| Textes patriotiques |
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C'était le 24 juin 1975, nous
étions des
milliers sur la montagne, vous en souvenez-vous ?
C'était une belle et grande fête, vibrante comme un premier rendez-vous Vous teniez la main de vos parents, vous tenez maintenant celle de vos enfants Vous avez changé d'amour ou vous l'aimez encore plus qu'avant Vous n'étiez pas là mais on vous a raconté la mer de monde et la magie des beaux moments Moi, j'avais 14 ans et c'était mon premier grand rassemblement, sans mes parents Je ne me souviens pas de tout mais je me rappelle avoir fêté en grand * Mais trente ans plus tard, nous sommes tous là, fidèles, malgré tout Malgré les vents contraires, malgré les tempêtes, nous sommes toujours debout ! Le Québec m'habite, c'est ma boussole, mon point de repère Le Québec m'inspire et me rend fier, il me porte et je l'espère Année après année, toujours aussi émerveillé, j'assiste à toutes ses premières La première neige et la première tempête de neige La première pousse verte et la première terrasse ouverte Le premier 30 degrés et la première crème glacée La première fraîcheur et les premières couleurs Et ce soir, vous me faites vivre une grande première C'est la première fois que j'entends la voix de deux cent mille Québécois ! Le Québec a changé, la famille s'est agrandit Nouvelles couleurs, nouveaux motifs, la courtepointe s'est embellit Ce matin, j'ai vu mes nouveaux voisins installer le fleurdelysé sur leurs galeries Ce soir je suis heureux parce qu'ils sont ici, ils sont venus fêter le Québec que nous avons tous bâti ! Nous en avons fait du chemin depuis le temps ou nous courbions l'échine Le Cirque du soleil jongle avec le monde et le monde chante avec Céline Notre cinéma fréquente Oscar et le grand monde Nos athlètes plongent et roulent devant tout le monde ! Nos chercheurs cherchent et trouvent comment changer le monde ! Le Québec que nous aimons avance en faisant les choses à sa manière, à sa façon Le Québec que nous aimons brasse des affaires en restant solidaire Le Québec que nous aimons fait rouler l'économie sans rouler les plus démunis Le Québec que nous aimons prépare la paix et pas la guerre Le Québec que nous aimons protège ses enfants et marche avec ses étudiants Le Québec que nous aimons monte la garde pendant qu'on plante de nouveaux arbres Le Québec que nous aimons ouvre ses horizons en prenant soin de sa maison Le Québec que nous aimons voit loin, voit grand, voit différent ! Et notre différence a une langue ! Ce soir, c'est en français qu'on célèbre et qu'on chante ! Notre langue nous ressemble, elle nous dépeint, elle nous esquisse. Notre langue est vivante ! Elle parle, elle embrasse, elle french kiss ! Elle aime les mots qui brassent, les superlatifs et les verbes canons Nous nous sommes battus, nous nous battons, et nous nous battrons !
Auteure
: Sylvie Rémillard Comédien : Vincent Graton |
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Discours intégral de Jean Duceppe,
le 25 juin 1990
On n'a rien vu du Québec qui s'en vient. Mes chers amis, à mesure que les jours passent, à mesure que les semaines passent, une évidence s'impose à nos esprits, avec une clarté lumineuse : le Québec est NOTRE SEUL PAYS ! C'est le seul endroit au monde où l'on peut travailler tous ensemble à notre bonheur collectif dans la paix et l'harmonie, loin des compromis mesquins et des ententes conclues dans le secret et la confusion. Ce Québec, ce pays à faire rêver, je l'aime de tout mon coeur et depuis longtemps. Et je sais que, vous tous aussi, vous l'aimez. Il faut maintenant travailler tous très fort pour qu'il assume son destin dans la liberté. Une chose est certaine : à partir de maintenant, l'avenir du Québec ne se décidera plus à Terre-Neuve, au Manitoba ou ailleurs, mais au QUÉBEC, par les QUÉBÉCOIS et les QUÉBÉCOISES ! VIVE LE QUÉBEC ! Jean Duceppe |
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Une
barque s'avance...
Et l'ange préposé à la brume marine D'un doigt diaphane et pru démêle cette soie Avec grâce il manie mille tentures fines, Les déplie lentement, lentement les reploie. Un autre ange à la proue inspire la nacelle. On croirait, par instants, qu'il veut montrer ses ailes. L'étrave est, en effet, bordée de longues plumes qui ont apparemment la blancheur de l'écume. Et tandis que, là-bas, sous les brumes décloses, de frais et clairs lointains d'aurore se réveillent, le grand ange gardien des îles les repose exactement chacune où elle était la veille. Ainsi, vers le matin, une barque s'avance qui de sa double image imite le silence et goûte, à contempler la rive qui défile, la douce illusion de se croire immobile. Mais, vers le soir, cherchant la terre disparue et son doux port natal noyé dans le sillage, un mousse inquiet songe… alors qu'au bastingage la mer mêle à son âme une étrange étendue. Félix-Antoine Savard |
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Compagnon
des Amériques
Compagnon des Amériques Québec ma terre amère ma terre amande ma patrie d'haleine dans la touffe des vents j'ai de toi la difficile et poignante présence avec une large blessure d'espace au front dans une vivante agonie de roseaux au visage je parle avec les mots noueux de nos endurances nous avons soif de toutes les eaux du monde nous avons faim de toutes les terres du monde dans la liberté criée de débris d'embâcle nos feux de position s'allument vers le large l'aïeule prière à nos doigts défaillante la pauvreté luisant comme des fers à nos chevilles mais cargue-moi en toi pays, cargue-moi et marche au rompt le c½ur de tes écorces tendres marche à l'arête de tes dures plaies d'érosion marche à tes pas réveillés des sommeils d'ornières et marche à ta force épissure des bras à ton sol mais chante plus haut l'amour en moi, chante je me ferai passion de la face je me ferai porteur de ton espérance veilleur, guetteur, coureur, haleur de ton avènement un homme de ton réquisitoire un homme de ta patience raboteuse et varlopeuse un homme de ta commisération infinie l'homme artériel de tes gigues dans le portail effervescent de tes poudreries dans la grande artillerie de tes
couleurs d'automne
dans tes hanches de montagnes dans l'accord comète de tes plaines dans l'artésienne vigueur de tes villes devant toutes les litanies de chats-huants qui huent dans la lune devant toutes les compromissions en peaux de vison devant les héros de la bonne conscience les émancipés malingres les insectes des belles manières devant tous les commandeurs de ton exploitation de ta chair à pavé de ta sueur à gages mais donne la main à toutes les rencontres, pays toi qui apparais par tous les chemins défoncés de ton histoire aux hommes debout dans l'horizon de la justice qui te saluent salut à toi territoire de ma poésie salut les hommes et les femmes des pères et mères de l'aventure Gaston Miron |
Le pays natal
Était-ce un rendez-vous fatal De naître en ce pays natal Où tout n'était qu'arbres ou clochers Vains mots et vaine liberté Par chez-nous, la vie s'arrêtait À la lisière des forêts Au-delà, c'était l'univers Des belles dames et des trouvères On entendait du fond des bois Hurler le loup; sa grande voix Était pareille à leurs chansons Lointaines et faites de frissons Semant au c½ur le désarroi Était-ce un rendez-vous fatal
De naître en ce pays natal Pays de rêve et d'abandon Immense à perte d'horizon Terre qui parle mon langage Plus douce que douce chanson Ta voix de roulis, de tangage Aura bercé mes illusions Terre des plus beaux paysages Terre des arbres les plus beaux Faut-il refaire ton histoire Ou répéter le vieil adage De mon pays : rien n'est plus beau Était-ce un rendez-vous fatal De naître en ce pays natal D'y vivre peu, d'y vivre mal À l'envers des cartes postales Nous aurons fait jour après jour Malgré l'impossible détour Le chemin que nous devions faire Ouvert l'été, fermé l'hiver D'autres le feront à leur tour Même chemin, mêmes amours Mais s'ils se rendent un peu plus loin Nous n'aurons pas vécu en vain Ils auront trouvé le détour Qui mène au pays de l'amour Et de la liberté. Georges Dor |
| Ma chanson, ta chanson Pourquoi la plupart des peuples ont-ils la fierté de leur pays, d'un pays à leur mesure et à leur image? Au-delà de ses vicissitudes présentes et de son passé pas toujours glorieux? Pourquoi les peuples sont-ils profondément blessés et même diminués lorsque leur pays est défiguré ou amputé, par la guerre ou la politique, par l'incurie ou la détresse? Pourquoi, sinon parce que le pays, qui est d'abord coin de terre, est tout autant et peut-être davantage ce que nous sommes. Le pays qui est le nôtre est terriblement comme nous. Il peut être réduit à rien ou devenir presque tout. Il est ce qu'il est et ce que nous en faisons. Il est l'hiver et la rivière, mais aussi le chemin et la maison et l'usine et le clocher. Comme nous, qui sommes ce que nous sommes et ce que nous devenons, ou plus sûrement encore ce que nous nous faisons. À la mesure de nos efforts. Collectivement, cette loi ne souffre guère d'exception. Car la vie est action et réaction. Elle est rêve et réalité, indissociablement. Elle doit être les deux. Si elle s'évade dans le rêve, elle cesse d'être vraiment. Si elle n'est que réalité dure et brute, elle se fige et se meurt, ou pis encore, se détruit dans d'interminables convulsions. Ainsi vivent les peuples. Ainsi vivent les pays. Il faut qu'un grand rêve soulève tout. Car il n'y a pas de pays d'intérêts. Et en même temps, il faut que chaque jour, chacun retourne à sa charrue ou à son établi. Tout doit sans cesse être retourné, et repris et bâti. C'est ainsi et pas autrement qu'un pays peut être hasard et liberté. Il faut une part de chance dans la vie, mais la liberté se forge quotidiennement. C'est ainsi qu'un pays peut être destinée et bonheur. Destinée dont on s'accommode. Bonheur qu'on bâtit jour après jour. Et ce pays-là, nul ne peut nous le ravir. Parce que c'est nous et nous seuls qui l'avons rêvé. Nous seuls qui le faisons à notre image. L'erreur serait d'abandonner le rêve pour devenir des tâcherons du consommable, sans passé, sans avenir, sans durée. Mais l'erreur serait-elle moins grande de s'en remettre à la destinée. La destinée qu'on ne façonne pas, ce sont les autres qui la font. L'histoire qui continue, c'est celle qu'on met en chantier aujourd'hui. Paul-Eugène Chabot |