l'existence à la plupart de leurs doctes!

Prosper Mérimée   lettre à Requien, 1836.
 

TUER 
Surtout rappelez-vous, messieurs, que vous n'êtes établis que pour tuer la langue bretonne.

Un sous-préfet du Finistère   Discours aux instituteurs, 1845.
 

SUBSTITUER 
Nos écoles, dans la Basse-Bretgne, ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au breton et ce serait incontestablement un bienfait. C'est en breton, par l'exigence de MM. les Recteurs, qu'on y enseigne le plus généralement le catéchisme et les prières: c'est un mal. Nos écoles dans la Basse Bretagne ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au breton.

Préfet des Cotes du Nord, 1846.   Lettre à l'évêque de Saint-Brieuc. (Annales de Bretagne, novembre 1912) 
 

BRETON, LANGUE MORTE 
Si l'on veut comprendre la Vendée, qu'on se figure cet antagonisme: d'un côté, la Révolution française, de l'autre le paysan breton. En face de ces évènements incomparables, menace immense de tous les bienfaits à la fois, accès de colère de la civilisation, excès du progrès, amélioration démesurée et inintelligente, qu'on place ce sauvage grave et singulier, cet homme à l'\oeil clairet aux longs cheveux, vivant de lait et de châtaignes, borné à son toit de chaume, à sa haie et à son fossé, distinguant chaque hameau du voisinage au son de sa cloche, ne se servant de l'eau que pour boire, ayant sur le dos une veste de cuir avec des arabesques de soie, inculte et brodé, tatouant ses habits comme ses ancêtres les Celtes avaient tatoué leurs visages, respectant son maître dans son bourreau, parlant une langue morte, ce qui est faire habiter une tombe à sa pensée, piquant ses b\oeufs, aiguisant sa faux, sarclant son blé noir, pétrissant sa galette de sarrasin, vénérant sa charrue d'abord, sa grand-mère ensuite, croyant à la Sainte Vierge et à la Dame Blanche, dévot à l'autel et aussi à la haute pierre mystérieuse debout au milieu de la lande, laboureur dans la plaine, pêcheur sur la côte, braconnier dans le hallier, aimant ses rois, ses seigneurs, ses prêtres, ses poux ; pensif, immobile, souvent des heures entières sur la grande grève déserte, sombre écouteur de la mer.

Et qu'on se demande si cet aveugle pouvait accepter cette clarté{...}

Victor Hugo, 1874.   Quatre-Vingt Treize 
 

BRETON, LANGUE D'ARRIERES MENTAUX 
Le petit Breton est abandonné à lui-même dès qu'il peut marcher. A peine vêtu, malpropre, il patauge toute la journée par les chemins, mange à l'écart un morceau de pain noir, joue peu, ne parle pas{...} S'il a huit ans d'âge physiquement, il en a trois à peine pour le développement intellectuel. Y a-t-il lieu, dans ces conditions, de tenir compte des quelques mots bretons qui lui ont suffi pour traîner jusque là une vie rudimentaire ? Je ne le crois pas. Mieux vaut admettre qu'il ne sait rien et commencer avec lui par le commencement, comme on fait à l'école maternelle.

Poitrineau, inspecteur d'Académie à Vannes, 1888.   cité par Ar Falz, n°1, 1959 
 

PAS DE BRETON A L'ECOLE 
Un principe qui ne saurait jamais fléchir: pas un mot de breton en classe ni dans la cour de récréation.

L'inspecteur d'académie Dausimont, 1897. Discours aux instituteurs. 
 

XXème siècle
http://www.kervarker.org/fr/levr_27_period.html
LANGUE COURANTE 
L'école ni le régiment n'ont encore sensiblement atténué l'emploi du "brezoneck" qui reste la langue courante usuelle de toute la Basse-Bretagne.

Séris   L'enseignement du Français dans les écoles bretonnantes du Finistère, in La Revue Pédagogique, 15 Mars 1902. 
 

LANGUE ETRANGERE 
À la campagne, parler français c'est se faire remarquer et passer pour un étranger. De fait, c'est en breton que le recteur (curé) prêche, confesse, donne ses instructions, en breton que sont faites les annonces à la fin de la grand'messe, en breton que se traitent les affaires au marché, en breton que délibèrent la plupart des conseils municipaux {...} le breton reste la langue du foyer.

Séris   op. cit. 
 

COMMUNION 
{...} Que l'Eglise n'accorde la première communion qu'aux seuls enfants parlant français.

L'inspecteur d'académie Dantzer, 1902,   Discour devant le Conseil Général du Morbihan. 
 

INTERDICTION 
Les prêtres bretons veulent tenir leurs ouailles dans l'ignorance en s'opposant à la diffusion de l'enseignement et en n'utilisant que la langue bretonne dans les instructions religieuses et le catéchisme. Les Bretons ne seront républicains que lorsqu'ils parleront le français.

Emile Combes, 1902, président du Conseil. 
 

LANGUE VAINCUE 
(La langue bretonne), cette vaincue qui n'a pas su créer un chef d'\oeuvre et qui va nécessairement s'effacer, comme s'effacent et meurent les vieilles choses usées.

Yves Le Febvre   La Pensée Bretonne, janvier 1920 
 

LE BRETON, DOUBLE MAL 
Le maintien de la langue bretonne n'est pas seulement une erreur, c'est un double mal pour la France et pour la Bretagne. C'est un mal pour la France dont cette survivance retarde l'unité et amoindrit par contrecoup le pouvoir d'expansion et de rayonnement. C'est un mal pour la Bretagne qu'elle prive d'hommes qui eussent été utiles et glorieux.

Le jour viendra, nous l'espérons, où tous les Bretons sauront écrire et parler le français. Ce jour-là la langue bretonne aura vécu.

Yves Le Fèbvrenote, 1920,    La Pensée Bretonne 
 

UNITÉ LINGUISTIQUE 
Pour l'unité linguistique de la France la langue bretonne doit disparaître.

Anatole de Monzienote ministre de l'Instruction Publique   Inauguration de pavillon Bretagne à l'Exposition Universelle de Paris, le 19 juillet 1925. 
 

HONTE 
Langue de honteux, voilà la vérité. Et par suite, langue honteuse. Le Breton conserve précieusement, jalousement, indéfectiblement, comme ses pères, l'héritage le plus cher et le plus sacré : la honte de sa langue.

Tangi Malmanchenote, 1926,    La vie de Salaun qu'ils nommèrent le fou 
 
 

BRETON ANÉMIQUE 
Vous êtes vous demandé pourquoi le paysan, qui faisait le beurre autrefois dans un ribot de bois, emploie actuellement une écrémeuse mécanique ? La question ne se pose même pas. Le Breton a maintenant a sa disposition, pour baratter ses pensées, un outil moderne et perfectionné qui est le français. Le vieux ribot il n'en a plus besoin.

Tangi Malmanche   op. cit. 
 

EMPRISONNER LA REVENDICATION LINGUISTIQUE 
La seule réponse à faire aux revendications linguistiques bretonnes, c'est d'emprisonner tous ceux qui les formulent.

Albert Dalimier, ministre du Travail et de la Prévoyance sociale (et futur ministre de la Justice)   Discours, le 11 septembre 1932 à Tréboul. 
 

LANGUE PATAUDE 
Ils vivaient dans leur langue pataude et leurs vêtements grossiers comme des espèces de bas bretons.

Raymond Cartier   Les 19 Europes, Plon, 1960. 
 

COQUILLE D'OEUFS 
Le combat pour la survivance est noble et estimable. Il est un peu fou quand il est sans espoir: comme celui des bretonnants, des Basques, des Occitans, des Corsisans brandissant leurs costumes, apprenant leur langue ``maternelle'', battant à la recherche des vestiges humains de leur ``patrie'' une lande ou une montagne prise d'assaut par les antennes de télévision! Ce sont les coquilles d'\oeufs de l'omelette française; leurs plaintes sont sincèrement touchantes.

H. de Montera   La francophonie en marche. La guerre des cultures. Préface de Michel Debré. Editions Sédimo. Paris 1966 (p 125-126) 
 

VIE PUBLIQUE, VIE PRIVEE 
Notre civilisation bretonne est notre vie privée à l'intérieur de la civilisation générale de la France, qui commande notre vie publique.

Per-Jakez Heliaz   "Lettre aux étudiants bretons sur les perspectives d'une culture bretonne", Ar Studier, 1966 
 

LANGUE DE COLONISE 
Muni de sa seule langue, le colonisé est un étranger dans son propre pays

Albert Memmi, 1966,   Portrait du Colonisé 
 

PAS DE PLACE POUR LE BRETON 
Il n'y a pas de place pour les langues et cultures régionales dans une France destinée à marquer l'Europe de son sceau.

Georges Pompidou, 1972, Président de la République Française.
 

FRATERNITE 
Le français n'est pas seul au monde : est-il fraternel aux autres langues?

{...}

Il est indispensable pour le français de ne s'opposer ni aux langues locales parlées sur tel ou tel point du territoire national, puisque nul ne songe à y remettre en cause son usage commun, ni aux langues autochtones d'Afrique, puisqu'elles n'ont aucune vocation à disparaître au profit de la langue française.

{...}

Aucune région française ne doit se dire brimée aujourd'hui, comme ce fut trop souvent le cas au cours du siècle dernier.

Michel Bruguière rapporteur général du Haut-Comité de la Langue Française, 1978,   Pitié pour Babel, un Essai sur les Langues, Nathan. 
 

RECONNAISSANCE 
La présente Charte constitue de la part de l'Etat {...} un acte de reconnaissance de la personnalité culturelle de la Bretagne et l'engagement d'en garantir le plein épanouissement.

Charte Culturelle, 1978
 

LE TEMPS EST VENU 
Au delà des bonnes paroles il faut des actes {...} Le temps est venu d'un statut des langues et cultures de France. Le temps est venu de leur ouvrir grandes les portes de l'école, de créer des sociétés régionales de radio et télévision permettant leur diffusion, de leur accorder toute la place qu'elles méritent dans la vie publique.

François Mitterrand, 1981,   Discours de campagne présidentielle, Lorient. 
 

PAS D'AVENIR 
Ce n'est pas rendre service à des enfants que de les enseigner dans une langue qui n'a pas d'avenirnote

Jean-Pierre Chevènement, 1985, ministre de l'Education Nationale 
 

PATOIS BRETON 
Monsieur Lang ayant créé un Capes de patois breton, pourquoi ne pas créer un Capes de mendicité ? Il y a une culture à préserver, comme on dit de nos jours.

Jean Dutourd    France-Soir Magazine, Novembre 1985. 
 

BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN 
Le breton, plus on en parle, moins on le parle.

Didier Eugène, directeur de la page Bretagne   dans Ouest-France, 1er Aout 1989. 
 

FRANÇAIS LANGUE DE LA REPUBLIQUE 
Le français est la langue de la République.

Article 2 de la Constitution de la 5ème République Française, 1992
 

PRESERVATION 
La Bretagne doit préserver aussi son identité culturelle, y compris sa langue, dont la disparition serait une perte pour la France.

Bernard Grasset, 1993, préfet de la Région Bretagne. 
 

DEFENSEUR DES LANGUES MENACÉES 
Si les langues régionales étaient menacées, je serai le premier à les défendre.

Georges Sarre, 1999, député MDC de Paris. 
 

IDENTITÉ FACTICE 
NON AUX IDENTITES FACTICES !

Jean-Pierre Chevènement, 1999, ministre de l'Intérieur. 
 

PERSONNE N'Y CROIT 
Personne en Bretagne ne croit à la possibilité de sauver le breton

Jean Le Du et Yves Le Berre, e1999, enseignants de breton à l'Université de Bretagne Occidentale    Texte de lu par Jean Le Du dans un colloque à la Sorbonne. 
 

LANGUE ASSASSINÉE 
Hier ils sont morts pour la France, aujourd'hui on tue leur langue.

Affiche de l'UDB (Union Démocratique Bretonne), 1999.

Hier ils sont morts, tués par la France, aujourd'hui encore elle veut tuer notre langue.

Correction anonyme de l'affiche UDB 
 
 

XXIème siècle
http://www.kervarker.org/fr/levr_29_period.html
XXIème siècle
La langue bretonne en reflux est aussi en progrès. Devenue la langue du troisième âge, grâce à la politique d'exclusion pratiquée par l'état français elle devient aussi langue d'une jeune génération, celle des écoles Diwan, grâce au travail militant.
 

Leçon de breton - À la petite école du breton
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