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Exemples de
quelques
mots Bretons:
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![]() |
![]() La Bretagne, Problèmes du régionalisme en France, Cornelsen-Velhagen & Klasing , Berlin 1979.
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![]() La Betagne - Problèmes du régionalisme en France, Cornelsen-Velhagen & Klasing , Berlin 1979.
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Lorsque les
immigrés brittoniques chassés de l'île
de Bretagne par les envahisseurs
Angels, Saxes, Pictes et Scots (du
Vème au VIIème) s'intègrent aux autochtones,
l'apport des celtophones insulaires entre en interférences
avec
le celtique continental et le roman. C'est à cette époque
que l'Armorique devient la Bretagne. Au cours des siècles qui
suivent, la langue parlée en Bretagne acquiert
sa propre
personnalté. Mais, dédaignée
par l'aristocratie
qui subit l'ascendant
de la civilisation française, elle demeure
effectivement un parler. Le
fait est d'importance: paradoxalement, la conquête au
IXème siècle des pays de Rennes et de Nantes par
Nominoé, chef breton qui ouvre l'ère d'une dynastie en
Bretagne, inaugure
ce temps du mépris
dans lequel va être
tenue la langue bretonne. Depuis dix siècles autrement dit, elle
reste, ainsi que le remarque Yann-Ber Piriou dans Défense de cracher par terre et de
parler breton, "la propriété exclusive des classes
souffrantes de ce pays".
Jusqu'au
XII ème siècle,
l'état breton est
dirigé
par des dynasties de langue bretonne. Au delà de cette
date,
tous les souverains bretons, jusqu'au XVI siècle, date de
l'annexion
de la Bretagne à la France, seront de langue française.
En 1532, le duché signe avec le roi François
Ier un traté d'union. Ce traité stipule
le respect des
droits et
privilèges de la Bretagne, de ses institutions, de sa langue, de
son
individualité en tant que nation. Mais la France,
dorénavant,
considère la Breagne comme annexée. Le scandale est
similaire à l'égard
d'autres ethnies (Provence, Corse, etc.). Par l'ordonnance de
Villers-Cotterêts (1539), le français est
déclaré langue officielle du
royaume, toutes les autres langues n'étant en regard que de
vicieuses
et bientôt coupables façons de parler, que continuent de
pratiquer des
peuplades privinciales, sauvages dont l'ignorance est patente et
l'
entêtement
suspect.
Aujourd'hui,
les limites territoriales de la langue bretonne demeurent,
à peu de chose près, identiques à celles qui se
stabilisèrent une fois apaisés les remous des invasions
normandes. Dans l'emploi qui en est fait quotidiennement jusque
dans les années 1950, la langue bretonne reste la langue des
populations rurales et des classes sociales les plus
défavorisées; elle est toutefois, depuis cinquante ans,
remise à l'honneur chez les intellectuels bretonnants. Mais
jamais, alors que dès le Xème siècle s'instaure
dans les moeurs un bilinguisme de fait, le breton n'aura
accédé, en Bretagne, au statu de langue officielle.
L'éminent philosophe duXIIème siècle, Pierre
Abélard, use du latin, du français à
l'extrême rigueur, mais surtout pas du breton qui n'est pour lui
qu'un turpis.
Ainsi jusqu'au
XIIIème siècle, la langue écrite est le latin,
supplanté
ensuite par le français qui,
déjà, au fils des siècles
précédents, est devenu le langage coutumier de la
diplomatie. Il faut se rendre à l'évidence: on ne trouve
pas un texte (de qualité littéraire) écrit en
breton armoricain avant le XVème siècle! 

Download-Word avec fichier pédagogique
Vers 1900,
le breton est parlé par
75% de la population de Basse Bretagne, dont la moitié ne parle
que cette langue. A cette époque, trois facteurs contribuent a
faire
reculer la pratique du breton : les nouveaux moyens de communication,
le
service militaire et surtout l'école. Il est vrai que l'Etat a
voulu
parfaire l'unité nationale née de la période
révolutionnaire
par l'unification linguistique.
Il
s'est trouvé aussi des gens en Basse Bretagne qui se sont mis
à
apprendre le français de leur propre initiative. Aux
alentours de la première guerre mondiale, le breton a
cessé
d'être la seule langue connue de la majorité de la
population.
Dans les décennies qui ont suivi la dernière guerre,
l'apprentissage
et la transmission de la langue bretonne par la famille se sont
quasiment
arrêtés. Les conditions économiques et sociales
vont accélérer
le mouvement.
Ce
qui explique sur une
longue période la
mutation
linguistique intervenue, c'est en effet le développement des
échanges.
C'est en raison de celui-ci, d'une part entre les campagnes et les
villes,
d'autre part entre la région bretonnante et l'extérieur,
que le breton a dû céder
devant le français.
Ensuite,
c'est dans les années 60 que le
breton
a cessé d'être connu de la majorité de la
population
de la Basse Bretagne. En l'espace de 50 ans,
le pourcentage des bretonnants évolue de près de 75%
à
moins de 20%.Les 4/5 des Bas-Bretons ignorent aujourd'hui le breton,
alors
qu'il y a moins d'un siècle, c'est le français qu'ils
ignoraient
dans une proportion pour ainsi dire équivalente (les 3/4). Il a
donc suffi de moins d'un siècle pour que le breton, auparavant
moyen
de communication quasi-exclusif de toute une population, ne soit plus
que
le moyen d'expression marginalisé
d'une fraction réduite
de la population bretonne.
Aujourd'hui,
l'image symbolique de la
Bretagne
est inversée. Si parler breton en 1958
était "plouc",
en 1998, c'est
devenu
"branché".
Denez Prigent: "Etre breton aujourd'hui, parler
breton,
ce n'est plus une marque de honte, c'est même une marque de
culture,
donc les choses ont beaucoup changé".
Ainsi il est toujours bien vu de connaître quelques mots bretons comme : Roazhon (Rennes), trugarez (merci), glav a ra (il pleut) ou encore penaos eo an amzer ?(comment est le temps?). Comment comprendre ce retournement ? Il est pour partie le fruit de l'effort des militants de la langue et de la culture bretonne.
Alors
que le breton
avait été
confiné
à l'univers de la vie privée, où il était
menacé
de mort rapide, ils ont réussi à l'installer sur la place
publique : le breton, désormais, est enseigné,
affiché
et médiatisé (radio breiz izel, France 3
Bretagne,
TV Breizh). En effet, l'enseignement laïc
qui l'avait interdit le
remit
au programme en 1977.
Les
écoles Diwan
(moyen de développer et
de diffuser la pratique du breton par l'immersion
totale), où le
breton est enseigné dès la maternelle et le
français
à partir du CE1, apparurent alors et sont aujourd'hui de plus en
plus nombreuses.
Ce combat pour la
langue fait partie d'un mouvement
beaucoup plus
large,
qui concerne l'ensemble de la culture bretonne et notamment la musique
et la danse. Un nouvel état d'esprit n'a-t-il pas
commencé
à naître depuis les années
1980,
plus favorable à la langue bretonne ?


Download-Word avec fichier pédeagogiqueLE BRETON ET LES LANGUES
CELTIQUES
Le
breton fait partie des langues
celtiques qui ont survécu
dans l'europe actuelle. Repoussées aujourd'hui jusqu'aux
extrémités
occidentales de l'europe, les langues celtiques couvraient
autrefois
vers
l'an - 300 les 2/3 de l'europe. Bretons, Gaulois et Belges parlaient
alors la même langue, ou peu s'en faut. Ils appartenaient
à la même race, ou mieux, à la même ethnie. C'étaient tous des
Celtes, peuples indo-européens, mais de la branche qu'on appelle
brittonique pour les
différencier de la première branche des Celtes d'Irlande,
laquelle est appelée gaélique
dont la langue était et est encore assez particulière.
Lorsque les Romains ont établi des camps dans l'Ile de Bretagne
- car on peut difficilement parler d'occupation prolongée comme
en Gaule -, ils ont essayé d'implanter la langue latine, mais
sans grand succès. Comme le dit Francis Gourvil, si cette latinisation s'était
poursuivie librement, le résultat en eût été
la naissance d'un dialecte roman proche du français qui serait répandu à peu
près partout en Grande Bretagne. (cf. Markale 1985: 6) (cf. aussi définitions)

Les
langues celtiques vivent
encore à la veille du
troisième
millénaire. À notre époque elles sont
parlées de part et
d'autre de la manche et comprennent:![]() |
![]() |
| lieu
|
langue |
| brittonique | gaélique
|
| . |
. |
| . |
. |
| . |
. |
LE BRETON HIER
Les deux Bretagnes
Du point de vue linguistique et ethnique, les Bretons sont plus proches
des Irlandais et des Gallois que des Français. Le breton (Ar
Brezhoneg) est une langue à part entière d'origine
celtique. Issues de la famille
indo-européenne, les langues celtiques comprennent 2 groupes:
le gaélique (parlé en Irlande et
en Ecosse) et
la branche brittonique, dont fait part le
breton ainsi que le Gallois.
Depuis des siècles, la Bretagne est partagée en deux
zones linguistiques:
- à l'est d'une ligne
Mont-Saint-Michel-Paimpol-Pontivy-Vannes, la Haute-Bretagne ou Bretagne
romane ou pays gallo. Le Gallo (gallec en breton) est une langue romane
apparentée au français, dérivé du latin
populaire.
Cette région fut la première
à délaisser le breton au profit du Français du IXe
au XVIe siècle. Il n'en est presque plus de trace.
- à l'ouest, La Basse-Bretagne dite
celtique ou Bretagne bretonnante. Là on parle et/ou comprend la
langue bretonne. Elle comprend quatre régions (dialectes):

L'origine
Un lent déclin| A l'ouest une première zone que l'on peu qualifier de purement Bretonne | Au centre une zone mixte dans laquelle les bretons s'établirent moins nombreux | À l'est une zone dans laquelle les bretons ne s'y installèrent pas |
![]() |
Limites du breton au IXè siècle et XXème siècle |
Jusqu'au
XVII siècle, le breton
est demeuré une langue
de prestige dans toutes les classes de la société au
moins
dans la partie occidentale de la Bretagne (Basse-Bretagne). Ce n'est
qu'au
moment de la révolution française, que le breton se voit
attaqué par le français et que son prestige
s'affaiblit.
Il faut se souvenir du discours du député
Barère
de
Vieuzac à la Convention : "la superstition
parle bas -
breton".
Pourtant, en 1902: 90 % des habitants de la Bretagne bretonnante
parlaient
le breton, soit 1 200 000 personnes et 50 % d'entre eux ignoraient
totalement
le français. La république française prend alors
peur. L'état décide d'éradiquer le breton. C'est
l'interdiction
du breton à l'école: "plus un mot de breton en classe ni
dans les cours de récréation".
C'est l'époque du symbole :
sabot
percé
d'un trou, ou
tout autre objet qu'on accrochait
au cou de l'enfant coupable d'avoir
parlé
breton. Pour s'en séparer, l'enfant devait dénoncer un
autre
camarade ayant laissé échapper un mot de breton. Cette
pratique
perdurera jusqu'à la fin des années 1940 et cessera
définitivement
avec
l'autorisation de l'enseignement du breton jusque là interdit
(loi Dexonne de 1951).
Sujets
d'étude
En
l'absence de promotion
du breton
après l'annexion de la
Bretagne
à la France, (notamment dans les actes écrits, l'Edit de
Villers
Coteret 1539 imposait le français
dans tous les actes judiciaires et notariés), le Breton transmis
par les parents, s'est vite fragmenté en différents
dialectes.

Sujets
d'étude
LE BRETON AUJOURD'HUI
Actuellement,
le nombre de
bretonnants diminue. On estime
aujourd'hui que 240 000 le parlent soit 20 % de la
population
(à l'ouest de la ligne Paimpol-Vannes) (selon un sondage TMO -
Le
Télégramme). Ils étaient 1 200 000 au début
du siècle. Les jeunes Bretons ne parlent presque plus la langue.
Seulement 6 %
des moins de 40 ans parlent breton et même pas 1 % des moins de
20
ans. C'est le vieillissement de la population et l'allongement de la
vie
qui permet d'avoir ce nombre important de bretonnants. 64 % ont
plus
de 60 ans.
Si le
breton va franchir la barre
du XXIe siècle, son
déclin
rapide le menace d'extinction
vers les années 2020-2030.
Pourtant chaque jour, 45.000 à 50.000 personnes continuent
à
utiliser la langue bretonne quotidiennement. L'attachement
affectif des
bretons à la langue est
aujourd'hui
de plus en plus fort, tout comme la volonté de la sauver. 88 %
des bretons pensent qu'il faut sauver le breton et 80 %
sont
favorables
à son enseignement à l'école (sondage TMO - Le
télégramme
en avril 1997) .
Le second groupe, plus nombreux, est
constitué par des gens
âgés, bretonnants de naissance.
Sujets
d'étude
Le
breton est une langue qui n'est
pas reconnuee
officiellement
dans
la république française. Le français est la seule
langue officielle de l'état
français, bien que dans les faits, la France soit un pays de
plusieurs langues
(breton , mais aussi corse, occitan, basque ...). Le breton, a pu
survivre, pendant des siècles en
résistant
à l'emprise
du latin, puis à celle du français,
mais
à la différence du gallois (langue du Pays de Galles au
Royaume Uni et langue soeur du breton ), il ne dispose pas de l'appui
et
de la reconnaissance
de l'état français.
En Bretagne
pas de télé, quelques heures de radio
chichement
mesurés. Un enseignement faible du breton longtemps
laissé
à la seule initiative privée comme les écoles
bretonnes
DIWAN, qui militent depuis 20 ans pour l'enseignement du breton. Des
classes
bilingues dans quelques écoles publiques, depuis peu de temps,
avec
des parents qui doivent la plupart du temps se battre et militer pour
obtenir
des enseignants de breton.
Même si l'enseignement bilingue a progressé de 41 % depuis 1994, cela ne concerne qu'un peu plus de 5000 enfants actuellement en Bretagne.
Ainsi, la France, qui reconnaît les droits des minorités ethniques et linguistiques (sauf sur son sol) refuse aujourd'hui de ratifier la Charte Européenne des langues minoritaires et régionales, qui vise à "maintenir et développer les langues régionales, facettes vivantes de l'identité culturelle européenne" .
La Charte des langues minoritaire a été signée par la France le 7 mai 1999 (sur 98 articles de cette charte, seules 39, le minimum, ont été signées par la France).
Pour beaucoup de gens, c'était l'espoir d'un changement dans la politique de l'état français à l'égard de la langue bretonne.
Mais,
immédiatement, au mois de
juin, le Conseil
Constitutionnel
déclarait la Charte contraire aux fondements de la
république
donc anticonstitutionnelle non seulement à cause de l'article 2
de la Constitution française (« le français est la
seule langue de la République », article voté en
1992)
mais aussi en raison de l'article 1 ( « l'unité de la
nation»
et «l'unité de l'état »).
Un changement de la constitution était donc nécessaire pour pouvoir ratifier la charte européenne des langues minoritaires. Ce n'était en vérité pas un problème insurmontable. En effet, la constitution française tend à être modifiée chaque année, le dernier changement a été effectué pour la parité homme femme en politique.
Cependant, le président de la république doit donner son accord pour un changement constitutionnel, ce que celui aujourd'hui refuse de faire.
Ainsi,
la charte des langues
minoritaires européennes a bien
été signé, mais l'état français
refuse
aujourd'hui de la ratifier (c'est à dire mettre en application
les
dispositions signées par la France).
A l'heure de l'Union Européenne, dans un état se revendiquant comme le pays des droits de l'homme, la France continue de refuser l'expression des langues régionales qui ont depuis longtemps cessé d'être une menace pour la république et la langue française.
Les bretons appartiennent à la
communauté
française; ils veulent également conserver leur culture
et leur langue,
est
ce trop demander ?
Sujets
d'étude
COMMENT PEUT ON ETRE BRETON (ET FRANCAIS) EN 1998 ?
«
Comment peut-on être
Breton ?»,
écrivait
Morvan Lebesque, dans un livre phare
publié il y a maintenant 25
ans. La Honte
de soi, a longtemps été le sentiment qui
caractérisait
beaucoup de Bretons d'un certain âge ne trouvant pas leur place
dans
une société française qui leur était sur
bien
des points étrangère et qui les méprisait.
Honte
de ne pas bien parler le français, honte d'avoir un
accent
breton, honte d'avoir, collectivement, une réputation
d'ivrogne,
etc... Nous sommes passés, en une génération,
d'une
identité
négative à une identité positive. Le changement
est récent. Il est venu progressivement depuis
les années 60-70.
Sur le plan culturel, le mouvement revendicatif d'après 1968 a joué un rôle indéniable. Des artistes comme Alan Stivell ont fait reconnaître la musique bretonne. Le livre de Morvan Lebesque et celui de Per Jakez Hélias, « le Cheval d'Orgueil », ont donné une image positive de la Bretagne. Les artistes et écrivains ont revendiqué leur identité.
Repli
tribal ou simplement aspiration
d'un nouveau lien social,
fondé
sur la redécouverte de l'identité bretonne. De plus en
plus
de personnes revendiquent aujourd'hui la
reconnaissance de leur culture et de leur histoire, tout en se
reconnaissant
pleinement dans une communauté française elle même
ouverte sur l'Europe.
Les exemples d'autres pays de l'union européenne montrent que cela est aujourd'hui parfaitement possible : Lombardie , generalitat de Catalogne, pays de Galles ....
Au XXI siècle et à
l'heure de l'unification
monétaire
de l'Europe, il faut se remémorer les idées d'Ernest
RENAN
: Une nation n'est ni le fruit de l'hérédité, ni
de la géographie, ni d'une religion, ni d'une langue mais le
résultat
de la volonté de vivre ensemble. Un résultat par nature
fragile
et soumis à un plébiscite
permanent.
Sujets
d'étude
Préfets et sous-préfets font leurs rapports:
POUR
L'APPAUVRISSEMENT DU
BRETON
Il faut, par tous les moyens
possibles,
favoriser l'appauvrissement du breton, jusqu'au point où, d'une
commune à l'autre, on ne puisse pas s'entendre ({...}), car
alors
la nécessité de communication obligera le paysan
d'apprendre
le français. Il faut absolument détruire le langage
breton.
Lettre des préfets des
Côtes du Nord et du Finistère à Montalivet,
ministre
de l'Instruction Publique.
LANGAGE
DUR
Les Bas-Bretons ont un langage dur
et difficile à comprendre. Leurs habitudes, leurs coutumes, leur
crédulité et leurs superstitions leur laissent à
peine
une place au dessus de l'homme sauvage. Le paysan y est d'une
malpropreté
dégoûtante. Son habitation peut presque se comparer
à
celle d'Hottentots{...} En général les paysans ont une
mauvaise
physionomie, stupide et brutale à la fois.
Malte Brun, Les jeunes
voyageurs en France.
BRETON
PIRE QUE LE CATALAN
Croyez-moi, Monsieur, le catalan
qui me faisait tant enrager n'est qu'un jeu d'enfant auprès du
bas
breton. C'est une langue que celle-là. On peut la parler fort
bien,
je crois, avec un bâillon dans la bouche, car il n'y a que les
entrailles
qui paraissent se contracter quand on cause en bas breton. Il y a
surtout
l'h et le c'h qui laissent loin derrière la jota espagnole. Les
gens qui parlent cette belle langue sont bons diables, mais
horriblement
sales{...} On voit dans les villages les enfants et les cochons se
roulant
pêle-mêle sur le fumier, et la pâtée que
mangent
les premiers serait probablement refusée par les cochons du
Canigou.
Prosper Mérimée,
lettre à Jaubert de Passa.
LANGUE
DIABOLIQUE
Vous saurez d'abord que c'est vers
la Bretagne, la douce et la bretonnante, que se sont dirigées
mes
courses cette année{...} Quant aux naturels du pays
hélas!
c'est la province sans soleil. Croiriez vous que j'ai fait quatre cent
lieues en Bretagne sans déboutonner ma braguette. Impossible de
toucher sans pincette les personnes du sexe de Brest, Morlaix, Saint
Brieux
(sic), Rennes, Vannes, Quimper. Ce n'est qu'à Nantes que la
Providence
m'a envoyé soulagement{...} Au lieu de votre joli patois dont on
comprend toujours quelque chose, c'est une langue que le diable a
inventée
que l'on parle là-bas et qui n'a pas moins de quatre dialectes
très
différents. Lavarèt d'in pélèc'h azô
ünenbennak ago zéfé gâllec? Voilà tout
ce que j'ai pu apprendre à dire m'écorchant le gosier:
Dites
moi où il y a quelqu'un qui parle français. Jamais,
à
moins qu'on ne lui fasse une opération chirurgicale, un
Provençal
ne prononcera pélèc'h. Mangez une olive crue, et en
crachant,
vous ferez un bruit approchant ce c'h. Par dessus le marché, ces
sauvages ne m'ont-ils pas persécuté dans leurs journaux,
m'accusant d'avoir enlevé d'autorité à leur
province
un manuscrit d'un certain barde du Vè siècle, Guiclan ou
Guinclan, manuscrit que j'ai cherché partout inutilement et dont
j'ai appris l'existence à la plupart de leurs doctes!
Prosper Mérimée,
lettre à Requien.
TUER
Surtout rappelez-vous, messieurs,
que vous n'êtes établis que pour tuer la langue bretonne.
Un sous-préfet du
Finistère, Discours aux instituteurs.
SUBSTITUER
Nos écoles, dans la
Basse-Bretgne,
ont particulièrement pour objet de substituer la langue
française
au breton et ce serait incontestablement un bienfait. C'est en breton,
par l'exigence de MM. les Recteurs, qu'on y enseigne le plus
généralement
le catéchisme et les prières: c'est un mal. Nos
écoles
dans la Basse Bretagne ont particulièrement pour objet de
substituer
la langue française au breton.
Préfet des Cotes du
Nord, Lettre
à l'évêque de Saint-Brieuc. (Annales de Bretagne,
édité
en novembre 1912)
VIEILLE
LANGUE
Nous voyons avec un contentement
réel que vous tenez à vos vieux usages, à vos
vieux
costumes, à votre vieille langue.
Monseigneur Graveran,
évêque
de Quimper et Léon.
BRETON, LANGUE MORTE
LANGUE
DE L'INSTRUCTION
RELIGIEUSE
L'enfant qui regardera la langue
bretonne comme la langue de l'instruction religieuse regardera la
langue
française comme la langue de la vie civile, la langue des
affaires,
la langue dans laquelle il devra écrire, calculer, apprendre ce
qui lui sera utile pour le commerce et l'industrie, la langue qui lui
sera
nécessaire dans les relations qu'il aura avec les personnes
étrangères
au pays qu'il habite.
Evêque de Quimper, lettre
de l'évêque de Quimper au préfet. NOTE DE TANAEL:
en
fait ici l'évêque ruse pour défendre malgré
tout la langue bretonne auprès du préfet qui veut faire disparaître
la langue
bretonne y compris au catéchisme
BRETON,
LANGUE D'ARRIERES
MENTAUX
Le petit Breton est
abandonné
à lui-même dès qu'il peut marcher. A peine
vêtu,
malpropre, il patauge toute la journée par les chemins, mange
à
l'écart un morceau de pain noir, joue peu, ne parle pas{...}
S'il
a huit ans d'âge physiquement, il en a trois à peine pour
le développement intellectuel. Y a-t-il lieu, dans ces
conditions,
de tenir compte des quelques mots bretons qui lui ont suffi pour
traîner
jusque là une vie rudimentaire ? Je ne le crois pas. Mieux vaut
admettre qu'il ne sait rien et commencer avec lui par le commencement,
comme on fait à l'école maternelle.
Poitrineau, inspecteur
d'Académie
à Vannes, cité par Ar Falz, n°1, 1959


Download-Word avec fichier pédeagogiqueExtrait 1
L'école
et la langue bretonne : histoire et repères - présentation
Les textes et les intentions
Résistances
et retards
de scolarisation
"Nous ne pouvons interdire…"
L'invention du symbole
L'adoption de "la
méthode
directe"
Les trois périodes
Extrait
2
La
guerre de 14-18 et ses conséquences sur la pratique du breton -
présentation
Les Bretons dans
la guerre de 14
Les
guerres : des moments de perturbation linguistique
Extrait 3
Un
changement de langue en trois générations
Quelle
évolution
sur deux siècles ?
Modernité contre
identité
?
Les six textes réunis sur cette page sont extraits du chapitre 17 de la thèse de Fañch Broudic sur "La pratique du breton de l'Ancien Régime à nos jours", intitulé : "L'école : un rôle central ?", et figurant pages 361-392.
Les collèges de l'Ancien Régime ont ignoré le breton. La Révolution, après avoir prétendu, par "un décret haletant" (selon l'expression de Furet et Ozouf) , imposer dans les dix jours un instituteur de langue française dans chaque commune de Bretagne, avait fini par admettre l'usage du breton comme langue auxiliaire de l'enseignement. Par la suite, il semble bien que les principales lois sur l'enseignement ne fassent plus jamais mention des langues régionales.
Pourtant, au niveau des principes et de la finalité, primauté est bien donnée à la langue nationale. Les règlements locaux traduisent cette impérieuse nécessité. Par exemple, le "Règlement pour les écoles primaires élémentaires de l'arrondissement de Lorient",adopté et arrêté par le Comité supérieur de l'arrondissement, en 1836 et approuvé par le Recteur en 1842, stipule :
Le Préfet du Finistère - le même Billiard que nous avons déjà rencontré - adopte sans réserves les observations que lui fait le "Comité d'Instruction Primaire de Quimper". Ce comité, dont tous les membres ne sont pas bretonnants, est tout à fait hostile à l'enseignement du breton. Il n'exclut pas vraiment que l'on fournisse aux enfants des explications "dans leur idiome". Mais considérant "qu'il y a, en Basse-Bretagne, autant de dialectes que de cantons, presque autant que de communes", que seule la langue du Léon étant écrite peut "être réduite en principes", cela reviendrait en quelque sorte à leur apprendre une nouvelle langue "presque aussi étrangèr(e) à l'élève". Il n'y a pas lieu d'être surpris de la conclusion de ce raisonnement : "il paraît naturel de commencer" directement par l'étude du français !
C'est de cet avis du comité quimpérois, repris par le Préfet, qu'est extraite la fameuse phrase souvent citée : "ne doit-on pas, au contraire, favoriser, par tous les moyens possibles, l'appauvrissement,la corruption, jusqu'au point que d'une commune à l'autre on ne ne puisse plus s'entendre ? Car alors la nécessité des communications obligera le paysan d'apprendre le français". Le Comité suggère en outre de placer les enfants d'âge scolaire dans des écoles de villes ou de gros bourgs de manière à "exiger que dans les écoles ils ne parlent que français; introduire parmi eux des élèves qui ignorent entièrement le breton."
Le préfet du Morbihan,
Lorois, réfutait en bloc cette
argumentation, en observant que ce dont il s'agissait, c'était
d'enseigner
"les principes généraux de la grammaire, dans les langues
maternelles des élèves, pour ensuite en faire
l'application
lors de l'étude du français". A son avis, favoriser la
corruption
du breton serait un "système un peu machiavélique" :
"passer
par le pire pour arriver à une amélioration". Il
considérait
enfin que "si les élèves français sont en
minorité,
ce seront ces intrus qui apprendront le breton". Il
n'y avait donc pas unanimité entre les différents
représentants
de l'Etat en Basse-Bretagne sur la langue bretonne. Il faut
croire
cependant que les arguments "contre" pesaient plus lourds que les
"pour"
puisque le Ministre ne donna aucune suite à ce projet
d'enseignement
bilingue.
Sujets
d'étude
Il n'y a guère, il est vrai, d'ambiguité possible. Furet et Ozouf, s'appuyant sur les recherches d'Augustin Cariou, sur les travaux d'un érudit morbihannais, le Dr Fouquet, en 1874, mais aussi sur le dépouillement de listes nominatives de conscrits, dans le Morbihan et les Côtes-du-Nord, pour 1850 et 1890, ont mis en évidence un retard constant des cantons bretonnants par rapport à ceux du pays gallo, en matière d'alphabétisation.
Du moins leur explication n'est-elle pas simpliste, et ne se limite pas à constater des différences de part et d'autre de la frontière linguistique. Ils prennent également en considération les attitudes culturelles, allant jusqu'à envisager "la présence ici d'un refus. Dans l'Ouest bretonnant vit, sinon une capacité de s'insurger, du moins une tendance à résister à la directive politique comme à l'injonction culturelle". Une telle analyse "ethniciste" n'est pas, non plus, spécialement satisfaisante, mais le "refus" dont elle fait état a bien été une réalité, que l'analyse historique met en évidence, et que confirment les déclarations de l'époque. En réalité, si les Bas-Bretons ont boudé l'école, tout au moins au cours des deux premiers tiers du XIXe siècle, c'est parce qu'elle ne parlait pas leur langue, et qu'elle leur paraissait du coup inadaptée et superflue.
D'autres témoignages vont dans le même sens. Nous avons déjà observé qu'au milieu du siècle, les paysans aisés "n'éprouvent pas le besoin d'avoir un instituteur dans leur commune" puisqu'ils ont les moyens de placer leurs enfants, à l'extérieur, dans des pensionnats, pour apprendre le français. Le même rapport de l'Académie du Morbihan ajoute : "on trouve la même indifférence chez les cultivateurs indigents qui ne comprennent pas encore les bienfaits de l'instruction".
Comment interpréter cette apathie, cette indifférence, cette grossièreté, si ce n'est par le fait que, ne s'exprimant usuellement qu'en breton, n'ayant besoin pour leurs relations ordinaires que du breton, assurés de l'indispensable instruction religieuse en cette langue, les populations concernées ne ressentent aucun besoin d'une école dont la finalité proclamée est d'apprendre une autre langue ? Guyot-Jomard et l'Inspecteur d'Académie du Morbihan nous confirment dans cette approche.
Celui qui a le mieux exprimé la conjoncture scolaire du moment est sans doute l'Inspecteur Primaire de Quimper dans son rapport de 1863 :
Si donc la Basse-Bretagne a accumulé de tels retards de scolarisation durant tout le XIXe siècle, l'on peut y voir l'échec des politiques scolaires successives, et particulièrement de la politique linguistique de l'Etat. En établissant une stricte relation d'association entre la réalisation de l'unité nationale et l'unification linguistique, l'Etat condamnait une région de langue différente comme la Basse-Bretagne à ne pas bénéficier du même progrès scolaire que le reste de la nation. C'est pour n'avoir pas voulu, pour des raisons idéologiques, envisager la mise en place d'un système d'enseignement qui tienne compte de l'existence de la langue bretonne, que l'on s'est condamné à la stagnation scolaire. Au lieu d'incriminer l'apathie des populations et l'indifférence des "cultivateurs indigents", il eût fallu s'interroger sur la finalité et sur la langue de l'enseignement. Que les inspecteurs et autres responsables de l'enseignement ne posent presque jamais la question en ces termes est en soi tout à fait significatif.
Pour cette première moitié du XIXe siècle, il faut donc retenir, de la part des Bas-bretons, un jeu complexe de réactions différenciées vis-à-vis de l'école comme vis-à-vis de l'apprentissage du français :
Contrairement à beaucoup d'idées reçues, infiniment nombreux ont été les cas où il apparaît que le breton a été présent dans les écoles. L'on peut même considérer que, tout au long du XIXe siècle au moins, avec ou sans la bénédiction des autorités académiques, le breton a généralement été - au minimum - un auxiliaire indispensable de l'enseignement.
Mais dans celles-ci aussi, l'enseignement religieux était alors dispensé en breton. Le pauvre inspecteur, ayant préalablement témoigné de sa loyauté vis-à-vis des objectifs de l'Instruction Publique, en est réduit à décrire "les difficultés que rencontrent les instituteurs des communes bretonnes, placés en présence d'enfants dont ils ne peuvent se faire comprendre, pour lesquels tout est neuf dans l'enseignement, et le fond et la forme, et qui saisissent à peine ce qu'on exige d'eux. Là évidemment les procédés ordinaires de l'enseignement primaire sont insuffisants (…) La difficulté se complique à l'égard des enfants qui débutent, de l'impossibilité de recourir à d'autres procédés que des exercices oraux (…)".
L'administration elle-même tient compte du fait que les enfants sont monolingues bretonnants en arrivant à l'école.
Quelques années plus tard, au moment de l'enquête Duruy, ces méthodes n'ont pas été abandonnées, et les inspecteurs primaires de Brest et de Quimper insistent, dans leurs rapports, sur ces exercices de traduction orale et écrite qu'ils expérimentent depuis quelques années et qui produisent "de bons résultats" : "à de bien faibles exceptions près, tous les enfants de 13 ans (garçons et filles) savent parler et écrire le français. Il y a même lieu quelquefois de s'étonner de la promptitude et de la correction avec lesquelles ils traduisent dans les inspections, les phrases qui leur sont proposées".
En 1879, l'Inspecteur d'Académie des Côtes-du-Nord
regrette
le manque de compétence pédagogique de nombre
d'instituteurs
et surtout d'institutrices : "si dans les communes rurales de la plus
grande
partie du département, la langue de la famille n'est pas celle
de
l'école, et si nos maîtres et maîtresses rencontrent
là un grand obstacle contre lequel ils luttent avec une
pénible
énergie, on ne sait pas non plus l'art d'appuyer sur le breton
même
l'étude du français et de concilier ainsi les
légitimes
exigences de la société française et de l'avenir
national
avec le respect du pittoresque idiome des ancêtres de la
contrée
et la religion des souvenirs".
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L'Inspecteur Primaire de Quimper passe du stade de la recommandation à celui de l'injonction :
Maryon McDonald souligne que l'usage du symbole ne semble avoir donné lieu "à aucune directive officielle de la part du gouvernement central". On s'est souvent interrogé sur les origines d'une telle pratique.
L'invention, en réalité, ne date pas du XIXe siècle. Daniel Boorstin, le directeur de la Bibliothèque du Congrès à Washington, racontant dans un livre passionnant sur "Les découvreurs" comment le latin était au Moyen-Age la langue de la communauté savante, et donc non seulement celle de l'Eglise, mais aussi celle des universités, et ceci dans toute l'Europe, explique en effet que
L'utilisation du symbole dans les écoles de Basse-Bretagne
a-t-elle
été ensuite intensive ou épisodique ?. Toujours
est-il
que l'une des dernières relations de son utilisation remonte aux
années 1960.
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L'une des premières conséquences de la nouvelle législation laïque porte sur l'enseignement du catéchisme, qui, nous le savons, était généralement assuré en breton en Basse-Bretagne : désormais il ne peut plus avoir lieu dans le cadre de l'école. L'un des points de fixation de la présence du breton à l'école disparaît donc. La langue bretonne va-t-elle au moins conserver son rôle de moyen auxiliaire de l'enseignement ? En principe, non, et les règlements scolaires du Finistère, en 1887 stipulent effectivement que seul le français doit être en usage dans les écoles.
Les plus hautes instances de l'administration interviennent dans le même sens. I. Carré, inspecteur général de l'enseignement primaire, vient par deux fois en Bretagne, en 1887 et 1889. Devant les instituteurs, puis dans les revues pédagogiques, il expose - et impose - sa méthode, bien connue depuis sous le nom de "méthode directe". Elle n'était pas nouvelle, puisque, déjà en l'an II, la Convention avait eu à connaître de l'action d'un Alsacien du Bas-Rhin qui était parvenu à apprendre à lire et à écrire en français à toute la jeunesse de sa vallée, "en combinant leçon de mots et leçons de choses, telle que nous la préconisons de notre temps", raconte F. Brunot par la suite.
L'Inspecteur Général Carré avait lui-même mis au point une "Méthode pratique de langage, de lecture, d'écriture, de calcul, etc…", dont il précisait sur la couverture qu'elle était "plus spécialement destinée aux élèves des provinces où l'on ne parle pas français, et qui arrivent en classe ne comprenant ni ne sachant parler la langue nationale". On ne peut en tout cas reprocher à cette énonciation d'occulter, ou de nier, la réalité. Pour l'Inspecteur Général, les choses sont claires : il est des provinces qui ignorent le français et des enfants qui arrivent à l'école sans le connaître. Son objectif est, dès lors, de remédier à cette situation qui lui paraît anormale. Carré a, incontestablement, fait le tour de la question, même si certains de ses arguments peuvent paraître spécieux (en particulier la première réponse au point 2 ci-après). L'argumentaire suivant est extrait de sa préface au "Livre du maître" :
Mais il avait dès le départ exclu que l'enseignement puisse n'être dispensé qu'en breton - ce serait renoncer à la langue nationale, et ce n'était pas dans l'esprit de la loi. Il écarte également toute possibilité d'enseignement bilingue - le breton n'ayant d'intérêt linguistique que pour des savants, dans le cadre d'études universitaires. Il ne conçoit même pas qu'il puisse être un moyen auxiliaire de l'enseignement, la seule méthode valable à ses yeux étant cette méthode maternelle ou directe:
La méthode directe de Carré, qui aboutissait à l'exclusion de fait du breton de l'école alors que les enfants ne savaient que cette langue, a été violemment et constamment critiquée par les mouvements de défense de la langue bretonne. En fait, cette critique est inappropriée sur un plan strictement pédagogique : n'est-ce pas quelque variante de cette "méthode directe" qu'utilisent depuis une dizaine d'années les écoles "Diwan" pour apprendre "par immersion" le breton à des enfants qui ne le savent pas ? N'est-ce pas toujours par des sortes de "méthode directe" que l'on cherche à apprendre les langues étrangères à la jeunesse d'aujourd'hui ?
Mais, actuellement, l'apprentissage d'une langue étrangère ne se fait pas à l'exclusion de toute étude de la langue maternelle, et ce n'est pas en cette nouvelle langue qu'apprennent les élèves que sont dispensés tous les autres enseignements. Si la méthode Carré était donc critiquable, c'est parce qu'elle était conçue comme excluant toute forme d'enseignement du breton à des enfants qui ne parlaient que cette langue. Or, la première véritable revendication d'un enseignement du breton dans les écoles de Basse-Bretagne après la promulgation des lois Ferry ne sera formulée qu'à la veille de la première guerre mondiale, par Emile Masson, dans "Brug".
Les débats concernant la
méthode directe se sont
prolongés,
y compris parmi le personnel enseignant et parmi les politiques,
jusqu'à
la veille de la seconde guerre mondiale. Certains maîtres
d'école
répugnaient à employer les méthodes
préconisées
par la hiérarchie. D'autres, à l'exemple de ceux de
Brasparts,
se prononçaient pour l'éviction du breton. Un certain J.
Dosimont, Inspecteur d'Académie du Finistère pendant
quelques
années, clôt le débat, en 1897, en interdisant les
méthodes basées sur la traduction et en
préconisant
la seule méthode Carré. Il édicte comme une
"règle
inviolable" et un "principe qui ne saurait jamais fléchir" le
fait
que "pas
un mot de breton (ne devait être
prononcé)
en classe, ni dans les cours de récréation".
Jamais,
jusque là, la politique d'exclusion du breton n'avait
été
aussi clairement affirmée. De tels principes débouchaient
sur la répression.
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PREMIERE PERIODE
La première est incontestablement caractérisée par le fait que l'enseignement a toujours été dispensé en français. Ou, plus exactement, qu'il aurait dû l'être : les lois et règlements le prescrivent, dès le début du XIXe siècle. Dans la pratique, il n'en est pas tout à fait de même.
Les enfants sont monolingues et ne savent que le breton au moment où ils entament leur scolarité. Il existe bien une demande sociale de connaissance du français, et cette demande, socialement circonscrite au début, s'amplifie par la suite. Mais les petites écoles, bretonnantes, durent pour ainsi dire jusqu'à l'adoption des lois Ferry; dans l'enseignement officiel lui-même, le breton sert au minimum comme moyen auxiliaire de l'enseignement, comme en témoigne l'enquête Duruy de 1863, - et comme langue du catéchisme.
Les autorités académiques et les responsables de
l'enseignement
s'en montrent contrariés, mais, accrochés à
l'idée
qu'ils se font de la nécessaire unification linguistique de la
France,
ils n'imaginent pas d'adapter l'école, en Basse-Bretagne, aux
réalités
linguistiques locales. Impuissants à entamer les
résistances
qu'ils rencontrent, ils préfèrent s'en accommoder, au
risque
d'un retard significatif de scolarisation. Jusque vers 1880, cette
première
période scolaire est donc caractérisée à la
fois par l'affirmation du principe de la primauté de la langue
française
à l'école, et par une certaine tolérancede fait
à
l'égard de la langue bretonne.
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DEUXIEME PERIODE
C'est, en réalité, après l'instauration de l'enseignement primaire obligatoire que l'inspecteur Général Carré fait prévaloir la méthode directe, puis Dosimont la règle "inviolable" de l'exclusion complète du breton de l'école. Il faut cependant attendre le 14 août 1925 pour qu'un Ministre de l'Instruction Publique, Anatole de Monzie, publie une circulaire "relative aux idiomes locaux", excluant tout à fait que "le dialecte local puisse servir à enseigner le français". Nous le savons : c'est le même Ministre qui, quelques semaines plus tard, n'hésite pas à condenser son propos, lors de l'inauguration du Pavillon de la Bretagne à l'Exposition Universelle, le 19 juillet 1925, en un axiome constamment cité depuis : "pour l'unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître !".
Cette période répressive dure de la fin des années 1880 jusqu'au début des années 1950, c'est-à-dire pendant une soixantaine d'années. Elle marque une rupture par rapport à la période antérieure, puisque l'objectif désormais défini par la loi est de scolariser la totalité des enfants d'une même classe d'âge du fait de l'obligation scolaire. Mais, en Basse-Bretagne, cette obligation s'adresse à des enfants qui sont toujours monolingues et ignorent le français au moment de leur arrivée à l'école.
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TROISIEME PERIODE
Depuis la dernière guerre les enfants sont de moins en moins bretonnants au moment de leur arrivée à l'école. L'enquête des séminaristes de 1946 l'a établi : l'une des raisons pour lesquelles les parents entreprennent alors d'élever leurs enfants en français, c'est que de toute façon l'école ne leur apprend pas le breton. Ils adoptent en fait une attitude pragmatique, en voulant anticiper sur les difficultés que vivrait l'enfant en ne sachant pas le français. Il en est bien peu, alors, pour s'inquiéter du devenir de la langue bretonne. Ils sont convaincus que leurs enfants sauront toujours assez de breton, et de fait, les premières générations qui ne sont pas élevées en breton l'apprennent assez rapidement au contact d'autres enfants ou au contact du voisinage, voire de leurs parents eux-mêmes.
Personne ne se rend compte que le choix effectué à ce moment-là - individuellement par chacun des couples concernés, mais aussi collectivement - aura des effets irrémédiables sur la pratique du breton, et ce n'est surtout pas le critère que l'on prend en considération. Mais dans un deuxième temps, l'apprentissage détourné du breton ne sera même plus possible.
Si, dans les années 1950-70, il est des enfants qui savent toujours le breton, la nouveauté de cette période c'est qu'étant désormais élevés en français par leurs parents, ils n'ignorent plus la langue nationale en entamant leur scolarité. Les enfants sont donc bilingues, ou s'ils sont monolingues ne savent que le français.
En fin de période - dans les années 80 - on peut même considérer que le pourcentage de ceux qui savent le breton au moment d'entreprendre leur scolarisation est nul, au point que même ceux qui fréquentent les écoles Diwan ne sont généralement pas capables de s'exprimer en breton au moment de leur première inscription, puisque leurs parents eux-mêmes l'ignorent pour la plupart. Toutes les enquêtes vont dans le même sens, la dernière en date - celle de Ronan Le Coadic au lycée de l'Elorn à Landerneau - étant particulièrement significative, puisque 1,52% des élèves seulement déclarent parler "assez bien" ou "maladroitement" le breton.
C'est aussi depuis la dernière guerre que la Basse-Bretagne effectue son plus grand bond en avant dans le domaine de la scolarisation et de la formation. De 1955 à 1965, la population scolaire des quatre départements progresse de 29%, pendant que les effectifs nationaux augmentent de 35%. Mais de 1954 à 1962, l'augmentation des taux de scolarisation par âge au-delà de 14 ans a été plus forte en Bretagne que dans l'ensemble de la France, aussi bien pour les garçons que pour les filles. Dans les années 60, le Finistère est le premier département français pour la scolarisation en 6e. En 1975, la Bretagne reste en retard par rapport à la France entière, pour ce qui est de la proportion de diplômés dans la population. Mais dans l'Académie de Rennes, le taux de scolarisation des 19-24 ans progresse plus fortement que la moyenne nationale, atteignant les 20% en 1985.
Tout ce développement de la scolarisation ne se fait que par l'intermédiaire du français. Au cours de cette troisième période, pourtant, l'école n'ignore plus tout à fait le breton. En 1951, est votée "la première loi linguistique de l'histoire française", connue sous le nom de loi Deixonne, autorisant l'organisation de cours facultatifs pour quatre langues "locales", dont le breton. Mais l'impact en est réduit, non seulement en raison des dispositions limitées de la loi elle-même, mais également à cause de l'application restrictive qui en est faite. L'enseignement du breton progresse ensuite par décrets et circulaires.
Bien que les écoles Diwan aient été créées pour suppléer à ce que ses promoteurs considèrent comme des carences de l'Education Nationale, elles ne sont pas les seules où se dispense un enseignement du breton, ni même un enseignement en breton. La circulaire Savary de 1982 en ayant ouvert la possibilité, une filière de classes bilingues s'est mise en place, non sans mal parfois, dans l'enseignement public, puis, beaucoup plus modestement, dans le privé. A Saint-Rivoal, Cavan, Lannion, Rennes, Landerneau, etc…, se sont ouvertes des classes fonctionnant à mi-temps en breton et en français.
Au total, l'enseignement du breton ne touche qu'une faible proportion des élèves. Au début des années 1980, un peu plus de 10 000 sont concernés en primaire et près de 6 000 dans le secondaire, les effectifs restant globalement stables. On conviendra que ces chiffres restent modestes : environ 2% des 600 000 élèves de l'Académie de Rennes sont concernés, le pourcentage étant sans doute plus fort en Basse-Bretagne.
Les chiffres traduisent cependant la petite percée qu'a
réussie
l'enseignement du breton. Ils ne disent pas tout, pour autant, car
l'organisation
des cours reste souvent difficile à mettre en place, et
n'apparaît
pas toujours comme étant une réelle priorité pour
les responsables d'établissement. Mais selon l'Inspecteur
spécialisé
de l'Académie de Rennes, Y. Evenou, il faudrait aussi que
l'enseignement
du breton puisse s'appuyer "sur la force de conviction des principaux
partenaires,
familles et enseignants…"
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RENVERSEMENTS DE PERSPECTIVE
Deux autres transformations doivent être notées, en tout cas, concernant cette période.
Tout d'abord, le changement de nature de la demande d'enseignement du breton. Jusqu'à la dernière guerre, et même jusqu'à la fin des années 1960, la revendication de l'enseignement du breton s'appuyait sur le fait que le breton était la - ou l'une des langues maternelles de l'enfant. Désormais, ce n'est plus le cas. Ce qui est maintenant demandé à l'école, c'est d'apprendre aux enfants une langue qu'ils ne connaissent plus eux-mêmes, qui est - quelquefois - celle de leurs parents, plus souvent celle de leurs grands-parents. On assiste donc à un renversement complet de perspective par rapport à la période précédente : quand les enfants ne savaient que le breton, l'école n'a pas voulu le leur enseigner; maintenant qu'ils l'ignorent, elle admet, bien qu'avec certaines réserves, non seulement de le leur apprendre, mais en outre d'en faire une langue d'enseignement.
Et c'est la seconde transformation à laquelle nous faisions allusion : pour les élèves des classes bilingues et pour ceux des écoles Diwan, le breton n'est pas uniquement une matière d'enseignement, il est aussi la langue dans laquelle s'enseignent un certain nombre d'autres matières (histoire-géographie, sciences naturelles, mathématiques…). C'est un autre renversement de perspective par rapport aux périodes scolaires que nous avons caractérisées précédemment.
Avant la Révolution, en effet, on n'imagine pas que le breton puisse faire l'objet d'un enseignement en tant que tel :
Le 3 août 1914, l'Allemagne avait déclaré la guerre à la France. Le conflit devait durer 4 ans, jusqu'au 11 novembre 1918.
Quelles conséquences ont eu la guerre de 14-18, puis celle de 39-45, sur les usages de langues en basse-Bretagne ?
Les deux passages suivants, extraits de la thèse de F.
Broudic,
font le point sur cette question. Ils sont reproduits ici sans
l'appareil
de notation, les notes pouvant être consultées dans
l'ouvrage
publié aux Presses Universitaires de Rennes.
[…]
Il est certain que c'est à ce moment-là - au cours des deux premières décennies du XXe siècle - que s'effectue le premier grand changement intervenu en Basse-Bretagne dans la pratique du breton. Au tournant du siècle, la plus grande partie de la population continue à s'exprimer usuellement en breton, et dans la pratique courante elle apparaît toujours comme monolingue. Un Inspecteur des Côtes-du-Nord, Constant, le confirme :
La Bretagne est éloignée du front, mais elle vit pendant quatre ans au rythme de la guerre. Déjà, une loi de 1913 - contre laquelle s'étaient élevés plusieurs articles en breton de la revue "Brug " - avait porté la durée du service militaire de deux à trois ans. Les Bretons sont marins : "les quatre-cinquièmes de la maistrance étaient bretons, et presque tous de Basse-Bretagne" . Mais ils sont aussi fantassins : sur le front, ils sont généralement présents en première ligne. Au total, la région fournit 318 000 mobilisés, et c'est la nouveauté de la période : pendant quatre ans, ce sont tous les jeunes gens valides en âge d'être incorporés qui, confrontés à la guerre, sont impliqués dans un nouveau type de relation avec l'extérieur. Beaucoup n'en reviendront pas :
A l'arrière, la population est avide d'informations sur la guerre. On peut supposer que l'observation faite sur la diffusion de la presse à Pordic, pas très loin de la limite linguistique, est significative de ce qui se passe dans toute la région : pour 900 familles, on y lit alors 1 060 quotidiens et périodiques, contre à peine 500 avant la guerre. "Kroaz ar Vretoned" continue de paraître en breton. "Le Courrier du Finistère", qui avait cessé de publier des articles en breton au début du conflit, les reprend au bout de quelques mois. Dans la conversation courante, le monde des bretonnants adopte des mots nouveaux empruntés au français :
La conscription est généralisée à la fin du XIXe siècle. Elle l'avait déjà été par la loi Jourdan de 1798, laquelle régularisait les décrets de réquisition de Barère sous la Terreur. Mais à compter de la Restauration, le recrutement fut assuré par tirage au sort parmi les jeunes de vingt ans, le remplacement étant admis, et la durée du service variant de 6 à 8 ans suivant les époques. Après la défaite de Sedan et la Commune, la loi du 27 juillet 1872 institue le principe d'égalité devant les obligations militaires : tous les jeunes gens sont appelés sous les drapeaux, mais le contingent est divisé en deux parties, dont l'une fait 5 ans, et l'autre seulement un an. Le service militaire devient donc obligatoire, mais il faut attendre la loi du 21 mars 1905 pour qu'il devienne égal et universel . Selon un manuel d'histoire, «tous les hommes du peuple y passent, quittent la Bretagne, y pratiquent le français. Le déplacement forcé renforce la conscience d'être différent mais augmente la volonté d'intégration» . J. Le Dû et Y. Le Berre analysent cette donnée en d'autres termes : d'après eux, les guerres et la conscription «ont beaucoup concouru à un notable élargissement de l'horizon géographique, donc culturel, des habitants bretonnants des campagnes» .
Il ne semble pas, pourtant, que les effets de la conscription aient fait l'objet d'une étude particulière sous cet angle précis. Ce qui est certain, c'est que du fait de la conscription obligatoire, tous les bretonnants de sexe masculin ont été mis à un moment donné en situation de contact avec des francophones. Ayant à séjourner loin de leur pays d'origine, les soldats d'origine bas-bretonne ont dû apprendre le français : le soldat Le Pennec, dont François Le Gallou a remarquablement interprété la destinée, sur scène et dans le film «Comme un ange après temps de misère», écrivait en français à sa famille de Cavan, depuis les champs de bataille napoléoniens . D'après la correspondance adressée par l'instituteur de Prat à Gaultier du Mottay, si la connaissance du français progresse dans sa commune, on le doit «au retour des militaires». Selon l'Inspecteur Primaire de Brest, en 1863, «la loi sur le recrutement de l'armée appelle chaque année sous les drapeaux un certain nombre de jeunes gens qui reviennent dans leur commune avec une certaine connaissance du français» . L'écrivain Yeun ar Gow fait le bilan du séjour obligé de son grand-père pendant sept ans à Verdun : «quand il eut fini son temps, il savait un peu le français; il avait aussi appris à lire les chiffres qu'ont les soldats sur leur veste et leur manteau» .
Pendant longtemps, certains régiments n'étaient composés que de Bas-Bretons. Yves Le Gallo cite à leur propos deux témoignages, à soixante ans de distance.
En 1871, l'Evêque de Quimper reçoit la demande suivante de l'Archevêque de Rennes : «nos hôpitaux regorgent de vos pauvres Bretons bretonnants, et nous n'avons plus à Rennes qu'un de vos aumôniers qui parle la langue. Aurez-vous la charité de nous envoyer un de vos bons prêtres bretons pour quelques semaines, afin de secourir ces bons chrétiens que nous ne pouvons confesser, n'entendant pas leur langue ?». Déjà, en 1813, l'attention de son prédécesseur avait été attirée sur «les militaires malades qui remplissent les hôpitaux de Paris (parmi lesquels) on trouve un très grand nombre de jeunes bas-bretons, presque tous vos diocésains. Nous n'avons pas de prêtres qui entendent leur langage et qu'ils puissent eux-mêmes entendre» .
C'est à ces mêmes militaires, rescapés des débâcles napoléoniennes, que fut confronté René-Théophile Laënnec, à l'hôpital de La Salpêtrière, quelques mois avant qu'il n'invente le stéthoscope. D'après sa correspondance, il trouve les Bretons «plus à plaindre que tous les autres malades. Isolés dans des salles où ils ne pouvaient se faire entendre de personne, presque tous attaqués du mal du pays, ils tombaient pour la plupart dans le plus profond découragement (…) J'en ai de tous les dialectes et j'ai par conséquent été obligé de reprendre mes études celtiques» . Les conditions d'incorporation étaient sans aucun doute différentes aux deux dates, mais l'usage du breton n'avait pas subi de transformation apparente.
Les témoignages suivants sont postérieurs, puisqu'ils remontent au début du XXe siècle, mais ils décrivent bien les souffrances des Bas-Bretons pendant leur incorporation :
Si les Bas-Bretons ignoraient le français en partant pour l'armée, ils le savaient davantage en revenant. Mais, en réintégrant leur famille, les anciens appelés se remettaient à s'exprimer usuellement en breton. Ce n'est qu'ensuite que la connaissance du français, acquise à l'école, puis affermie durant le service militaire, a débouché sur une pratique de plus en plus intensive de la langue nationale . Mais autant, sinon plus que le service militaire lui-même - qui ne touchait que la population masculine - les guerres ont eu de profondes conséquences sur les usages linguistiques. Ce n'est pas sans raison que la guerre 14-18 peut être considérée comme un moment-clé dans l'évolution sociolinguistique de la Basse-Bretagne.
La raison généralement invoquée en est le séjour prolongé de dizaines de milliers de jeunes Bretons sur le front. Mais en Basse-Bretagne aussi, les incidences sont mesurables : en 1917, le curé-doyen de la paroisse Saint-Louis de Lorient déclare qu'il lui est «impossible de prêcher en breton» depuis le début de la guerre, et le recteur de Keryado qu'il doit prêcher en français «à toutes les messes» depuis la même date.
Le scénario se reproduit au cours de la seconde guerre, en s'étendant géographiquement. A Langonnet, le recteur entreprend de prêcher en français à partir de l'exode des Lorientais. Des messes, dites «messes des réfugiés» - comme il y avait en d'autres temps des «messes des touristes» - sont dites à Melrand, Locmalo, Saint-Tugdual… Il en est de même dans l'évêché voisin, et dans bien des paroisses il y a désormais, comme à Plabennec, «des causeries françaises» à destination des réfugiés, mais dont profite aussi la population locale, et en particulier celle des bourgs. A Plougastel-Daoulas, la guerre amène des familles non-paysannes et non-bretonnantes à s'installer pour la première fois à la campagne.
La guerre est bien vécue comme un moment de perturbation linguistique. Les Douarnenistes qui viennent se ravitailler à Guengat de 1940 à 1944 sont aussi bretonnants que ceux chez qui ils se présentent, mais les uns et les autres ont désormais le même français à leur disposition : ils n'ont donc pas besoin de surmonter les différences qu'ils perçoivent mutuellement dans leur breton… En mettant en contact des populations qui ne l'auraient jamais été en d'autres circonstances, la guerre aiguise la perception qu'elles peuvent avoir de leur propre pratique linguistique. A Locmélar, «le passage des réfugiés aura fait du tort au breton» : le français est confirmé dans sa fonction de moyen de communication extra-local, alors que le breton est perçu comme limitatif, et du même coup relégué dans un statut de second rang .
La dernière guerre a donc bien contribué à
l'accélération
d'un processus. Si, à ce moment, ou juste après, les
jeunes
ménages décident d'élever leurs enfants en
français,
si les jeunes filles de la campagne prennent les premières,
délibérément,
le parti de s'exprimer de préférence en français,
c'est que la guerre a, sous bien des aspects, joué le rôle
de déclic : la correspondance des séminaristes
finistériens,
en 1946, est très explicite à cet égard.
Sujets
d'étude
L'on peut cependant remarquer que le processus du changement de langue s'est généralement développé sur trois ou quatre générations :
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proche du monolinguisme |
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bons bilingues |
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bilinguisme ou diglossie |
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connaissance passive |
Suzanne Le Rouzic décrit également la mutation linguistique qu'elle a observée parmi les bûcherons de Camors comme s'étant opérée. Ayant interrogé six d'entre eux, hommes et femmes, nés entre 1904 et 1925, elle en arrive aux conclusions suivantes :
Cette description du changement de langue survenu en l'espace de trois ou quatre générations est cohérente par rapport à l'évolution du nombre des bretonnants que nous avons rapportée jusqu'à présent. En fait, ce sont les parents nés après la première guerre mondiale qui décident de parler le français à leurs propres enfants, eux-mêmes nés après la dernière guerre. L'usage du breton est, alors, nettement perçu comme un obstacle que l'on ne peut surmonter qu'en l'éliminant.
Pour que la chose fût possible, plusieurs conditions devaient être réunies. Il fallait que les parents eux-mêmes aient su suffisamment de français pour le parler couramment à leurs propres enfants : on observera que ce n'est qu'à la 3e génération après l'instauration de l'enseignement primaire obligatoire que les parents se décident, dans les années d'après la dernière guerre, à élever leurs enfants en français, alors qu'ils continuent, le plus souvent, à s'exprimer, entre eux et avec leurs relations, en breton. L'enquête des séminaristes finistériens, en 1946, ne prouve pas qu'ils en aient toujours été réellement capables, leur faible connaissance de la langue nationale n'aboutissant parfois qu'à apprendre un triste jargon à leurs enfants. Mais l'important en la matière est qu'ils s'en soient crus capables. Au bout de quelques années, lorsque les enfants arrivent à l'adolescence, ils reviennent à l'usage du breton, mais le pas a été franchi.
Il fallait aussi qu'ils aient eux-mêmes souffert de ne pas savoir le français, à l'école, puis en dehors, pour se décider à changer de langue : c'est précisément le cas de ceux qui sont méthodiquement scolarisés, entre les deux guerres, ainsi qu'en témoignent notamment les écrits de P.J. Hélias.
Il fallait enfin une conscience au moins diffuse des transformations
qui allaient se produire au sein de la société bretonne.
A cet égard, la concomitance est parfaite entre les deux
phénomènes
: les parents font globalement le choix d'élever leurs enfants
en
français - comme cela a été très justement
daté et décrit par L. Elégoet pour le cas de
Saint-Méen
- au moment précis où s'enclenche, à partir de
1950, le plus vaste processus de modernisation de l'économie
qu'ait
jamais connu la Bretagne. Ce brusque mouvement vers la langue
nationale
aurait-il pu avoir lieu plus tôt avec une telle ampleur ? Il
semble
bien que non, à la fois pour des raisons linguistiques et pour
des
raisons sociales : d'une part, la connaissance et la pratique du
français
n'étaient pas suffisamment répandues au sein des
générations
précédentes (nées à la fin du XIXe ou au
début
du XXe siècle); d'autre part, n'avaient pas encore
émergé
le désir et la volonté d'insérer à ce point
l'économie régionale dans l'économie
française
dans son ensemble.
Sujets
d'étude
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80%
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17%
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86%
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98%
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2%
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50%
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75%
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25%
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6%
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73%
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27%
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94%
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-
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*46%
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*54%
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100%
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17%
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83%
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100%
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Tout d'abord, c'est au début du XXe siècle, et au plus tard aux alentours de la première guerre mondiale, qu'il a cessé d'être la seule langue connue de la majorité de la population : c'est alors que les monolingues bretonnants ont commencé à devenir la minorité. La pratique du breton est toujours majoritaire mais la connaissance du français est elle-même désormais le fait de la majorité.
Ensuite, c'est dans les années 1960 que le breton a cessé d'être connu de la majorité de la population de la Basse-Bretagne :
Il a donc suffi de moins d'un siècle pour transformer
radicalement les habitudes langagières de la Basse-Bretagne, et
pour que le breton de moyen de communication quasi-exclusif de toute
une
population, ne soit plus que le moyen d'expression marginalisé
d'une
fraction réduite de cette même population.
Sujets
d'étude
Dans le cas de la Basse-Bretagne, le changement de langue n'a pu se faire en particulier que parce qu'un profond mouvement d'opinion s'est, à un moment donné, prononcé dans ce sens. Le pouvoir d'Etat, à lui seul, ne pouvait l'imposer : les violentes réactions provoquées par les décisions d'Emile Combes en 1902 le prouvent d'abondance. A peine 50 ans plus tard, la jeunesse féminine opte ostensiblement pour le français et les familles décident de ne plus élever leurs enfants en breton : aucune injonction ne leur avait été adressée en ce sens. Chacune des familles a, dans cette initiative, ses propres motivations :
Cette mutation psychologique rend dès lors possible d'autres changements. Elle est effectivement intervenue, aux alentours de la dernière guerre, juste avant que la (Basse)-Bretagne n'entre dans une phase aiguë de bouleversements économiques qui vont la transformer fondamentalement. Le désir de changement de langue anticipe donc les mutations économiques, et contribue à les rendre possibles. Les conditions économiques et sociales vont ensuite accélérer le mouvement.
Pendant tout le XIXe siècle et, peut-on dire, pendant la première moitié du XXe siècle, il s'est trouvé des gens en Basse-Bretagne qui ont voulu apprendre et qui ont appris le français, de leur propre initiative, à celle de leurs parents, ou parce que les circonstances le leur imposaient. Cela a longtemps été le cas, en particulier, des familles aisées de la paysannerie, mettant leurs enfants en pension dans la ville voisine à cet effet. Mais ce mouvement, s'il contribuait à répandre la connaissance du français, n'entamait pas le bloc social des usagers du breton. Tant qu'entre les deux guerres, l'économie bretonne et en particulier l'agriculture restent en état de stagnation, la pratique du breton ne subit toujours pas d'évolution sensible. C'est seulement à partir du moment où l'économie régionale est entrée dans une phase nouvelle de mutations radicales que la pratique du breton subit elle aussi une transformation qui va se traduire par une diminution de 80% du nombre total de locuteurs entre les années 1950 et 1990. A bien des égards, l'économique a eu plus d'importance que le politique.
Ce qui, en dernière analyse, explique sur longue période la mutation linguistique intervenue en Basse-Bretagne, c'est en effet le développement des échanges. Il suffit d'observer que c'est à partir des villes et des agglomérations urbaines que les positions du breton sont minées en permanence. C'est ensuite à partir des bourgs et de leurs commerces que les campagnes environnantes sont touchées à leur tour. C'est en raison du développement des échanges, d'une part entre les campagnes et les villes, d'autre part, entre la région bretonnante et l'extérieur, que le breton a dû céder devant le français.
La mutation intervient au moment où la Bretagne s'apprête à vivre la plus formidable transformation de son histoire, une sorte de bond en avant à la chinoise que tous les analystes s'accordent pour considérer comme une révolution. Il est vrai que la Bretagne de 1990 n'a plus grand'chose à voir avec celle de 1950. En moins d'un demi-siècle, l'évolution est consommée. «La société bretonne s'est restructurée sur un nouveau mode, se rapprochant globalement de la moyenne française» (…).
Dès lors, il n'est pas suffisant de dire que les
transformations
radicales de l'économie bretonne intervenues au cours de ce
demi-siècle
ont eu pour effet la régression généralisée
de la pratique du breton. En réalité, l'abandon du
breton
a été, simultanément, l'une des conditions
nécessaires
de la modernisation économique. La «révolution
silencieuse», en Basse-Bretagne, c'est aussi la substitution, le
changement de langue.
Sujets
d'étude
Parler le bretonAujourd'hui, en Basse-Bretagne, tout le monde sait le français. Cela n'a pas toujours été le cas : lorsqu'ils voyagent "par les champs et par les grèves" en 1847, Gustave Flaubert et Maxime du Camp se retrouvent à la Pointe du Raz "plus incompris, plus perdus que chez les Lapons ou les Algonquins", ne trouvant personne à qui parler qui sache le français. En 1902, au moment de l'interdiction du breton pour la prédication, 50% des Bas-Bretons sont toujours monolingues bretonnants. Vers 1950, ces derniers ne représentent plus que 7% de la population de la zone concernée. Si l'on continue de parler le breton en Basse-Bretagne, ceux qui le font savent aussi désormais le français et dès lors sont donc tous bilingues. Ce qui veut dire qu'à l'inverse, un grand nombre de personnes ne savent plus que le français et ignorent donc le breton. Dans ce contexte, combien sont réllement à même de s'exprimer en cette langue ? Vers 1950, aux lendemains de la dernière guerre, le nombre total de bretonnants peut être estimé à 1 100 000 personnes, soit environ 75% de la population de la Basse-Bretagne. Depuis, en un demi-siècle, la diminution a été considérable : le premier sondage réalisé en 1990-91 par TMO faisait état en effet d'un taux de 21% de locuteurs parmi les personnes âgées de 15 ans et plus, ce qui représente le chiffre de 250 000 personnes capables de s'exprimer en breton, soit encore 17% de la population totale de la Basse-Bretagne. Contrairement à toute attente, le nouveau sondage de 1997 fait apparaître une sorte de stabilisation du nombre de locuteurs : 20% des personnes interrogées ont en effet répondu qu'elles pouvaient s'exprimer en breton "très bien" ou "assez bien" (graphique). Ce pourcentage représente une population de 240 000 bretonnants (âgés de 15 ans et plus) en Basse-Bretagne. Il ne faut cependant pas se réjouir trop rapidement d'un tel bon résultat : si la population bretonnante n'a pas continué à régresser entre 1990 et 1997, c'est essentiellement - ainsi que nous le verrons - en raison de son vieillissement. En
contrepoint, il apparaît que près du quart (23%) des
personnes
interrogées ne peuvent pas s'exprimer en breton en dehors de
quelques
mots, et surtout que 57% ne le parlent pas du tout. Dans leur
grande majorité - 80% - les Bas-Bretons sont donc
désormais des
monolingues francophones.
Graphique. La pratique du breton. Réponses à la question : "savez-vous parler le breton ?" Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997. ------------------------------------------------ Lire et écrire le bretonLa lecture L'on entend couramment dire que les bretonnants n'ayant jamais été alphabétisés en leur langue, ils ne savent ni la lire ni l'écrire. De manière tout à fait inattendue, le sondage de 1991 faisait déjà apparaître un pourcentage élevé - 10,5% - de personnes affirmant pouvoir lire le breton. Ce qui voulait dire que la moitié des locuteurs s'affirmaient capables de le lire. Le résultat de 1997 est encore plus surprenant, puisqu'à la question : "savez-vous lire le breton ?", ce sont 15,5% des personnes interrogées qui ont fourni une réponse positive, ce qui représente une population d'environ 180 000 personnes. Ce qui veut dire aussi que les 3/4 des bretonnants seraient à même de lire en leur langue. Ceci étant, il convient de relativiser aussitôt cette compétence en lecture. Deux questions complémentaires permettent cette fois de savoir non seulement avec quelle "facilité" les intéressés lisent le breton, mais aussi quel usage font-ils concrètement de cette compétence. Il n'est pas sans intérêt de savoir au préalable comment les personnes concernées ont-elles apris à lire en breton. La part d'"auto-alphabétisation" est importante, puisque la moitié de ceux qui en ont la capacité l'ont appris, soit seuls, soit avec leurs parents. Mais la part de l'enseignement n'est pas négligeable non plus, puisque 20% de ceux qui savent lire le breton affirment avoir appris à le faire "à l'école ou dans des cours", et que 22% l'ont appris dans le cadre du catéchisme. Il est probable que ce sont les plus âgés qui ont ainsi appris la lecture en breton en même temps que le catéchisme, dans la mesure où l'on a généralement cessé de l'enseigner dans cette langue autour des années 1930-1940. En ce qui concerne leur compétence en lecture, la plupart des bretonnants reconnaissent qu'elle est limitée.
Moins de 10% de ceux qui sont capables de lire le breton déclarent qu'ils le font "très facilement". La grande majorité (62%) le fait "difficilement" ou "assez difficilement". Cependant, si l'on totalise ceux qui lisent "facilement" et ceux qui le font "assez facilement", l'on aboutit à une estimation de 60 000 personnes. Dans quelle mesure cette compétence est-elle concrètement exercée ? Les réponses à cette question recoupent les précédentes.
Il semble bien que la plupart des lecteurs potentiels ne lisent pas ou pas beaucoup en breton : moins de 10% de ceux qui sont capables de lire le font "régulièrement" ou "souvent". Mais ces lecteurs "assidus" (1,7% de l'échantillon global) représentent tout de même une population de près de 20 000 personnes. Sachant que l'on publie en breton une dizaine de périodiques et de 60 à 80 livres par an, on peut considérer que ce sont ces lecteurs-là qui constituent sans doute le public le plus large de l'édition en langue bretonne. Cependant, les 2/3 de ceux qui affirment pouvoir lire en breton, en réalité, lisent "rarement" (40%) ou ne lisent "jamais" (23%). L'écriture Pour ce qui est de l'écriture, chacun connaît la complexité de la situation bretonne, puisque plusieurs orthographes sont en concurrence et que par ailleurs ce dossier a évolué avec le temps. Il était cependant intéressant de savoir combien de personnes affirment être en mesure d'écrire en breton. Déjà, en 1991, 4,5% des personnes interrogées avaient déclaré une compétence en ce domaine, ce qui apparaissait comme un pourcentage considérable. En 1997, le taux de réponses positives atteint 8%, ce qui représente une population d'environ 100 000 personnes. Si l'on rapporte ces chiffres au nombre de 240 000 bretonnants que nous avons établi précédemment, cela signifie que 2 bretonnants sur 5 se reconnaissent une certaine capacité à écrire en leur langue. Mais, de même que pour la lecture, il convient d'interpréter ces données avec prudence. En effet, si l'on ne prend en considération que ceux qui déclarent savoir écrire en breton, 80% d'entre eux reconnaissent qu'ils ne peuvent le faire que "moyennement". Il n'y a donc que 20% d'entre eux à pouvoir le faire "très bien" ou "assez bien" (soit 1,5% de l'échantillon global). L'estimation de la population concernée équivaut à celle du nombre de lecteurs assidus : près de 20 000 personnes également. ------------------------------------------------ Le vieillissement de la population bretonnanteQui sont les bretonnants de la fin du XXe siècle ? Nous avons vu que de 1990-91 à 1997 le pourcentage de locuteurs n'a pratiquement pas bougé - ce qui pouvait constituer une heureuse surprise. Mais cette stabilité apparente occulte des évolutions autrement plus inquiétantes. Dès que l'on entreprend en effet de procéder à la caractérisation de la population bretonnante au moyen des différents critères sociaux ou des variables extra-linguistiques habituellement utilisés en sociolinguistique (tels que le sexe, l'âge, la profession ou la classe sociale…), la donnée majeure qui s'impose à l'analyste est celle du vieillissement de cette population. Entre les deux sondages TMO, la répartition par tranches d'âges des locuteurs s'est en effet considérablement transformée. Si l'on tente de répartir les bretonnants en fonction de leur âge (graphique), la donnée la plus remarquable est assurément le fait que très exactement 50% des bretonnants - c'est-à-dire la moitié ! - se situent désormais dans la tranche d'âges des 60-74 ans. Si on leur ajoute le groupe des 75 ans et plus, le pourcentage s'élève à 67% ! Autrement dit, 2 bretonnants sur 3 se situent désormais dans la catégorie des plus de 60 ans : au nombre de 160 000, ils constituent donc la plus grande partie des 240 000 personnes capables de s'exprimer en breton en Basse-Bretagne. En sept ans, l'évolution, sur ce point, a été très importante, puisque lors du premier sondage TMO le pourcentage de bretonnants de plus de 60 ans n'était que de 45%. Il a donc augmenté de plus de 20 points durant ce laps de temps. Dans ces conditions, il n'est pas surprenant que les autres tranches d'âges soient beaucoup moins bien représentées. On observe tout d'abord que le pourcentage des 15-19 ans est infime (0,5%). La catégorie des 20-39 ans ne compte que pour 5%. Au total, au-dessous de 40 ans, il n'y a plus que 13 000 personnes qui puissent parler le breton. Restent les tranches d'âges intermédiaires, celles des 40-59 ans : elles se situent au niveau de 28%, soit environ 67 000 personnes. La coupure entre les générations bretonnantes et celles qui ne le sont plus guère se situe désormais autour des 50 ans - alors qu'elle s'établissait autour de l'âge de 40 ans au début des années 1990. Mais ce glissement est "logique", dans la mesure où les personnes concernées ont vieilli d'une dizaine d'années, dans la mesure surtout où "les années décisives" se situent autour de la dernière guerre : jusque vers 1950, la langue maternelle était généralement le breton, du moins en zone rurale; à compter de ces années-là, les familles font massivement le choix d'élever leurs enfants en français.
Graphique. Répartition des bretonnants par tranches d'âges. Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997.
------------------------------------------------ Les préférences des locuteursOn peut poser aux sondés la question de savoir si, finalement, c'est en breton ou en français qu'ils s'expriment le plus souvent. Les tendances déjà observées en 1991 se renforcent : il se confirme que le breton, même pour ceux qui le savent, n'est plus que d'un usage occasionnel. Ceux qui considèrent qu'ils le parlent "plus souvent" que le français ne sont plus que 12%, ce qui représente une diminution de 1% par an. La perte se répartit entre les deux autres comportements possibles : 10% estiment qu'ils parlent "autant" breton que français; mais surtout 77% - soit les 3/4 des locuteurs - reconnaissent aujourd'hui qu'ils emploient "moins souvent" la langue régionale que la langue nationale. De toute façon, le comportement des locuteurs varie suivant le contexte. Ainsi, si dans un groupe tout le monde sait le breton, la langue de la conversation, dans 80% des cas, sera le breton (tableau 10). Par contre, il suffit qu'il y ait dans le groupe quelqu'un qui ne parle pas le breton pour que dans 90% des cas ce soit le français qui soit immédiatement utilisé. Comportement caractéristique : il n'est pas question d'exclure des échanges quelqu'un qui ne pratique pas votre langue. Il y a en quelque sorte accomodation linguistique en fonction de la langue utilisée par l'interlocuteur. Au bout du compte, il n'y aurait que 7% des bretonnants à poursuivre la conversation en leur langue en présence de non-locuteurs. Le phénomène se vérifie dès qu'on fait intervenir la variable "âge" dans l'analyse de ce processus. Si l'on demande aux bretonnants quelle langue ils préfèrent utiliser en présence d'enfants, de jeunes, de personnes de leur âge ou de personnes âgées, la réponse varie effectivement du tout au tout en fonction de la génération à laquelle on s'adresse (graphique). Avec les enfants et les jeunes, pas de surprise, puisque nous savons déjà qu'ils ne parlent pas ou presque pas le breton : c'est donc en français que les bretonnants déclarent s'adresser à eux dans 95% des cas, autrement dit de manière tout à fait courante.
Graphique. L'usage du breton en groupe, en fonction de la langue des interlocuteurs : les jeunes, les personnes de même âge, les personnes plus âgées. Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997. Il n'est pas davantage surprenant que les bretonnants ont le sentiment d'utiliser les deux langues de manière à peu près équivalente, lorsqu'ils s'adressent à des personnes de leur âge. C'est de même tout naturellement - dans 85% des cas - que l'on s'adressera en breton à un interlocuteur plus âgé. La répartition des usages tient compte logiquement de la capacité des locuteurs à s'exprimer ou non en breton : comme la plus grande masse des locuteurs se retrouve dans la catégorie des plus de 60 ans, il est plus facile pour quelqu'un qui s'exprime aisément en breton d'avoir une conversation en cette langue avec des gens de son âge, et a fortiori avec des gens plus âgés.
------------------------------------------------ Faut-il ou non conserver le breton ?Quelles
sont en pratique les motivations des personnes sondées
concernant le
devenir du breton ? A la question : "faut-il conserver le breton", il
leur était demandé aussi d'expliquer le "pourquoi" de
leur opinion.
Quelques grands thèmes peuvent être définis sans
difficulté . Les arguments "pour" Pour ceux qui ont répondu positivement à la
question :
"faut-il conserver le breton ?", il apparaît tout d'abord que la référence
à la "culture" et au "patrimoine"
est la plus fréquente, aussi bien chez les non-bretonnants que
chez les
bretonnants. Mais un écart de près de 10 points
sépare les locuteurs
(33% seulement de références à cette notion) de
ceux qui ne le sont pas
(42% de références). Les autres arguments avancés
sont les suivants : Ceux qui ne croient pas qu'il est nécessaire de
maintenir la
langue bretonne avancent, pour leur part, trois types d'arguments : ------------------------------------------------ Les chiffres à retenirEn conclusion, les chiffres de base qu'il faut retenir du sondage de 1997 sur la pratique du breton en Basse-Bretagne sont les suivants :
Sondage F. Broudic / TMO-Régions, avril 1997.
Mais au-delà ce ces premiers constats, la réalité apparaît beaucoup plus contrastée, puisque
Il convient de rappeler en outre que ces résultats ne concernent que la population âgée de 15 ans et plus, résidant en Basse-Bretagne. Certes le nombre de ceux qui sont capables de parler le breton, parmi les jeunes de moins de 15 ans, est très faible, et les résultats du sondage ne peuvent donc guère être affectés par le fait que les moins de 15 ans ne pouvaient être inclus dans l'enquête. Si l'on rapporte dès lors les chiffres précédents à la population de l'ensemble de la Basse-Bretagne les pourcentages sont très différents :
Que représentent par ailleurs les 240 000 bretonnants de Basse-Bretagne pour l'ensemble de la Bretagne ? Le tableau suivant met en évidence les pourcentages de locuteurs que l'on obtient, en fonction des échelles géographiques et démographiques que l'on adopte comme référence :
Ceux qui sont à même de parler le breton sont déjà une minorité en Basse-Bretagne même : ils le sont encore plus sur l'ensemble de la région, puisqu'ils représentent moins de 10% de la population de la Région Bretagne et 6% seulement de la population dans la Bretagne historique à 5 départements. |
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La langue bretonne en net
déclin
23 Décembre 2004 - http://www.britia.com/page.php?id=19
Le breton langue morte dans vingt ans ? Dans un récent
rapport,
l'Office de la langue bretonne (Ofis ar Brezhoneg) tire la sonnette
d'alarme.

L'étude montre que chaque année, le nombre de bretonnants
chute d’environ quinze mille. Faute de combattants, le breton pourrait
cesser d’être une langue vivante d’ici deux décennies. A
la
fin du XIXe siècle, dans les cinq départements bretons,
près
de deux Bretons sur trois le parlaient ou le comprenaient. En ce
début
du
XXIe siècle, ils ne sont même pas un sur dix (7.5%) .
Autre raison d'inquiétude : les deux tiers des locuteurs ont
plus
de 60 ans.Pourtant huit Bretons sur dix sont unanimes à vouloir
conserver leur langue régionale.
Comment enrayer ce déclin ? L’Office de la langue bretonne considère qu'il n’est pas irréversible pour peu qu’une politique volontariste soit rapidement menée. Ce qui ne semble pas être le cas actuellement du côté des pouvoirs publics.
Ce rapport de 260 pages est disponible (30 €) à l’Office de la langue bretonne, 10 rue Nantaise à Rennes.Pour aller plus loin
Fañch BROUDIC. - Histoire de la langue bretonne. - Rennes :
Editions
Ouest-France, 1999. - 64 p., ill. ISBN : 2-7373-2495-5.- 7,62 €
Fañch Broudig : La Pratique du Breton de l'Ancien Régime
à nos jours 33,54 €
Fañch Broudig : Qui parle breton aujourd'hui ?FF 70.00
Fañch Broudig : L'interdiction du breton en 1902 FF 148.00
Fañch Broudig : L'interdiction du breton en 1902 FF 148.00
Bernard Tanguy et Michel Lagrée: Atlas d'histoire de Bretagne
Les régions de langue et de culture celtique
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Parler le breton: statistiques
http://www.portailbreton.fr.st/
De fait, plus de 80% des habitants de la Basse-Bretagne ignorent le français sous le Second Empire. En 1902, ils sont 50% dans ce cas. Vers 1950, il y a toujours quelques 100 000 monolingues bretonnants.
"IL EST INTERDIT DE CRACHER PAR TERRE ET DE PARLER BRETON"
CONVENTION NATIONALE - RAPPORT:
Sur la
nécessité
et les moyens d'anéantir le patois, et d'universaliser l'usage
de
la langue française.
Histoire
de la langue bretonne
Interdiction
du breton en 1902
ö
ö
ö
http://www.kervarker.org/fr/dan09_01_skrid.html
La langue bretonne (super): http://www.kervarker.org/fr/whatisbreton_01_noid.html

La langue bretonne: http://www.kervarker.org/fr/whatisbreton_01_noid.html

Vallerie, Erwan/ Nono: Il sont fous ces Bretons!! Coop Breizh, 2003.

Les aires linguistiques des langues régionales de France
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LE MONDE 03.10.03 ![]() |
L'enseignement des langues régionales en France : effectifs d'élèves dans les établissements publics, privés et associatifs ![]() |
La langue bretonne - Le verbe être / bezañ
Infinitif : bezañ, bout
Participe présent : o vezañ
Participe passé : bet
Présent :
on
out
zo, eo, eus
omp
oc'h
int
oar, eur
Imparfait :
oan
oas
oa
oamp
oac'h
oant
oad
http://www.wagner-juergen.de/franz/geobret2.doc
L'État face à la langue bretonne »
Klask - Volume 4
de Valérie Lachuer
10,67 €
"Pour l'unité linguistique de la France, la langue
bretonne doit disparaître". Cette phrase définitive et
sans appel, pronocée en 1925 par de Monzie, le ministre de
l'instruction publique d'alors, est l'aboutissement de plus
d'un siècle de nettoyage linguistique en Bretagne. Le "Symbole"
qu'ont pu connaître nos parents et grands-parents aurait pu en
être le presque point final, s'il n'y avait encore aujourd'hui
des gens qui se battent pour une langue
actuellement toujours en péril.
Diwan: http://skeudenn.ouestfrance.fr/langue.htm
La langue bretonne - Le verbe être / bezañ
LEVR GWENN HA DU AR BREZHONEG |
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http://www.kervarker.org/fr/levr_25_period.html |
| FRANÇAIS, LANGUE DE LA CLARTE Le français, par un privilège unique, est seul resté fidèle à l'ordre direct {...} la syntaxe française est incorruptible. C'est de là que résulte cette admirable clarté, base éternelle de notre langue. Ce qui n'est pas clair n'est pas français. Antoine Rivarol, 1782, Discours sur
l'Universalité
de la langue française. |
| LA SUPERSTITION PARLE BRETON Parmi les idiomes anciens, welches, gascons, celtiques, visigoths, phocéens ou orientaux, {...} nous avons observé que l'idiome appelé bas-breton, l'idiome basque, les langues allemande et italienne ont perpétué le règne du fanatisme et de la superstition, assuré la domination des prêtres, des nobles et des patriciens, empêché la révolution de pénétrer dans neuf départements importantsnote, et peuvent favoriser les ennemis de la France. Le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton; l'émigration et la haine de la République parlent allemand; la contre-révolution parle italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d'erreur. Barrère, 1794, Rapport au comité de
salut
public |
| DESPOTISME ET VARIETE LINGUISTIQUE Le despotisme maintenait la variété des idiomes. Barrère, 1794, Rapport au comité de
salut
public |
| JARGONS D'ailleurs combien de dépenses n'avons nous pas faites pour la traduction des lois des deux premières assemblées nationales dans les divers idiomes parlés en France! Comme si c'était à nous à maintenir ces jargons barbares et ces idiomes grossiers qui ne peuvent servir que les fanatiques et les contre-révolutionnaires ! Barrère, 1794, Rapport au comité de
salut
public |
| IGNORER LA LANGUE FRANCAISE C'EST TRAHIR LA PATRIE Laisser les citoyens dans l'ignorance de la langue nationale, c'est trahir la patrie; c'est laisser le torrent des lumières empoisonné ou obstrué dans son cour; c'est méconnaître les bienfaits de l'imprimerie, car chaque imprimeur est un instituteur public de langue et de législation. Barrère, 1794, Rapport au comité de
salut
public |
| LA MEME LANGUE POUR TOUS Citoyens, la langue d'un peuple libre doit être une et la même pour tous. {...} Tandis que les peuples étrangers apprennent sur tout le globe la langue française {...} on dirait qu'il existe en France six cent mille français qui ignorent absolument la langue de leur nation {...} il n'appartient qu'à elle {la langue française} de devenir universelle Barrère, 1794, Rapport au comité de
salut
public |
| DES MAITRES POUR ENSEIGNER LA LANGUE FRANCAISE ET LES DROITS
DE L'HOMME Article I. Il sera établi {...} un instituteurs de langue française dans chaque commune de campagne des départements du Morbihan, du Finnistère, des Cotes du Nord, d'Ille et Vilaine, et dans la partie de la Loire Inférieure dont les habitants parlent l'idiome breton. {...} Article IV. Les instituteurs seront tenus d'enseigner tous les jours la langue française et la Déclaration des Droits de l'Homme {...} Décret de la Convention sur les langues, 1794. |
| PATOIS BRETON, LANGUE FRANCAISE Nous n'avons plus de provinces, et nous avons encore environ trente patois qui en rappellent les noms. Peut-être n'est-il pas inutile d'en faire l'énumération: le bas-breton, le normand, le picard, le rouchi ou wallon, le flamand, le champenois, le messin, le lorrain, le franc-comtois, le bourguignon, le bressan, le lyonnais, le dauphinois, l'auvergnat, le poitevin, le limousin, le picard, le provençal, le languedocien, le velayen, le catalan, le béarnais, le basque, le rouergat et le gascon {...} Au nombre des patois on doit placer encore l'italien de la Corse, des Alpes Maritimes, et l'allemand des Haut et Bas Rhin, parce que ces deux idiomes y sont très dégénérés. {...} Ainsi avec trente patois différents, nous sommes encore, pour le langage, à la tour de Babel, tandis que, pour la liberté, nous formons l'avant-garde des nations. Henri Grégoire, 1794, Rapport sur la
nécessité
et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage
de
la langue française |
| LA LIBERTE EN UNIFORME PARLE FRANCAIS {...} on peut uniformer le langage d'une grande nation {...} Cette entreprise qui ne fut pleinement exécutée chez aucun peuple, est digne du peuple français, qui centralise toutes les branches de l'organisation sociale et qui doit être jaloux de consacrer au plus tôt, dans une République une et indivisible, l'usage unique et invariable de la langue de la liberté. En général, dans nos bataillons on parle français, et cette masse de républicains qui en aura contracté l'usage le répandra dans ses foyersnote. Henri Grégoire, 1794, Rapport sur la
nécessité
et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage
de
la langue française |
| ENSEIGNER, PERSUADER, FRANCISER {...} la Convention nationale décréta {...} qu'il serait établi des instituteurs pour enseigner notre langue dans les départements où elle est le moins connue. Cette mesure très-salutaire {...} doit être secondée par le zèle des citoyens. La voix douce de la persuasion peut accélérer l'époque où ces idiomes féodaux auront disparus. Un des moyens les plus efficaces peut-être pour électriser les citoyens, c'est de leur prouver que la connaissance et l'usage de la langue nationale importent à la conservation de la liberté. Henri Grégoire, 1794, Rapport sur la
nécessité
et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage
de
la langue française |
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http://www.kervarker.org/fr/levr_26_period.html |
MORT DU BRETONAujourd'hui le bas-breton, le basque, le gaélique, meurent de cabane en cabane, à mesure que meurent les chevriers et les laboureurs.Chateaubriant, 1822. Mémoires d'Outre-Tombe (publiées en 1848). |
| BRETAGNE COLONIE La Basse-Bretagne, je ne cesse de le dire, est une contrée à part qui n'est plus la France. Exceptez en les villes, le reste devrait être soumis à une sorte de régime colonial. Je n'avance rien d'exagéré. Créons pour l'amélioration de la race bretonne, quelques unes de ces primes que nous réservons aux chevaux et faisons que le clergé nous seconde en n'accordant la première communion qu'aux seuls enfants parlant le français. Auguste Romieu, sous-préfet de Kemperle, 1831 |
| LANGAGE DUR Les Bas-Bretons ont un langage dur et difficile à comprendre. Leurs habitudes, leurs coutumes, leur crédulité et leurs superstitions leur laissent à peine une place au dessus de l'homme sauvage. Le paysan y est d'une malpropreté dégoûtante. Son habitation peut presque se comparer à celle d'Hottentots{...} En général les paysans ont une mauvaise physionomie, stupide et brutale à la fois. Malte Brun, Les jeunes voyageurs en France, 1831 |
| BRETON PIRE QUE LE CATALAN Croyez-moi, Monsieur, le catalan qui me faisait tant enrager n'est qu'un jeu d'enfant auprès du bas breton. C'est une langue que celle-là. On peut la parler fort bien, je crois, avec un bâillon dans la bouche, car il n'y a que les entrailles qui paraissent se contracter quand on cause en bas breton. Il y a surtout l'h et le c'h qui laissent loin derrière la jota espagnole. Les gens qui parlent cette belle langue sont bons diables, mais horriblement sales{...} On voit dans les villages les enfants et les cochons se roulant pêle-mêle sur le fumier, et la pâtée que mangent les premiers serait probablement refusée par les cochons du Canigou. Prosper Mérimée, lettre à
Jaubert de
Passa, 1835. |
| APPRENEZ LE BRETON Sachez qu'il y a quatre manières de conjuguer un verbe breton: ci 4. Plus une cinquième au moyen du verbe auxiliaire ober faire, lequel se conjugue aussi de quatre manières: ci 4x4 Plus qu'il y a quatre dialectes différents à savoir celui de: Tréguier, Saint-Pol-de-Léon, Cornouaille, Vannes: ci, 4 x 4 x 4 x 4 = 64 Apprenez (sic) ensuite le breton si le c\oeur vous en dit. Prosper Mérimée lettre à un
ami, 4
septembre 1835. |
| LANGUE DIABOLIQUE Vous saurez d'abord que c'est vers la Bretagne, la douce et la bretonnante, que se sont dirigées mes courses cette année{...} Quant aux naturels du pays hélas! c'est la province sans soleil. Croiriez vous que j'ai fait quatre cent lieues en Bretagne sans déboutonner ma braguette. Impossible de toucher sans pincette les personnes du sexe de Brest, Morlaix, Saint Brieux (sic), Rennes, Vannes, Quimper. Ce n'est qu'à Nantes que la Providence m'a envoyé soulagement{...} Au lieu de votre joli patois dont on comprend toujours quelque chose, c'est une langue que le diable a inventée que l'on parle là-bas et qui n'a pas moins de quatre dialectes très différents. Lavarèt d'in pélèc'h azô ünenbennak ago zéfé gâllec? Voilà tout ce que j'ai pu apprendre à dire m'écorchant le gosier: Dites moi où il y a quelqu'un qui parle français. Jamais, à moins qu'on ne lui fasse une opération chirurgicale, un Provençal ne prononcera pélèc'h. Mangez une olive crue, et en crachant, vous ferez un bruit approchant ce c'h. Par dessus le marché, ces sauvages ne m'ont-ils pas persécuté dans leurs journaux, m'accusant d'avoir enlevé d'autorité à leur province un manuscrit d'un certain barde du Vè siècle, Guiclan ou Guinclan, manuscrit que j'ai cherché partout inutilement et dont j'ai appris l'existence à la plupart de leurs doctes! Prosper Mérimée lettre à
Requien, 1836. |
| TUER Surtout rappelez-vous, messieurs, que vous n'êtes établis que pour tuer la langue bretonne. Un sous-préfet du Finistère Discours
aux instituteurs,
1845. |
| SUBSTITUER Nos écoles, dans la Basse-Bretgne, ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au breton et ce serait incontestablement un bienfait. C'est en breton, par l'exigence de MM. les Recteurs, qu'on y enseigne le plus généralement le catéchisme et les prières: c'est un mal. Nos écoles dans la Basse Bretagne ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au breton. Préfet des Cotes du Nord, 1846. Lettre
à l'évêque
de Saint-Brieuc. (Annales de Bretagne, novembre 1912) |
| BRETON, LANGUE MORTE Si l'on veut comprendre la Vendée, qu'on se figure cet antagonisme: d'un côté, la Révolution française, de l'autre le paysan breton. En face de ces évènements incomparables, menace immense de tous les bienfaits à la fois, accès de colère de la civilisation, excès du progrès, amélioration démesurée et inintelligente, qu'on place ce sauvage grave et singulier, cet homme à l'\oeil clairet aux longs cheveux, vivant de lait et de châtaignes, borné à son toit de chaume, à sa haie et à son fossé, distinguant chaque hameau du voisinage au son de sa cloche, ne se servant de l'eau que pour boire, ayant sur le dos une veste de cuir avec des arabesques de soie, inculte et brodé, tatouant ses habits comme ses ancêtres les Celtes avaient tatoué leurs visages, respectant son maître dans son bourreau, parlant une langue morte, ce qui est faire habiter une tombe à sa pensée, piquant ses b\oeufs, aiguisant sa faux, sarclant son blé noir, pétrissant sa galette de sarrasin, vénérant sa charrue d'abord, sa grand-mère ensuite, croyant à la Sainte Vierge et à la Dame Blanche, dévot à l'autel et aussi à la haute pierre mystérieuse debout au milieu de la lande, laboureur dans la plaine, pêcheur sur la côte, braconnier dans le hallier, aimant ses rois, ses seigneurs, ses prêtres, ses poux ; pensif, immobile, souvent des heures entières sur la grande grève déserte, sombre écouteur de la mer. Et qu'on se demande si cet aveugle pouvait accepter cette clarté{...} Victor Hugo, 1874. Quatre-Vingt Treize |
| BRETON, LANGUE D'ARRIERES MENTAUX Le petit Breton est abandonné à lui-même dès qu'il peut marcher. A peine vêtu, malpropre, il patauge toute la journée par les chemins, mange à l'écart un morceau de pain noir, joue peu, ne parle pas{...} S'il a huit ans d'âge physiquement, il en a trois à peine pour le développement intellectuel. Y a-t-il lieu, dans ces conditions, de tenir compte des quelques mots bretons qui lui ont suffi pour traîner jusque là une vie rudimentaire ? Je ne le crois pas. Mieux vaut admettre qu'il ne sait rien et commencer avec lui par le commencement, comme on fait à l'école maternelle. Poitrineau, inspecteur d'Académie à Vannes,
1888.
cité par Ar Falz, n°1, 1959 |
| PAS DE BRETON A L'ECOLE Un principe qui ne saurait jamais fléchir: pas un mot de breton en classe ni dans la cour de récréation. L'inspecteur d'académie Dausimont, 1897. Discours aux
instituteurs. |
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http://www.kervarker.org/fr/levr_27_period.html |
| LANGUE COURANTE L'école ni le régiment n'ont encore sensiblement atténué l'emploi du "brezoneck" qui reste la langue courante usuelle de toute la Basse-Bretagne. Séris L'enseignement du Français
dans les
écoles bretonnantes du Finistère, in La Revue
Pédagogique,
15 Mars 1902. |
| LANGUE ETRANGERE À la campagne, parler français c'est se faire remarquer et passer pour un étranger. De fait, c'est en breton que le recteur (curé) prêche, confesse, donne ses instructions, en breton que sont faites les annonces à la fin de la grand'messe, en breton que se traitent les affaires au marché, en breton que délibèrent la plupart des conseils municipaux {...} le breton reste la langue du foyer. Séris op. cit. |
| COMMUNION {...} Que l'Eglise n'accorde la première communion qu'aux seuls enfants parlant français. L'inspecteur d'académie Dantzer, 1902,
Discour devant
le Conseil Général du Morbihan. |
| INTERDICTION Les prêtres bretons veulent tenir leurs ouailles dans l'ignorance en s'opposant à la diffusion de l'enseignement et en n'utilisant que la langue bretonne dans les instructions religieuses et le catéchisme. Les Bretons ne seront républicains que lorsqu'ils parleront le français. Emile Combes, 1902, président du Conseil. |
| LANGUE VAINCUE (La langue bretonne), cette vaincue qui n'a pas su créer un chef d'\oeuvre et qui va nécessairement s'effacer, comme s'effacent et meurent les vieilles choses usées. Yves Le Febvre La Pensée Bretonne, janvier
1920 |
| LE BRETON, DOUBLE MAL Le maintien de la langue bretonne n'est pas seulement une erreur, c'est un double mal pour la France et pour la Bretagne. C'est un mal pour la France dont cette survivance retarde l'unité et amoindrit par contrecoup le pouvoir d'expansion et de rayonnement. C'est un mal pour la Bretagne qu'elle prive d'hommes qui eussent été utiles et glorieux. Le jour viendra, nous l'espérons, où tous les Bretons sauront écrire et parler le français. Ce jour-là la langue bretonne aura vécu. Yves Le Fèbvrenote, 1920, La
Pensée
Bretonne |
| UNITÉ LINGUISTIQUE Pour l'unité linguistique de la France la langue bretonne doit disparaître. Anatole de Monzienote ministre de l'Instruction
Publique
Inauguration de pavillon Bretagne à l'Exposition Universelle de
Paris, le 19 juillet 1925. |
| HONTE Langue de honteux, voilà la vérité. Et par suite, langue honteuse. Le Breton conserve précieusement, jalousement, indéfectiblement, comme ses pères, l'héritage le plus cher et le plus sacré : la honte de sa langue. Tangi Malmanchenote, 1926, La vie de Salaun
qu'ils
nommèrent le fou |
| BRETON ANÉMIQUE Vous êtes vous demandé pourquoi le paysan, qui faisait le beurre autrefois dans un ribot de bois, emploie actuellement une écrémeuse mécanique ? La question ne se pose même pas. Le Breton a maintenant a sa disposition, pour baratter ses pensées, un outil moderne et perfectionné qui est le français. Le vieux ribot il n'en a plus besoin. Tangi Malmanche op. cit. |
| EMPRISONNER LA REVENDICATION LINGUISTIQUE La seule réponse à faire aux revendications linguistiques bretonnes, c'est d'emprisonner tous ceux qui les formulent. Albert Dalimier, ministre du Travail et de la
Prévoyance sociale
(et futur ministre de la Justice) Discours, le 11 septembre
1932 à Tréboul. |
| LANGUE PATAUDE Ils vivaient dans leur langue pataude et leurs vêtements grossiers comme des espèces de bas bretons. Raymond Cartier Les 19 Europes, Plon, 1960. |
| COQUILLE D'OEUFS Le combat pour la survivance est noble et estimable. Il est un peu fou quand il est sans espoir: comme celui des bretonnants, des Basques, des Occitans, des Corsisans brandissant leurs costumes, apprenant leur langue ``maternelle'', battant à la recherche des vestiges humains de leur ``patrie'' une lande ou une montagne prise d'assaut par les antennes de télévision! Ce sont les coquilles d'\oeufs de l'omelette française; leurs plaintes sont sincèrement touchantes. H. de Montera La francophonie en marche. La guerre
des cultures.
Préface de Michel Debré. Editions Sédimo. Paris
1966
(p 125-126) |
| VIE PUBLIQUE, VIE PRIVEE Notre civilisation bretonne est notre vie privée à l'intérieur de la civilisation générale de la France, qui commande notre vie publique. Per-Jakez Heliaz "Lettre aux étudiants
bretons sur
les perspectives d'une culture bretonne", Ar Studier, 1966 |
| LANGUE DE COLONISE Muni de sa seule langue, le colonisé est un étranger dans son propre pays Albert Memmi, 1966, Portrait du
Colonisé |
| PAS DE PLACE POUR LE BRETON Il n'y a pas de place pour les langues et cultures régionales dans une France destinée à marquer l'Europe de son sceau. Georges Pompidou, 1972, Président de la
République Française. |
| FRATERNITE Le français n'est pas seul au monde : est-il fraternel aux autres langues? {...} Il est indispensable pour le français de ne s'opposer ni aux langues locales parlées sur tel ou tel point du territoire national, puisque nul ne songe à y remettre en cause son usage commun, ni aux langues autochtones d'Afrique, puisqu'elles n'ont aucune vocation à disparaître au profit de la langue française. {...} Aucune région française ne doit se dire brimée aujourd'hui, comme ce fut trop souvent le cas au cours du siècle dernier. Michel Bruguière rapporteur général du
Haut-Comité
de la Langue Française, 1978, Pitié pour
Babel,
un Essai sur les Langues, Nathan. |
| RECONNAISSANCE La présente Charte constitue de la part de l'Etat {...} un acte de reconnaissance de la personnalité culturelle de la Bretagne et l'engagement d'en garantir le plein épanouissement. Charte Culturelle, 1978 |
| LE TEMPS EST VENU Au delà des bonnes paroles il faut des actes {...} Le temps est venu d'un statut des langues et cultures de France. Le temps est venu de leur ouvrir grandes les portes de l'école, de créer des sociétés régionales de radio et télévision permettant leur diffusion, de leur accorder toute la place qu'elles méritent dans la vie publique. François Mitterrand, 1981, Discours de
campagne présidentielle,
Lorient. |
| PAS D'AVENIR Ce n'est pas rendre service à des enfants que de les enseigner dans une langue qui n'a pas d'avenirnote Jean-Pierre Chevènement, 1985, ministre de l'Education
Nationale |
| PATOIS BRETON Monsieur Lang ayant créé un Capes de patois breton, pourquoi ne pas créer un Capes de mendicité ? Il y a une culture à préserver, comme on dit de nos jours. Jean Dutourd France-Soir Magazine, Novembre
1985. |
| BEAUCOUP DE BRUIT POUR RIEN Le breton, plus on en parle, moins on le parle. Didier Eugène, directeur de la page
Bretagne dans
Ouest-France, 1er Aout 1989. |
| FRANÇAIS LANGUE DE LA REPUBLIQUE Le français est la langue de la République. Article 2 de la Constitution de la 5ème
République Française,
1992 |
| PRESERVATION La Bretagne doit préserver aussi son identité culturelle, y compris sa langue, dont la disparition serait une perte pour la France. Bernard Grasset, 1993, préfet de la Région
Bretagne. |
| DEFENSEUR DES LANGUES MENACÉES Si les langues régionales étaient menacées, je serai le premier à les défendre. Georges Sarre, 1999, député MDC de Paris. |
| IDENTITÉ FACTICE NON AUX IDENTITES FACTICES ! Jean-Pierre Chevènement, 1999, ministre de
l'Intérieur. |
| PERSONNE N'Y CROIT Personne en Bretagne ne croit à la possibilité de sauver le breton Jean Le Du et Yves Le Berre, e1999, enseignants de breton
à l'Université
de Bretagne Occidentale Texte de lu par Jean Le Du
dans
un colloque à la Sorbonne. |
| LANGUE ASSASSINÉE Hier ils sont morts pour la France, aujourd'hui on tue leur langue. Affiche de l'UDB (Union Démocratique Bretonne), 1999. Hier ils sont morts, tués par la France, aujourd'hui encore elle veut tuer notre langue. Correction anonyme de l'affiche UDB |
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http://www.kervarker.org/fr/levr_29_period.html |
| XXIème siècle La langue bretonne en reflux est aussi en progrès. Devenue la langue du troisième âge, grâce à la politique d'exclusion pratiquée par l'état français elle devient aussi langue d'une jeune génération, celle des écoles Diwan, grâce au travail militant. |