http://hypo.ge.ch/www/cliotexte//html/colonisation.colonies.1.html
"Coloniser, c'est se mettre en rapport avec des pays neufs, pour
profiter des ressources de toute nature de ces pays, les mettre en
valeur dans l'intérêt national, et en même temps
apporter aux peuplades primitives qui en sont privés les
avantages de la culture intellectuelle, sociale, scientifique,
morale, artistique, littéraire, commerciale et industrielle,
apanage des races supérieures. La colonisation est dont un
établissement fondé en pays neuf par une race
avancée, pour réaliser le double but que nous venons
d'indiquer."
Merignhac, précis de législation et
d'économie coloniales.
"J'étais hier dans l'East-End (quartier ouvrier de Londres),
et j'ai assisté à une réunion de sans-travail.
J'y ai entendu des discours forcené. Ce n'était qu'un
cri. Du pain ! Du pain ! Revivant toute la scène en rentrant
chez moi, je me sentis encore plus convaincu qu'avant de l'importance
de l'impérialisme... L'idée qui me tient le plus
à coeur, c'est la solution au problème social : pour
sauver les quarante millions d'habitants du Royaume-Uni d'une guerre
civile meurtrière, nous les colonisateurs, devons
conquérir des terres nouvelles afin d'y installer
l'excédent de notre population, d'y trouver de nouveaux
débouchés pour les produits de nos fabriques et de nos
mines. L'Empire, ai-je toujours dit, est une question de ventre. Si
vous voulez éviter la guerre civile, il faut devenir
impérialiste."
Cécil Rhodes, Premier ministre du Cap, extrait du journal
Neue Zeit, 1898 (cité par Lénine,
L'impérialisme, stade suprême du capitalisme
(1916)).
"La nature a distribué inégalement, à travers la
planète, l'abondance et les dépôts de ces
matières premières; et tandis qu'elle a localisé
dans cette extrémité continentale qui est l'Europe le
génie inventif des races blanches, la science d'utilisation
des richesses naturelles, elle a concentré les plus vastes
réservoirs de ces matières dans les Afriques, les Asies
tropicales, les Océanies équatoriales, vers lesquelles
le besoin de vivre et de créer jettera l'élan des pays
civilisés. L'humanité totale doit pouvoir jouir de la
richesse totale répandue sur la planète. Cette richesse
est le trésor commun de l'humanité."
A. Sarraut, Grandeur et servitudes coloniales,
1931.
"Messieurs, au temps où nous sommes et dans la crise que
traversent toutes les industries européennes, la fondation
d'une colonie, c'est la création d'un débouché.
On a remarqué, en effet, et les exemples abondent dans
l'histoire économique des peuples modernes, qu'il suffit que
le lien colonial subsiste entre la mère-patrie qui produit et
les colonies qu'elle a fondées, pour que la
prédominance économique accompagne et subisse, en
quelque sorte, la prédominance politique."
Jules Ferry, Discours, 1885.
"Il ne faut pas se lasser de le répéter : la
colonisation n'est ni une intervention philosophique, ni un geste
sentimental. Que se soit pour nous ou pour n'importe quel pays, elle
est une affaire. Qui plus est, une affaire comportant invariablement
à sa base des sacrifices de temps, d'argent, d'existence,
lesquels trouvent leur justification dans la
rémunération."
Rondet-Saint, La Dépêche coloniale,
29.11.1929. L'auteur est directeur de la Ligue maritime et
coloniale.
La conquête d'un Empire renforce le prestige et la puissance
de la métropole.
"La colonisation est la force expansive d'un peuple, c'est sa
puissance de reproduction, c'est sa dilatation et sa multiplication
à travers les espaces; c'est la soumission de l'univers ou
d'une vaste partie à sa langue, à ses moeurs, à
ses idées et à ses lois. Un peuple qui colonise, c'est
un peuple qui jette les assises de sa grandeur dans l'avenir et de sa
suprématie future... A quelque point de vue que l'on se place,
que l'on se renferme dans la considération de la
prospérité et de la puissance matérielle, de
l'autorité et de l'influence politique, ou que l'on
s'élève à la contemplation de la grandeur
intellectuelle, voici un mot d'une incontestable vérité
: le peuple qui colonise est le premier peuple; s'il ne l'est pas
aujourd'hui, il le sera demain."
P. Leroy-Beaulieu, De la colonisation chez les peuples
modernes, Guillaumin éd., 1870, p. 605-606. L'auteur est
économiste et l'un des grands théoriciens de la
colonisation française.
"En premier lieu je crois en l'Empire britannique, et en second lieu
je crois en la race britannique. Je crois que la race britannique est
la plus grande des races impériales que le monde ait connues.
Je dis cela non comme une vaine vantardise, mais comme une chose
prouvée à l'évidence par les succès que
nous avons remporté en administrant les vastes possessions
reliées à ces petites îles, et je crois donc
qu'il n'existe pas de limite à son avenir."
Discours de Joseph Chamberlain (1895), ministre des Colonies de
Grande-Bretagne.
L'homme blanc doit remplir une mission, propager la civilisation,
c'est-à-dire celle de l'Europe, parmi les races
inférieures, chez les sauvages.
"La nature a fait une race d'ouvriers. C'est la race chinoise d'une
dextérité de main merveilleuse, sans presque aucun
sentiment d'honneur; gouvernez-la avec justice en prélevant
d'elle pour le bienfait d'un tel gouvernement un ample douaire au
profit de la race conquérante, elle sera satisfaite; une race
de travailleurs de la terre, c'est le nègre : soyez pour lui
bon et humain, et tout sera dans l'ordre; une race de maîtres
et de soldats, c'est la race européenne. Que chacun fasse ce
pour quoi il est fait et tout ira bien."
Ernest Renan, La Réforme intellectuelle et morale,
1871.
"Ouvrir à la civilisation la seule partie du globe où
elle n'a pas encore pénétré, percer les
ténèbres qui enveloppent les populations
entières, c'est si j'ose le dire, une croisade digne de ce
siècle de progrès. Il s'agit de planter
l'étendard de la civilisation sur le sol de l'Afrique centrale
et de lutter contre la traite des esclaves."
Léopold II, Discours d'ouverture de la Conférence de
géographie de Bruxelles, 1876.
"Le pays qui a proclamé les Droits de l'Homme a, de par son
passé, la mission de répandre où il le peut les
idées qui ont fait sa propre grandeur."
Albert Bayet, Discours au Congrès de la Ligue des Droits de
l'Homme, 1931.
" Une nation est comme un individu : elle a ses devoirs à
remplir et nous ne pouvons plus déserter nos devoirs envers
tant de peuples remis à notre tutelle. C'est notre domination
qui, seule, peut assurer la paix. la sécurité et la
richesse à tant de malheureux qui jamais auparavant ne
connurent ces bienfaits. C'est en achevant cette oeuvre civilisatrice
que nous remplirons notre mission nationale, pour l'éternel
profit des peuples à l'ombre de notre sceptre impérial
(...)
Cette unité (de l'Empire) nous est commandée par
l'intérêt : le premier devoir de nos hommes d'Etat est
d'établir à jamais cette union sur la base des
intérêts matériels (...)
Oui, je crois en cette race, la plus grande des races gouvernantes
que le monde ait jamais connues, en cette race anglo-saxonne,
fière, tenace, confiante en soi, résolue que nul
climat, nul changement ne peuvent abâtardir et qui
infailliblement sera la force prédominante de la future
histoire et de la civilisation universelle (...) et je crois en
l'avenir de cet Empire, large comme le monde, dont un Anglais ne peut
parler sans un frisson d'enthousiasme (...) "
Discours de Joseph CHAMBERLAIN, ministre des colonies en 1895.
"La première forme de colonisation, c'est celle qui offre un
asile et du travail au surcroît de population des pays pauvres
ou de ceux qui renferment une population exubérante.
Mais il y a une autre forme de colonisation, c'est celle qui s'adapte
aux peuples qui ont, ou bien un excédent de capitaux, ou bien
un excédent de produits.
Et c'est là la forme moderne (...)
Les colonies sont pour les pays riches un placement de capitaux des
plus avantageux (...)
Mais, Messieurs, il y a un autre côté plus important de
cette question, et qui domine de beaucoup celui auquel je viens de
toucher. La question coloniale, c'est pour les pays voués par
la nature même de leur industrie à une grande
exportation, la question même des débouchés.
Je dis que la politique coloniale de la France, que la politique
d'expansion coloniale - celle qui nous a fait aller, sous l'Empire,
à Saigon, en Cochinchine, celle qui nous conduit en Tunisie,
celle qui nous a amenés à Madagascar - je dis que cette
politique d'expansion coloniale s'est inspirée d'une
vérité sur laquelle il faut pourtant appeler un instant
votre attention, à savoir qu'une marine comme la nôtre
ne peut pas se passer, sur la surface des mers, d'abris solides, de
défenses, de centres de ravitaillement (...).
Les nations, au temps où nous sommes, ne sont grandes que par
l'activité qu'elles développent; ce n'est pas par le
rayonnement pacifique des institutions.
(...) Il faut que notre pays se mette à même de faire ce
que font tous les autres et, puisque la politique d'expansion
coloniale est le mobile général qui emporte à
l'heure qu'il est toutes les puissances européennes, il faut
en prendre son parti."
Allocution de Jules Ferry, Journal officiel, séance du 28
juillet 1885
"La France est une des premières nations colonisatrices : son
empire colonial, immense, occupe le deuxième rang dans le
Monde, après celui de l'Angleterre.
Caractères généraux de nos colonies. - Ces colonies sont très diverses, situées dans les cinq parties du Monde et à des latitudes très différentes. Leurs productions sont par suite très variées, ce qui est favorable au commerce ; et notre flotte de guerre trouve dans toutes les parties du monde des points d'appui. Elles sont aussi très étendues, 8 941 377 kilomètres carrés (avec 41 millions et demi d'habitants), environ 16 fois la superficie de la France. Notre domaine colonial vaut à la France bien des jalousies.
Pourquoi les Français ont colonisé. - La situation de la France, ouverte sur deux mers, invitait les Français aux longs voyages. Leur hardiesse, leur esprit d'aventure les y poussaient également. Aussi les Normands, les Bretons, les Gascons se lancèrent, dès le XVe siècle, vers les mondes inconnus.
Plus tard, au XVIIe siècle, le désir de faire une France plus grande et celui de faire bénéficier nos frères lointains des bienfaits de la civilisation les poussèrent à coloniser. Peu de peuples ont montré un pareil désintéressement !
Ces conquêtes ont eu une très grande utilité pour notre patrie : au point de vue économique, les colonies achètent à la métropole ses produits manufacturés et lui fournissent les matières premières (sucre de canne, riz, coton, laine, caoutchouc, ivoire), elles favorisent la marine marchande ; au point de vue militaire, elles offrent à notre flotte de guerre des lieux de refuge et des points d'appui.
Questionnaire. - 1. Faites la liste des colonies
françaises. - 2. Quels sont les caractères
généraux de nos colonies ? - 3. Pourquoi les
Français ont-ils colonisé ? (Le maître pourra
faire la comparaison avec les méthodes de colonisation des
Espagnols et des Anglais). - 4. Quelle est l'utilité des
colonies ?"
extrait du Manuel de géographie, programme de 1902.
Cours moyen, 2ème année.
"La "supériorité" de la civilisation occidentale se
confond, dans l'opinion catholique et conservatrice, avec celle de la
seule religion révélée et des concepts moraux
qui lui sont rattachés. Elle se nourrit, dans l'opinion
républicaine, de la foi dans la Science, le Progrès,
les idéaux de 1789. Pour les autres, l'Occident,
incarné par l'administrateur, le médecin ou
l'instituteur, apporte la justice, l'égalité,
l'école, la lutte contre les forces d'oppression et de mort.
Mais pour les uns comme pour les autres, l'Occident représente
les "Lumières" face aux "Ténèbres"."
Raoul Girardet, L'idée coloniale en France de 1871
à 1972, p. 139