Textes patriotiques
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Fête nationale du Québec 24 juin 2005




Vincent Graton, Ce soir, moi je me souviens…

C'était le 24 juin 1975, nous étions des milliers sur la montagne, vous en souvenez-vous ?
C'était une belle et grande fête, vibrante comme un premier rendez-vous
Vous teniez la main de vos parents, vous tenez maintenant celle de vos enfants
Vous avez changé d'amour ou vous l'aimez encore plus qu'avant
Vous n'étiez pas là mais on vous a raconté la mer de monde et la magie des beaux moments
Moi, j'avais 14 ans et c'était mon premier grand rassemblement, sans mes parents
Je ne me souviens pas de tout mais je me rappelle avoir fêté en grand *
Mais trente ans plus tard, nous sommes tous là, fidèles, malgré tout
Malgré les vents contraires, malgré les tempêtes, nous sommes toujours debout !

Le Québec m'habite, c'est ma boussole, mon point de repère
Le Québec m'inspire et me rend fier, il me porte et je l'espère
Année après année, toujours aussi émerveillé, j'assiste à toutes ses premières
La première neige et la première tempête de neige
La première pousse verte et la première terrasse ouverte
Le premier 30 degrés et la première crème glacée
La première fraîcheur et les premières couleurs
Et ce soir, vous me faites vivre une grande première
C'est la première fois que j'entends la voix de deux cent mille Québécois !

Le Québec a changé, la famille s'est agrandit
Nouvelles couleurs, nouveaux motifs, la courtepointe s'est embellit
Ce matin, j'ai vu mes nouveaux voisins installer le fleurdelysé sur leurs galeries
Ce soir je suis heureux parce qu'ils sont ici,
ils sont venus fêter le Québec que nous avons tous bâti !

Nous en avons fait du chemin depuis le temps ou nous courbions l'échine
Le Cirque du soleil jongle avec le monde et le monde chante avec Céline
Notre cinéma fréquente Oscar et le grand monde
Nos athlètes plongent et roulent devant tout le monde !
Nos chercheurs cherchent et trouvent comment changer le monde !

Le Québec que nous aimons avance en faisant les choses à sa manière, à sa façon
Le Québec que nous aimons brasse des affaires en restant solidaire
Le Québec que nous aimons fait rouler l'économie sans rouler les plus démunis
Le Québec que nous aimons prépare la paix et pas la guerre
Le Québec que nous aimons protège ses enfants et marche avec ses étudiants
Le Québec que nous aimons monte la garde pendant qu'on plante de nouveaux arbres
Le Québec que nous aimons ouvre ses horizons en prenant soin de sa maison
Le Québec que nous aimons voit loin, voit grand, voit différent !
Et notre différence a une langue !
Ce soir, c'est en français qu'on célèbre et qu'on chante !

Notre langue nous ressemble, elle nous dépeint, elle nous esquisse.
Notre langue est vivante ! Elle parle, elle embrasse, elle french kiss !
Elle aime les mots qui brassent, les superlatifs et les verbes canons
Nous nous sommes battus, nous nous battons, et nous nous battrons !


Les anniversaires sont des balises sur le grand fleuve de nos mémoires
D'îles en îles, de défaites en victoires, on suit le cours de notre histoire
Les souvenirs remontent, on rit, on pleure, on désespère et on reprend espoir
Parce qu'il y a des soirs comme ce soir où on se dit qu'on a raison d'y croire !

Il y a trente ans, sur la montagne, soufflait un nouvel air
Le Grand Vigneault nous offrait un vrai chant d'anniversaire
Une chanson rien qu'à nous, un hymne aux Gens du pays !

Auteure : Sylvie Rémillard  Comédien : Vincent Graton 

Tous droits réservés Sylvie Rémillard et Télé-Vision, usage personnel seulement.




Discours intégral de Jean Duceppe, le 25 juin 1990

On n'a rien vu du Québec qui s'en vient.

Mes chers amis, à mesure que les jours passent, à mesure que les semaines passent, une évidence s'impose à nos esprits, avec une clarté lumineuse : le Québec est NOTRE SEUL PAYS !

C'est le seul endroit au monde où l'on peut travailler tous ensemble à notre bonheur collectif dans la paix et l'harmonie, loin des compromis mesquins et des ententes conclues dans le secret et la confusion.

Ce Québec, ce pays à faire rêver, je l'aime de tout mon coeur et depuis longtemps. Et je sais que, vous tous aussi, vous l'aimez.

Il faut maintenant travailler tous très fort pour qu'il assume son destin dans la liberté. Une chose est certaine : à partir de maintenant, l'avenir du Québec ne se décidera plus à Terre-Neuve, au Manitoba ou ailleurs, mais au QUÉBEC, par les QUÉBÉCOIS et les QUÉBÉCOISES !

VIVE LE QUÉBEC !

Jean Duceppe


Une barque s'avance...

Et l'ange préposé à la brume marine
D'un doigt diaphane et pru démêle cette soie
Avec grâce il manie mille tentures fines,
Les déplie lentement, lentement les reploie.

Un autre ange à la proue inspire la nacelle.
On croirait, par instants, qu'il veut montrer ses ailes.
L'étrave est, en effet, bordée de longues plumes
qui ont apparemment la blancheur de l'écume.

Et tandis que, là-bas, sous les brumes décloses,
de frais et clairs lointains d'aurore se réveillent,
le grand ange gardien des îles les repose
exactement chacune où elle était la veille.

Ainsi, vers le matin, une barque s'avance
qui de sa double image imite le silence
et goûte, à contempler la rive qui défile,
la douce illusion de se croire immobile.

Mais, vers le soir, cherchant la terre disparue
et son doux port natal noyé dans le sillage,
un mousse inquiet songe… alors qu'au bastingage
la mer mêle à son âme une étrange étendue.

Félix-Antoine Savard


Compagnon des Amériques

Compagnon des Amériques
Québec ma terre amère ma terre amande
ma patrie d'haleine dans la touffe des vents
j'ai de toi la difficile et poignante présence
avec une large blessure d'espace au front
dans une vivante agonie de roseaux au visage

je parle avec les mots noueux de nos endurances
nous avons soif de toutes les eaux du monde
nous avons faim de toutes les terres du monde
dans la liberté criée de débris d'embâcle
nos feux de position s'allument vers le large
l'aïeule prière à nos doigts défaillante
la pauvreté luisant comme des fers à nos chevilles

mais cargue-moi en toi pays, cargue-moi
et marche au rompt le c½ur de tes écorces tendres
marche à l'arête de tes dures plaies d'érosion
marche à tes pas réveillés des sommeils d'ornières
et marche à ta force épissure des bras à ton sol

mais chante plus haut l'amour en moi, chante
je me ferai passion de la face
je me ferai porteur de ton espérance
veilleur, guetteur, coureur, haleur de ton avènement
un homme de ton réquisitoire
un homme de ta patience raboteuse et varlopeuse
un homme de ta commisération infinie

l'homme artériel de tes gigues
dans le portail effervescent de tes poudreries
dans la grande artillerie de tes couleurs d'automne
dans tes hanches de montagnes
dans l'accord comète de tes plaines
dans l'artésienne vigueur de tes villes
devant toutes les litanies

de chats-huants qui huent dans la lune
devant toutes les compromissions en peaux de vison
devant les héros de la bonne conscience
les émancipés malingres

les insectes des belles manières
devant tous les commandeurs de ton exploitation
de ta chair à pavé
de ta sueur à gages
mais donne la main à toutes les rencontres, pays
toi qui apparais

par tous les chemins défoncés de ton histoire
aux hommes debout dans l'horizon de la justice
qui te saluent
salut à toi territoire de ma poésie
salut les hommes et les femmes
des pères et mères de l'aventure

Gaston Miron



Le pays natal

Était-ce un rendez-vous fatal
De naître en ce pays natal
Où tout n'était qu'arbres ou clochers
Vains mots et vaine liberté

Par chez-nous, la vie s'arrêtait
À la lisière des forêts
Au-delà, c'était l'univers
Des belles dames et des trouvères

On entendait du fond des bois
Hurler le loup; sa grande voix
Était pareille à leurs chansons
Lointaines et faites de frissons
Semant au c½ur le désarroi

Était-ce un rendez-vous fatal
De naître en ce pays natal
Pays de rêve et d'abandon
Immense à perte d'horizon

Terre qui parle mon langage
Plus douce que douce chanson
Ta voix de roulis, de tangage
Aura bercé mes illusions

Terre des plus beaux paysages
Terre des arbres les plus beaux
Faut-il refaire ton histoire
Ou répéter le vieil adage
De mon pays : rien n'est plus beau

Était-ce un rendez-vous fatal
De naître en ce pays natal
D'y vivre peu, d'y vivre mal
À l'envers des cartes postales

Nous aurons fait jour après jour
Malgré l'impossible détour
Le chemin que nous devions faire
Ouvert l'été, fermé l'hiver

D'autres le feront à leur tour
Même chemin, mêmes amours
Mais s'ils se rendent un peu plus loin
Nous n'aurons pas vécu en vain
Ils auront trouvé le détour
Qui mène au pays de l'amour
Et de la liberté.

Georges Dor


Ma chanson, ta chanson

Pourquoi la plupart des peuples ont-ils la fierté de leur pays, d'un pays à leur mesure et à leur image? Au-delà de ses vicissitudes présentes et de son passé pas toujours glorieux? Pourquoi les peuples sont-ils profondément blessés et même diminués lorsque leur pays est défiguré ou amputé, par la guerre ou la politique, par l'incurie ou la détresse? Pourquoi, sinon parce que le pays, qui est d'abord coin de terre, est tout autant et peut-être davantage ce que nous sommes. Le pays qui est le nôtre est terriblement comme nous. Il peut être réduit à rien ou devenir presque tout. Il est ce qu'il est et ce que nous en faisons. Il est l'hiver et la rivière, mais aussi le chemin et la maison et l'usine et le clocher. Comme nous, qui sommes ce que nous sommes et ce que nous devenons, ou plus sûrement encore ce que nous nous faisons. À la mesure de nos efforts. Collectivement, cette loi ne souffre guère d'exception. Car la vie est action et réaction. Elle est rêve et réalité, indissociablement. Elle doit être les deux. Si elle s'évade dans le rêve, elle cesse d'être vraiment. Si elle n'est que réalité dure et brute, elle se fige et se meurt, ou pis encore, se détruit dans d'interminables convulsions. Ainsi vivent les peuples. Ainsi vivent les pays. Il faut qu'un grand rêve soulève tout. Car il n'y a pas de pays d'intérêts. Et en même temps, il faut que chaque jour, chacun retourne à sa charrue ou à son établi. Tout doit sans cesse être retourné, et repris et bâti. C'est ainsi et pas autrement qu'un pays peut être hasard et liberté. Il faut une part de chance dans la vie, mais la liberté se forge quotidiennement. C'est ainsi qu'un pays peut être destinée et bonheur. Destinée dont on s'accommode. Bonheur qu'on bâtit jour après jour. Et ce pays-là, nul ne peut nous le ravir. Parce que c'est nous et nous seuls qui l'avons rêvé. Nous seuls qui le faisons à notre image. L'erreur serait d'abandonner le rêve pour devenir des tâcherons du consommable, sans passé, sans avenir, sans durée. Mais l'erreur serait-elle moins grande de s'en remettre à la destinée. La destinée qu'on ne façonne pas, ce sont les autres qui la font. L'histoire qui continue, c'est celle qu'on met en chantier aujourd'hui.

Paul-Eugène Chabot