Histoire du
Québec et de
l'Amérique
du Nord
(Manfred Overmann)
2.
L'implantation française
2.1. Le XVIe siècle :
Les
premières tentatives
(I) Début
de l'exploration française
(1524-1607)
Le XVIIe siècle
(II)
La
Nouvelle-France et la Compagnie des Cent-Associés
(1608-1663) - Ancrages
Pierre Du Gua de Monts et Samuel de Champlain
- La fondation de Québec (1608)
La famille Hébert (1617)
La compagnie des
Cent-Associés et les frères Kirke (1627,
1629-1632)
Fondation de
Montréal
(1642)
(III)
Assises 1663-1700
Arrivée
de Jean Talon et les "filles du roy"
Le XVIIIe siècle
(IV) Expansions et
premiers échecs (1700-1750)
Signature du
traité
d'Utrecht
(1713)
(V) La fin de la Nouvelle France
(1750-1763)
Déportation
des Acadiens (1755)
Début de la guerre
de Sept Ans (1756)
Siège de Québec et capitulation (1759/1760)
Traité de Paris (1763)
<>
La
proclamation royale de 1763
L'Acte
de Québec 1774
L'Acte
constitutionnel de 1791
La
rébellion des Patriotes de 1837-1838
Extraits du
rapport Durham (1838)
L'Acte d'Union 1840
L'Acte de
l'Amérique du Nord
britannique (Loi constitutionnelle de
1867)
Le XXe siècle
Le Québec dans la tormente
>
La
grande
dépression et la Deuxième Guerre mondiale 1929-1945
Statut de
Westminster, 1931: la déclaration d'indépendance du
Canada (cf.
Histoire constitutionnelle)
Indépendance
de
la Cour suprême du Canada, 1949
(cf. Histoire constitutionnelle)
Les
années Duplessis et
la grande noirceur (1945-1960)
Chapitre
1: Histoire du Québec
Introduction
Nous
présentons un survol de
l'émergence de la nation québécoise
en Amérique du nord depuis la Nouvelle-France
jusqu'à
nos jours en effleurant
les sujets principaux sans vouloir être
exhaustif. (Pour une
vision complète et exhaustive de l’histoire du Québec, se
référer aux ouvrages de Jacques Lacoursière ainsi qu'à notre
bibliographie
en ligne).
Dans les manuels d'histoire du Québec il est courant de
distinguer l'antagonisme entre la période française et la
période britannique, même si le découpage interne
des deux périodes varie en fonction des auteurs. Jean-Claude Corbeil parle des "deux moments
clés de l'histoire du Québec" (
L’aménagement
linguistique au Québec. Rapports sur la situation de la
langue française au Québec, Office
Québécois de la langue française, p. 1 suiv.,
document
PDF)
. La
première période de
l'histoire qui marque l'origine de la Nouvelle France oscille
bien entre deux dates: l'une, 1534, correspond
au début de la
découverte
avec le malouin Jacques Cartier et l'espoir promis d'une terre nouvelle
à
explorer, l'autre, 1760, délimite la
conquête
et 1763 la cession du
territoire à l'Angleterre et relate le drame
français en Amérique du Nord. Le point culminant de
l'expansion
coloniale est atteint à l'époque du régime royal
français de Louis XIV, tandis
que le déclin est amorcé par le
Traité d'Utrecht en 1713 et se
poursuit par l'abandon sous Louis
XVI après la défaite sur les
plaines d'Abraham. Le registre lexical du terme
"conquête" est employé sur un ton
défaitiste ou victorieux
selon que l'auteur est anglophone ou francophone. En ce qui
concerne l'histoire culturelle
et identitaire québécoise,
cette première période d'incubation de l'identité (cf. Conseil Supérieur de la langue
française) désigne la "naissance" du
Québec dans son aspect socioculturel. Le français est la langue unique (en
dehors des langues amérindiennes), la religion catholique
devient le ciment idéologique et le droit coutumier l'ossature
institutionnelle (Canet,
Raphaël, 1997:
Communauté,
nation et nationalisme : Le cas
québécois. Document de la Chaire de Recherche du
Canada
en Mondialisation, Citoyenneté et Démocratie.
PDF, p.
55; cf. aussi Dechêne, Louise, 2008:
Le peuple, l'État et la guerre au
Canada sous le régime français. Montréal:
Boréal.)
Le deuxième moment clé de l'histoire du Québec
est
marqué par le régime militaire britannique et
débute au lendemain de la défaite des Français
à Québec. Cette période se poursuit
jusqu'à la naissance de la Confédération
canadienne qui transforme la relation de colonie britannique en un
état indépendant (le Canada) à part
entière. Ces deux périodes historiques (1543-1763-1867)
correspondent ainsi à la présence des deux nations
fondatrices du Canada moderne. Elles
reflètent et incarnent aussi
les origines du débat linguisitque, les revendications
politiques et celles de
l'identité culturelle du Québec actuel.
- Au XIXème siècle, le poète Louis
Fréchette
qui est reçu lauréat de l'Académie
Française en 1880 pour ses Poésies
Canadiennes, c'est-à-dire françaises,
partage dans sa "Légende
d'un
peuple" (1887) qui est un hymne à la mémoire des
Français du Canada, l'histoire de son pays en trois
fières
époques: 1. le temps de
la découverte, de l'exploration,
des missions civilisatrices et de l'évangélisation:
"La
première (période) est consacrée à la
découverte de l'Amérique et du Canada, aux premiers
missionaires et explorateurs ainsi qu'aux luttes contre les Iroquois"
2. le temps des luttes et de l'abandon: "la deuxième
s'inspire des
principaux épisodes de la guerre contre les Anglais, surtout de
la campagne de 1760 et de ses résultats" et 3. le temps du
réveil d'une nation face à l'Angleterre, des Papineau et
autres Saint-Denis lors de la rébellion des patriotes:
"la
troisième a trait à certains faits marquants du
régime anglais, comme la bataille de Châteauguay, la
rébellion de 1837 et la condamnation de Louis Riel"
(Fréchette, Légende
d'un
peuple, p. 3; cf. Bessette, Gérard, Geslin, Lucien et
Parent, Charles, 1968, Histoire de
la littérature
canadienne-française. Montréal: Centre
éducatif et
culturel, Inc.).
La troisième période clé de l'histoire est celle
durant laquelle le Québec
sort de la grande noirceur de la période duplessiste pour
retrouver un élan identitaire avec la révolution
tranquille (1960) et les lois linguistiques (1977). Elle
débouche sur la question indépendantiste et
référendaire (1980) ainsi que sur le refus du gouvernement du Québec de signer le rapatriement de la
constitution du Canada (1982). Les échecs des Accords du
lac Meech (1987) et de Charelottetown (1992) entraînent un
deuxième
référendum sur la
séparation du Québec à l’automne 1995. Les
séparatistes sont battus de peu mais
leur défaite provoque de lourds changements. Le Parlement adopte
tout de même
la mesure législative qui fait du Québec une
société distincte en promettant
qu’il va dans l’avenir opérer les changements
constitutionnels nécessaires.
Lorsque nous déterminons les périodes historiques par
rapport à l'évolution du
statut de la langue
française et aux différentes
identifications des francophones
dans l'histoire du Québec, nous pouvons
même distinguer quatre étapes: 1. la langue au statut
royal parlée par les
Français du Canada (1534-1760), 2. le
français menacé par l'anglais (1760-1840) des
"Canadians", 3. le
français sans statut particulier (depuis l'Acte d'union en 1840)
parlé par les "French-Canadians" et 4. la reconquête du
français en tant que langue "d'État" (depuis les
années 1960) parlé par les Québécois. (cf. Conseil supérieur de la
langue française, sous la direction de M. Plourde et avec la participation de H. Duval, 2000: Le
français au Québec, 400 ans d’histoire et de vie.
Québec : FIDES).
Le
Québec du dernier demi-siècle a accompli un
rattrapage
économique spectaculaire, mais il est menacé par un
déclin démographique important, par la concurrence
mondiale de la
part des pays asiatiques, par le fardeau d'un endettement public exorbitant et
un chômage s'élevant à 7 %. Aux
élections du 14 avril 2003, le Parti libéral du
Québec (PLQ) de Jean Charest remporte la victoire. Il est
réélu avec 33 % des voix (en
baisse de 13 points par rapport à 2003) après de
nombreux revirements de situation
pour un
deuxième mandat le 26 mars 2007. L'Action démocratique du
Québec (ADQ) obtient 31% (en hausse de
13 points par rapport à 2003) et
forme l'opposition officielle. Le Parti
québécois obtient 28% (en baisse de 5 points), le
Québec solidaire 4 % (en hausse de 3 points) et le Parti vert du
Québec également 4 % (en hausse de 3 points). C'est la
première fois depuis 1878 que le Québec a choisi
d'élire un gouvernement minoritaire. Précisons qu'en
vertu de la tradition parlementaire
québécoise, le gouvernement doit, pour exercer le pouvoir
exécutif, avoir l'appui d'une majorité des
députés de l'Assemblée nationale, selon le
principe du gouvernement responsable. Si, sur une question importante,
plus de 50% des députés lui refusent leur confiance, le
premier ministre doit présenter la démission de son
gouvernement. Le représentant de la couronne britannique
déclenche alors de nouvelles élections, comme le veut la
constitution.
- Ligne du temps de
l'histoire
du Québec
- Confédération
pour enfants (Bibliothèque et Archives Canada) Ce
site a été conçu pour les jeunes de 9 à 13
ans qui veulent savoir
comment le Canada est devenu un pays. Prélude, provinces,
personnalités, lexique
- L'histoire du
Québec
- Première histoire
générale des établissements français en
Amérique du Nord en PDF -
Charlevoix, Pierre-François-Xavier de
(1682-1761): Histoire et description générale de la
Nouvelle France [Texte
imprimé]
; avec le Journal historique d'un voyage fait par ordre du roi dans
l'Amérique septentrionale. Paris : chez Pierre-François
Giffart :
puis chez Nyon fils, 1744. 3 vol. : pl. et cartes ; in-4.
Bibliothèque Nationale de France, ouvrage électronique.
- Encyclopédie du
patrimoine culturel de l’Amérique française. Mémoires vives, Bulletin
numéro 23, décembre 2007
« Vous connaissez l’Angleterre, y est-on aussi fou qu’en France?
C’est
une autre espèce de folie, dit Martin ; vous savez que ces deux
nations
sont en guerre pour quelques arpents de neige vers le Canada, et
qu’elles dépensent pour cette belle guerre beaucoup plus que
tout le
Canada ne vaut. » (Voltaire, Candide, XXIIIe chapitre)
I
Sous ta baguette qui féconde,
Colomb, puissant magicien,
Tu fis surgir le nouveau monde
Pour rajeunir le monde ancien.
(...)
Tu lui montrais, comme Moïse,
Au bout de ton doigt souverain,
La moderne terre promise:
Un univers vierge et serein!
Hémisphère aux rives sauvages,
Étalant, comme l'Hélicon,
Libre des antiques servages,
Sous l'oeil des cieux son flanc fécond.
Oui, toute une moitié du globe
Dénouant, spectacle inouï,
Les plis flamboyants de sa robe
Aux yeux du vieux monde ébloui!
(...) |
II
Amérique! - salut à toi, beau sol natal!
Toi, la reine et l'orgueil du ciel occidental!
Toi qui, comme Vénus, montas du sein de l'onde,
Et du poids de ta conque équilibras le monde!
Quand, le front couronné de tes arbres
géants.
Tu sortis, vierge encor, du sein des océans,
(...)
Amérique! au contact de ta jeune beauté,
On sentit reverdir la vieille humanité!
Car ce ne fut pas tant vers des rives nouvelles
Que l'austère Colomb guida ses caravelles,
Que vers un port sublime où tout le genre humain
Avec fraternité pût se donner la main;
Un port où l'homme osât, sans remords et sans crainte,
Vivre libre, au soleil de la liberté sainte!
(...)
Mais Colomb, en cherchant la moderne Ausonie,
Ne fut - le fier chrétien en fit souvent l'aveu -
Qu'un instrument passif entre les mains de Dieu;
Et, quand il ne croyait que suivre son étoile,
La grande main dans l'ombre orientait la voile! |
III
Oh! qu'ils sont loin, ces jours où le globe étonné
Écoutait, recueilli, d'un monde nouveau-né
L'hymne d'amour puissant et calme,
Et voyait, au-dessus de l'abîme béant,
L'Amérique à l'Europe, à travers l'océan,
Des temps nouveaux tendre la palme!
(...)
Amérique, en avant! prodigue le laurier
Au courage, au génie, à tout mâle ouvrier
De l'oeuvre civilisatrice.
Point de gloire pour toi née au bruit du canon!
Ce qu'il te faut un jour, c'est le noble surnom
De grande régénératrice!
(...)
Fréchette, Louis (1887): La
légende d'un peuple, Bibliothèque électronique
du Québec, Jean-Yves Dupuis,
2002, 218 p. Prologue, L’Amérique, p. 13-17.
|
Sujets
d'étude:
- Quels sont d’après Jean-Claude Corbeil les
« deux moments clés de l’histoire du
Québec » ?
- Qu’est-ce que signifie l’expression
« incubation de l’identité » ?
- Définissez dans le
temps les trois grandes époques de l’histoire du Québec.
- Citez les trois
caractéristiques socioculturelles du Québec de la
première période.
- Comment Louis
Fréchette définit-il les trois grandes époques de
l’histoire du Québec dans son
ouvrage « La légende d’un peuple » ?
Quand l’a t-il rédigé ?
- Quelle est la
question sur laquelle porte le référendum de 1995 et quel
en est le
résultat ?
- En fonction de quel
critère l’histoire du Québec peut-elle être
divisée en quatre étapes et quelles
sont-elles ?
- Quelles sont les
menaces qui planent sur le Québec ?
- Expliquez ce qu’est
un « gouvernement minoritaire ».
- Travail de
synthèse : en relisant le texte et vos réponses aux
questions précédentes,
construisez une frise chronologique de l’histoire du Québec et
trouvez pour
chaque date un titre approprié.
1.1. La
légende d'un peuple

À la France!
Mère, je ne suis
pas de ceux qui ont eu le bonheur d'être bercés sur tes
genoux.
Ce sont de bien
lointains échos qui m 'ont familiarisé avec ton nom et ta
gloire.
Ta belle langue, j 'ai appris à la balbutier loin de toi.
J'ose cependant,
aujourd'hui, apporter une nouvelle page héroïque à
ton histoire déjà si belle
et si chevaleresque.
Cette page est écrite plus avec le coeur qu 'avec la plume.
(Louis Fréchette,
Légende d'un
peuple, 1887, Bibliothèque électronique du
Québec, Jean-Yves Dupuis, 2002, Dédicace à la
mère patrie, p. 6.)
Cette dédicace de Louis Fréchette, ne nous fait-elle pas
songer à l'envol du poète exilé, Victor Hugo, dans
La légende des siècles:
"Livre, qu'un vent t'emporte / En France où je suis né! /
L'arbre déraciné / Donne sa feuille morte..." (Victor
Hugo, La légende des siècles, 1859,
préface).
"La Légende d'un Peuple!
Quel
plus
beau titre et quelle plus noble
idée! Ce peuple canadien, dont le sang est le nôtre, le
voici qui nous déroule,
par la voix inspirée d'un de ses fils, les gloires, les
sacrifices, les
douleurs, les espérances de son histoire. - O
notre histoire, écrin de perles
ignorées!
dit admirablement
M.
Fréchette.
Et cet
écrin, dont voici des joyaux historiques, c'est aussi notre
histoire
à nous, Français; oui, c'est l'histoire de nos
pères morts, la richesse morale
de nos frères vivants. La Légende d'un Peuple, c'est la
légende de cette terre
qui porta pour nom la Nouvelle France et qui l'a gardé, ce nom,
comme un titre
de fierté. Et, de Colomb à Riel, M. Louis
Fréchette recueille pierre à pierre
le collier des souvenirs." (Louis Fréchette, Légende d'un
peuple, Préface par Jules Charletie, p. 8.)
Les
Amérindiens
Chanson
amérindienne 1, par Gilles Kowacs, métis montagnais,
Quebec, Canada 2001 
durée : 3 min 02 s
© TV5
/ Claude Vittiglio
Chanson mohawk 2,
par Gilles Kowacs, métis montagnais, Quebec, Canada 2001 
durée : 1
min 29 s
© TV5
/ Claude Vittiglio

« Au
moment de l’arrivée des Blancs, ils étaient
répartis en groupes
organisés, « familles »
ou « nations ». Certains étaient nomades,
tels les
Montagnais, les
Micmacs, les Cris et les Outaouais. D’autres avaient déjà
opté pour la sédentarisation:
la famille iroquoienne vivait dans des maison longues et des villages
palissadés.
Pour les uns, la chasse et la pêche fournissaient l’essentiel de
l’alimentation.
Les autres y ajoutaient des produits agricoles, tels les courges ou le
maïs, que
les Européens appelleront blé d’Inde.
Parfaitement au climat, les
Amérindiens savaient s’habiller
légèrement de
peaux
souples, se chausser de mocassins et de raquelltes
se déplacer le long
des « chemins
qui marchent » avec des canots d`écorce. Ils
fumaient
aussi le
tabac, une
de ces solanés du continent nord-américain promises
à un grand avenir
comme la
pomme de terre et la tomate.»
(TETU De
LABSADE, Franςoise (1990): Le
Québec. Un
pays, une culture,
Montréal : Boréal/Seuil : 41-42.)
Connaissance
des
Indiens
Les
autochtones
nord-américains sont connus grâce aux écrits et en
particulier aux récits de
voyage des missionnaires, officiers ou voyageurs français. Ces
agents français
connaissent le territoire grâce aux autochtones qu'ils
essaient
de répertorier
en groupes, à l'aide de noms de tribus parfois totalement
inventés. Pour
chiffrer cette population,
les administrateurs s'efforcent de
dénombrer les
guerriers.
En général, les Français
s'intéressent aux cultures autochtones par
curiosité et par goût de l'exotisme. Le mythe du
« bon sauvage » a
également été créé. Celui-ci permet
par un jeu d'opposition entre le
« sauvage » et l'homme occidental de critiquer
indirectement ce
dernier. Le désir
fondamental de ces
explorateurs
(de l'officier militaire au
jésuite) est de
civiliser les Indiens et de les convertir à la
« vraie foi », le
catholicisme. Mais pour cela il leur faut gagner la confiance des
autochtones
ce qui les pousse à apprendre leur langue, leurs mœurs, et qui a
certainement
abouti au bon fonctionnement de l'alliance franco-indienne.
Le
métissage
Les unions entre
Français et Indiens ont été encouragées
tout au long du XVII° siècle. Elles
peuvent avoir plusieurs formes :
concubinages,
mariages
chrétiens ou encore
mariage selon le rituel indien. Le but est de
pallier le
manque de femmes
blanches et d'intégrer les Indiennes à la
société. Les militaires fréquentent
également très souvent les Indiennes qui les font
profiter de leurs
savoirs (nourriture, vêtements, plantes médicinales).
Ainsi les
explorateurs
et coureurs des bois s'indianisent au contact
des Indiens et font naître le mythe de l'indien blanc.
Cette rencontre aboutira
soit à la métamorphose du Blanc en une créature
hibride, à mi-chemin entre
les
deux cultures, soit à l'annihilation de l'Indien
par la réclusion dans une
réserve.
Les alliances
franco-indiennes
L'Amérique dite
« française » mériterait
plutôt l'appellation d'Amérique
« franco-indienne » au vu de l'importance de ces
derniers dans divers
domaines : alliés militaires, guides, fournisseurs de peau et de
nourriture et
enfin partenaires sexuels.
La fondation des
alliances
Au XVI siècle, les
tentatives de colonisation se soldent le plus souvent par des
échecs. Ils sont dûs en
partie à la volonté des
Français de s'imposer en dominateurs et parfois même en
arbitres chez les
autochtones. A
la fin du XVI° siècle, les Français
optent pour une politique
d'alliance avec les Indiens (1603 : tabagie de Tadoussac
réunissant
Français et Montagnais, Algonquins, Etchemins). Un immense
réseau diplomatique
se met alors en place, avec des échanges de fourrures contre des
produits
européens. Les Français s'allient en particulier avec les
Hurons en 1609, mais
la confédération huronne est détruite par les
Iroquois, alliés des Hollandais,
en 1648-50. Le réseau des Français s'élargit alors
géographiquement, car privés
de l'intermédiaire des Hurons, ils doivent aller directement au
contact des
autochtones. Ces alliances sont entretenues par la présence
d'officiers
français et par les visites d'ambassadeurs autochtones aux
gouverneurs
français.
L'alliance
militaire
En s'alliant avec
les Indiens, les Français se doivent de participer à
leurs opérations
guerrières comme Champlain qui suit les Hurons et leurs
alliés sur la piste de
leurs ennemis, ce qui augmente d'ailleurs son prestige de chef de
guerre.
Inversement les Français se servent aussi de la force de leurs
alliés indiens
dans leurs combats contre les Iroquois et les Britanniques. Une paix
durable
entre Français et Iroquois est finalement conclue en 1701
à Montréal. Les
auxiliaires autochtones sont en effet indispensables, comme force
numérique
mais aussi comme guides. Cependant les Indiens ne s'enrôlent pas
dans l'armée
française mais rendent plutôt des services
« occasionnels » qu'ils se font
payer. Les tensions franco-indiennes restent présentes,
notamment en Louisiane.
« Civiliser »
et convertir
Entre 1620 et 1680,
Champlain puis Colbert mènent une politique d'assimilation et de
soumission des
dits « Sauvages » considérés comme
sans loi, sans roi, sans police, sans
science ni religion. La francisation passe par l'éducation des
jeunes Indiens
placés dans des pensionnats vite désertés et par
la tentative de fixation des
tribus nomades, elle
aussi un échec. Le métissage conduit
le plus souvent à
l' « ensauvagement » des Français. Les
missionnaires se heurtent aux
traditions indiennes et échouent également dans leur
entreprise de conversion,
les Indiens n'adhérant que superficiellement
au dieu chrétien. La francisation n'a donc pas abouti.
Vivre ensemble
Les Français vivent tout de même à
proximité, voire parmi les Indiens, ce
qui suscite d'importants transferts culturels. Les autochtones sont en
effet
attirés par la commodité des objets européens. Les
Français afin d'améliorer
leurs conditions de vie dans le pays, s'initient aux langues indiennes,
chaussent des mocassins, fabriquent des canots. Certaines traditions
grossières
font également l’objet d’un transfert : des officiers
allant parfois jusqu’à
scalper leurs ennemis.
(Pour
approfondir cf.
Delâge,
Denis,1990: Le pays renversé. Amérindiens
et Européens en Amérique du Nord-Est 1600-1664.
Montréal : Boréal; Vincent,
Sylvie/ Arcand, Bernard, 1979: L’image
de l’Amérindien dans les manuels scolaires du Québec.
Comment les Québécois ne
sont pas des sauvages. Montréal : Hurtubise HMH; Trigger,
Bruce-G., 1990: Les Indiens, la
fourrure et les Blancs. Paris, Montgréal : Seuil,
Boréal.;
Trigger,
Bruce-G.,1992 : Les Amérindiens et
l'âge héroïque de la Nouvelle-France. Éd.
rév. 1989. Ottawa: Soc. Historique
du Canada; Dickinson,
John,1982 : « La guerre iroquoise et la mortalité en
Nouvelle-France 1608-1666 ». Revue d’histoire
de l’Amérique française 36,1 : 31-54. - Le
Jeune, Père Paul (supérieur de la residence de Kebec)
(1635): Relation de ce qui
s'est passe en la Nouvelle-France en l'annee
1634. Envoyee au R. Pere [Barth. Jacquinot], provincial de la
Compagnie
de Jesus en la province de France. (cf.
Gallica.bnf.fr.),
- Lafitau, Joseph-François (1724):
Moeurs des sauvages ameriquains,
comparées aux moeurs des premiers
temps.Ouvrage enrichi de figures en
taille-douce ; tome
premier[-
second].
A Paris : Chez Saugrain l'aîné ... : Charles Estienne
Hochereau. (cf.
Gallica.bnf.fr.)
- Document supplémentaire
à exploiter en (PDF)
- Amérindiens et Blancs (HTML) (word)
- Les guerres iroquoises (HTML) (word)
- Les alliances franco-indiennes -
Parcours thématiques (ici)
- Jeu interactif:
Les
premières communautés canadiennes à la
portée des jeunes Ce projet de Bibliothèque et
Archives Canada présente
l’histoire, la vie quotidienne et la culture des premières
communautés
du Canada, autochtones ou non. Aussi au menu: jeux et artisanat, ainsi
que des activités pédagogiques reproductibles.
- Sagard, Gabriel: Grand voyage du pays des Hurons
situé en l'Amérique... avec un Dictionnaire de la langue
huronne. Paris 1632. Bibliothèque Nationale de
France, ouvrage
électronique.
- Les premières
nations à l'époque de la Nouvelle-France (ici).
- Activités
d'apprentissage sur les Premières nations du Canada pour la
classe (PDF,
69 p.)
|
Appuyé sur son arc, en son flegme farouche,
L'enfant de la forêt,
l'amertume à la bouche,
Un éclair fauve au fond de ses regards perçants,
En voyant défiler ces étranges passants,
- Embusqué dans les bois ou campé sur les grèves,
-
Songe aux esprits géants qu'il a vus dans ses rêves.
Pour la première fois il tressaille, il a peur...
Il va sortir pourtant de ce calme trompeur;
Il bondira, poussant au loin son cri de guerre,
Défendra pied à pied son sol vierge naguère,
Et, féroce, sanglant, tomahawk à la main,
Aux pas civilisés barrera le chemin!
Fréchette, Louis (1887): La
légende d'un peuple, Première époque: Notre
histoire, p. 21.
|
Sujets
d'étude:
- Décrivez brièvement la vie des
Amérindiens avant l’arrivée des
« blancs ».
- Quels sont les produits qui existaient déjà
dans la région de Terre-Nouvelle ?
- Pourquoi l'Amérique dite
« française » devrait-elle s'appeler
Amérique « franco-indienne »?
- Qui sont les « autochtones »?
- De quelle nature est l'alliance franco-indienne à la
fin XVIème siècle? Quels produits
européens pouvaient offrir les Français en échange
des fourrures?
- Quel est le deuxième aspect de l'alliance des
Français et des Indiens? Les relations entre les deux parties
sont-elles parfaitement stables? Pourquoi?
- Quelles sont les quatre formes d'union entre Français
et Indiens?
- Qu'est-ce que le concubinage? En quoi et dans quels cas
pouvait-il être plus simple que le mariage?
- Qui sont les Français qui transmettent les
premières informations sur les
« autochtones » ?
- Comment les administrateurs recensent-ils les
populations ?
- Qui sont les « missionnaires »?
- Quelle était la religion des Indiens avant
l'arrivée des colons? Quelle est, selon les colons, la
« vraie foi »?
- Quel est le but des explorateurs par
rapports aux
Amérindiens et quelles conséquences positives
entraîne-il ?
- Quel est le principe du « mythe du bon
sauvage »? Dans quel courant culturel français et
européen s'inscrit-il?
- Pourquoi manquait-il des femmes blanches?
- Pourquoi le métissage est-il encouragé ?
- Pourquoi les Français décident-ils de conclure
l’alliance de 1603 avec les Indiens ?
- Dans quels domaines s’établit cette alliance ?
- Quand et où les Français concluent-ils la paix
avec les Iroquois ? Quels étaient leurs alliés
respectifs auparavant ?
- Quels sont les résultats de la francisation en
1680 ?
- Que signifient les expressions « politique
d'assimilation » et « francisation »?
- Les Français et les Indiens restent-ils pour autant
deux peuples totalement étrangers l'un à l'autre?
Exercice
à choix multiple
Samian et Loco
Locass
La Paix des Braves, 2007- Rap
Vidéoclips :
vidéo 1
5’43
;
vidéo 2 4’20
A
l’occasion du 400e anniversaire de l’arrivée des Français
en terre
d’Amérique le groupe « Samian et Loco Locass «
nous invite à « retisser en Nouvelle-France l’alliance
entre autochtones et francophones »
Samion et Loco
La Paix des Braves, 2007
Dans une ville appelée Kapak, lieu de débarquement, mes
ancêtres ont fait leur pack sac pacifiquement,
Sur l'Anikana, en route au nord du Canada, (Canada, Canada,
Canada)
Samian, Loco Locass, il était temps que l'union se
fasse, qu'on remonte la vraie histoire pour qu'on puisse y faire face,
On veut mettre un pont entre les nations, confondre la
culture, ignorer les préjugés, laisser parler la nature
La barrière entre les peuples, on veut plus la
casser, on en a plus qu'assez, on est placés pour parler,
On remonte le temps dans le pantalon de Cristophe Colomb qui
découvre l'Amérique et tous ces peuples qui y habitent
On était pacifiques et encore, même
aujourd'hui, un homme blanc sur l'Atlantique qui rêvait de faire
son pays,
On fume le calumet de paix, sans rancune, on est capables de
rester vrais même si on porte plus de plumes
L'union de deux nations freine l'ignorance,
Pousse les connaissances avec un peu de reconnaissance
Mon histoire et la tienne, ça fait deux,
Je fais partie de deux peuples, donc je finirai comme l'un
d'eux
Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska
cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France,
entre autochtones et francophones
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak,
eawiakowiak, etitentakosiak,
C'est en mêlant le son qu'on scelle le pacte
De l'Europe à l'Amérique, j'ai traversé
l'Atlantique à cette époque épique, au pays du
porc-épic,
La maladie du scorbut scorait droit au but et c'est aux
premières nations que je dois ma guérison
Raquette, canot, boucane, tisane et toboggan, l'authentique
Autochtone enseigna au profane
La science de la savane, sans se douter qu'en filigrane, la
soutane mégalomane allait lui casser le crâne
Pour les Amérindindiens, en Amérique, il y a
deux choix : soit on les abat comme aux États,
Ou bien soit on les réserve comme au Canada, mais
réserve ou abat, le problème demeure le même
Car tombent une à une les quilles de leurs
emblèmes, les visages pâles peuvent ben devenir
blêmes,
Désolé pour le passé, à
présent, qu'est-ce qu'on fait ? allume le calumet, qu'on fume
pour la grande paix
Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska
cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France,
entre autochtones et francophones
Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska
cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France,
entre autochtones et francophones
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak,
eawiakowiak, eawiakowiak, etitentakosiak,
C'est en mêlant le son qu'on scelle le pacte
Je m'excuse si je t'excise, tu meurs pas, ou si oui, ta mort
est exquise,
Pas de taxe, on te plume pas, on te préserve dans
l'alcool, on te fume dans le tabac,
J'appelle ça de la taxidermie – de la quoi ? –
Parles-en à Renée Dupuis-Morency,
Christ ! L'ignorance crasse me laisse un goût ranci,
vite, faut que je me rince sous les chutes Montmorency
Oui maman, oui, j'me souviens que nous fumes les premiers
touristes en ce pays,
Qui paya sa survie à rendre ses esprits qui ont le
souffle court, et nous, les cœurs épris,
Trop pris, tellement pris qu'ils sont Pharmaprix, ah ha, le
karma crie
Algonquins, Innus, Attikameks du Québec, si on
allumait le calumet qu'on fumait pour la grande paix ?
Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska
cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France,
entre autochtones et francophones
Hochelaga, Stadaconé, on débarque en rabaska
cette année, on a décidé de se métisser,
Parce qu'on a retissé l'alliance en Nouvelle-France,
entre autochtones et francophones,
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak,
eawiakowiak, eawiakowiak, etitentakosiak, etitentakosiak,
Mamawintiwin mi iima eiji mackawisiak, mackawisiak,
eawiakowiak, eawiakowiak, etitentakosiak,
C'est en mêlant le son qu'on scelle le pacte |
Chloé Sainte-Marie

|
Mishapan Nitassinan
Ecoute de la chanson sur Radio Etincelle:
COATICOOK MAZATLÁN
MANITOU MÉGANTIC
MANOUANE IVUJIVIK
MASCOUCHE MANIWAK
SASKATCHEWAN SHIPSHAW
MATAWIN WINDIGO
KAMOURASKA TÉMISCAMINGUE
COPÁN CHIBOUGAMAU
Refrain : Mishapan
Mishapan, Nitassinan Nitassinan
(Que notre terre
était
grande)
QUÉBEC MANICOUAGAN
USHUAIA MATAPÉDIA
TADOUSSAC GUANAHANI
CHICOUTIMI ARTHABASKA
NATASHQUAN MAGOG MEXICO
SHAWINIGAN
MATANE MICHIGAN
WYOMING NEBRASKA
MISSISSIPPI DAKOTA
SAGLOUC OKLAHOMA
POHÉNÉGAMOOK
KUUJJUAQ
ACAPULCO MIGUASHA
ACADIE WINNIPEG
YUCATÁN MANITOBA
OUTAOUAIS ABITIBI
MASSAWIPPI ALASKA
SAGUENAY MISTASSINI
CHIHUAHUA PASPÉBIAC
MANHATTAN MILWAUKEE
WACHIYA RIMOUSKI
ESCUMINAC CHICHÉN
ITZÁ CARAQUET MATAGAMI
SQUATEC TABUSINTAC
IXTAPA TRACADIGACHE |
Ashuapimushuan
(Lieu
où on attend)
Extraits
Nuishamakuat
nuitsheuakanat innuat
tshetshi kushpian
tshetshi uapataman
kie nin nutshimiu-assi
miam uinuau
ashtam nipa
innutshuapit
tshetshi puamin
tshetshi minukuamin
maikan unu minashkuat
katakueshish
uniani
matameku
ashit innu-pakueshikan
ashit nuitsheuakanat
mamu nika mitishunan
utassiuat
tshiueiani
nika uitamuaut
tshetshi itutetau
tshetshi uapatakau
uinuau
menuashinit tapue
utassinua
ashuapimushuan nui nipan
ashuapimushuan nipeku
tshetshi minukuamian
ashuapimushuan
ashuapimi |
Mes amis innus
m'invitent
à monter dans le bois
afin de vivre
l'intérieur des terres
comme eux
viens t'endormir sous le tipi
pour rêver
pour un bon sommeil
car au loin un loup hurle
à mon réveil
de la truite
de fa banick
avec mes amis
nous mangerons ensemble
sur leur terre
chez moi,à mon retour
je dirai
partez, allez voir
combien belle
est leur terre
ashuapimushuan je veux dormir
ashuapimushuan endorme-moi
pour rever à toi .
Ashuapimushuan
attends-moi |
Poème:
Joséphine Bacon / Musique : Gilles Bélanger
|
A
écouter sur rfi musique
Chloé Sainte-Marie
interprète
Parle moi,
un
texte de Gaston Miron (2'44)

Po
rtrait
de Chloé Sainte-Marie
par Valérie Lehoux (5'18)
Toi la mordore - Chloé Sainte-Marie
Vidéo
Concerts autochtones
-Vidéo-clips
Chloé Sainte-Marie, chanteuse
québécoise, sensible aux souvenirs, à la
mémoire et aux traditions, vient nous rappeler, par la chanson Mishapan
Nitassinan
(album Je
marche à toi, 2002), la présence amérindienne,
passée ou présente, à travers
ces noms amérindiens évoquant des villes ou d'autres
lieux. La chanteuse est
accompagnée par un seul accord de guitare qui résonne
comme un balancement d’horloge
et s’installe avec douceur dans nos cœurs. Sa voix qui se souvient
« Que
notre terre était grande » est transportée
dans l’au-delà du temps et de l’espace. Dans ses concerts,
Chloé présente une "succession de textes et de
chansons, qu’elle semble
interpréter au bord d’un précipice intérieur. Deux
soirs durant, dans
une petite salle confinée aux jolies courbes
d’amphithéâtre, Chloé
Sainte-Marie s’est mise en danger. Elle n’esquive jamais les silences
et livre, dans un dépouillement sans filet, les mots de Gaston
Miron,
Roland Giguère, Patrice Desbiens… Mots de vie ou de mort,
porteurs de
douleurs et d’espoirs, hommages aux peuples amérindiens et aux
terres
inviolées, qu’elle dit ou qu’elle chante d’une voix vibrante, si
ce
n’est déchirante." (Valérie Lehoux
- Joséphine Bacon a
initié l’interprète Chloé Sainte-Marie à la
culture innue et lui a offert entre
autres la chanson Mishapan Nitassinan – Que notre terre
était grande - pour
son disque Je marche à toi avec des paroles psalmodiant une litanie
parfaitement euphonique de toponymes amérindiens. Cette chanson
en langue
autochtone nous fait voyager à travers le Canada, le
Québec, les États-Unis et
l’Amérique du Sud. Ecoutez, puis résumez les
grandes
lignes du commentaire
audio de Joséphine Bacon avec la transcription : http://www.innuaitun.com/modules/smartmedia/clip.php?
categoryid=2&folderid=14&clipid=37
2. L'implantation
française en Amérique du Nord
en cinq périodes (1500-1763)
Ligne
du temps: le Régime français

Le
XVIe siècle
(I) Début
de l'exploration française
(1524-1607)
- Les premières tentatives
Première
époque
Notre Histoire
Ô notre Histoire! - écrin de perles ignorées!
Je baise avec amour tes pages vénérées.
Ô registre immortel, poème éblouissant
Que la France écrivit du plus pur de son sang!
(...)
Les gloires d'autrefois, comme elles sont sereines
Et pures devant vous, vertus contemporaines!...
Salut d'abord à toi, Cartier, hardi marin
Qui le premier foula de ton pas souverain
Les bords inexplorés de notre immense fleuve!
Salut à toi, Champlain! à toi, de Maisonneuve!
Illustres fondateurs des deux fières cités
Qui mirent dans nos flots leurs rivales beautés!...
|
Ce
ne fut tout d'abord qu'un groupe, une poignée
De Bretons brandissant le sabre et la cognée,
Vieux loups de mer bronzés au vent de Saint-Malo.
(...)
Cherchant, dans les secrets de l'océan brumeux,
Non pas les bords dorés d'eldorados fameux,
Mais un sol où planter, signes de délivrance,
À côté de la croix le drapeau de la France.
Sur leurs traces, bientôt, de robustes colons,
Poitevins à l'oeil noir, Normands aux cheveux blonds,
Austères travailleurs de la sainte corvée,
Viennent offrir leurs bras à l'oeuvre inachevée...
(...)
En vain d'affreux périls naissent-ils sous leurs pas,
Vainement autour d'eux chaque élément conspire:
Ces enfants du sillon fonderont un empire! |
Et
puis, domptant les flots des grands lacs orageux,
Franchissant la savane et ses marais fangeux,
Pénétrant jusqu'au fond des forêts centenaires,
Voici nos découvreurs et nos missionnaires!
Apôtres de la France et pionniers de Dieu,
Après avoir aux bruits du monde dit adieu...
(...)
Le soleil souriait à la Nouvelle-France!
Ce jour est déjà loin; mais gloire à toi, Cartier!
Gloire à vous, ses vaillants compagnons, groupe altier
De fiers Bretons taillés dans le bronze et le chêne!
Vous fûtes les premiers de cette longue chaîne
D'immortels découvreurs, de héros canadiens,
Qui, de l'honneur français inflexibles gardiens,
Sur ce vaste hémisphère où l'avenir se fonde,
Ont reculé si loin les frontières du monde!
Fréchette, Louis (1887): La
légende d'un peuple, Première époque: Notre
histoire, p. 18-94. |
Le parcours de l’implantation française
en Nouvelle-France est retracé à partir de
l’époque des explorations
au début du 16ème
siècle jusqu’à la fin du Régime français en
1763. Chacune de ces périodes est l’occasion
d’explorer des aspects originaux de ce peuplement :
l’identité des
migrants, les conditions de leur départ, la manière dont
ils s’adaptent et s’établissent,
la formation des couples et des familles, leurs relations avec les
Amérindiens,
les métissages, le contexte commercial, militaire,
missionaire... (Dechêne,
Louise (2008) :
Le Peuple, l'État et la
guerre au Canada sous le régime français.
Montréal : Boréal.)
Avant
l'arrivée des Français, le Québec était habité
par des tribus
amérindiennes.
Actuellement le gouvernement québécois reconnaît
onze nations autochtones
sur son
territoire : les Inuits,
les Mohawks, les Innus, les Cris, les Algonquins,
les Atikamekw,
les Micmacs, les Hurons-Wendat,
les Abénaquis,
les Malécites
et les Naskapis.
A la
recherche d’une „mer de
l’Ouest“
imaginaire, navigateurs, puis coureurs de bois, missionnaires,
militaires, et
scientifiques explorent l’Amérique du Nord. Ils sillonnent les
rivières,
franchissent les portages et parviennent jusqu’au centre et au sud du
continent
rejoignant alors leurs concurrents espagnols bien implantés au
Mexique ainsi
que les Anglais à l’est du Mississippi. Ils dessinent et
cartographient le territoire
en même temps qu’ils décrivent ses habitants. C’est un
navigateur normand,
Guillaume Levasseur, qui présente pour la première fois
le toponyme de « Québec »
sur une carte de 1601.
Ce sont très probablement les
Vikings,
hommes du Nord qui ne redoutent pas les tempêtes de l'Atlantique,
qui ont
exploré les premiers l'Amérique du Nord et
certaines parties du Québec. « Au
début du IXe siècle, les pays nordiques de l’Europe
connaissent le
surpeuplement. Les hommes du Nord, appelés aussi Norsemen,
Normands ou Vikings,
commencent à envahir les pays voisins, puis les terres du sud.
La France et l’Angleterre
sont mises à sac. À cette époque, les Vikings sont
certainement les plus
habiles navigateurs. (...) De récentes découvertes
archéologiques nous
fournissent des preuves supplémentaires d’une colonisation
normande en Amérique
du Nord, au Canada et au Québec, en particulier. »
(Lacoursière 1995, t 1 :
10-11) On peut alors faire débuter l'histoire de l'exploration
française bien
avant 1524, date d'un voyage officiel, commandité par
des marchands et
par François 1er, Roi de France.
En mars
1493,
Christophe Colomb rentre d’un long voyage, persuadé
d’avoir
touché les Indes.
Pour atteindre l’Orient et ses trésors, il avait
fait le pari de traverser l’Atlantique. En réalité, il se
heurte à un obstacle de taille, une barrière
continentale lui barre la route de la soie et des épices.
En effet, en 1508, soit seulement 16 ans après le
premier voyage de Christophe Colomb, Thomas Aubert
qui participe vraisemblablement à une expédition de
pêche
dans la région de Terre-Neuve, ramène quelques
amérindiens en France. Cela nous indique que dès le
début du 16e siècle, des
navigateurs français s’aventurent
dans
le golfe du Saint-Laurent, sans compter les
morutiers basques,
espagnols et français qui y travaillent le
printemps et l'été, le temps de compléter la
cargaison de morue qu'ils rapportent en Europe. Comme plusieurs autres
nations
européennes, les Français font confiance à la
filière italienne. En effet, l'Espagne a engagé
Colombo, Vespucci et Balboa, l'Angleterre Cobotto, et la France fait appel
à Giovanni da Verrazano.
Pourquoi la France se
lance t-elle dans l'aventure du Nouveau Monde bien après
l'Espagne et le
Portugal (dès 1490) et pourquoi fait-elle
appel à un italien?
Au début du 16e siècle la France compte quatre
fois plus
d'habitants (15
millions) que sa rivale, l'Angleterre, mais tous les rois qui se
succèdent jusqu'à
cette époque essayent d'affirmer leur prédominance sur
l'Italie car la
Médiderranée conduit vers le Moyen-Orient. La France
s'intéressant
particulièrement à cette région, l'Angleterre, le
Portugal et l'Espagne, pour
survivre, comptent plutôt sur l'extérieur,
c'est-à-dire l'Atlantique.
Les grands financiers italiens vivant
à Lyon fournissent des fonds à la couronne de France et
proposent en même temps
un des leurs pour tenter l'aventure du côté de
l'Atlantique: Giovanni
Verrazano, déjà connu comme grand explorateur (Champagne,
André,1996: « Entretien
avec Denis Vaugeois. Les vaines tentatives 1524-1603 ». Dans:
Idem,
Histoire du régime français: 9-30, p. 13).
C'est en 1524
qu'il longe minutieusement la côte atlantique de
l'Amérique du Nord entre la
Floride et le Cap Breton en Nouvelle-Écosse, cherchant le
passage tant convité vers la mer
de l'Ouest / de Chine qui, pensait-t-on, donnait
accès à l'Asie. Il attribue à ce territoire
intérieur indéterminé le nom
de Francesca en l’honneur du roi de
France François Ier et en 1529 Verrazano inscrit sur sa carte du
monde Nova Gallia : la Nouvelle-France
est née. (Lacoursière
1995, t 1 :14) Verrazano rentre de son voyage non sans avoir
été émerveillé
par la beauté du paysage qu'il compare à une
région de la Grèce qu'il
connaissait probablement, l'Arcadie. Plus tard, on désigne sous
le nom d'Acadie
cette partie de la Nouvelle-France qui se trouve dans la
Nouvelle-Écosse
actuelle. Le voyage de Verrazano est resté sans résultats
tangibles, mais a
préparé ceux de Jacques Cartier, dix ans plus tard.
Sujets
d'étude:
- Combien de tribus
amérindiennes y a-t-il actuellement au Québec ?
- A quelle date le
premier voyage officiel commandité par un Roi de France a-t-il
lieu ?
- Quels ont
été les autres explorateurs dans
cette
région ?
- Pourquoi la France s'est-elle
lancée dans l'aventure du Nouveau Monde bien après
l'Espagne et le Portugal (dès 1490) ?
- Pourquoi la France a-t-elle fait appel
à un Italien ?
- Quel passage
recherchait-on ?
- L'expédition
menée par da Verrazano a-t-elle été un
succès ?

Jaloux
des richesses que l'Espagne et le Portugal
retirent de leurs colonies, François 1
er,
roi de France, nomme le malouin
Jacques
Cartier à la tête
d'une première
expédition en 1534 pour continuer l'oeuvre de Verrazano et pour
découvrir des îles et pays où l'on pense trouver de
l'or, qui à cette époque est la principale unité
monétaire. Mais l'or se fait de plus en plus rare en Europe
à cause de la chute de Constantinople. Ainsi la Porte d'Or passe
aux mains des musulmans et le commerce de la soie et des épices
se complique.
Le 24 juillet
1534, Cartier prend possession du
Canada au nom du Roi de France en élevant sur la
péninsule de Gaspé,
habitée depuis des
millénaires par les Amérindiens et
les Inuits, une gigantesque croix ornée de trois fleurs de lys
et
d'un écriteau portant l'inscription "Vive le roi de France".
"Après qu'elle fut élevée en l'air, lit on dans le
récit du premier voyage de Cartier, nous nous mîmes tous
à genoux, les mains jointes, en adorant celle-ci." Les
autochtones ne se rendent pas compte qu'ils viennent d'assister
à "une prise officielle de leur territoire au nom du roi de
France. Ils ignorent que, pour les Européens, toute portion de
terre qui n'appartient pas à un souverain chrétien peut
devenir leur possession par ce simple geste." (Lacoursière,
Jacques, 2002,
Une histoire du
Québec. Québec: Septentrion: 11). Lorsque le chef
de la tribu iroquoise, Donnacona, se rend au navire français
pour demander des explications, Cartier lui fait comprendre que la
balise n'indique que l'entrée du port.
Lors d'un deuxième voyage (1535-1536) Cartier
remonte le cours du
fleuve Saint-Laurent jusqu'à Hochelaga
(futur site de
Montréal). Les deux autochtones dont il s'était
emparé en 1534 pour les montrer
à la cour et comme preuve qu'il s'était rendu dans un
nouveau coin du monde,
lui servent de guides. Il espère toujours trouver le chemin le
conduisant en
Chine, pays d'ou viennent les épices, un produit dont le prix a
considérablement augmenté avec la prise de Constantinople
par les Turcs, au
milieu du XVème siècle.
Lors de son troisième
voyage (1541-1542), Cartier fonde à
l’embouchure
de la rivière de
Cap-Rouge, près de Québec, une habitation qu'il
nomme
Charlesbourg Royal, premier
établissement français en sol américain. Mais
Cartier est un marin et ne s'intéresse pas vraiment à la
colonisation. Son rôle est d'amener d'abord un groupe de colons
en attendant que
Jean-François
de la Roque de Roberval
vienne s'installer et devienne lieutenant de la Nouvelle-France.
Roverbal est ensuite chargé d'établir une colonie
en
Amérique.
Entre ces voyages Cartier essaie de
persuader la France de fonder un
établissement au Canada (cf. Trudel,
Pierre,1963: Histoire
de la Nouvelle-France. Les vaines tentatives 1524-1603.
Montréal: Fides), mais la France,
déçue, ne
veut plus
investir de sommes importantes dans une aventure si incertaine. Les
Français ensuite supportent mal les rigueurs de l'hiver,
ils périssent du
scorbut et les relations avec les Amérindiens deviennent de plus
en
plus
tendues. Les diamants et l'or rapportés de Québec lors de
son voyage en 1542
s'avèrent n'être que
mica
et pyrite de fer , d'où l'expression "faux comme les
diamants du
Québec". Cependant Cartier a eu le mérite d'avoir
établi les bases
de la cartographie canadienne et d'avoir découvert le grand axe
fluvial
grâce auquel la Nouvelle-France peut recouvrir, un
siècle plus tard,
les trois quarts du continent nord-américain.
Au sens strict, Jacques Cartier n'est
pas le découvreur du
Canada
actuel, puisqu'il n'a pas parcouru le Nouveau-Brunswick, ni la
Nouvelle-Écosse, ni l'île du Prince-Édouard. En
fait, Cartier est le
découvreur de la vallée du Saint-Laurent. Il appelle le
fleuve "
rivière du Canada"
et c'est lui qui
donne le nom de Canada au pays: en entendant le mot iroquois
kana-ta, que les deux autochtones
énoncent en revoyant leur village, Cartier croit que le terme
désigne le pays tout entier.
Exercice à choix mulitple
Sujets
d'étude:
- De quelle
ville Jacques Cartier est-il parti en 1534?
- Dans
quelle région de France
et dans
quel département se trouve-t-elle?
- Que cherchait Jacques
Cartier lors de sa
première expédition en 1534?
- Que signifiait,
à l’époque, l’implantation d’une croix sur un
« nouveau » territoire ?
- Expliquez
l'expression « faux
comme les diamants du Québec ».
- Comment
s'appelait le premier
établissement
français en sol américain?
- Quels
problèmes
les
Français devaient-ils affronter?
- Quelles ont
été les conséquences de la chute de Constantinople
(1453) pour les
Européens ?
*Formez
des équipes et travaillez sur le reportage consacré
à
Jacques Cartier (Vidéo
Radio Canada, 2006, 13'37)
Une des plus importantes
découvertes archéologiques de notre histoire vient de
confirmer la présence de Jacques Cartier près de
Québec, entre 1541 et 1543. Elle permettra de mieux comprendre
les raisons de l’établissement de cette première colonie
française en Amérique, son quotidien, les relations avec
le peuple iroquois et les raisons qui ont poussé Cartier et
Roberval à la délaisser.

|
En suit donc une longue période de
désintéressement de la
part des autorités
françaises. Il faut attendre la toute fin du 16e siècle
pour que
renaisse un intérêt certain pour ces
lointaines
contrées nordiques. Si
la France n'envoie plus d'explorateurs et de découvreurs, cela
ne veut
pas dire que les Français ne se rendent plus dans la
région
de Terre-Neuve
et dans
le golfe Saint-Laurent. Les pêcheurs Bretons et Basques
continuent de venir s'approvisionner en
morues
et en
huile
de baleine. A l'époque le poisson est d'une
grande importance pour les catholiques qui doivent vivre 150 jours par
an dans l'abstinence et rénoncer
à toute autre chair que celle du poisson, sous peine de
péché mortel (Lacoursière, 2002: 12). Comme les
pêcheurs doivent
passer un certain temps dans ces lieux, ils commencent
à
échanger leurs objets en métal contre les fourrures des
autochtones.
Peu à peu,
ce commerce devient de plus en plus rentable et l'intérêt
renaît pour
cette «
terre
de Caïn».
Le commerce des fourrures nécessite cependant, selon certaines
sources, un
établissement permanent et un bon réseau d'alliances avec
les
fournisseurs si cette
activité se veut régulière et rentable. Il n'est
alors plus possible de se contenter de
présences
saisonnières et irrégulières. Pour d'autres, ce
commerce peut très bien
continuer à se faire à la façon des
pêcheurs. Les
intérêts divergent donc
concernant cette activité. Des compagnies de
marchands se forment et tentent d'intéresser la couronne
à une entreprise de
colonisation en
Amérique française. Les marchands veulent s'impliquer
mais ils
voudraient que les autorités accordent le monopole à une
compagnie qui,
elle, en retour, s'emploierait à peupler la colonie. Le roi
aurait donc
une colonie sans que
cela ne lui coûte beaucoup. En même temps, les
partisans
du commerce libre font aussi pression auprès des
autorités pour que le commerce ne soit pas entravé. Au
tournant du 17e siècle, c'est le grand débat.
Les voyages d'exploration, assortis
d'objectifs coloniaux,
reprennent sous le règne d'Henri IV en 1598 avec le retour de la
paix civile et religieuse. Le 15 janvier 1598, Henri IV, Roi de France,
nomme Troilus de La
Roche de Mesgouez lieutenant de la Nouvelle-France et en mars celui-ci
débarque à l'Ile de Sable avec 60 colons.
En
1600, un comptoir de
traite est
construit par Chauvin de Tonnetuit à
Tadoussac, à
l'embouchure de l'actuelle rivière Saguenay, suivant
aussitôt les
voyages de Jacques Cartier. Il est à noter que ce comptoir
n'appartient à aucun empire colonial. Les Anglais comme les
Français et
même les
Portugais y ont des affaires avec les Amérindiens et n'ont pas
encore conclu d'entente particulière avec aucune nation
européenne.
Durant cette période, quelques colons Français, les
premiers,
s'établissent au Canada.
Sujets d'étude:
- Quel
rôle les
pêcheurs bretons et basques ont-ils joué dans le contexte
historique de
Terre-Neuve?
- Quel autre
commerce s'installe en Terre-Neuve?
- Que veut dire
le terme "Terre de
Caïn"?
- Qu'offrent les
marchands au roi en
contrepartie d'un monopole de commerce?
- Quels sont les
deux
points de vue divergents qui s'affrontent au tournant du 17e
siècle?
Robert
Charlebois
Jacques
Cartier
Paroles :
Daniel Thibon
Musique :
Robert Charlebois
Cartier, Cartier, ô Jacques
Cartier,
Si t'avais navigué à l'envers de l'hiver,
Cartier, Cartier, si t'avais navigué
Du côté de l'été, aujourd'hui on aurait
Toute la rue Sherbrooke bordée de cocotiers
Avec, perchés dessus, des tas de perroquets
Et tout le Mont-Royal couvert de bananiers
Avec des petits singes qui se balanceraient.
Au bord du St-Laurent, on pourrait se baigner
Tout nus en plein hiver et puis se faire bronzer.
Cartier, Cartier, ô Jacques Cartier,
Si t'avais navigué à l'envers de l'hiver,
Cartier, Cartier, si t'avais navigué
Du côté de l'été, aujourd'hui on aurait
Le pont Victoria tout de lianes tressé.
On le traverserait en portant des paquets
Sur la tête, en riant, et sans chaussures aux pieds.
On jouerait du tam-tam et du ukulele
Et toute la rue Peel sentirait l'oranger,
L'amande, le jasmin, le lotus, l'orchidée.
Cartier, Cartier, ô Jacques Cartier,
Si t'avais navigué à l'envers de l'hiver,
Cartier, Cartier, si t'avais navigué
Du côté de l'été, aujourd'hui on aurait
Sur l'avenue des Pins des girafes étonnées
De voir des écureuils leur passer sous le nez,
De gros éléphants blancs dans la rue Delorimier
Et la Place Ville-Marie en forme de minaret,
Des tempêtes de sable tout chaud et tout doré
Sur lequel en janvier il ferait bon rêver.
Cartier, Cartier, ô Jacques Cartier,
Si t'avais navigué à l'envers de l'hiver,
Cartier, Cartier, si t'avais navigué
Du côté de l'été, aujourd'hui on aurait
Montréal à Dakar, Conakry ou Tanger,
Montréal à Tokyo, Kyoto ou Kobé,
Montréal à Aden, Fremantle ou Bombay,
Montréal à Java, Bornéo, Papeete,
Montréal à Phnom Penh, à Bangkok, à
Hué,
Montréal à Hong-Kong, Canberra ou Sydney...
Cf. l'expoitation
didactique de la chanson sur le site internet. |

|
Exercice
à choix multiple
2.2. Le
XVIIe siècle
(II)
La
Nouvelle-France et la Compagnie des Cent-Associés
(1608-1663) - Ancrages
(1608)
Le
17ème siècle constitue la période la plus
décisive de l'implantation française en
Amérique du Nord. Pourtant "au début du siècle, la
Nouvelle-France ne représente rien. Ou si vous voulez elle
représente des projets." (Champagne,
André,1996: « Entretien avec Denis Vaugeois.
Les vaines
tentatives 1524-1603 ». Dans: Idem, Histoire du
régime français:
9-30, p. 23). Aux tentatives infructueuses succèdent
des établissements qui se veulent permanents et dont la
fondation marque le coup d'envoi de la colonisation française:
L'île Sainte-Croix et Port-Royal (Acadie), en 1604-1605;
Québec en 1608; Trois-Rivières en 1634 et Montréal
en 1642. (Cf. Trudel,
Pierre (1966) : Histoire
de la Nouvelle-France. Le comptoir (1604-1627).
Vol. II., Montréal :
Fides)
Au
début du 17ème
siècle, c'est le protestant Pierre Du Gua de Monts qui devient
chef d'expédition et le principal bénéficiaire des
monopoles de commerce. Il explore le Canada
depuis les
côtes de l’Acadie, où
il fonde Port-Royal (aujourd’hui
Annapolis-Royal) en 1605, jusqu’aux Grands Lacs
et remonte le Saint-Laurent jusqu'à
Hochelaga (Montreál), près de l’endroit ou Jacques
Cartier avait hiverné
quelque 70 ans plus tôt.
Entre
1603, année
de son premier séjour en Nouvelle-France, et 1635, Samuel de
Champlain effectue 12 voyages en
Nouvelle France
avant de décéder à Québec en 1635. Lors de
son premier voyage, les
hommes qui l’accompagnent s'empressent, avant l’hiver, alors très
rude, de
construire des maisons qu'ils entourent d'une palissade . Bien que Champlain ait prévu de grandes provisions
de nourriture, elles finissent par s'épuiser.
La maladie (principalement le scorbut) frappe plusieurs hommes.
Ils
subissent aussi,
à quelques
reprises, les
attaques des Iroquois. Finalement, seulement huit hommes sont
toujours
vivants au printemps. Dès son retour en France, Champlain fait
publier
un premier
récit de ses « Voyages » qu’il intitule
« Des sauvages ».

En 1608, Samuel
de Champlain
est
envoyé en Nouvelle-France par Henri IV avec la mission de
trouver un site
propice à la création d’un établissement
colonial. L'objectif est
d'abord de construire un poste permanent de traite où l'on peut échanger
des biens contre les fourrures des Amérindiens, puis d'assurer le
peuplement et ainsi la
colonisation.
Comme
Champlain est déjà venu explorer le territoire au
cours de voyages précédents, il ne tarde pas à
trouver ce site. Il bâtit son fort au pied du cap
Diamant, à Québec. Il s'agit d'un endroit
stratégique où le fleuve
Saint-Laurent se rétrécit. Les avantages de ce site
sont nombreux. On peut par exemple, y voir venir les bateaux de loin
afin
d'empêcher à tout autre puissance coloniale
d'accéder par cette voie à
l'intérieur des terres. De plus, le site est situé à proximité des
villages amérindiens et près du fleuve
qui
permet le transport
des marchandises. Enfin, les terres y sont fertiles ce qui
favorise
l'agriculture. Le nom Québec, dérivé du mot
« Gepeg » en mikmaq,
désignait à l’origine le
« rétrécissement du fleuve »
Après avoir fondé Québec en 1608, Champlain
remonte au Nord la rivière du
Saguenay, au Sud celle de Richelieu (1609) et vers l’Ouest celle des
Outaouais
jusqu’au Lac des Hurons (1615-1616). Dès 1609, sur rapport de
Champlain, Henri
IV donne à la colonie le nom de Nouvelle-France dont
Champlain devient
le lieutenant-gouverneur en 1612.
Il faut de
nombreuses années avant que Québec se développe. En fait, le
premier habitant à
venir s'y installer,
Louis Hébert, arrive en
1617.
Sujets d'étude:
- Quel rôle
joua Pierre Du Gua de Monts ?
- Résumez
quelques aspects du premier séjour de Samuel de Champlain en
Nouvelle-France.
- Pourquoi
Samuel de Champlain fut-il envoyé en Nouvelle-France?
- Où
fonda-t-il le poste de traite? Pourquoi ?
- Est-ce
que pendant les premières années la colonisation fut
couronnée de succès?
- Qui
fut le fondateur de la ville de Québec, quand est-ce que la
ville fut fondée
et quelle est la signification de son nom ?
- Pourquoi
le nom de Louis Hébert passa-t-il à la
postérité ?
- Exercice
de vocabulaire: Mots
croisés
|
Journal
de Samuel
Champlain
Extrait du 3 juillet
1608
Ie
party de Tadoussac le dernier du mois [30 juin 1608] pour aller
à Quebecq...
Toute cette coste, tant du Nord que du Su, depuis Tadoussac iusques
à l'isle
d'Orleans, est terre montueuse & fort mauuaise, où il n'y a
que des pins,
sappins, & boulleaux, & des rochers tres-mauuais, où on
ne sçauroit
aller en la plus part des endroits... L'Ile d'Orléans est le
commencement du
beau & bon pays de la grande riuiere fleuve
Saint-Laurent.
De l'isle d'Orleans jusques à Quebecq, y a vne lieue,
& y arriuay le 3.
Iuillet: où estant, ie cherchay lieu propre pour nostre
habitation, mais ie
n'en peu trouuer de plus commode, ny mieux situé que la pointe
de Quebecq,
ainsi appellé des sauuages, laquelle estoit remplie de noyers.
Aussitost
i'emproiay vne partie de nos ouuriers à les abbatre pour y faire
nostre
habitation, l'autre a scier des aix, l'autre fouiller la caue &
faire des
fossez: & l'autre à aller querir nos commoditez à
Tadoussac auec la barque.
La premiere chose que nous fismes fut le magazin pour mettre nos viures
à
couuert, qui fut promptement fait par la diligence d'vn chacun, &
le soin
que i'en eu.
Source:
C.-H. Laverdière (éd.), Les Oeuvres de Champlain
(5 [6] vol., Québec,
1870); tome 3, p. 144-156)
- Transcrivez
le texte en français moderne, puis résumez le contenu.
Quels sont les éléments les plus importants pour vous?
- Faites une
petite recherche sur Tadoussac
et le fleuve Saint-Laurent.
Présentez les résultats en plenum.
- Préparez
un petit exposé sur « L'île
d'Orléans ». Pourquoi cette île peut-elle
être considérée comme le « berceau
de l'Amérique du Nord » ?
- Quels sont les attraits
touristiques de l’île ?
|
La famille Hébert
(1617)
Vers 1615,
Champlain insiste de plus en plus auprès du Roi de France afin
que
celui-ci
investisse dans la colonisation de la Nouvelle-France. Mais Henri IV
rencontre "beaucoup d'opposition parmi ses conseillers, parce que la
grande peur de la France, c'est de dépeupler la France au profit
d'une colonie américiane".
Cette peur se perpétue jusqu'au temps de Louis
XIV, et en particulier à l'époque de Talon. Lorsque
celui-ci
demande à Louis XIV d'envoyer des immigrants en Nouvelle-France
afin de peupler la colonie, celui-ci lui répond: "Il ne faut pas
dépeupler la France!" (
Champagne,
André,1996: « Entretien avec Denis Vaugeois.
Les vaines
tentatives 1524-1603 ». Dans: Idem, Histoire du
régime français:
9-30, p. 24).
Champlain se rend lui-même en France afin de faire
avancer son
projet de colonisation. Lors de son retour il
rencontre un ancien ami, Louis Hébert devenu apothicaire (le
métier
d'apothicaire
correspond aujourd'hui à celui de pharmacien). Il le
convainc
alors de
s'embarquer, sa famille et lui, et de venir s'installer en
Nouvelle-France. C'est ainsi que Louis Hébert, sa femme
Marie
Rollet et
leurs enfants (Guillaume, Guillemette et Anne) deviennent en 1617, la
première
famille à s'installer en Nouvelle-France.
Le premier registre de baptêmes, mariages et
sépultures de Québec est ouvert en 1621. Le 26 août
1621, Guillaume Couillard épouse Guillemette Hébert,
fille de Louis Hébert, le premier colon de Québec. C’est
là, incontestablement, le premier mariage enregistré
à Québec et dans toute la Nouvelle-France.
Les
premières années sont
difficiles pour ces exilés de France. Quand ces premiers colons entrent en scène pour
aller habiter en
Nouvelle-France, c'est toute une aventure à l’époque,
parce qu'ils
sont confrontés à un environnement des plus hostiles (Hardy, Jean-Pierre (2007): Chercher
fortune en Nouvelle-France. Québec: Éditions Libre
Expression).
Les émigrants doivent
se loger, se vêtir et se nourrir. Le simple fait de survivre
constitue alors déjà un
exploit.
Les habitants doivent défricher
leur
terre et
se construire une cabane
pour survivre à l’hiver
rigoureux. Le
travail est très dur pour tous les membres de la famille qui y
participent. Les hommes coupent des arbres
et les
transportent à travers les broussailles
avec une hache pour seul outil.
Dès que
le printemps arrive, ils commencent à
ensemencer
leur terre
et à
construire leur maison définitive. La petite cabane se
transforme alors en étable.
Comme la famille
Hébert développe
des liens
d’amitié avec les Amérindiens, ces derniers leur
enseignent des
méthodes pour
s’adapter au climat. Ils leur montrent entre autres la culture du
maïs. Au début de l’hiver 1627, Louis
Hébert fait une
mauvaise
chute sur la glace. Il décède le 25
janvier suivant des
suites de ses
blessures à l’âge de 52 ans. Quant à sa
femme, Marie Rollet, elle
meurt en 1649 après avoir passé de
nombreuses années à soigner les
malades et
à enseigner aux petites Amérindiennes. Le cap où
la famille Hébert était installé, deviendra la
Haute-Ville de Québec.
Les romans cultes
- les Anciens Canadiens de Philippe
Aubert de Gaspé (1883) (nouvelle édition critique par
Aurélien Boivin, 2007) et
Jean Rivard, le défricheur (1862) d’Antoine
Gérin-Lajoie (nouvelle édition 2008) – peigent le mieux
la vie, les mœurs
et
le travail des défricheurs d’autrefois:
« Jean
Rivard se rappelait le précepte: ne remets pas à demain
ce que tu peux faire aujourd'hui: aussi à peine l'Aurore aux
doigts de rose avait-elle ouvert les portes de l'Orient, comme dirait
le
bon Homère, que nos deux défricheurs étaient
déjà à l'oeuvre.
Ils commencèrent par
éclaircir et nettoyer les alentours de leur cabane; en quelques
jours les arbrisseaux avaient été coupés ou
arrachés de terre, les corps morts avaient été
coupés en longueurs de huit à dix pieds, réunis en
tas et brûlés; les grands arbres seuls restaient debout,
trônant ça et là, dans leur superbe majesté.
(...) On avouera qu'il fallait, sinon du courage, au moins de bon bras
pour s'attaquer à ces géants de la forêt, qui ne
succombaient qu'avec lenteur sous les coups
répétés de la hâche. » (Jean Rivard,
défricheur, p.44-45)
Sujets
d'étude:
- À l'initiative de qui le
Roi de France se décide-t-il
à investir dans la colonisation de la Nouvelle-France? Et en
quelle année?
- Quelles sont les craintes d'Henrie IV qui se perpétuent
jusqu'au temps de Louis XIV ?
- Qui est Louis
Hébert et pourquoi sa rencontre avec Champlain va-t-elle changer
sa vie?
- Que peut-on dire de ces premières années
que les colons passèrent en Nouvelle-France?
- Quelles ont été les tâches à
exécuter?
- Dans quelle mesure les
Hébert ont-ils profité des Amerindiens et
vice versa?
- Qui est Jean Rivard?
- Décrivez le travail d'un défricheur.
Cliquez
ici pour lancer un exercice à choix multiple
La compagnie des
Cent-Associés et les frères Kirke
(1627-1632)
Afin de
dépasser les concurrents anglais, hollondais et espagnols et de
garantir à la France un rôle prééminent en
Amérique du Nord, Richelieu fonde la
Compagnie de la Nouvelle-France, aussi appelée compagnie
des
Cent-Associés (cf.
Trudel,
Pierre, 1979: Histoire
de la Nouvelle-France. La seigneurie des
Cents-associés.
Vol. III., Montréal :
Fides). Cette
compagnie se
voit confier
les
colonies en 1627 et représente la première
véritable
tentative de
colonisation de la France en Amérique. Richelieu suggère
d'implanter un
grand nombre de Français catholiques en Nouvelle-France
pour
stimuler le commerce d'une marine marchande et pour
évangéliser les indigènes. Les cent
actionnaires, dont
font
partie Samuel de Champlain et Richelieu, avancent chacun un
capital
de 3000
livres, soit un capital de départ assez
intéressant pour
cette
compagnie.
La compagnie fonctionne selon le même schèma que les
précédentes. Elle
se voit
octroyer
le monopole de tout commerce à
perpétuité
et le monopole du
commerce
des fourrures pour 15 ans, 15 années où elle devrait
installer 4000
colons à
ses frais en plus de veiller à la défense, à
l'administration du
territoire et
à la conversion des Indiens.
En
1628, une centaine de personnes environ habitent en Nouvelle-France.
Depuis un
an, sur l'ordre du cardinal de Richelieu, la Compagnie des Cent
Associés se
doit de
travailler au peuplement de la colonie. C'est pourquoi, au printemps de
l'année
1628, 400 colons arrivent de France sur quatre bateaux. Toutefois,
une
surprise les attend. Les cinq frères Kirke, des corsaires
anglais,
interceptent les quatre navires. Ils agissent ainsi dans le but
de
prendre le monopole du commerce des fourrures au nom d'une compagnie de
la
ville de Londres en Angleterre. Bien sûr, les
Français essaient
de
résister, mais les Anglais sont trop puissants et ils doivent
abandonner (Cf. Champagne,
André, 1996: « Entretien avec Denis Vaugeois.
Les
batailles de Québec ». Dans: Idem,
Histoire du régime français:
153-185.)
La plupart des Français
- de 60 à 80 colons, des administrateurs, des officiers, les
Récollets et les Jésuites - doivent quitter Québec
et retourner en France.Seulement une
vingtaine de
colons (parmi lesquels se trouve la famille Hébert)
restent en Nouvelle-France.
Pendant trois
ans (1629-1632), la Nouvelle-France appartient aux Anglais.
Au début de son histoire, vers 1630, la
Nouvelle-France ne compte qu'une centaine d'habitants dispersés
en deux groupes, l'un
à Québec,
l'autre à Port-Royal (en Acadie, aujourd'hui la
Nouvelle-Écosse). Il
n'y a là pas de quoi impressionner la Nouvelle-Hollande,
qui
compte déjà 10.000 habitants, et les colonies
anglaises qui en ont 80.000. De plus, tout fonctionne mal en
Nouvelle-France, que
ce soit sur le plan des institutions civiles, des autorités
religieuses
ou de l'économie. Jusqu'en 1660, la France parle d'abandonner
les rives
du Saint-Laurent. Néanmoins,
entre 1627 et 1663, la population
passe de
100 habitants à quelque 2500.
Sujets
d'étude:
- Qu'est-ce que la Compagnie de la
Nouvelle-France et qui l'a fondée?
- Qu'est-ce que
Richelieu suggère et pourquoi?
- Qui est Samuel de Champlain est en quoi consiste sa contribution
au
projet?
- Dans quel domaine la
compagnie s'engage-elle et quelle est sa responsabilité?
- Que se passe-t-il en 1628 et
pourquoi le texte parle-t-il d'une surprise?
- Quelles sont les
conséquences de cet événement en ce qui concerne
les
habitants?
- Dans quels lieux les habitants se sont-ils installés en
1630?
- Quelles furent les autres nations présentes sur le
continent?
- Comment se déroulait la vie de tous les jours en
Nouvelle-France?
- Qu'est-ce qui se passe entre
1627 et 1663?
Exercice
à choix multiple
Fondation de Montréal
(1642)
En
1641, on envoie, de France, l'officier Paul de Chomedey de Maisonneuve
avec la
mission de fonder un établissement
en Nouvelle-France qui aura comme objectif de convertir les Amérindiens à la foi
catholique. Maisonneuve
n'est pas seul à s'embarquer pour
l'aventure. En plus des quarante engagés qui partent avec lui pour le
voyage, se trouve une
femme, Jeanne Mance, qui va jouer un rôle important dans la
colonie. Le 9 mai
1641, les deux bateaux réservés pour la mission quittent la
France. Ils
arrivent à Québec
vers la fin de l'été. Comme l'hiver approche,
les futurs colons décident de passer l'hiver à Québec. Durant ces mois, les habitants
de Québec tentent de les convaincre
de renoncer
à leur projet
insensé. En effet, plusieurs
personnes ne croient pas en un tel projet du fait des attaques répétées des Iroquois. Malgré les avertissements, Maisonneuve
et ses hommes
quittent Québec au printemps et
arrivent à Montréal (qu'ils nomment Ville-Marie)
neuf jours
plus tard. Au cours des années
suivantes, la petite ville se développe
très peu à cause des attaques des
Iroquois. Régulièrement,
il faut rebâtir les maisons qui sont incendiées et les
colons
n'osent plus
s'éloigner du fort. Il
faut attendre des renforts de France pour mater les Iroquois et pour
que la
ville de Montréal puisse
continuer à se développer pour devenir finalement la
métropole du
Québec.
Sujets
d'étude:
- Qui est Paul de Chomedey et quel
est son objectif en
Nouvelle-France?
- Avec qui entreprend-il son voyage?
- Où passent-ils l'hiver?
- Pourquoi les habitants de Québec veulent-ils dissuader
Chomedey de
continuer son voyage?
- Combien de jours les colons mettent-ils pour parcourir le chemin
entre Québec-Ville et Montréal?
- Quel est l'ancien nom de la ville de Montréal?
- Pourquoi parlait-on alors d'une menace iroquoise?
- Quand les colons surmonteront-ils ce problème?
(III)
Assises 1663-1700
Arrivée
de Jean Talon et les "filles du roy"
A compter de 1663, la France entreprend de
peupler le Canada en favorisant l'émigration de nombreux sujets
vers sa colonie. Après les recrues de Montréal (1653 et
1659), ce sont les militaires qui débarquent en grand nombre et
vont souvent s'établir au pays; ce sont aussi les "filles du
roi" dont le rôle sera déterminant pour le peuplement de
la Nouvelle-France. Ces mesures, et la fécondité
remarquable des unions ainsi formées, établissent de
manière irréversible une population française.
L'expansion de la
Nouvelle-France s'accélère entre 1660 et 1713 à
mesure que la France
établit des colonies en Acadie et le long des rives du
Saint-Laurent. Lorsque
le jeune Louis XIV prend place sur le trône de
France il réunit la colonie à la Couronne et lui donne le
statut de
colonie française.
La
Nouvelle-France connaît alors une phase
d'expansion décisive et les immigrants arrivent beaucoup plus
nombreux.
En 1665, Louis XIV décide l'envoi de tout un régiment, le
Carignan-Salières, d'environ 1200 hommes pour hâter
le
peuplement et
pour défendre la colonie contre les Iroquois qui finalement
seront
soumis. C'est
ainsi que Jean
Talon est nommé intendant
du Roi de France. Cela
signifie qu'il lui revient de gérer
tout ce qui a trait
à la justice, aux
lois,
et aux finances de la colonie puisque le Roi ne peut pas le faire
lui-même de France.
Une des importantes responsabilités de Jean Talon est
d'assurer la colonisation de la Nouvelle-France. En effet, le Roi
et les
administrateurs de la colonie s'inquiètent du fait que les
Anglais sont
30 fois
plus nombreux que
les Français. C'est
pourquoi ils désirent faire
venir
le plus de gens possible en Nouvelle-France et créer de nouveaux
centres commerciaux. La Nouvelle-France n'en finit pas de
s'étendre de
1665 à 1713. L'intendant
Jean Talon, puis le gouverneur Frontenac, encouragent le mouvement
exploratoire
et la prise de possession des terres découvertes au nom du roi.
Aux objectifs traditionnels
- développement des postes de traite, recherche de gisements
miniers, route de
la Chine - s'ajoute un facteur nouveau: la nécessité de
faire barrage à
l'expansion britannique.
Jean Talon qui est « un
organisateur
de génie » (Lacoursière 1995, t.1 :
119-132) met en
place des lois
spéciales pour forcer les gens à
s'établir et
à faire des enfants. Par exemple, il encourage les
seigneurs à
engager
des hommes de France afin qu'ils viennent s'installer sur leurs
terres. Les
colons qui arrivent dans ce cadre sont
souvent des
gens de métier. Ils ont entre 16 et 40 ans et sont
célibataires.
Ils
s'engagent à venir travailler sur les terres d'un seigneur pour
une
durée de
trois ans. Pendant ces trois années, ils sont
obligés de
défricher une
partie de la terre du seigneur en plus de la
leur. Ils
reçoivent
aussi un certain salaire mais ils doivent respecter des règles
très strictes. Par exemple, les engagés n'ont pas
le droit de chasser,
de se
marier ou de quitter leur maître. S'ils ne respectent pas
ces
règles, les
conséquences sont graves. Ils peuvent recevoir des amendes
et
même être
emprisonnés.
Jean
Talon a trouvé une autre solution originale au problème
de la
colonisation. En effet, il fait venir de France, entre 1665 et 1670,
environ 900
filles du
Roi. On les appelle "filles du Roi" bien qu'elles ne soient nullement
des princesses. Il s'agit plutôt d'orphelines ou de filles
de
familles
plus pauvres qui reçoivent une dot (des vêtements, du
tissu, etc.) et
un peu
d'argent de la part du Roi de France et qui s'embarquent pour la
Nouvelle-France. Arrivées sur place, ces filles,
âgées
de
moins 25 ans, sont reçues dans les couvents et elles se
trouvent
un mari
après quelques jours seulement. Elles vont ensuite
s'installer
sur des
terres qu'elles doivent défricher et où elles fondent une
famille.
On
peut imaginer
qu'une telle décision a été mal perçue par
l'Église
et que les curés y ont fait opposition en hésitant
à bénir les
mariages hâtifs. Devant
ces difficultés, le ministre Colbert tente de rassurer Jean
Talon à
propos de la qualité des jeunes filles. Le 11 février
1671, il écrit
ce qui suit à Talon: "J'ai aussi donné ordre de vous
envoyer des
certificats des lieux où les dites filles seront prises, qui
feront
connaître qu'elles sont libres et en état de se marier
sans
difficulté."
D'autres
lois sont mises en place pour assurer la colonisation du pays. Par
exemple, en 1669, le roi décide de récompenser les
familles
nombreuses. Il décide alors de donner chaque année,
300 livres
(monnaie
française) aux familles de 10 enfants et 400 livres aux familles
de 12
enfants. En 1670, les pères de familles sont
obligés, sous peine de lourdes amendes, de donner
leurs filles
en mariage avant qu'elles aient atteint l'âge de 16 ans et leurs
garçons
avant 20
ans. Les coureurs des
bois
qui ne veulent absolument pas se marier deviennent des
hors-la-loi. Pour l'annecdote, Jean Talon ne s'est jamais
marié!
L'initiative de Jean Talon qui, peu
après son arrivée en Nouvelle-France, effectue
lui-même le recensement des habitants de la colonie a
frappé les historiens et inspiré quelques artistes.
Illustration:
L.R. Bachelor, Archives nationales du Canada
Par ville ou par
région plus densément peuplées, le tableau de la
population est le suivant:
| Montréal: |
625 |
île d'Orléans: |
452 |
| Québec: |
547 |
seigneurie de Beauport: |
185 |
| côte de Beaupré: |
533 |
seigneurie de Sillery: |
140
|
| Trois-Rivières: |
455 |
seigneurie Notre-Dame-des-Anges: |
112 |
- Pour approfondir : Il
était une fois... des filles venues de France: Histoire
interactive des filles du roi;
(2,
Les filles du roi)
- Les filles du roi: Quelques
portraits
- L'allemande: La
scandaleuse histoire
d'une fille du roi (1657-1722)
- La
Société des Filles du roi
et soldats du Carignan, Liste
des filles
- Pierre Boucher, (Pierre) (1664, 1964): Histoire véritable et naturelle des
Moeurs & Productions du Pays de la Nouvelle-France,
Vulgairement dite le Canada, Paris: Lambert 1664.
(Réédition Société historique de
Boucherville, Boucherville, 1964.)
- Dumas, Sivlio (1972): Les
Filles du roi en Nouvelle-France. Étude historique avec
répertoire biographique. Québec: Société
historique de Québec.
- Gustave Lanctôt, Gustave (1952): Filles de joie ou Filles du roi.
Étude sur l'émigration féminine en
Nouvelle-France, Montréal: Éditions Chantecler.
- Yves Landry, Yves (1992): Les
Filles du roi au XVIIe siècle. Orphelines en France,
pionnières au Canada. Montréal: Éditions
Leméac.
- Gérard Malchelosse, Gérard (1950): L'immigration des filles de la
Nouvelle-France au XVIIe siècle. Les Cahiers des Dix,
vol. 15.
Sujets
d'étude:
- Qu'est-ce
qui
accélère à partir de 1660 l'expansion
de la Nouvelle-France?
- Quel
rôle
joue Louis XIV dans cette évolution?
- Que se passe-t-il en 1665 et pourquoi?
- Qui
est Jean Talon,
quelle est sa préoccupation principale
et pourquoi?
- Quelles initiatives sont prises
sur le plan législatif?
- Qu'est-ce
qu'on
sait des colons touchés par cette loi?
- Quels sont les droits et les devoirs des nouveaux colons arrivant
de France?
- Résumez l'histoire des "filles du
Roi". Qu'en pensez-vous?
- Quelle a été la réaction de l'Eglise?
- Quel est le contenu de la loi de 1669? Etablissez un rapport avec
la dénatalité de nos jours.
- Interprétez les tableaux a) sur le recensement de la
population; b) sur les métiers représentés en
Nouvelle-France.
Remettez les phrases dans l'ordre chronologique
Exercice
de vocabulaire: les mots croisés



Le
XVIIIe siècle
(IV) Expansions et
premiers échecs (1700-1750)
Signature du traité
d'Utrecht
(1713)
Avantagée par un taux
extraordinaire de
natalité (7,8
enfants par
femme) et par une immigration abondante, le Canada voit se multiplier
sa
population; de 2500 habitants en 1663, elle passe à 20 000 en
1713, à 55 000 en
1755 et à 75 000 en 1760. Entre Québec et Montréal
se développe une société
terrienne, encadrée par le système seigneurial, et au
sein de laquelle l’agriculture repose sur
la production de froment et sur une main-d’œuvre familiale. Les
personnes
nées en Nouvelle-France constituent désormais la
majorité de la population. L'apport de l'immigration
métropolitaine n'est plus dominant, mais garde son importance
par le type d'immigrants qui arrivent au pays. On observe aussi des
mouvements migratoires intérieurs: des "enfants du pays" vont
coloniser d'autres territoires de la Nouvelle-France, dont la Louisiane.
Au XVIIIe siècle la
population augmente alors essentiellement grâce à
l’accroissement naturel. L’intérieur
du continent est occupé aussi, mais sans véritable
peuplement. Les postes établis
servent de points d’appuis militaires et surtout de comptoirs pour la
traite des
fourrures. Dans les « Pays d’en Haut, comme on appelait la
région des
Grands Lacs, des marchands, des soldats et des missionnaires vivent
au
contact des Indiens.
La signature du traité d'Utrecht en 1713
change
l'équilibre des forces en Amérique. Suivant l'article 12,
la France doit céder
une partie des territoires qu'elle possède en Nouvelle-France
à l’Angleterre pour
régler ses dettes : Terre-Neuve, l'Acadie, la baie d'Hudson et
la rive gauche
du Mississipi. Elle ne garde en fait qu'un étroit corridor
sur les deux
rives du fleuve Saint-Laurent ainsi que l'île Royale, aujourd'hui
l'île du
Cap-Breton.
Sujets
d'étude:
- Décrivez l'évolution démographique entre
1663
et 1760.
- Que faut-il entendre par "Pays d'en Haut" ?
- Quel est le
contenu du traité d'Utrecht? Quelles territoires la
France
doit-elle céder à l'Angleterre?
2.5. (V) La fin de la Nouvelle
France
(1750-1763)
La
période de la guerre de Sept Ans
donne lieu à d'importants mouvements migratoires entre la
Nouvelle-France et
l'Europe. La déportation des Acadiens (1755), du Canada vers la
France puis,
pour certains à
nouveau le rétablissement au Canada, en
Acadie et en
Louisiane, constitue l'un des événements majeurs de
cette période. Si la conquête britannique a mis un terme
à la colonisation française en Amérique du Nord,
elle n'a pas pour autant effacé la présence
française (Québécois, Canadiens français,
Acadiens, francophones des Etats-Unis), encore solidement ancrée
en terre
d'Amérique.

En 1713, le traité d'Utrecht a donné
à l'Angleterre toute l'Acadie.
Toutefois, la majorité de Français qui y habitent refuse
de prêter serment d’allégeance
au roi d'Angleterre. Les Anglais craignent que les Acadiens puissent
leur
être déloyaux en temps de guerre. C'est pourquoi, en 1755,
l'Angleterre envoie
une armée en Acadie. Sur ordre du gouverneur anglais Monkton,
les
soldats détruisent
6 000 maisons, enferment des Acadiens dans des églises qui sont
brûlées et embarquent
la population pêle-mêle sur des bateaux en destination des
colonies anglaises
(situées aux États-Unis). C’est
le début
de la déportation, connue sous le nom de « Grand
Dérangement ». Parmi
les 14 000 Acadiens déportés plus de 8 000 meurent
d’épidémie ou de privations
pendant l'exode. Cette émigration forcée la population
acadienne s’apparente à
une épuration ethnique pour des raisons discriminatoires,
stratégiques,
religieuses et idéologiques.
Sujets
d'étude
- Qu'est-ce
que l'Acadie?
- Pourquoi
l'Angleterre envoie-t-elle une armée en Acadie en 1755?
- Où
sont situées les colonies anglaises? (cf. la carte ci-dessus)?
- Quel
événement a-t-on appelé "le Grand
Dérangement?"
Grand
Pré, 1994
Paroles
et musiques : Angèle Arsenaut
I
On porte toujours en soi un peu de son pays
Et moi je n'oublie pas que je suis d'Acadie
Si mon histoire est triste, ce n'est pas votre faute
Mais soyons des artistes, écrivons-en une autre
Qui sera bien plus belle, beaucoup moins dramatique
Avec des arcs-en-ciel, d'la danse et d'la musique
À partir d'aujourd'hui, bâtissons l'avenir
En gardant du passé nos plus beaux souvenirs
II
Grand Pré, c'est là que tout a commencé
Grand Pré, c'est là que nous avions
rêvé
Grand Pré, de bâtir un monde nouveau
À l'abri des tempêtes, au bord de l'eau
Grand Pré, c'était un peu le paradis
Grand Pré, les Indiens, c'étaient nos amis
Grand Pré, à l'abri des arbres géants
Dans le Bassin des Mines, à l'origine
Du nouveau continent
|
III
Non, ils sont pas venus, les soldats, c'est pas vrai
Car dans la petite église, tous les hommes priaient
Les femmes à la maison préparaient le fricot
Les enfants dans les champs surveillaient les troupeaux
Non, elle n'est pas venue, la si terrible guerre
Qui déchire les familles et crée tant de
frontières
Si c'est ça mon histoire, je refuse d'y croire
Je préfère oublier ce qui est arrivé
IV
Grand Pré, tout un peuple qu'on a
déporté
Grand Pré, une page d'histoire qu'on a
déchirée
Grand Pré, les maisons, les fermes,
brûlées
Tout c'qu'on avait bâti s'est effondré
Grand Pré, où sont les Leblanc, les
Légères
Sont-ils en Louisiane ou à Belle-Ile-en-Mer
Grand Pré, comment faire pour garder l'espoir
Allons-nous nous revoir, comment savoir
Où se trouve l'Acadie
V
Dans les prisons de Londres et dans le port de Nantes
Pendant de longues années, ils vécurent dans
l'attente
De pouvoir retourner chez eux en Amérique
On les a bien nommés, les piétons de
l'Atlantique
Ces braves paysans qui venaient du Poitou
Du Berri, d'la Touraine, d'la Bretagne, de l'Anjou
Ils avaient tout quitté pour un peu d'liberté
On les a condamnés à vivre en exilés
|
VI
Grand Pré, je ne veux pas vous faire pleurer
Grand Pré, mais je ne peux pas oublier
Grand Pré, que mes ancêtres étaient
Français
Et tout ce qu'ils voulaient c'est vivre en paix
Grand Pré, nous n'étions que quelques milliers
Grand Pré, nous n'avons pas abandonné
Grand Pré, aujourd'hui nous pouvons rêver
Trois millions d'Acadiens et d'Acadiennes continuent
à chanter
VII
Nous avons survécu
Nous sommes les invaincus
Nous nous sommes relevés
Nous avons triomphé
Nous connaissons la guerre
La faim et la misère
Mais nous n'avons ni frontière
Ni haine, ni regard en-arrière
Nous marchons droit devant
Vers le soleil levant
Fiers de notre héritage
Parlant notre langage
Marchant à notre pas
Chantant Alléluia
Enfants de l'Acadie
Notre histoire nous a grandis
Notre histoire n'est pas finie |
Depuis
plusieures années, les Français et les Anglais sont en
désaccord sur
plusieurs
points dont les territoires que chacun possède en
Amérique du
Nord. En
effet, les colonies anglaises aimeraient bien s'étendre vers
l'ouest,
sur les
terres de l'Ohio. Cependant, les Français occupent
déjà ces
territoires
et y pratiquent la traite
des fourrures. Pour pouvoir se
défendre,
les Français construisent des donc des forts. L'un de ces forts,
la
forteresse de
Louisbourg, est particulièrement puissant et permet aux
marchands
français de
s'enrichir grâce à la
prospérité
de
cet endroit. C'est
pourquoi, aux yeux de plusieurs personnes, la Nouvelle-France
empêche
les
colonies anglaises de se développer.
À partir de 1756,
la France et l'Angleterre entrent officiellement en guerre. Les enjeux
du
conflit sont les territoires d'Amérique. Chacune des
métropoles envoie des
troupes de soldats en renfort. Les Anglais s'allient avec les
Iroquois
alors que les Français s’allient avec les Algonquins. Au
début de la guerre,
les Français remportent des batailles en s’emparant de plusieurs
forts
anglais. Mais en 1758, l'Angleterre qui est
déterminée à gagner la
guerre, envoie d'autres renforts. La France, pour sa part,
préfère garder
ses hommes en métropole où sévit aussi la
guerre. C'est ainsi qu'en 1759,
les anglais comptent 26740 hommes (26080 soldats et 660 combattants
américains
et iroquois) alors que les Français en compte 15670 (4060
soldats et 11610
Canadiens et Amérindiens). Les Anglais sont alors beaucoup plus
nombreux et
mieux armés pour remporter la bataille. C'est pourquoi, en
1758 et 1759,
plusieurs forts tombent aux mains des Anglais dont la puissante
forteresse de
Louisbourg.
Sujets
d'étude:
- Que
construisait-on à l'époque pour mieux se
défendre?
- En quelle
année la France et l'Angleterre entrent-elles en guerre?
- Comment
a-t-on appelé cette guerre?
- Quel était le
rapport de forces entre les Anglais
et les Français
Exercice
à choix
multiple
elon les recommandations du traitre
François-Joseph Cugnet, un avocat de Québec.
Siège
de Québec et capitulation (1759/1760)

Le
26 juin 1759, la flotte anglaise
arrive devant
le port de Québec. C'est le début de
l'épisode le plus important
de la
Conquête. L'armée anglaise est
impressionnante
: environ 200
embarcations et 2000 canons. Heureusement, les Français
peuvent
compter
sur la position géographique de la ville pour se
défendre. En
effet, une
grande
falaise
protège la ville sur plusieurs kilomètres, les
Anglais ne pourraient donc pas attaquer sans être vus des
Français. Pendant
tout l'été, les Anglais bombardent la ville et
tentent de trouver
un lieu
propice
pour débarquer. À chaque
tentative,
les
Français
réussissent à les
repousser. Cependant, vers la fin de l'été, les
Anglais parviennent à
remonter le fleuve (en direction de Montréal) et à
dépasser Québec.
Selon les recommandations
du traitre François-Joseph Cugnet, un avocat de Québec, le
général anglais James Wolfe choisit, le 10 septembre
1759, l'Anse
au Foulons comme zone de débarquementréussit.
Cet
endroit située à la base d’une falaise de 53
mètres sur laquelle repose Québec est peu défendu
de part
son accès géographique difficile.
Pendant
la nuit du 12 au 13 septembre les
soldats gravissent
la falaise un à un sur un petit sentier et ils
réussissent à
déjouer l'armée française. On peut imaginer
la surprise des
Français
lorsqu'ils se réveillent le matin du 13 et qu'ils ont
aperçoivent les
Anglais en
formation sur les plaines d'Abraham. (cf.
Saint-Martin,
Gérard (2007) : Québec
1759-1760
! : les plaines d'Abraham. Paris :
Economica; cf. aussi Louis Fréchette, Les
plaines d'Abraham, dans: La légende
d'un peuple, p. 108-110).

Évidemment, les
Français
ne sont
pas préparés à combattre, mais le
général Montcalm décide tout de même
de
lancer ses troupes à l'attaque. Après à
peine 30 minutes de
combat, les
Français sont obligés de fuir vers la
ville.
Durant la
bataille, les deux généraux sont mortellement
blessés.
Les Anglais attendent ensuite patiemment que les soldats
et les citoyens se rendent et prennent alors
possession de la ville. Le 13 septembre constitue une date marquante
pour le Canada et une journée qui change le cours de
l'histoire sur le continent nord-américain. La bataille des
Plaines d'Abraham précipite la défaite de la France. Les
efforts du
successeur de Montcalm, le chevalier de Lévis, et du gouverneur
Vaudreuil ne peuvent pas éviter à Montréal de
capituler un an plus tard. Désireux d'éviter un massacre
des habitants,
le gouverneur Vaudreuil se résoud à signer, le 8
septembre 1760, à Montréal, la capitulation du Canada et,
par le fait même, de la Nouvelle-France.
(Lacoursière
1995 t. I : 293-326)
Les
traitres! s'ils gardaient pour eux seuls leurs
souillures!...
Mais ils ont souffleté nos gloires les plus pures;
Ils ont éclaboussé tous nos fronts immortels;
Aux croyances du peuple ils ont tendu des pièges,
Et dressé leurs tréteaux, histrions sacrilèges,
Jusques à l'ombre des autels.
Mais il manque à l'orgie un nouveau camarade:
Il faut à ces roués un roi de mascarade,
Un roi de la bamboche, un roi de carnaval!
Oui, je l'avoue, il manque une chose à la fête:
Le stigmate, il est vrai, décore bien la tête,
Mais pas comme un bandeau royal.
Eh bien! puisqu'il le faut, - pardonne, ô ma patrie! -
Dans les sales bourbiers de la truanderie
Plongez-vous pour trouver un roi digne de vous;
Un roi digne de vous, s'il s'appelle Cartouche,
S'il a le vice au coeur et le fiel à la bouche,
Et surtout s'il sort des égoûts!
Fréchette, Louis (1866): La Voix d'un exilé,
p. 12.
|
Quelle
guerre! Et comme la France
d'alors l'ignore! D'Argenson nous a
tracé le tableau cruel de cette cour où la Pompadour
pérore et picore, tandis
que le roi dit - avec Voltaire, hélas! - qu'on n'a guère
à se soucier de
quelques arpents de neige. On meurt cependant, là-bas, sur cette
neige rougie.
On y tombe bravement, élégamment, à la
française. Nos soldats y vont au rempart
en sortant d'un bal, et si les officiers portent des manchettes, c'est
pour
mieux étancher le sang de leurs blessures.
Tout dans cette lutte est épique. Les
deux chefs d'armée expirent
le même
jour, sur le même champ de bataille, et, tandis que les Anglais
s'empressent
autour du général Wolfe mortellement frappé,
Montcalm rentre à Québec, pâle et
déjà mourant sur son cheval; et les femmes, en le voyant
passer, livide,
ensanglanté, disent en se signant : « Grand Dieu! le
Marquis est mort!... » le
marquis qu'on enterrera bientôt dans le trou creusé par
une bombe anglaise."
Fréchette, Louis
(1887): La
légende
d'un peuple, Bibliothèque électronique du
Québec, Jean-Yves Dupuis, 2002, Préface par Jules
Charletie, p. 8-9.)
|
Mais
le nombre devait triompher du courage.
Un roi lâche, instrument d'un plus lâche entourage,
Satyre au Parc aux cerfs, esclave au Trianon,
Plongé dans les horreurs de débauches sans nom,
Au gré des Pompadour jouant comme un atome
Le sang de ses soldats et l'honneur du royaume,
De nos héros mourants n'entendit pas la voix.
Montcalm, hélas! vaincu pour la première fois,
Tombe au champ du combat, drapé dans sa bannière.
Lévis, dernier lutteur de la lutte dernière,
Arrache encor, vengeant la France et sa fierté,
Un suprême triomphe à la fatalité!
Puis
ce fut tout. Au front de nos tours chancelantes,
L'étranger arbora ses couleurs insolentes;
Et notre vieux drapeau, trempé de pleurs amers,
Ferma son aile blanche et repassa les mers!
L'enfant avait donné tout son sang goutte à goutte:
On lui fit du Calvaire alors prendre la route.
Trompée en son amour, blessée en son orgueil,
La pauvre nation sous ses voiles de deuil,
Les yeux toujours tournés vers la France envolée,
Berça de souvenirs son âme inconsolée.
Fréchette, Louis (1887): La légende
d'un peuple,
Première époque: Notre histoire, p. 22-23.
|
Sujets
d'étude:
- Pourquoi
la
date du 26 juin 1759 est-elle si importante pour les Anglais et les Français? Expliquez.
- Pourquoi
l'emplacement de la ville de Québec semble être une bonne
position
stratégique?
- Quel
évenement a
lieu dans la nuit du 12 au 13 septembre?
- Où
le dernier combat a-t-il lieu?
- Est-ce
que
l'armée du
général Montcalm s'est
défendue jusqu'au dernier homme?
Traité
de Paris (1763)
hist15.mp3
En
1763, après la victoire de
l'Angleterre, un
traité est signé entre la France et l'Angleterre. Ce
traité, le
traité de
Paris, donne à l'Angleterre tout le territoire de la
Nouvelle-France. Les
habitants de la Nouvelle-France deviennent alors des sujets
britanniques.
Ils ont le choix de retourner en France ou de demeurer au Canada. Ceux
qui restent au pays doivent prêter allégeance au roi
d'Angleterre, mais ils conservent leurs terres et le droit de pratiquer
leur religion.
Le traité de Paris
n'implique pas seulement une séparation profonde mais une
rupture définitive
pour la population francophone. Cependant il convient de rappeler que
cette
implantation n'a jamais été très importante. La
France, à l'inverse de
l'Angleterre, n'a jamais mis en place de véritable politique de
peuplement en
Amérique du Nord. En 1763 le territoire compte seulement
environ 70.000
habitants. Pourtant les Français considèrent alors le
Canada comme une région de
France qui accueille une population française qui reste
proche de ses
origines et conserve ses traditions. Il faut préciser
cependant que
l'occupation des territoires est bien un acte de colonisation
parce que
l'implantation se fait dans un territoire où vivent
déjà des communautés
autochtones avec lesquelles on essaiede mettre en place un
échange économique
- afin de pouvoir mieux les exploiter.
La plupart des
élites quittent le pays, le reste se rallie à la
couronne britannique. Commence
alors l’idéologie de la survivance, basée sur le
maintien de la langue, la
religion catholique et l’exaltation du passé. La
Révolution française de 1789
introduit une distance supplémentaire. Elle rend insurmontables
les
divergences avec la France du fait de l’influence de l’Eglise
catholique dans la
société canadienne-française et des orientations
nouvelles de la politique
française.
Le traité
de Paris

|

|
Sujets
d'étude:
- Expliquez la rupture provoquée
par le traité
de Paris. Essayez de
réfléchir sur la différence entre une colonie de
peuplement et une colonie
d'exploitation.
- Les Français
sont-ils autorisés à rester sur le territoire
après la
défaite et le
traité de paix ?
- Quelles conditions
les Anglais leur
imposent-ils ?
- Comment les Francais
réagissent-ils ?
- Quel
est le
rôle de la religion ?
- Résumez les idées
directrices du traité de Paris et commentez les deux cartes
ci-dessus.
|
La
Nouvelle-France est contrôlée par la France de l'Ancien
Régime
de 1534 à 1760. Elle demeure sous domination anglaise de 1760
à 1763,
en attendant les résultats de la guerre de sept
ans. |
|
 |
Dans
sa plus grande étendue,
avant le Traité d'Utrecht
(1713), la
Nouvelle-France
comprenait cinq régions possédant chacune sa propre
administration :
- le Canada (actuel Québec et Ontario),
- l'Acadie, (actuel Canada)
- la Baie
d'Hudson (actuel Canada)
- L'île de Terre-Neuve,
(actuel Canada)
- la Louisiane
(centre des États-Unis,
des grands Lacs à la Nouvelle-Orléans).
A l'époque, le territoire de la Louisiane s'étendait des
Grands Lacs
jusqu'au golfe du Mexique. Il comprenait alors une bonne partie de ce
qui allait devenir le centre-ouest des États-Unis, dont dix
États
américains actuels (Arkansas,
Dakota du Sud, Dakota du Nord,
Iowa, Kansas, Missouri,
Montana, Nebraska, Oklahoma, et la Louisiane actuelle) ainsi
que des parcelles des futurs Colorado,
Wyoming, Minnesota et Texas.
.
|
 |
Cet immense territoire, administré par le
Secrétariat d'Etat à la Marine, avait son gouvernement
à Québec. Le gouverneur
général est responsable des
cinq
colonies de la Nouvelle-France: le Canada, Terre-Neuve, l'Acadie, la
Baie d'Hudson et la Louisiane |

|
|
Évolution
de la colonisation française au Canada
Le
régime français est divisé en cinq périodes
Source: Maurice
Séguin, Rond-Point
| NOTE
:La figure
ci-dessus, mise en forme par Le Rond-Point, illustre le graphique fait
à la main, en 1944-1945, par Maurice Séguin
lui-même
(cf. Fonds
Maurice Séguin, Service des Archives, Université de
Montréal,
cote P221 / 2453 / 63 / 8 / 5 / 2 (Collège Sainte-Marie,
Syntaxe,
Montréal, [1944-1945] : préparation de cours en histoire
du Canada par Maurice Séguin.) Fac-similé
de la préparation de cours. |


| NOTE
:La figure
ci-dessus, mise en forme par Le Rond-Point, illustre le graphique fait
à la main, en 1944-1945, par Maurice Séguin
lui-même
(cf. Fonds
Maurice Séguin, Service des Archives, Université de
Montréal,
cote P221 / 2453 / 63 / 8 / 5 / 2 (Collège Sainte-Marie,
Syntaxe,
Montréal, [1944-1945] : préparation de cours en histoire
du Canada par Maurice Séguin.) Fac-similé
de la préparation de cours. |
Le régime français est
divisé en cinq périodes
Maurice Séguin divise le
Régime français en cinq périodes:
| Chapitre
I : |
1534 à 1608 : |
Découverte et abandon (70 ans) |
| Chapitre II : |
1608 à 1663 : |
Naissance laborieuse (60 ans) |
| Chapitre III : |
1663 à 1672 : |
Essor prodigieux (10 ans) |
| Chapitre IV : |
1672 à 1754 : |
Long cheminement (80 ans) |
| Chapitre V : |
1754 à 1760 : |
Écroulement (6 ans) |
Il note deux grandes étapes :
- De 1534 à 1760 : 225 ans
- De 1608 à 1760 : 150 ans
( VI) La
domination anglaise et la
création de la confédération canadienne
Ligne du temps: le Régime anglais
Du
traité de Paris (1763) à la responsabilité
ministérielle (1848)
Vous trouverez ici un
résumé avec cartes du traité de Paris, de la
Proclamation
royale, de l’Acte de Québec, du traité de Versailles, de
l’Acte
constitutionnel, de l’Acte d’union
et de la responsabilité ministérielle.
La
proclamation royale de 1763
La proclamation
royale de 1763, la
capitulation de Québec et celle de Montréal ont
consacré
la fin de la Nouvelle-France. Cependant la guerre n'est pas encore
terminée en Europe. C'est pour cela que l'Angleterre confie
l'administration temporaire du nouveau territoire aux militaires. Cette
période intermédiaire dure jusqu'à la signature
du Traité de Paris, en février 1763, par lequel la France
reconnaît la victoire anglaise et
cède aux
vainqueurs toutes ses possessions d'Amérique du Nord sauf les
Îles de
St-Pierre
et Miquelon. Celles-ci ne doivent servir que d'abris pour les
pêcheurs
français, la France ayant
conservé un droit de pêche au
nord de Terre-Neuve.
L'autorité britannique veut
prendre le contrôle total de la colonie et assimiler les colons
franco-catholiques. La proclamation royale d'octobre 1763, émise par le roi
Georges III de Grande-Bretagne afin d'organiser le gouvernement dans
les
nouveaux territoires qui
forment la colonie britannique de la Province of Quebec, met en place
les conditions législatives et réglementaires pour
atteindre ces objectifs. Cette
proclamation a une énorme répercussion sur les immigrants
français et sur la
population autochtone car la couronne britannique devient la seule
entité
autorisée à gérer les lois et à
négocier le transfert des terres des
Amérindiens aux colons.
Dorénavant la juridiction britannique ne
reconnaît que
l’anglicanisme comme religion officielle et impose le
« serment du
test » à tout
employé de l’Etat. Ce serment inclus une abjuration de la foi
catholique qui
exclut de fait presque tous les Canadiens Français des fonctions
publiques.
Pour donner un visage anglais à la nouvelle Province
of Quebec, le
gouverneur Murray encourage l'immigration britannique et favorise la
création d'écoles protestantes. Cependant, l’assimilation
de la population d'origine française reste très
limitée car il n'y a que très peu de
familles britanniques qui viennent s’installer sur le territoire. Effectivement les colons
britanniques potentiels préfèrent s'installer dans les
anciennes
colonies britanniques où ils retrouvent leur langue et leur
culture.
Dans les années qui suivent la conquête, le pourcentage de
la population canadienne francophone de la nouvelle colonie britannique reste très
élevé (95%), poussant
à
l’échec les ambitions de la proclamation. Le gouvernement
autoritaire de Londres qui impose des taxes pour payer les
dépenses de la guerre de Sept Ans ne fait qu'accroître les
tensions entre colons
britanniques
et francophones.
Sujets
d'étude:
- Quel pouvoir
administre la Nouvelle-France alors vaincue jusqu’en 1763 ?
- Quelles sont les
conséquences du traité de Paris pour la France ?
- Résumez les grandes
lignes de la proclamation royale d’octobre 1763 ?
- Quelle partie de la
population est lésée ?
- Définissez le
« serment du test ».
L'Acte de
Québec de 1774 survient quatre mois après le Boston
Tea party de décembre 1773 et correspond à une
réaction au
mouvement insurrectionnel qui commence à se faire
sentir. Le gouvernement britannique doit tenir compte des aspirations
francophones, car les 2000 Britanniques vivant sur le sol de la nouvelle Province du Québec
sont noyés dans une mer de 90.000 francophones. Le
gouvernement craint que la population francophone largement majoritaire
s'allie aux rebelles américains qui eux aussi contestent
de plus en plus le gouvernement autoritaire de Londres. L'Angleterre
réfléchit alors à des modifications
à
apporter à la
Proclamation royale
qui s'avère impraticable avec la majorité
écrasante des francophones
dans ce Québec que l'on veut angliciser.
L'Acte de Québec (Lacoursière 1995, t. I : 383-400) instauré par la couronne
britannique est une réponse aux agitations des colonies
du sud afin de s'assurer la fidélité des
Canadiens français dans l'éventualité d'une
révolte des treize colonies
américaines. Ce compromis garantit la
survie des
principales
institutions et caractéristiques de la population francophone sous le régime
britannique de la Nouvelle-France.
La métropole anglaise leur accorde donc:
- le rétablissment du système
seigneurial (régime de possession des terres).
- le rétablissement des droits civils
français.
- la
liberté religieuse pour les colons majoritairement
français et catholiques. On accorde à nouveau le droit au
clergé de
percevoir la dîme.
- un territoire agrandi en lui
annexant les régions des Grands Lacs, de l'Ohio et du Labrador.
- l'aboliton du Test.
L'Acte de Québec permet
ainsi de protéger les lois et les
mœurs françaises et évite aux Britanniques de se frotter
à une révolte des
Canadiens alors que la révolution américaine se
prépare. Lorsque les rebelles
américains attaquent la province de Québec en 1775, le
clergé et les seigneurs
prennent parti pour l'Angleterre. Cependant l'acte de Québec ne
peut empêcher
l'éclatement de la guerre d'indépendance des treize
colonies britanniques
s'opposant à leur métropole, la Grande-Bretagne, de 1775
à 1783 et permettant
aux États-Unis d'accéder à la souveraineté.
La France s'engage dans la guerre
d'indépendance par la fourniture de matériel aux
insurgés américains, puis, à
partir de 1778, par une aide navale et terrestre qui contribue à
la victoire
américaine. Alors que la Déclaration
d'indépendance des États-Unis est
proclamée le 4 juillet 1776 par les treize colonies britanniques
en Amérique du
Nord, les États-Unis obtiennent officiellement leur
indépendance du Royaume-Uni
qu’en 1783 par le traité de Versailles.
Sujets
d'étude:
- Quelle stratégie
met en place Londres avec l’Acte de Québec, pourquoi souhaite
t-elle apaiser la
majorité francophone ?
- Qui prend parti
pour l’Angleterre au moment de l’attaque des rebelles américains
contre la
province de Québec ?
- Par quel traité et
quand les Etats-Unis obtiennent-ils leur indépendance ?


L'Acte
constitutionnel de 1791
L'Acte
constitutionnel de 1791 - britannique et non pas
américain (The United States Bill of Rights entre en application
le 15 décembre 1791 et désigne les 10 premiers
amendements à la constitution américaine qui limitent les
pouvoirs du gouvernement fédéral et octroient des droits
tels que la liberté de la presse, de parole, de religion) -
établit le premier gouvernement
représentatif au Canada. (Lacoursière 1996, t. II : 9 s.)
Après
la défaite britannique, lors de la guerre d'indépendance
des États-Unis, 50 000 loyalistes anglophones arrivent dans la
Province
du Québec et changent le rapport de force avec la population
Canadienne
française, ce qui conduit à la fondation du Canada
anglais (le Haut-Canada)
lors de
l'acte constitutionnel de 1791 (cf. les cartes de 1784 et de 1791
ci-dessous). Les loyalistes anglophones font pression pour que les
autorités britanniques les favorisent et diminuent les avantages
concédés aux francophones par l'Acte de Québec.
En
divisant le Québec en deux provinces, le Haut-Canada et le
Bas-Canada, l'Acte
tente à la fois de préserver le caractère
français du Bas-Canada et de permettre
la prédominance des institutions britanniques dans le
Haut-Canada peuplé de
Loyalistes, réfugiés dans la province après
l’indépendance des colonies
américaines et farouchement opposés aux Canadiens
français et catholiques. A la
base de ce régime figurent dans chaque province une
assemblée législative élue
par le peuple, puis les conseils législatifs et exécutifs
dont les membres sont
élus à vie par le roi et
« adaptent » les décrets pris par
l’assemblée. Un Lieutenant-gouverneur prend ensuite les
décisions, supervisé
par le gouverneur général
des deux
provinces qui représente la couronne et use du droit de veto.
Les deux
provinces sont soumises au droit criminel anglais. Le Bas-Canada
continue
cependant d'appliquer le droit civil français alors que le
Haut-Canada applique
la common law britannique.
Grâce à la
volonté de faire des compromis dans les deux provinces, un
premier régime
parlementaire encore très éloigné d’une
démocratie complète est donc institué
au Canada. Les inégalités de représentation vont
cependant vite créer des
conflits entre colons anglais et français. Les premiers se
sentant insultés de
n’avoir qu’une minorité de députés dans
l’assemblée législative du Bas-Canada,
et les deuxièmes ayant vite compris combien leurs
députés étaient limités par
les conseils où siégeaient une grande majorité
d’Anglais nommés par Londres.
S’ensuivent donc de nombreux conflits qui atteignent leur paroxysme
lors de la
rébellion de 1837.
Sujets
d'étude:
- D’où viennent les
loyalistes qui arrivent dans la province de Québec et qui
sont-ils ?
- Qui peuple
majoritairement la province du Bas-Canada ? Et celle du
Haut-Canada ?
- Décrivez
succinctement les institutions en place dans le nouveau régime.
- Quels sont les conflits qui sont à
l'origine de la rébellion de 1837 ?


1791


La
rébellion des Patriotes de 1837-1838
Quarante
ans,
transformant la tribune en créneau,
L'homme-type chez nous s'appela Papineau!
Quarante ans il tonna contre la tyrannie;
Quarante ans de son peuple il fut le bon génie,
L'inspirateur sublime et l'âpre défenseur;
Quarante ans, sans faiblir, au joug de l'oppresseur
Il opposa ce poids immense, sa parole;
Il fut tout à la fois l'égide et la boussole;
Fallait-il résister ou fallait-il férir,
Toujours au saint appel on le vit accourir;
Et toujours à l'affût, toujours sur le qui-vive,
Du Canada français il fut la force vive! (...)
Fréchette, Louis
(1887): La
légende d'un peuple,
Troisième époque, Papineau, p. 154 s.
|
Ô
Papineau, Viger, patriotes sublimes!
Lorimier, Cardinal, Chénier, nobles victimes!
Qu'êtes-vous devenus, héros cent fois bénis?
Vous qui, sur l'échafaud, portiez vos fronts sans tache?
Vous qui teigniez de sang les murs de Saint-Eustache?
Vous qui mouriez à Saint-Denis?
Que ces jours étaient beaux! Phalanges héroïques,
Ces soldats nés d'hier, ces orateurs stoïques,
Comme ils le portaient haut, l'étendard canadien!
Ceux-ci, puissants tribuns, faisaient les patriotes;
Ceux-là marchaient joyeux au devant des despotes,
Et mouraient en disant: C'est bien!
Fréchette, Louis (1866) La Voix d'un exilé,
p. 2.
|
La
Canadienne. Hymne de guerre (1837) PDF (Benedikt Miklos)
Paroles:
Édouard
Louvet; Paroles
originales: Casimir Delavigne (1830);
Air:
La Parisienne
Musique:
Daniel-François-Esprit Auber
Avec l'aimable
autorisation d'Amelie Buhr, 2008
Chanson
(1807)
PDF
(Benedikt Miklos)
Air: Yankee
Doodle Paroles: Joseph Quesnel;
Musique: Richard Shuckburgh
Avec l'aimable autorisation
d'Amelie Buhr, 2008
Sujets
d'étude (M. Overmann) Word
Diaporama
Vidéo
(10'08)
DISCOURS PATRIOTIQUE
DE LOUIS-JOSEPH PAPINEAU
Texte paru dans Le Minerve, le 2 novembre
1837 (
cliquez
ici)
Le
mouvement patriote est un moment phare de l'histoire
franco-brittanique. C'est la tentative orchestrée pendant plus
de trois décennies pour briser le lien colonial qui maintenait
la société bas-canadienne sous le joug de la
Grande-Bretagne. C'est sous la direction de son prestigieux dirigeant,
Louis-Joseph Papineau, et sous l'inspiration des Révolutions
nationales européennes que les patriotes visent à
établir une société démocratique, laique et
anti-colonialiste sur le modèle républicain en
préconisant un futur Etat-Nation, consacré par la
pluralité des cultes et s'ouvrant à toutes les ethnies.
Le projet propose également l'éducation populaire
publique, obligatoire, et l'accès général à
la propriété. (Cf. Gérard Bochard, Le rêve
patriote, moment phare du passé québécois, Le
Devoir, 27 juin 2005).
Depuis
l’Acte constitutionnel de 1791, les conflits entre la majorité
parlementaire
francophone et les Anglophones loyalistes qui souhaitent l’unification
des deux
provinces sont permanents. Les loyalistes sont ainsi nommés pour
leur loyauté
envers la monarchie britannique qui va de pair avec le refus de tout
compromis avec les francophones. Ils ont en effet, pour une grande
majorité,
émigré au Canada après la déclaration
d’indépendance des colonies américaines,
de façon à rester dans un régime éminemment
monarchique et britannique.
La
rébellion est alors davantage qu’un conflit ethnique. Effectivement les
Loyaux auraient provoqué une prise d’armes pour
venir à bout des irréductibles Canadiens, comme le
suggère jadis déjà l’historien Maurice
Séguin. (Cf. Gilles Laporte Patriotes
et Loyaux.
Leadership régional et mobilisation politique en 1837 et 1838.)
Les
luttes entre francophones et Loyalistes portent sur les
thèmes du
bilinguisme, sur le monopole économique des marchands anglais
dans les secteurs
du bois et des fourrures, sur l’éducation, en bref sur tous les
aspects
arbitraires d’un système qui favorise évidemment la
population britannique et
minoritaire de la province. Les parlementaires francophones les plus
décidés à
combattre l’ordre établi se regroupent dans le Parti des
Canadiens dès 1805
avec à leur tête à partir de 1810 le
député modéré Louis-Joseph Papineau
(1786-1871).
Puissant orateur et
personnification de l’ambition
nationaliste des Canadiens francophones, Papineau est issu d’une
famille
bourgeoise de Montréal. Il entame sa carrière politique
en 1809 lors de son
élection à la Chambre d’Assemblée du Bas- Canada.
Dès 1815, il est élu
Président de la Chambre et la crise de 1822 le projette au
centre de
l’actualité. Le parti des Loyalistes ayant envoyé
à Londres un projet d’union,
Papineau et John Nelson représentants d’une majorité s’y
rendent pour le
contester. Le projet n’est pas retenu car il causerait trop de troubles
dans les
provinces et Papineau revient en héros à Montréal
alors que son intervention
n’est de toute évidence pas le facteur principal du rejet. En
1826 le Parti des
Canadiens devient Parti des Patriotes et Papineau y reste très
présent malgré
des opinions parfois très conservatrices qui l’opposent par
exemple à la
branche libérale du parti que dirige La Fontaine. Il
présente en 17 février
1834 ses « 92 résolutions » à la
chambre et réclame un gouvernement entièrement
responsable et élu pour le Bas-Canada. Une crise parlementaire
commence alors
avec des conflits de plus en plus violents entre les partis qui
conduisent en
1836 à un blocage complet de la chambre et de la province. Le
contexte de crise
économique provoqué par la faillite des banques
américaines attise encore le
conflit qui se propage dans la population.
Des assemblées
populaires se créent alors autour des
meneurs du Parti des Canadiens. Papineau y plaide pour un
mouvement
populaire et non armé, il encourage la population à
boycotter tous les produits
anglais et les magistrats canadiens à démissionner. Le
mouvement de rébellion
sort du cadre citadin de Montréal et s’étend dans la
province où les assemblées
se multiplient. Le 23 octobre 1837 à Saint-Charles sont
réunies 5000 personnes
autour de Papineau et de Wolfred Nelson. Le clergé, prenant
conscience de
l’ampleur du mouvement, se range alors du côté des anglais
par peur d’une
révolution et le gouvernement ordonne l’arrestation des chefs
patriotes. Les combats
armés commencent alors.
Les
armes sont
distribuées du côté anglophone grâce
à la milice du Doric Club et les Patriotes francophones en font
de même avec
des groupes comme « les Fils de la
Liberté » qui se lancent dans le
combat dès le 6 novembre 1737. L’armée intervient
rapidement afin de ramener
l’ordre et pousse les Patriotes à se retrancher à la fin
novembre à Saint-Denis
où ils connaissent une victoire de courte durée, puis
à Saint-Charles où ils
sont écrasés.
La
dernière bataille est
livrée au nord de la province,
dans le village de Saint-Eustache, le 14 décembre 1837. Les 200
patriotes présents
se trouvent rapidement isolés dans l’église et « ce fut là le
commencement de la brûlerie des troupes qui a fait nommer
le général Colborne à
juste titre le Vieux Brûlot » (propos de Jacques
Paquin, dans Gilles Boileau 1998:
196). Les Patriotes y
périssent, tandis que le village et sa région
sont entièrement détruits par les troupes anglaises.
Saint-Eustache représente,
au moment des faits et même pour un officier britannique, « le
tableau
horrible des horreurs d’une guerre civile ». (Boileau
1998: 177).
La
politique de terreur réussit et la population patriote
s’effondre tandis que
les chefs de la rébellion s’enfuient aux Etats-Unis et tentent,
en 1838, de
conquérir l’indépendance de la province. Les
idéaux de la déclaration
d’indépendance des Patriotes Robert Nelson et Cyrille-Octave
Côté (député
patriote de l’Acadie) faite à Noyan le 28 février 1838
impliquent: "une révolution sociale (abolition du
régime seigneurial et
des privilèges des seigneurs afin de garantir le bien-être
de la majorité
paysanne), une révolution nationale (rupture avec le
colonialisme et
l’impérialisme britannique par l’indépendance nationale
du Bas-Canada (nom du
Québec à l’époque), une révolution
démocratique (abolition de la
monarchie et proclamation de la république, suffrage universel,
reconnaissance
des autochtones comme citoyens à part entière). La lutte
des femmes pour une
égalité de fait, dans le respect des différences,
est la dimension
contemporaine qui s’ajoute à ces principes fondamentaux." (Rousseau
2005)
A la tête de ces
révoltés
se trouve le général proclamé
et futur
président de la république du Bas-Canada
Robert Nelson (frère de Wolfred). S’ensuivent des combats perdus
d’avance face
à une armée bien préparée et
renforcée, et une répression sanglante de la part
des milices anglo-protestantes qui s’acharnent sur la population
civile,
patriote ou non. Papineau, dont la tête est mise à prix
dès 1836, s’exile en
Amérique puis en France. Il est amnistié et
réélu au Parlement du Canada
Uni en 1848 puis déchu en 1854.
Louis Joseph Papineau reste une figure héroïque de la
rébellion malgré un conservatisme affirmé,
illustré par son refus de signer la
déclaration d’indépendance du Bas-Canada en 1837, car
celle-ci préconisait
l’abolition du droit seigneurial. Il est même qualifié de
« poltron
déserteur » par certains membres de la branche
révolutionnaire du parti
après sa fuite en 1837 et son refus de continuer la lutte en
1838. Selon Denis
Monière (1977) c’est seulement sous la pression des luttes
politiques que Papineau
a été amené à radicaliser ses positions. Au
début de sa carrière il aurait même
admiré les institutions politiques britanniques et
considéré le lien colonial
avec l’Angleterre comme bénéfique pour les Canadien
français.
« Pour
les vaincus de 1759, l'échec de la
contestation est grave de conséquences. La répression, le pillage, les incendies et les
meurtres commis par les
troupes britanniques vont refouler pendant plus d'un siècle les
espoirs
d'émancipation nationale » (Monière 1998) et la
population patriote quant à elle se retranche davantage dans une
idéologie de
la survivance, c'est-à-dire dans la soumission, la religion,
l’agriculture et
le conservatisme. Effectivement la défaite militaire des
Patriotes
renforce à nouveau le sentiment de perte et d'abandon
après un ultime effort de
révolte, et le traité d'union de 1840 est
considéré comme le renouvellement de la
Conquête de 1763.
Les
martyrs de
1839: L'exécution des insurgés devant la prison de
Montréal.
(Dessin
d'Henri Julien, Archives Nationales du Canada)
Sujets
d'étude:
- Quelles sont les
caractéristiques et les visées du mouvement
patriote ?
- Sur quels points
portent les luttent entre Francophones et Loyalistes ?
- Quel lien unit le
« Parti des Canadiens » au « Parti des
Patriotes » ?
- Quel est le rôle
de la milice du « Doric Cluc » et de celle des
« Fils de la
liberté » ?
- Quelle est la
dernière bataille livrée en 1837 ?
- Quels sont les
trois aspects révolutionnaires de la déclaration
d’indépendance des patriotes
de 1938 ?
- Énumérez les
conséquences de la défaite de 1838 pour les Patriotes et
pour la population du
Bas-Canada en général.
- Travail de
synthèse : à l’aide des informations contenues dans
le texte et dans les
annexes du site, rédigez en quelques lignes une biographie de
Louis-Joseph
Papineau.
« On ne peut
guère concevoir de nationalité plus dépourvue de
tout ce qui peut vivifier et
élever un peuple que celle que présentent les descendants
des Français dans le
Bas-Canada, du fait qu'ils ont conservé leur langue et leurs
coutumes
particulières. Ils sont un peuple sans histoire et sans
littérature.. » (Durham)
Voilà comment ont
été qualifiés les Canadiens français qui
réclamaient une république canadienne
française indépendante. Face à la
répression, l’humiliation et aux menaces
d’assimilation naît et se développe le courant
patriotique, dont le grand
maître est Octave Crémazie (Lemire, Maurice, dir., 1996:
La Vie littéraire au Québec. Tom 3: 1840-1869. Presses de
l'Université Laval).
|
Le Canada
Il est sous le
soleil une terre bénie,
Où le ciel a versé ses dons les plus brillants,
Où, répondant ses biens la nature agrandie
A
ses vastes forêts mêle ses lacs géants.
Sur ces bords enchantés, notre mère, la France,
A
laissé de sa gloire un immortel sillon,
Précipitant ses flots vers l'océan immense,
Le
noble Saint-Laurent redit encor son nom.
Heureux qui la connaît, plus heureux qui l'habite,
Et, ne quittant jamais pour chercher d'autres cieux
Les rives du grand fleuve où le bonheur l'invite,
Sait vivre et sait mourir où dorment ses aïeux.
(Octave
Crémazie,
Le Passe-temps, 1902)
|
Un
Canadien errant,
Banni de ses foyers,
Parcourait en pleurant
Des pays étrangers
Gérin-Lajoie, Antoine (1842),
Complainte du Canadien
errant
|
Ô
terre des aïeux! ô sol de la patrie!
Toi que mon coeur aimait avec idolâtrie,
Me faudra-t-il mourir sans pouvoir te venger!
Hélas! oui; pour l'exil, je pars, l'âme souffrante,
Et, giaour errant, je vais planter ma tente
Sous le soleil de l'étranger.
Fréchette, Louis (1866) La Voix d'un exilé,
p. 11.
|
Pour plus
d'information (cliquez ici)
Les rébellions en
images (cliquez
ici)
Claude Gauthier chante les
Patriotes (cliquez
ici)
Visionner
le clip vidéo
1837-1838 : Les lendemains
Brian J. Young, Université McGill
« Rébelles et
Patriotes ». Magazine Histoire Québec, 1999,
Vol. 5, no.2 .Sommaire
Un devoir de mémoire par Gilles Boileau; Le
tribunal militaire de 1838-1838 par Nicolas Bélanger; Les Loyalistes et les Rébellions
de 1837-1838 par Clairandrée Cauchy; Les patriotes et les
événements de 1838 à Lachine par France Bertrand; Le
«désormais» de Paul Sauvé par Robert Prévost; L’Église et les patriotes par Gilles
Chaussé.
Cf. aussi
Louis Fréchette (1887): La légende
d'un peuple, Troisième époque, p. 146-208. La maison nationale des
Patriotes.
Extraits du
rapport Durham (1838)
Le Rapport sur les affaires de
l'Amérique du Nord britannique, plus connu sous le nom de
Rapport Durham du nom de son
auteur, est un document important de l'histoire franco-canadienne. Nommé
gouverneur général du Canada après le
soulèvement de 1837 et chargé des
pouvoirs spéciaux de haut-commissaire de l'Amérique du
Nord britannique, Lord
Durham (1782-1840) est envoyé aux Canada en 1838 pour faire une
enquête sur les causes des rébellions de 1837-38. Avant de
partir pour le Canada il s'entretient
avec des marchands britanniques qui se plaignent du pouvoir politique
détenu par les Canadiens français du Bas-Canada,
déclarant que les Français nuisent à leurs
intérêts économiques. Muni de
vastes préjugés quant aux Canadiens
français,
Durham découvre au Bas-Canada deux nations en
guerre au sein d'un même État. Il faut
préciser toutefois que les
Canadiens français forment la majorité de cet "ancien"
Canada
pré-confédéré, mais que leur pouvoir
était quasi nul dans un
système parlementaire truqué, car dominé par les
Britanniques.
Dans son
rapport, rendu public en 1839, Durham recommande la
réunification du Haut-Canada et du Bas-Canada,
l'accélération de l'immigration britannique afin que la
population anglophone devienne majoritaire, l'assimilation
linguistique et culturelle et suggère clairement de sacrifier les
Canadiens français, jugés inférieurs, aux
exigences de l'Empire britannique. Venant après la
défaite des Patriotes, le rapport Durham est accueilli chez les
Canadiens français par un profond sentiment de
découragement collectif.
"Les institutions de la France durant la
période de colonisation du Canada
étaient, peut-être, plus que celles d'aucune autre nation
européenne propres à
réprimer l'intelligence et la liberté de la grande masse
du peuple.
Ces institutions suivirent le
colon canadien au-delà de l'Atlantique. Le même despotisme
central, mal
organisé, stationnaire et répressif l'opprima. Non
seulement on ne lui accorda
aucune voix dans le Gouvernement de sa province ou dans le choix de ses
gouvernants, mais il ne lui était même pas permis de
s'associer à ses voisins
pour la régie de ces affaires municipales que l'autorité
centrale négligeait
sous prétexte de les diriger.
Il obtenait ses terres d'après
une tenure remarquablement calculée pour augmenter son
bien-être immédiat et
pour entraver son désir d'améliorer sa condition; il fut
placé à la fois dans
une vie de travail constant et uniforme, d'un grand confort
matériel, et de
dépendance féodale. L'autorité
ecclésiastique à laquelle il avait été
habitué
établit ses institutions chez lui; et le prêtre continua
à exercer sur lui son
ancienne influence.
Aucune disposition générale ne
fut prise en faveur de l'instruction; et comme la
nécessité n'en était pas
appréciée, le colon ne fit aucun effort pour
réparer la négligence de son
Gouvernement. [...]
Ils s'attachèrent aux anciens
préjugés, aux anciennes coutumes et aux anciennes lois,
non pas à cause d'un
fort sentiment de leurs effets avantageux mais avec la
ténacité irraisonnée
d'un peuple ignare et stationnaire. [...]
Loin de moi le désir d'encourager
aveuglement ces prétentions à la
supériorité chez aucune race en particulier;
mais tant que la plus grande partie de chaque région du
continent américain
sera encore indéfrichée et inoccupée et tant que
les Anglais montreront une
activité si constante et si marquée pour la colonisation,
il sera vain de
s'imaginer qu'il existe une partie quelconque de ce continent où
cette race ne
pénétrera pas et où, quand elle y aura
pénétré, elle ne prédominera pas.
Ce n'est qu'une question de temps
et de mode; il ne s'agit que de décider si le petit nombre de
Français qui
habitent présentement le Bas-Canada seront anglicisés
sous un Gouvernement qui
peut les protéger; ou si l'opération sera retardée
jusqu'à ce qu'un plus grand
nombre ait à subir, sous la violence de ses rivaux sans frein,
l'extinction
d'une nationalité renforcée et aigrie par une existence
prolongée.
Et cette nationalité
canadienne-française, en est-elle une que, pour le simple
avantage de ce
peuple, nous devrions chercher à perpétuer, même si
c'était possible?
Je ne connais pas de distinction
nationale marquant et continuant une infériorité plus
désespérée. La langue,
les lois et le caractère du continent nord-américain sont
anglais; et toute
autre race que la race anglaise (j'applique ce mot à tous ceux
qui parlent la
langue anglaise) y apparaît dans un état
d'infériorité.
C'est pour les tirer de cette
infériorité que je désire donner aux Canadiens
notre caractère anglais. [...]
On ne peut guère concevoir de
nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier
et élever un peuple que
celle que présentent les descendants des Français dans le
Bas-Canada, du fait
qu'ils ont conservé leur langue et leurs coutumes
particulières.
Ils sont un peuple sans histoire
et sans littérature.
La littérature d'Angleterre est
écrite dans une langue qui n'est pas la leur; et la seule
littérature que leur
langue rend familière est celle d'une nation dont ils ont
été séparés par
quatre-vingts ans de domination étrangère et encore plus
par ces changements
que la Révolution française et ses conséquences
ont opérés dans tout l'état
politique, moral et social de la France. [...]
Je crois qu'on ne peut rétablir
la tranquillité qu'en assujettissant la Province à la
domination vigoureuse
d'une majorité anglaise; et que le seul gouvernement efficace
serait celui qui
serait formé par une union législative."
SOURCE: DURHAM, Lord. Rapport sur les affaires de
l'Amérique du Nord
britannique (1839), traduit et reproduit sous le titre Rapport
Durham,
Montréal, Les Éditions Sainte-Marie, 1969.
Sujets
d'étude:
- Qui est Lord
Durham et dans quel but est-il envoyé au Canada ?
- Quelles sont les
recommandations que Durham propose dans son rapport ?
- Résumez le
portrait que Durham dresse du Canadien français.
- Quel sens donne
l’auteur au terme « race » dans cet extrait ?
L'Acte d'Union de 1840
L'Acte d'Union
de 1840 - L'analyse des causes des rebellions de 1837 faite par
Durham, a mené à l'Acte d'union
sanctionné le 23 juillet 1840 par
la reine
Victoria.
Après la rébellion
de
1837-1838 et à la suite du rapport Durham spécialement
envoyé au Canada pour analyser les causes de la
rébellion, l'Acte
d'union réunit le Bas et
le Haut-Canada sous un même
gouvernement. Durham avait pensé au départ que les
conflits entre Anglophones et Francophones étaient d'ordre
politique, entre libéraux et conservateurs, mais il vient
à
conclure que les troubles
du Bas-Canada sont principalement dus à la
présence de deux groupes ethniques complètement
différents vivant dans la même région. Pour limiter
le pouvoir
des Canadiens français il recommande de réunifier les
deux Canadas. Bien que la
population du Canada de l'Est (maintenant le Québec) soit la
plus importante,
le Canada de l'Ouest (maintenant l'Ontario) se voit accorder une
représentation
égale à la nouvelle assemblée législative.
Les dettes sont consolidées
favorisant le Canada de l'Ouest. Le français est banni par la
législation comme
langue d'usage officiel du gouvernement, et les institutions
canadiennes
françaises liées à l'éducation et au droit
civil sont suspendues. Bon nombre
des luttes politiques des vingt années suivantes portent sur les
dispositions
de l'Acte d'union qui devient la principale
source de
l'instabilité
politique qui règne dans le Canada-Uni jusqu'en 1867.
Sujets
d'étude:
- Enumérez les
différentes clause de l'Acte d'Union.
- Qui sanctionne cet Acte?
- Quelle partie de la population canadienne se trouve
lésée ?

L'Acte de
l'Amérique du Nord
britannique et la création du Canada
(Loi constitutionnelle de
1867)
Depuis l'Acte d'Union, les
conflits entre les Canadiens français et les Canadiens anglophones n'ont jamais
cessé et ils amènent des problèmes politiques et
économiques de plus en plus graves.
L'effectif de la population canadienne française augmente de plus en plus et les Anglais ne
parviennent pas à les assimiler. Les décisions
politiques ne peuvent pas être appliquées parce que
l'opposition est toujours très forte et les gouvernements
successifs, tous minoritaires, ne satisfont ni les Francophones ni les
Anglophones. Sur le plan économique, le Canada prend de plus en
plus de retard par rapport aux États-Unis parce que la politique
colonialiste des autorités britanniques favorise la production
de biens manufacturés dans la métropole.
La solution adoptée est de diviser le Canada en deux provinces
où les Anglophones et les Francophones seraient majoritaires
dans leur
province respective (Québec
/ Ontario) et de joindre ces deux provinces à deux autres
colonies britanniques, le Nouveau-Brunswick
et la
Nouvelle-Écosse. En 1867, l'Acte
de
l'Amérique du Nord britannique (aujourd'hui la loi
constitutionnelle de 1867) crée
le nouveau dominion du Canada, assurant ainsi un environnement
économique et social favorable au développement du pays.
L'essor économique est favorisé aussi par la
création d'une ligne de chemin de fer reliant les provinces
d'est en ouest.
La loi constitutionnelle crée
un État fédéral dont les pouvoirs sont
distribués à deux ordres de
gouvernement. Les autorités fédérales ont le
pouvoir d'établir des lois
assurant en tout temps la paix, l'ordre et un bon gouvernement à
tous les
canadiens, qu'il s'agisse de commerce ou encore de divorce. Les
provinces
reçoivent
des compétences dans des secteurs particuliers comme
l'éducation et tous les
secteurs qui ne relèvent pas du fédéral. L'Acte de
l'Amérique du Nord est
demeuré le principal document constitutionnel jusqu'à
ce qu'il soit modifié et
renommé en 1982.
John A. Macdonald fut l'un
des principaux auteurs de la Loi constitutionnelle et le premier des
Premiers
Ministres du Canada.
Sujets
d'étude:
- Dans quelle
situation politique se trouve le Canada après l’Acte
d’Union ?
- Que désigne le terme
« métropole » (1er
paragraphe) ?
- Quel type d’Etat
établit l’Acte de l’Amérique du Nord ?
- Quel rôle joue alors
John A. Macdonald ?

http://www.collectionscanada.gc.ca/confederation/023001-2900.5-f.html#nlc009753
Félix Leclerc

Le chant d’un patriote
Demain,
je pars pour la guerre
Avec mon grand chien qui aboie,
Des cailloux plein la gibecière
Et à mon côté gauche, le droit.
Je vais tuer sa majesté
Qui dit m'attendre, qui dit m'aimer.
Cent fois par jour, elle me trahit.
On doit mourir quand on trahit.
Je suis seul de mon équipage.
Les gens d'ici sont peu violents
Parce qu'ils ont viande sous la dent
Et ventre plein n'a pas de rage.
J'ai dans mon sac quarante-cinq tours,
Chansons, lacets, magie, vautours.
Je me prépare à cette guerre
Depuis l'esclavage de mon père.
Mes généraux sont des rivières
Et mon état-major, le vent.
C'est lui qui me tient au courant
Des mauvais coups qu'on va me faire.
Majesté, je suis devant vous,
Sujet sans terre et sans abri.
Vos étrangers nous ont tout pris.
J'ai l'arme au poing, défendez-vous.
Avant d'atteindre la colline,
Avant de crier : « Feu ! Vas-y ! »,
On m'aura fait plier l'échine.
Je suis un pou dans ce pays.
En même temps, je suis un géant
Qui a bâti, géant soumis,
Qui a dormi et dort encore.
Pourtant, pourtant il est midi
Et si demain, mains dans les fers,
Vous me rejetez à l'exil,
Quelqu'un viendra finir ma guerre,
Peut-être vot' fils, ainsi soit-il.
Quelqu'un viendra gagner ma guerre,
Peut-être vot' fils, ainsi faut-il.
Félix Leclerc –
Daniel Boucher
Vidéo
3'22 |
Pour
aller plus loin:
LECLERC, Jacques:
"L'Union
et
la Confédération (1840-1960)
apprendre à vivre en minorité." Dans:
Histoire du Français au
Québec.
Québec, TLFQ, Université Laval,
[http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/francophonie/HISTfrQC_s3_Union.htm], (17.
fébrier
2006).
Le
XXe siècle
Le XXème siècel
4.1. La grande
dépression et la Deuxième Guerre mondiale 1929-1945
La décennie 1930
s’amorce avec une des plus graves crises économiques de
l’histoire mondiale et
s’achève par un conflit international. Le Québec se
trouve bien malgré-lui
entraîné dans ces deux événements qui vont
profondément modifier son profil
économique, politique et social.
Le
Canada connaît dès le XIXe siècle une
évolution rapide de son économie, avec un
secteur industriel qui se développe rapidement et un secteur
agricole qui se
modernise. Cette évolution est cependant grandement liée
aux Etats-Unis tout
proches qui investissent énormément dans
l’économie canadienne. Lorsque le
Krach boursier de 1929 survient, après une spéculation
effrénée dans les années
précédentes et des licenciements toujours plus nombreux
du fait de la baisse de
la consommation, le Québec est touché directement et
très rapidement. Les
banques perdent confiance et retirent leurs investissements dans les
entreprises, les gros investisseurs privés sont ruinés et
les petits
épargnants, bien que moins nombreux qu’aux Etats-Unis, se
retrouvent les poches
vides. Un bon nombre d’entreprises ferment leurs portes, produisant un
taux de
chômage de 25% au Canada en 1933, tous les salaires sont revus
à la baisse, et
le seul secteur qui fonctionne encore vraiment est celui de l’or, seule
valeur
sûre en temps de crise. Au Québec, une travailleuse ou un
travailleur sur trois est au chômage et l'assurance-chômage
ou la sécurité sociale n'existent pas encore.
Malgré cette grande dépression, la chanteuse Bolduc
recommande la modération:
Ça
va venir,
découragez-vous pas
La Bolduc (Marie
Travers) (1935)
Mes amis, je vous assure que le temps
est bien dur,
Il faut pas se décourager
ça va bien vite commencer:
De l'ouvrage y va en avoir pour tout
le monde cet hiver,
Il faut bien donner le temps au
nouveau gouvernement.
Cependant le produit national brut du Canada ne
dépasse celui de 1929 qu'en 1940. Des
évolutions dans la vie sociale
des Canadiens sont remarquables pendant la crise: les femmes sont
encouragées à
laisser leur place au
travail au chef de famille avec l’approbation naturelle de l’Eglise, le
syndicalisme s’effondre (pourquoi garder un ouvrier revendicatif quand
des
centaines de chômeurs attendent du travail devant l’usine), les
« soupes populaires » et la misère
fleurissent. Le monde du travail
ne suit donc pas la même radicalisation des syndicats qui se
déroule en Europe
à la même époque, mais subit la crise, en
particulier au Québec ou à défaut
de mouvements de révoltes, des
solidarités familiales et religieuses apparaissent. Il faut ici
attendre le
déclenchement des conflits en 1939 et un certain retour à
la prospérité pour
voir surgir les revendications.
Le monde agricole est lui aussi
durement touché par la baisse de la demande
de main d’œuvre liée à la mécanisation. Un
phénomène unique se produit pourtant :
le retour à la terre. Devant le chômage qui ne se
résorbe pas, le gouvernement
provincial du Québec et le gouvernement fédéral
avec l’appui du clergé
encourage de nouveaux « colons » à aller
« faire de la
terre », c’est-à-dire à défricher des
terres encore inexploitées. Les
plans Gordon (1932) et Vautrin (1935) sont ainsi mis en place pour
subventionner le départ de ces nouveaux colons, mais cette
initiative ne
s’avère pas fructueuse et bien des colons quitteront leur
terre sitôt la
prospérité revenue. L’intervention du gouvernement
Taschereau au Québec se
limite quasiment à cette initiative, laissant l’économie
résoudre seule ce
qu’elle a créé et aux communautés religieuses le
soin de nourrir et de soigner
ceux qui n’ont plus rien. L’élection en 1936 de Duplessis
à la tête d’un
gouvernement d’Union Nationale déçoit les
Québécois, et tandis que le
Premier ministre Bennett tente d’instaurer au niveau
fédéral une politique
interventionniste, avec par exemple une assurance-chômage ou
encore un salaire
minimum, le conseil privé de Londres invalide toutes ces mesures.
Alors que la
culture élitiste prédomine le paysage et ne s’adresse
qu’à une minorité, la
production en masse de radios et la diffusion du cinéma
créent une culture de
masse et populaire dans les années 20 en Amérique du
Nord. Cet essor reste
présent pendant la crise et la deuxième guerre mondiale.
Les concerts
classiques à destination des plus instruits sont ainsi de plus
en plus présents
sur les ondes tandis qu’apparaissent les premiers « radio-
romans »
et la concurrence des chansons populaires de la Bolduc. L’art moderne
éclos
enfin et sort de son carcan religieux pendant que le cinéma,
parlant depuis
1928, s’américanise de plus en plus (seuls les films
américains parviennent au
Québec pendant la guerre). La littérature quant à
elle souffre toujours du
manque de bibliothèques et en général
d’intérêt au Québec. Elle réussit
cependant à s’urbaniser et à quitter le cocon agricole et
religieux.
Après
les accords de Westminster en 1931, le Canada dispose d’une
indépendance
politique par rapport à l’Angleterre. Lorsque les conflits
éclatent en
septembre 1939 et que l’Angleterre s’engage aux côtés de
la France contre
l’Allemagne nazie, la question de la participation du Canada dans ce
conflit
«Européen » se pose. L’intérêt
commercial du Canada est évident, fournir
le matériel militaire à l’Angleterre signifie sans doute
une relance de
l’économie et le gouvernement s’engage donc en tant que membre
du Commonwealth
à soutenir l’Angleterre. La mobilisation humaine quant à
elle reste
problématique. La conscription lors de la première guerre
mondiale a déjà été
la cause de nombreux troubles, le gouvernement fédéral
décide donc de se tenir
à une mobilisation volontaire. Devant le peu de candidats,
l’enregistrement des
hommes valides devient ensuite obligatoire, dans un premier temps pour
défendre
le Canada seulement et le Premier ministre Mackenzie King promet aux
Canadiens
Français de ne pas imposer la conscription. La situation de la
province du
Québec diffère quelque peu de celle des autres provinces.
La question de sa
participation au conflit est envisagée sur le plan politique et
pas seulement
économique ; pourquoi soutenir l’Angleterre alors qu’elle
est encore perçue
ici comme une puissance colonialiste et impérialiste plus que
comme un pays
allié ? La déclaration de guerre ne provoque dans
les premiers temps que
peu de réactions au Québec qui profite comme toutes les
provinces d’une relance
fulgurante de l’économie et supporte de ce fait de devoir se
plier au régime de
la Loi des mesures de guerre.
Dès
1941, l’évolution des conflits force l’Angleterre, seul bastion
européen de la
lutte antifasciste, à faire pression sur
les Etats du Commonwealth pour obtenir plus d’hommes. Mackenzie
King
manœuvre alors très habilement, il soumet en 1942 à tous
les Canadiens un
plébiscite et demande à la population l’autorisation de
revenir sur sa promesse
de 1939 aux Canadiens français. Le Québec refuse toujours
la conscription et
vote contre à 71,2% tandis que les autres provinces se
prononcent pour à 80%.
Le Premier ministre peut ainsi envoyer 16 000 hommes au front tout en
évitant
un conflit direct avec le Québec. Les traces de ce premier
conflit sérieux
entre le fédéral et le provincial et plus encore entre
Francophones et Anglophones ont cependant de fortes résonances,
notamment sur le nouvel
échiquier
politique québécois de l’après-guerre et sur
l’évolution des tendances
indépendantistes et souverainistes des gouvernements suivants.
Sujets
d'étude:
- Résumez les
conséquences du Krach boursier de 1929 ?
- Marie Travers emploi
le mot « ouvrage », donnez un synonyme plus
moderne et
courant pour le remplacer.
- De quelle façon est
touché le monde du travail par cette crise ?
- Qu’est-ce que le
« retour à le terre » ?
- Quelle évolution
paradoxale connaît le domaine culturel pendant la crise ?
- Pourquoi le Québec
hésite-t’il à envoyer ses hommes sur les fronts de la
Deuxième Guerre
Mondiale ?
Le Québec dans la
tourmente
J’parl’ pour parler… Ça je l’sais bien
Mêm’ si j’vous cassais les oreilles,
La vie rest’ra toujours pareille
Pour tout ceux que c’est un’vie de chien
J’parl’ pour parler pas rien qu’pour moi
Mais pour tous les gars d’la misère ;
C’est la majorité su’tere
J’prends pour eux autr’s, c’est ben mon droit
J’parl’ pour parler… j’parl’ comm’ les gueux
Dans l’espoir que l’bruit d’mes paroles
Nous engourdisse et nous r’console
Quand on souffre, on se s’soign’ comme on peut
Je parl’ pour parler…ça changera rien !
Vu qu’on est pauvres, on est des crasses
Aux saints yeux des champions d’ la Race
Faut d’l’argent pour être « homm’ de
bien »
|
J’parl’ pour parler…j’parl’ franc et cru
Parc’ que moi, je parl’ pas pour rien dire
Comm ceux qui parl’nt pour s’faire élire
S’ils parlaient franc, ils s’raient battus
J’parle pour parler…Si j’me permets
De dir’ tout haut c’que ben d’autr’s pensent,
C’est ma manièr’ d’prendr’leur défense :
J’parl’pour tout ceux qui parl’nt
jamais !
J’parl’ pour parler…Si, à la fin
On m’fourre en prison pour libelle,
Ca mes vieux , ça s’ra un’nouvelle !
L’pays f’rait vivre un écrivain !
Emile Coderre
(1893-1970), poète connu sous le nom de Narrache, a
publié ce poème sur la misère des démunis
en 1939.
Tiré de L. Mailhot et P. Nepveu (1996): La
poésie québécoise. Des origines à nos
jours. Montréal: Editions Typo: 152-153.
|
4.2. Les
années Duplessis et
la
« grande noirceur » (1945-1960)
La
grande noirceur débute
avec la Crise économique et se termine avec la Révolution tranquille. Le
terme, controversé certes, décrit l'atmosphère
politique et sociale des années duplessistes qui incarnent
l'idéologie de conservation héritée du
XIXème siècle. Si cette idéologie a permis
d'assurer la survivance, elle a pourtant étouffé les
éléments progressistes et mis un frein au
développément du Canada français.
Après
la Deuxième Guerre mondiale s’ouvre la période des 30
glorieuses (1945-1975)
dans le monde occidental industrialisé. Elle se
caractérise par une forte
prospérité économique et des mesures sociales
progressistes. Le Canada
n’échappe pas à cette tendance et le mode de vie de ses
habitants évolue très
rapidement, à l’image du mode de vie américain. Le revenu
par habitant augmente
de 70% au Québec entre 1944 et 1964 et ce sans inflation
importante, le niveau
de vie augmente donc réellement. L’activité
économique y est effectivement
florissante mais la vie politique provinciale est dominée par un
fort
traditionalisme social et politique, avec à sa tête le
parti d’Union Nationale et son chef
charismatique
Maurice Duplessis (1890-1959).
Sur
le plan économique, la province de Québec connaît
un développement industriel
majeur grâce aux investissements étrangers et surtout aux
investissements
états-uniens. Les entreprises nord-américaines
s’installent en effet dans la
province avec des avantages fiscaux accordés par le gouvernement
Duplessis, et
considèrent le Québec comme la meilleure source de
matières premières. Certains
Québécois ont cependant l’impression que le gouvernement
vend leur terre aux
entreprises minières. Il faut noter que le plein emploi ne sera
tout de même
pas atteint et que les plus favorisés par le
développement industriel restent
les canadiens anglophones. Montréal est ainsi
détrônée par Toronto comme
capitale financière, bien qu‘elle concentre une grande
partie des
entreprises au détriment des villes de région.
L’agriculture quant
à elle est dynamisée par l’essor économique mais
elle souffre de la forte
concurrence des prix qui pousse les petits paysans à l’exode
rural, tandis que
les plus gros mécanisent leurs exploitations et peuvent ainsi se
passer de main
d’œuvre.
Sur
le plan politique, la période duplessiste correspond à
une domination des
libéraux dans le régime fédéral canadien
qui se maintiennent au pouvoir
jusqu’en 1957 soutenus par les canadiens francophones. C’est du
fédéral que
proviennent les premières mesures sociales au Canada avec le
programme
d’allocation familiale (voté en 1944), l’assurance-chômage
instaurée en 1940 ou
encore la Société centrale d’hypothèque et de
logement en 1946. Cette
prépondérance du fédéral sur le provincial
crée par ailleurs des tensions entre
le Québec et le gouvernement fédéral.
En
1944 est élu Premier ministre du Québec l’autoritaire
Maurice Duplessis, à la
tête du parti d’Union National. Son premier mandat (1936-1939)
n’a pas été
concluant, mais l’Union nationale met en place un système de
patronage
(favoritisme envers certains acteurs de la vie économique qui
soutiennent le
parti), qui assure à Duplessis de futures victoires
électorales. Les positions
autonomistes de Duplessis et son opposition à l’ingérence
fédérale lui attirent
de plus les faveurs populaires.
Le Premier ministre
applique cependant son conservatisme économique aux affaires
sociales et refuse
par exemple de légiférer en matière de droit du
travail ou encore de moderniser
le système scolaire, toujours aux mains des religieux et qui
accuse un retard
certain dans l’enseignement supérieur notamment. Devant la
volonté populaire
d’obtenir une assurance maladie, il déclare même
« La meilleure assurance
contre la maladie, c’est la santé ». Les besoins
croissants crées par le
Baby Boom ne trouvent donc pas
d’écho tandis que la population
Québécoise passe
de 4 millions à 5millions en seulement 10 ans (1951-1961) et
n’aspire qu’à
entrer elle aussi dans l’american way of
life.
La
politique autonomiste développée par le gouvernement est
également très
conservatrice. Basé sur l’idée d’une
société distincte, Duplessis définit le
Québec comme catholique et francophone, laissant peu de place
à la différence.
Son gouvernement adopte en 1948 le Fleurdelisé
comme drapeau du
Québec, mais
son principal combat dans ce domaine est le retour du pouvoir de
taxation dans
les prérogatives provinciales (le fédéral avait
acquis ce pouvoir pendant la
Deuxième Guerre mondiale). Il obtient gain de cause en 1953
après un ultimatum
lancé au Premier ministre fédéral Saint Laurent,
et donne ainsi une forme plus
concrète à l’autonomie provinciale.
L’opposition
au conservatisme duplessiste existe pendant toute la période
mais elle n’est
pas suffisante pour renverser le Premier ministre, qui reste en place
jusqu’à
son décès en septembre 1959. Elle se manifeste avant tout
par les syndicats
ouvriers que Duplessis méprise et les grèves importantes
qui suivent celle de
l’amiante (février à juillet 1949), mais aussi au travers
des intellectuels et
de la jeunesse étudiante. Ils luttent contre la censure
imposée au cinéma par
exemple, ou encore contre la répression mise en place contre les
témoins de
Jéhovah et les communistes (rappelons qu’aux Etats-Unis se
déroule alors le
Maccartisme et sa chasse aux sorcières). Certains membres du
clergé s’allient
parfois même aux syndicats ouvriers. La masse populaire quant
à elle opère un
changement de son mode de vie qui va de toute évidence à
l’encontre du régime
en place. Plus urbaine elle se détache progressivement de
l’Eglise et aspire à
un confort au quotidien de même qu’à des avantages
sociaux. Cette nouvelle
distance avec l’Eglise catholique et le conservatisme qu’elle impose se
traduit
par une baisse de la pratique religieuse mais aussi par des
publications. Ainsi
peut-on lire en 1950 dans la revue Cité
libre que « le catholicisme […]
est , non pas proposé, non pas enseigné, mais
imposé, infligé, asséné. […] Meurs ou
crois : voilà bien où nous en sommes
encore » (Lacoursière,
Jacques (2002): Une histoire du
Québec. Siollery: Septentrion: 162).
Le
terme de « grande noirceur » souvent
associé à cette période
duplessiste est donc à remettre en question. L’aspect sombre de
ses 15 années
réside dans l’autoritarisme de son meneur et dans sa
manière de s’imposer, mais
il serait délicat de nier la prospérité
économique et l’envole du niveau de vie
de ces années qui sont en fait des « années
d’impatience » devant des
réformes et des mesures qui tardent à se mettre en place
au Québec, comme nous
le montre la révolution tranquille qui s’opère dès
1960.
Sujets
d'étude:
- Que sont les « 30
glorieuses » ?
- Qui favorise le
développement industriel du Canada ? Quelle partie de la
population est
avantagée par cette évolution ?
- Quelles avancées
sociales impose le gouvernement fédéral ?
- Qui est Maurice
Duplessis ?
- Donnez les grandes
lignes de la politique duplessiste.
- Qui sont les
opposants au gouvernement de Duplessis ?
- Pourquoi le terme
de « grande noirceur » doit être
nuancé ?
Pour approfondir: « Duplessis et la
grande
noirceur ». Magazine Histoire Québec, 2000,
Vol. 5, no.3. Sommaire
4.3.
Révolution
tranquille et nationalisme (1960-1975)
Vidéo: Le Québec : Ma patrie, mon pays 9’57
« Chaque peuple voudrait, autant que faire se peut, se
différencier, justement parce que, dans ce courant plus ou moins
homogénéisant qui parcourt le monde, et qui est
accentué par des
facteurs techniques et économiques, chaque identité sent
le besoin de
s’affirmer pour éviter de disparaître. »
(René Lévesque, 1978.)
«L'expression Quiet Révolution,
employée pour la première fois par un journaliste du
quotidien torontois Globe and Mail pour décrire les
changements amorcés au Québec après 1960, est vite
reprise en français par les leaders politiques et les
intellectuels et se charge d'un contenu symbolique considérable.
Les nombreux auteurs qui ont écrit à ce sujet ne
s'entendent ni sur la définition du vocable, ni sur la
période à laquelle il s'applique. Au sens strict, la
Révolution tranquille désigne habituellement la
période de réformes politiques, institutionnelles et
sociales réalisées entre 1960 et 1966 par le gouvernement
libéral de Jean Lesage. [...] Au sens large, l'expression est
aussi utilisée pour caractériser l'ensemble des
décennies 1960-1970, marquées par le triomphe du
néo-libéralisme et du néo-nationalisme et par une
remarquable continuité dans les orientations des divers
gouvernements qui se succèdent à Québec.»
(René DUROCHER, Paul-André LINTEAU, François
RICARD et Jean-Claude ROBERT, Le Québec depuis 1930,
Montréal, Boréal, 1986, p. 393)
**********
La
période qui débute en 1960 avec la défaite de
l'Union nationale et la victoire du Parti libéral dirigé
par Jean
Lesage (1960-1966)
est la plus féconde
de
l’histoire du Québec.
Constituée de réformes politiques, économiques et
sociales
importantes, elle est souvent
appelée Révolution tranquille car ces
transformations parfois radicales se déroulent dans un cadre
démocratique et sans violence.
Cette révolution est en effet issue de consensus, trouvés
entre conservateurs
et progressistes après la longue période duplessiste,
marquée par la religion, la vente de
ressources naturelles aux Américains, le
patronage et l'antisyndicalisme ou encore la loi
du Cadenas (loi protégeant la province contre la propagande
communiste, 1937) déclarée inconstitutionnelle par
la Cour suprême du Canada en 1957.
Sous
le gouvernement de l'Union nationale, l'Eglise, en
étroite collaboration avec le gouvernement, use de son influence
pour
convaincre les citoyens de la nécessité de
préservation du gouvernement
conservateur de Maurice Duplessis, qui prend, en outre,
des mesures contre les réformes sociales et le syndicalisme. Après la mort de Duplessis en
1959, et les courts mandats de ses successeurs, arrivent au pouvoir en
1960 les
libéraux et leur premier ministre Jean Lesage qui forment une
« équipe du tonnerre » de
réformistes (Lacoursière,
Jacques
(2002) : Une histoire du
Québec.
Sillery : Septentrion :167) dont font partis les quatre "L",
c'est-à-dire René Lévesque (responsable de
la nationalisation de l'électricité), George-Emile
Lapalme (auteur du programme politique), Paul Guérin-Lajoie
(premier ministre de l'éducation) et Jean Lesage lui-même
en tant que chef du gouvernement. Galvanisée
par la promesse électorale de Jean
Lesage,
devenue le solgan « C'est le temps que ça change »,
l'équipe libérale a pour objectif l'affirmation du
Québec sur les scènes
fédérales et internationales et passe rapidement de la
parole au geste, retirant notamment l'éducation
et la santé au clergé pour les confier désormais
à l'Etat. La devise du Permier ministre résume à
merveille l'esprit de la décennie qui s'amorce,
c'est-à-dire l'émergence de nouvelles valeurs dans tous
les domaines (idéologie, économie, culture,
éducation, sport, religion) et la mise au rancart des
institutions traditonnelles.
La conjoncture
économique est
dans les années soixante toujours favorable avec des revenus qui
augmentent
plus que l’inflation. L’autonomie économique
québécoise se traduit par une
récupération des leviers économiques
jusque-là largement laissés aux mains
d’investisseurs étrangers ou aux Canadiens anglophones. Le
gouvernement
québécois devient donc le moteur de l’économie en
intervenant fortement dans
les finances, et en s’élargissant il crée un grand nombre
d’emplois dans la
fonction publique pour cette génération du baby
boom. La nationalisation des secteurs industriels miniers,
sidérurgiques et
surtout hydroélectriques, permet, en plus de créer des
emplois, de contrecarrer
la concurrence grandissante de l’Ontario.
La
société québécoise se tourne
ensuite vers la consommation de masse et les loisirs. Elle s’accroche
de plus
en plus à l’American Way of Life et
l’influence américaine sur les modes de vie est toujours plus
forte, véhiculée
par exemple par les séries télévisées qui
ont un grand succès au Québec.
L’entrée des femmes sur le marché du travail en est un
autre signe et contribue
à dynamiser les finances et l’économie de
services mise en place.
L’émancipation des femmes et la libération
sexuelle qui s’installe alors
dans le monde occidental bouleversent également
le Québec. Les femmes cessent
en grand nombre de pratiquer la religion catholique et souhaitent
s’opposer à l'Humanae vitae du pape Paul VI qui
affirme que « tout acte matrimonial
doit rester ouvert à la transmission de la vie » (1968).
Un an plus
tard le gouvernement fédéral modifie le code criminel et
autorise la publicité
et la vente de produits contraceptifs. De grands centres commerciaux
accompagnent la construction de banlieues et la diffusion de l’objet de
consommation inévitable à l’époque :
l’automobile. On note alors dans la
population un sentiment de confiance de plus en plus grand, basé
sans doute sur
les réussites économiques et sociales, qui pousse
à une remise en question des
valeurs traditionnelles, religieuses et morales, et qui encourage la
remise en
question de toute forme d’autorité. Ce phénomène
explique sans doute en partie
la poussée nationaliste qui marque la sphère politique
des années soixante.
- Expliquez
pourquoi cette période est nommée
« révolution tranquille ».
- Que
représentent les quatre « L » qui forment
l’« équipe du
tonnerre » ?
- Comment
le gouvernement libéral relance-t-il l’activité
économique et crée des
emplois ?
- Expliquez
la formule du pape Paul VI que « tout
acte matrimonial doit rester ouvert à la transmission de la
vie » en
tenant compte du courant d’émancipation pour la femme.
- Elucidez
le slogan de Jean Lesage « C’est le temps que ça
change ».
- Quel
rôle joue l’American Way of Life et
la consommation de masse ?
- Expliquer
les raisons de la remise en question de l’autorité et de la
poussée
nationaliste.
L'élection
de 1962 est remporté par Jean Lesage en brandissant le
thème de la nationalisation de l’électricité
et son fameux « Maîtres chez
nous », phrase symbolique grâce à laquelle
Lesage passe à la postérité. Il est
baptisé
« père du nationalisme
québécois » et
confirme la
popularité
des libéraux qui font des domaines de l’éducation, de la
santé et de l’énergie,
l'objet de toutes les attentions du gouvernement afin de reprendre le
contrôle de ces institutions. Après la création de
l'Assurance-maladie qui date de l'année
1960, est
créé le premier
ministère de l’éducation en 1964. Depuis, le
système scolaire
ne cessera d’être
amélioré. La scolarité est rendue obligatoire
jusqu'à l'âge de 16 ans et les premiers cégeps
(collèges d'éducation générale et
professionnelle) voient le jour. L'État
"interventionniste" reprend aussi le contrôle de l'économie
en fondant plusieurs entreprises d'État pour stimuler et
dynamiser l'économie: la Société
générale de financement (SGF) en 1962, la
Sidérurgie du Québec en 1964, la Société
québécoise d'exploration minière (
SOQUEM)
en 1965 ainsi que la Caisse de dépôt et de
placement en 1965.
La nationalisation et le
fusionnement des sept plus grandes compagnies hydro-électriques
sous l'influence de René Lévesque, ministre des
ressources naturelles, remet dans les mains de l'État le
monopole de l'électricité. Lesage fait rayonner
aussi le Québec à l’étranger en ouvrant une
première Délégation générale du
Québec à Paris en 1961, puis une autre à Londres
en 1963. En 1964, le droit de vote passe de 21 ans à 18 ans.
Les libéraux se présentent
donc
à nouveaux aux élections de 1966 avec un bilan
très positif, mais
échouent devant un parti
d’Union Nationale (1966-1968) redressé et des radicaux de
gauches qui
voudraient plus de
réformes. Daniel Johnson est élu Premier ministre
du Québec sous le slogan « Égalité ou
indépendance », puis Jean-Jacques Bertrand (1968-1970)
ancien ministre de l'Éducation sous le gouvernement de Johnson.
Ardent nationaliste et défenseur des droits du Québec,
Bertrand revendique une réforme constitutionnelle et propose
aussi la loi 63, garantissant aux parents le droit de choisir
l'école de leurs enfants.
C'est aussi pendant
cette période des
années 1960 que la fièvre nationaliste de plusieurs
mouvements séparatistes voient le jour. Les militants du
mouvement
souverainiste qui défendent l'idée de
l'indépendance
politique du Québec se manifestent sous différentes
formes. La branche la
plus radicale de ce
mouvement est sans doute le Front de Libération du Québec
(FLQ) (cf. Radio Canada:
La naissance du FLQ) qui
prône l’utilisation de la lutte armée comme moyen
d’affirmation et
d’émancipation pour le Québec.
D’obédience
marxiste, il est composé de syndicalistes et d’étudiants
en majorité et se
distingue dès 1963 des souverainistes démocratiques par
des actions violentes contre les possessions
fédérales. Entre
1963 et 1970, le FLQ commet près de 200 crimes violents: des attentats à la bombe, des braquages de banque,
des vols de dynamite...
Dans les années 1970, des milliers de
Québécois se sont engagés dans des
groupes communistes d’orientation marxistes-léninistes pour
défendre un idéal
humanitaire et révolutionnaire. En se penchant sur cet
épisode méconnu de
l'histoire québécoise récente, le sociologue
Jean-Phioppe Warren (2007) tente d’éclaircir dans son livre Ils voulaient changer le monde - Le militantisme
marxiste-léniniste au Québec (2007) l'embrigadement
de jeunes citoyens qui voulaient changer le monde à coups de
citations de Mao
et de Staline.
« Le 13 octobre
2008 marquera le 40e anniversaire d’existence du Parti
québécois. » (Lévesque,
Michel/ Pelletier, Martin (2007) : Le Parti
québécois : bibliographie (1968-2007).
Québec : Bibliothèque de l’Assemblée
Nationale du Québec.http://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/09/948037.pdf
, p. 4) En 1968 est créé
le Parti Québécois avec à sa tête
l’ancien libéral René Lévesque (Laroque 2008; cf.
aussi le livre-hommage de Beaudoin, Louise/
Dorlot, François (2007) : René
Lévesque. Québec : Les Éditions La
Presse.) qui
se dissocie du gouvernement Lesage afin de mieux affirmer ses
idées
indépendantistes. Il dit par
ailleurs
dès 1962 « Je crois, peut être
à tort, que nous n’avons
pas vitalement besoin de vous (le reste du Canada) et
je crois que ce sentiment va grandir parmis les
Canadiens-Français »
(Lacoursière,
Jacques (2002): Une histoire du
Québec. Sillery: Septentrion :168) Le Parti
Québécois regroupe les
différentes
formations politiques qui s’entendent sur une ligne de conduite
souverainiste : le Québec doit obtenir son
indépendance politique tout en
restant économiquement attaché au régime
fédéral. Lévesque défend les idées
d'un mouvement souveraineté-association qui fait de lui un
rebelle ambivalent aspirant à la souveraineté tout en
restant arrimé au Canada.
En 1967 déjà, René
Lévesque publie
son manifeste politique dans lequel il expose l'essentiel de
sa pensée (cf. Le manifeste de
R.L. "Un
pays qu'il faut faire"(2),
1967): "Nous sommes des
Québécois. Cela veut dire d'abord et avant tout, et au
besoin exclusivement, c'est que nous sommes attachés à ce
seul coin du monde où nous puissions être pleinement nous
nous-mêmes, ce Québec qui, nous le sentons bien, est le
seul endroit où il nous est possible d'être vraiment
chez-nous... Jusqu'à récemment, nous avions pu assurer
cette survivance laborieuse grâce à un certain isolement.
Nous étions passablement à l'abri dans une
société rurale, où régnaient une grande
mesure d'unanimité et dont la pauvreté limitées
aussi bien les changements que les aspirations. Nous sommes fils de
cette société dont le cultivateur, notre père ou
notre grand-père, était encore le citoyen central. Nous
sommes aussi les héritiers de cette fantastique aventure que fut
une Amérique d'abord presque entièrement française
et, plus encore, de l'obstination collective qui a permis d'en
conserver vivante cette partie qu'on appelle le Québec... La
seule façon de dissiper ce danger (l'assimilation), c'est
d'affronter cette époque exigeante et galopante et de l'amener
à nous prendre comme nous sommes..." Finalement
Lévesque en vient à la conclusion "que le Québec
doit devenir au plus tôt un État souverain" avec sa langue
et sa culture. Selon Lévesque, la souveraineté du
Québec est cependant indissociable d'une association
économique canadienne. « En
résumé, nous proposons un régime permettant
à nos
deux majorités de s'extraire de cadres fédéraux
archaïques où nos deux
personnalités bien distinctes se paralysent mutuellement
à force de
faire semblant d'en avoir une autre en commun... Un régime dans lequel deux nations, l'une dont
la
patrie serait le Québec, l'autre qui pourrait réarranger
à son gré le
reste du pays, s'associeraient dans une adaptation originale de la
formule courante des marchés communs, formant un ensemble qui
pourrait,
par exemple, et fort précisément, s'appeler l'Union
canadienne.»
Cependant le parti conservateur en place
jusqu’en 1970 poursuit
la politique de
réforme. En avril 1970, le libéral
Robert Bourassa
(1933-1996) arrive au pouvoir avec 72 sièges (contre seulement 7
pour le jeune Parti québécois) et concentre ses efforts
sur une relance
économique
nécessaire du fait de l’inflation qui grimpe dangereusement. Il
réforme
également le secteur de la santé et se distingue du
gouvernement fédéral très
centralisateur. Le gouvernement Bourassa se caractérise par une
volonté de
compromis qui ne satisfait cependant pas les attentes de la population
de plus
en plus attirée par l’opposition souverainiste et
indépendantiste qui s'est fait ressentir déjà au
début des années 1960 et dont la foule en
délire devant le célèbre
« vive le Québec
libre » du général De Gaulle en 1967 à
Montréal est une preuve. Déjà
en 1968 Bourassa fut l'un des principaux
instigateurs de la décision du parti de rejeter les propositions
constitutionnelles de René Lévesque et
immédiatement après son élection comme premier
ministre, il est confronté à la crise d'octobre et aux
revendications du Front de Libération du Québec.
- Explicitez
la phrase symbolique de Jean Lesage « Maîtres chez
nous ».
- Dans
quelle mesure peut-on parler d’un Etat interventionniste ?
- Caractérisez
les différents mouvements séparatistes.
- Que
pensez-vous des méthodes employées par le FLQ ?
- Faites
une petite recherche sur l’orientation marxiste-léniniste dans
les années 70.
- Faites
un petit exposé sur le rôle de Mao et de Staline pendant
la « guerre
froide ».
- Qui
est René Lévesque ?
- Elucidez
les idées du mouvement souveraineté-association.
- Résumez
la pensée politique de René Lévesque après
la lecture des extraits tirés de
son « Manifeste » Un pays qu'il faut faire, 1967.
- Comparez
le « Manifeste de Lévesque » avec le
« Manifeste du Front de
Libération du Québec et le « Rapport
Durham » de 1838.
En Octobre
1970 le Québec connaît la plus grande
crise de son
histoire
(cf. la
crise d'octobre 1970, huit clips sur Radio
Canada) avec l’enlèvement
de James Richard Cross (cf. Radio Canada: L'enlèvement
de J.R. Cross), attaché commercial du
haut commissariat
de la
Grande-Bretagne, par la cellule felquiste, puis du ministre Pierre
Laporte dont le corps est
retrouvé dans le coffre d'une voiture. Cette crise pousse le
Premier ministre québécois, Robert Bourassa,
dépassé par les événements, à faire
appel à son homologue fédéral, Trudeau, qui
réagit de manière démesurée en décrétant la loi des
mesures de guerre et en faisant intervenir l’armée
fédérale pour combattre le FLQ.
L'armée canadienne s'installe à
Montréal pour assurer la
protection des édifices gouvernementaux, et la police
procède à 457 arrestations de citoyens, souvent
innocents, sans avoir de mandat.
Dans le Manisfeste
du Front de Libération du Québec, diffusé
sur les ondes de Radio-Canada le 8
octobre 1970, on peut lire:
«
Le Front de libération du Québec n'est pas le messie, ni
un Robin des
bois des temps modernes. C'est un regroupement de travailleurs
québécois qui sont décidés à tout
mettre en oeuvre pour que le peuple
du Québec prenne définitivement en mains son destin.
Le Front de
libération du Québec veut l'indépendance totale
des Québécois, réunis
dans une société libre et purgée à jamais
de sa clique de requins
voraces, les «big boss» patronneux et leurs valets qui ont
fait du
Québec leur chasse gardée du cheap labor et de
l'exploitation sans
scrupules.
Le Front de libération du Québec n'est pas un mouvement
d'agression, mais la réponse à une agression, celle
organisée par la
haute finance par l'entremise des marionnettes des gouvernements
fédéral et provincial (le show de la Brinks, le bill 63,
la carte
électorale, la taxe dite de «progrès social »
(sic), power corporation,
l'assurance-médecins, les gars de Lapalme).
...
Nous avons cru un moment qu'il
valait la peine de canaliser nos
énergies, nos impatiences comme le dit si bien René
Lévesque, dans le
Parti québécois, mais la victoire libérale montre
bien que ce qu'on
appelle démocratie au Québec n'est en fait et depuis
toujours que la «
democracy » des riches. La victoire du Parti libéral en ce
sens n'est
en fait que la victoire des faiseurs d'élections Simard-Cotroni.
En
conséquence, le parlementarisme britannique, c'est bien fini et
le
Front de libération du Québec ne se laissera jamais
distraire par les
miettes électorales que les capitalistes anglo-saxons lancent
dans la
basse-cour québécoise tous les quatre ans.
Nombre de Québécois ont
compris et ils vont agir. Bourassa dans l'année qui vient va
prendre de
la maturité : 100,000 travailleurs révolutionnaires et
armés!...
Nous en avons soupé, et de
plus en plus de Québécois également, d'un
gouvernement de mitaines qui fait mille et une acrobaties pour charmer
les millionnaires américains en les suppliant de venir investir
au
Québec, la Belle Province où des milliers de milles
carrés de forêts
remplies de gibier et de lacs poissonneux sont la
propriété exclusive
de ces mêmes Seigneurs tout-puissants du XXe siècle; d'un
hypocrite à
la Bourassa qui s'appuie sur les blindés de la Brinks,
véritable
symbole de l'occupation étrangère au Québec, pour
tenir les pauvres
«natives» québécois dans la peur de la
misère et du chômage auxquels
nous sommes tant habitués; de nos impôts que
l'envoyé d'Ottawa au
Québec veut donner aux boss anglophones pour les «inciter
», ma chère,
à parler français, à négocier en
français : repeat after me : «cheap
labor means main-d'oeuvre à bon marché»; des
promesses de travail et de
prospérité, alors que nous serons toujours les serviteurs
assidus et
les lèche-bottes des big-shot, tant qu'il y aura des Westmount,
des
Town of Mount-Royal, des Hampstead, des Outremont, tous ces
véritables
châteaux forts de la haute finance de la rue Saint-Jacques et de
la
Wall Street, tant que nous tous, Québécois, n'aurons pas
chassé par
tous les moyens, y compris la dynamite et les armes, ces big-boss de
l'économie et de la politique, prêts à toutes les
bassesses pour mieux
nous fourrer.
...
Nous vivons dans une société d'esclaves
terrorisés, terrorisés par les grands patrons...
Terrorisés par l'Église capitaliste romaine...
Travailleurs du Québec, commencez dès aujourd'hui
à reprendre ce qui
vous appartient; prenez vous-mêmes ce qui est à vous. Vous
seuls
connaissez vos usines, vos machines, vos hôtels, vos
universités, vos
syndicats; n'attendez pas d'organisation miracle.
....
Il nous faut lutter, non plus un à un, mais en s'unissant,
jusqu'à la
victoire, avec tous les moyens que l'on possède comme l'ont fait
les
Patriotes de 1837-1838 (ceux que Notre sainte mère
l'Église s'est
empressée d'excommunier pour mieux se vendre aux
intérêts
britanniques).
Vive le Québec libre!
Vives les camarades prisonniers politiques!
Vive la révolution québécoise!
Vive le Front de libération du Québec! »
En 1970, le Parti Québécois
recueille 23% des suffrages et 30% en 1973. Le vocabulaire change alors
au
Québec, le terme de « province »
apparaît de moins en moins dans la
sphère publique tandis que nombre d’institutions sont maintenant
qualifiées de
« nationales », archives nationales,
assemblée nationale… L’option
souverainiste semble cependant repousser un certain nombre
d’électeurs. Le
virage « étapiste » est donc donné
dans le parti : le projet de
souveraineté devra être soumis à referendum. Ce
tournant permet au Parti
québécois de gagner les élections de 1976
clôturant ainsi cette période de
prospérité économique, sociale, mais aussi de
montée de l’option politique
souverainiste. C'est la période de
l'affirmation de
l'identité du peuple québécois qui prend son
envol.
Sujets
d'étude:
- Que se
passe-t-il pendant la « crise d’octobre
1970 » ?
- Quelles
mesures le Premier ministre québécois, Bourassa, et son
homologue fédéral,
Trudeau, entreprennent-ils pour gérer la crise ?
- Résumez
les clips sur Radio Canada consacrés à la crise d’octobre
et l’enlèvement de
J.R. Cross.
- Faites
une analyse de style.
- Quelles
sont les idées principales du Manifeste
du Front de Libération du Québec, diffusées sur
les ondes de Radio-Canada le 8 octobre 1970 ?
- Relevez
et analysez les champs lexicaux du « Manifeste ».
- Comment
évolue le terme de « province » au sein du
Parti Québécois ?
Félix Leclerc

L’alouette en colère, 1971
J'ai un fils enragé ;
Qui ne croit ni à dieu
Ni à diable, ni à moi
J'ai un fils écrasé;
Par les temples à finances
Où il ne peut entrer
Et par ceux des paroles
D'où il ne peut sortir
J'ai un fils dépouillé;
Comme le
fût son père
Porteur d'eau, scieur de bois
Locataire et chômeur
Dans son propre pays
Il ne lui reste plus
Qu'la belle vue sur le fleuve
Et sa langue maternelle
Qu’on ne reconnaît pas
J'ai un fils révolté ;
Un fils humilié;
J'ai un fils qui demain
Sera un assassin
Alors moi j'ai eu peur
Et j'ai crié à l'aide
Au secours, quelqu'un
Le gros voisin d'en face
Est accouru armé
grossier, étranger
Pour abattre mon fils
Une bonne fois pour toutes
Et lui casser les reins
Et le dos et la tête
Et le bec, et les ailes
Alouette, ah!
Mon fils est en prison
Et moi je sens en moi
Dans le tréfonds de moi
Malgré moi, malgré moi
Pour la première fois
Malgré moi, malgré moi
Entre la chair et l'os
S'installer la colère
Vidéo
3'14
|
La Chicane :
La grande bataille, 1998
Paroles :
Christian Marin et Serge Thibault
Musique: Alain Villeneuve
C'qui faut retenir de
nos ancêtres d'la rébellion
Qu'y ont pas eu peur de lever les armes, d'aller au front
C'était noir de British tout l'tour de la maison
Seul contre tout un bataillon
En 1837, y avais pas d'mesure de guerre
On arrêtais quand tout le monde était couché par
terre
Tout comme sur les plaines d'Abraham
Y'ont pas eu peur de mettre la chicane dans cabane
Cent ans plus tard ben assis dans nos salons
Duplessis a gagné l'électrification
Pour faire de la lumière sur notre religion
Se servant de l'église pour maintenir sa position
Depuis qu'on publie tout c'que les artistes veulent dire
On oublie vite ceux qui sont venus icitte pour construire
Au nom d'la liberté d'expression
Une image poétique à l'horizon
En '70 le F.L.Q. cogna Laporte
What's happening, dite-moé où est la Cross?
On va te l'dire pour un exil à Cuba
And don't worry vous nous reverrez pas
Cigarette à la main
J'vous demande juste oui ou non
Le people est négatif, O.K. j'men souviendrai
"Et si je vous ai bien compris
Vous êtes en train de dire à la prochaine fois!"
Au nom du People, au fils et du St-Esprit
On se sert de la chanson à l'heure de la raison
Serons-nous à la hauteur de nos ambitions?
La chicane est
pognée, répondez à la question |
Wallot, Jean-Pierre
(2000) : Le Bas-Canada : une
histoire mouvante ; du conservatisme atavique à la
rationalité limitée.
Sainte-Foy, Québec : CIEQ, Centre Interuniversitaire
d'Études Québécoises. Résumé
par Anne-Ségolène Verneret, 2008.
LECLERC,
Jacques:
"La modernisation du
Québec (1960-1981): le
français, langue étatique." Dans:
Histoire du Français au
Québec.
Québec, TLFQ, Université Laval,
[ http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/francophonie/HISTfrQC_s4_Modernisation.htm
], (17.
fébrier
2006).
Le parti québécois: (1) - Manifeste du
FLQ: (1)
; (2),
le manifeste diffusé
sur les ondes de Radio-Canada le 8
octobre 1970
Projets
pédagogiques liés au dossier Octobre 70 : le
Québec en crise
Site historique du Front
de Libération du Québec
4.4.
Les lois linguistiques et les deux
référendums (1976-1995)
Le référendum de 1980 (vidéo
02:08)
Le
référendum de 1995 (vidéo
02:16) (03:18);
(04:28)
Lévesque,
Michel/ Pelletier, Martin (2005) : Les
référendums au Québec : bibliographie.
Québec, : Bibliothèque
de l’Assemblée nationale
du Québec. 82 p. http://www.assnat.qc.ca/fra/Bibliotheque/publications/thematiques/btHs.pdf
En 1976,
René Lévesque est élu à la tête du
Parti québécois. Déjà dans les
publicités électorales des années 1970
Lévesque avait expliqué clairement les
raisons d'établir la souveraineté et
désamorcé les
craintes suscitées par ce
projet. Il est le vulgarisateur des problèmes relatifs aux
dédoublements de
compétences entre les deux paliers de gouvernement et il
décrit le Canada comme
« un pays de fous où on est en train de tout
dédoubler... C'est un pays où on
ne sera jamais autre chose qu'un appendice. » Il donne une
définition imagée de
la souveraineté, celle-ci signifiant: « un gouvernement
à nous, normal,
moderne, complet au lieu de deux morceaux... » (Monière
1998 :76). Aux
élections de 1973 Lévesque se focalise sur « la
récupération du pouvoir de
taxation et la possibilité de travailler en français
». De plus il tente de
rassurer les électeurs quant aux conséquences
économiques de la souveraineté.
La campagne électorale de 1976 a été
préparée bien en amont et Lévesque
qui incarne la solution du Québec se sert de deux
émissions télévisées pour
vendre l'indépendance et ses modalités d'application en
stimulant la fierté
d'être Québécois, en calmant les peurs et en
démontrant les avantages de
l'indépendance (Monière 1998 :77).
L’apologie de la prise de
conscience de la légitimité
culturelle du peuple québécois se traduit par les
revendications en faveur de
la défense de la langue québécoise, seule garante
de l’unicité d’une société
multiethnique. C’est par
toute une série de lois linguistiques que le parti
québécois, souverainiste,
nationaliste et indépendantiste, essaie de faire face à
l’anglicisation et à
l’assimilation linguistique en redonnant
définitivement au français sa prééminence
grâce à un arsenal législatif amorcé
déjà en 1969. La loi 63 promeut la langue
française au Québec en instituant
l'enseignement obligatoire du français, langue d'usage, dans le
réseau scolaire
anglophone, et en 1974, la loi 22 sur la langue officielle impose
l'usage du
français dans l'affichage public et oblige les entreprises qui
veulent traiter
avec l'État à appliquer des programmes de francisation.
Après sa
victoire électorale René Lévesque fait
promulguer en 1977 la loi 101 dite aussi Charte
de la langue française qui d'un seul coup exige que le
français soit la
langue officielle de l'administration, des cours de justice aussi bien
que du
commerce et de l'enseignement. Ainsi la loi 101 amorce un vaste
programme de
francisation sur les lieux de travail et dans les institutions
publiques. De
plus, le français est obligatoire pour les immigrants.
Les seuls à pouvoir
fréquenter l’école anglaise sont les
Québécois de
vieille souche qui ont reçu leur enseignement primaire dans une
école anglaise.
Dans tous les autres cas le français est de rigueur
jusqu’à l’université.
Avec cette loi, le Québec veut
défendre sa
culture et sa langue et combattre l’oppression linguistique. Cette loi
accorde
clairement la priorité au français, bien
qu’officiellement le Canada soit un
pays bilingue.
Charte de la langue
française (1977, chap. 5) :
- impose l'usage exclusif du
français dans l'affichage public et la publicité
commerciale; (langue de l'affichage commercial)
- étend les programmes de
francisation à toutes les entreprises employant cinquante
personnes ou plus; (langue du travail)
- restreint l'accès à
l'école anglaise aux seuls enfants dont l'un des parents a
reçu son enseignement primaire en anglais au Québec;
(langue de l'enseignement)
- seule la version française des
lois est officielle (langue de la législation et de la justice)
Cette loi devient le fer de lance d’un nationalisme
croissant. Le chanteur Félix Leclerc écrit à
propos de la Charte : « La loi 101
criait aux deux Amériques ce qu’on
leur cachait depuis des siècles, qu’une Nouvelle-France existait
à leur porte.
La Loi 101 disait à l’univers que les Québécois
étaient l'un des peuples
fondateurs du Canada. » (Klaus 1993 : 40)
Toutefois cette primauté
donnée à la langue majoritaire et officielle a
donné lieu à plusieurs reprises à quelques actions
en justice de la part
d’anglophones mécontents déclarant que la «loi
101» soulignait leur «
infériorité » vis-à-vis des
Québécois et qu’elle était inconstitutionnelle.
Selon
la Charte les seuls enfants à pouvoir fréquenter
l’école anglaise étaient les
enfants dont un des parents québécois avait reçu
son enseignement primaire dans
une école anglaise. Dans tous les autres cas le français
était de rigueur
jusqu’à l’université. De la même manière,
certains immigrants ont critiqué cette
politique d'assimilation forcée à la culture francophone
du Québec. Effectivement cette loi
reste inconstitutionnelle
(déclaration de la Cour suprême du Canada en 1988) parce
que le Canada est un
pays officiellement bilingue.
Les différentes
revendications ont été prises en compte par plusieurs
lois
qui sont désormais entrées en vigueur :
En 1982 la Charte a
été modifiée par la Loi constitutionnelle
fédérale qui y
a introduit le critère d’une « majorité des
études » primaires qui ont dû être
effectuées en anglais pour avoir accès à
l’école anglaise. Le gouvernement
fédéral s’est ainsi ingéré dans le domaine
de l’éducation et a affaibli le cœur
de la loi 101. Dorénavant, un individu qui a suivi la majeure
partie de son
enseignement en anglais dans une autre province que le Québec
peut fréquenter
l’école anglaise publique au Québec. Il devient ainsi
possible de contourner
les mesures scolaires de la loi 101 par un séjour dans une autre
province.
Le 15 décembre 1988, le
gouvernement libéral du Québec dépose le projet de
loi 178, une loi visant à amender la « loi 101 ». La
Cour suprême conclut que
l'interdiction de toute autre langue que le français dans
l'affichage public et
la publicité commerciale va à l'encontre de la
liberté d'expression et déclare
nulles les dispositions de la « loi 101 » portant sur
l'affichage unilingue
dans les commerces et dans la publicité. Elle permet
dorénavant l’affichage
bilingue à l’intérieur des commerces à condition
que le français ait une nette
prédominance. Cependant l’usage exclusif du français dans
l’affichage extérieur
est maintenu.
La « loi 86 » votée en 1993
permet finalement
d’afficher en deux langues (anglais et français) à
l’extérieur comme à
l’intérieur. Les deux langues ont par exemple le droit de
figurer sur les
panneaux de signalisation routière, mais la primauté du
français doit être symbolisée
par une différence de police, le français devant bien
évidemment figurer en
plus gros caractères.
En août 2007 le
Québec a fêté le 30ème
anniversaire de la Charte
de la langue française qui est devenu un mythe pour les enfants
de la loi 101, d’autant plus qu’ils n’en ont
plus aucune connaissance réelle. La Charte est en effet beaucoup
moins présente
dans les discussions actuelles. Dans son livre « L’embarras
des
langues » (2007) Jean-Claude Corbeil, ancien directeur de
l’Office de la
langue française, dresse une vue d’ensemble sur la question
linguistique au
Québec en retraçant les origines, la conception et
l’évolution de la politique
langagière à partir de la Conquête (1760) jusqu’aux
gains et points faibles du
dispositif actuel. Il démontre que
la
Charte de la langue française n’est qu’un volet
législatif de la politique
linguistique et qu’il faut tenir compte des éléments
stratégiques pour l'avenir
de la langue française au Québec, à savoir la
politique d'immigration et
d’enseignement du français aux enfants et aux adolescents et
l’engagement de
chaque citoyen envers la défense et l’illustration de la langue
française.
Qu’est-ce qui doit être
entrepris pour que la langue française ne recule
pas une fois encore devant la pression de la langue anglaise ?
Comment, de
nouveau, nous convaincre tous ensemble que la langue française
n’est pas une
langue de seconde zone, tout juste utile à communiquer entre
membres de la tribu ? Quel modèle
linguistique
faut-il proposer aux anglophones, aux allophones et aux immigrants
quand ils
arrivent au Québec ? Ces questions sont cruciales d’autant
plus que le
Québec reste une terre d’accueil, mais n’est pas libre d’imposer
le français
comme langue officielle parce que le gouvernement fédéral
définit clairement
les limites de la loi 101 qui serait discriminatoire en empêchant
les enfants
d’apprendre l’anglais et en imposant aux nouveaux arrivants de
fréquenter
l’école en français.
L’extrait de l’article La loi 101 de
nouveau devant la Cour suprême rédigé par
Jean-Claude Corbeil et publié
dans le journal Le devoir, samedi
25 et dimanche 26 août 2007, illustre le débat actuel
autour de l’éternel conflit linguistique :
En août 2007
« la Cour d'appel du Québec a invalidé la
disposition de
la Charte de la langue française dont l'objet est de bloquer le
subterfuge des
parents mécontents de ne pouvoir envoyer leurs enfants à
l'école publique de
langue anglaise et qui, pour y arriver, inscrivaient d'abord leurs
petits en
première année dans une école privée de
langue anglaise non subventionnée;
l'année suivante, ils demandaient ensuite leur admission dans
les écoles
publiques anglaises en invoquant que cet enseignement constituait pour
leurs
rejetons la majeure partie de l'enseignement primaire reçu au
Canada,
conformément à la loi actuelle.
C'était, ni plus, ni
moins, pour les parents qui pouvaient s'en permettre
le luxe, acheter pour leurs enfants
le droit de fréquenter l'école anglaise. […] De plus,
Brent Tyler, l'avocat des
parents mécontents et l'éternel opposant à la
Charte de la langue française,
déclarait jeudi dernier, sur les ondes de Radio Canada, que son
objectif ultime
était le retour au libre choix de la langue d'enseignement
accordé aux parents
pour leurs enfants, indépendamment de la langue parlée
à la maison. Ni plus, ni
moins, en somme, que le retour à la loi 63 de 1969 (…)
Catastrophe pour le
français !
Or, il faut rappeler les conséquences
catastrophiques pour la langue
française qu'avait eues, les années suivantes, le libre
choix de la langue
d'enseignement sur la fréquentation des écoles par les
enfants francophones et
allophones. Les effectifs de l'école de langue française
avaient constamment
diminué au profit de l'école de langue anglaise.
Des années scolaires 1969-70 à 1973-74, des parents
francophones envoyaient
leurs enfants à l'école anglaise, peu les
premières années, de plus en plus
chaque année suivante, jusqu'au frein de la loi 22 en 1974.
Cette tendance
était plus marquée à Montréal qu'ailleurs
au Québec. Chez les allophones,
c'était 86,3 % des enfants qui fréquentaient
l'école de langue anglaise dans
l'ensemble du Québec, soit 90,3 % à Montréal et
51,7 % ailleurs au Québec.
L'école française n'accueillait donc qu'une très
faible proportion des enfants
non francophones, alors que l'école de langue anglaise devenait
de plus en plus
hétérogène du point de vue de la langue maternelle
des enfants puisque 30 % de
ses élèves étaient non anglophones, dont le tiers
de langue maternelle
française.(...)
Dans notre monde qui rapetisse de
jour en jour, le multilinguisme
individuel, de tout temps un avantage, devient de plus en plus une
nécessité.
L'amélioration de l'enseignement d'une autre langue que le
français est une
nécessité pour le Québec et ne doit pas être
considérée comme une entrave à la
francisation.
Nous en sommes là aujourd'hui, à devoir considérer
la langue anglaise comme une
ouverture sur le monde et sur une culture, mais sans pour autant
risquer de
compromettre le statut de la langue française comme langue
officielle, langue
commune du Québec, langue de travail, du commerce et des
affaires, langue
d'intégration des immigrants anciens et
récents. »
Bien que le Québec soit
reconnu comme « société distincte »
par
la constitution, le gouvernement canadien se refuse de
reconnaître la
« nation québécoise » et d’accorder
la primauté à la langue française
malgré les efforts des indépendantistes. L’idée
d’une nation francophone en
Amérique du Nord s’oppose à la réalité de
la constitution et d’une
confédération officiellement bilingue. Pour que le
Québec soit libre
d’appliquer la loi 101 sur son territoire, il faudrait rouvrir la
Constitution
et l’amender. Mais le gouvernement actuel de M. Charest n’est pas
prêt à
débattre à nouveau des changements constitutionnels.
Malgré les modifications apportées à la loi 101,
celle-ci a soudé et dynamisé les communautés
francophones dans leur conscience
nationale et linguistique. Au début des années soixante
l’anglais dominait dans
les grands magasins et sur les murs des villes dont la population
parlait à 85%
français. Quarante ans plus tard le français est
omniprésent et s’affiche dans
94% des vitrines. Le débat entourant la politique linguistique
n'est toutefois
pas clos.
Sujets d’étude :
- Quelle est la
situation linguistique au
Québec ? Décrivez-la très brièvement.
- A quelle date René
Lévesque a-t-il été élu
à la tête du parti québécois ?
- Quel
objectif a-t-il poursuivi ?
- Décrivez
les mesures législatives
entreprises pour redonner la prééminence à la
langue québécoise: a)
1969, la loi 93; b) 1974, la loi 22; c) 1977, la loi 101.
- Qu’a
permis la Charte de la langue française ?
- Quelle
a été la réaction des anglophones et des
immigrés face à la loi 101?
- Étudiez
le rapport entre la loi 101 et le mouvement nationaliste au
Québec.
- Commentez
la citation de Félix Leclerc.
- Pourquoi
la loi 101 est-elle inconstitutionnelle ?
- Qui
sont les personnes ayant encore le droit de fréquenter
l’école anglaise ?
- Qui sont
les Québécois dit « de
vieille souche » ?
- La
loi a suscité des conflits entre anglophones et francophones.
Citez les
arguments des anglophones.
- Dans
quelle mesure les revendications des anglophones ont-elles
été prises en
compte ?
Comme promis, Lévesque tient un
référendum sur la souveraineté du Québec
(1980). Il utilise une approche
modérée et souhaite négocier avec le Canada une
entente de « souveraineté-association ».
Cette volonté de compromis est bien montrée par l'extrait
suivant de la
question posée aux Québécois lors de ce
référendum : cette entente permettrait au
Québec d'acquérir le pouvoir exclusif de
faire ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses
relations extérieures,
ce qui est la souveraineté, et, en même temps, de
maintenir avec le Canada une
association économique comportant l’utilisation de la même.
Cette nature
même de compromis a d'ailleurs selon certains contribué
à la victoire du non.
Ce concept de « souveraineté-association »
est développé par Lévesque
dans son livre La nouvelle entente
Québec-Canada. Il y présente les différentes
mesures qui donneraient plus
de poids au Québec sans toutefois le séparer
complètement du Canada. Le Canada
et le Québec conserveraient ainsi un système
monétaire et un tarif douanier
communs ainsi qu'une zone commune de libre-échange. La libre
circulation des
biens et des personnes seraient également appliquée entre
le Canada et le
Québec. Pour résoudre les litiges serait
créé un conseil mixte composé de
Québécois et de Canadiens à part égale. Les
Québécois acquièrent ainsi
l'indépendance politique mais conservent les avantages
économiques de l'union
fédérale.
Les forces
fédéralistes, avec le premier ministre Trudeau à
leur tête,
multiplient les menaces souvent fantaisistes, comme par exemple
« vous
perdrez vos chèques de pension », et Trudeau promet
une réforme du Canada. Finalement,
les Québécois choisissent de
voter non à 60%.

« Le Gouvernement du
Québec a fait connaitre sa proposition d’en
arriver, avec le reste du Canada, a une nouvelle entente, fondé
sur le principe
de l’égalité des peuples.
Cette entente permettra au Québec
d’acquérir le pouvoir exclusif de faire
ses lois, de percevoir ses impôts et d’établir ses
relations extérieures, ce
qui est la souveraineté – et, en même temps, de maintenir
avec le Canada une
association économique comportant l’utilisation de la même
monnaie.
Aucun changement de statut politique
résultant de ces négociations ne sera
réalisé sans l’accord de la population lors d’un autre
référendum.
En conséquence, accordez-vous au
gouvernement du Québec le mandat de
négocier l’entente proposée entre le Québec et le
Canada ? »
(Lévesque 2005 :14)
Le Parti Québécois reprend le
pouvoir et tient un second référendum sur la
souveraineté en 1995. Les Québécois doivent alors
répondre à la question
suivante : « Acceptez-vous que le
Québec devienne souverain, après avoir offert
formellement au Canada un nouveau
partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de
loi sur
l'avenir du Québec et de l'entente signée le 12 juin
1995?» (Lévesque
2005 :50) Une des personnalités les plus charismatiques
ayant mené
campagne pour le OUI est Lucien Bouchard, leader du Bloc
québécois, parti
souverainiste. Il soutient l'idée d'association
développée et défendue
précédemment par Lévesque. En 1996, Bouchard
devient chef du Parti Québécois
puis Premier ministre du Québec.
Le résultat
du vote est la
victoire du NON à 50,6%. La marge est microscopique et ne
représente en fait,
une victoire pour personne. Malgré ses promesses de
réforme et de
reconnaissance du Québec, le premier ministre canadien Jean
Chrétien ne fait
strictement rien pour réparer la situation et refuse de
reconnaître les
Québécois comme peuple, ou même comme entité
distincte. La stratégie de
Chrétien est plutôt de demander à la Cour
suprême de se prononcer sur la
légalité d'une déclaration unilatérale
d'indépendance du Québec. Il nie même
l'existence d'une culture proprement québécoise.
Chrétien fait même passer la
loi sur la clarté référendaire, juste après
le référendum. Par celle-ci il
entérine le refus de la reconnaissance d'une déclaration
unilatérale
d'indépendance du Québec, à moins qu'une
« majorité claire » se
prononce pour celle-ci, cette expression n'étant pas clairement
définie.
De plus, on apprend que le
gouvernement fédéral a organisé plusieurs
opérations frauduleuses, dont une opération
citoyenneté menée juste avant le
référendum. En effet, des groupes lobbyistes se sont
créés pour soutenir la
cause fédéraliste. Des illégalités
financières ont également été
relevées. En
effet le Comité pour le OUI et celui pour le NON avaient chacun
droit à un
budget de 5 millions de dollars canadiens et le Comité pour le
NON en a utilisé
30 millions. De plus, beaucoup de bulletins ont été
annulés lors du
dépouillement. Après une enquête les
irrégularités ont été jugées
isolées. La
polémique reste pourtant largement ouverte. Tout cela montre
l'énorme intérêt
des Québécois pour la question. Cela se voit à
travers l'immense participation
au référendum et également par le succès du
« Rassemblement pour
l'unité » du 27 octobre. Les
fédéralistes se sont alors réunis place du
Canada à Montréal dans une grande manifestation.
Un autre problème a
été soulevé lors de la campagne
référendaire, celui des
minorités québécoises. En effet, certains peuples
tels les Cris veulent rester
dans le Canada et ne sont pas solidaires de la cause francophone.
Pourtant, la participation a
été telle et la victoire du NON si mince que
le gouvernement canadien est désormais obligé de tenir
compte de la réalité
québécoise.
Sujets
d'études:
- Faire une
petite
recherche sur René Lévesque.
- Qu'est-ce
qu'un « vulgarisateur » ?
- Que suppose
un
« dédoublement de compétences » ?
- Qu'est-ce
que la
« souveraineté-association » ?
- En quoi
est-ce un
compromis ?
- Présenter
Lucien Bouchard.
- Comment
peut-on
qualifier la victoire du NON au référendum de 1995 ?
- Qu'est-ce
que la loi
sur la clarté référendaire ?
- Quels ont
été les
problèmes et déviances constatés lors du
référendum de 1995?
- Quelles
sont les
conséquences des deux référendums ?
« Au
cours de son histoire, le Parti québécois a
participé à trois
référendums dont deux, ceux du 20 mai 1980 et du 30
octobre 1995, à titre de
responsable de l’option du Oui et un, celui du 26 octobre 1992, en tant
que
responsable du camp du Non. Les deux premiers n’ont pas permis de
recueillir
une majorité des voix en faveur de l’option proposée (un
mandat de négocier la
souveraineté-association en mai 1980 et le mandat de
réaliser la souveraineté
après des négociations avec le reste du Canada en octobre
1995) tandis que le
troisième a été remporté par l’option du
Non refusant ainsi la proposition de
réforme constitutionnelle (l’entente de Charlottetown)
initiée par le
gouvernement conservateur canadien alors dirigé par Brian
Mulroney ; entente
qui avait été entérinée par l’ensemble des
premiers ministres provinciaux.(...)
Au cours de son histoire, le Parti québécois a
dirigé les destinées du Québec
pendant près de 18 ans soit de novembre 1976 à
décembre 1985 et de septembre
1994 à avril 2003. »
(Lévesque, Michel/ Pelletier,
Martin
(2007) : Le Parti québécois :
bibliographie (1968-2007).
Québec : Bibliothèque de l’Assemblée
Nationale du Québec.http://www.bibliotheque.assnat.qc.ca/01/mono/2007/09/948037.pdf
, présentation, p. ii-iii)
Il
est à espérer que l'histoire de la chanson de Pauline
Julien ne devienne pas dans un proche avenir une réalité.
Pauline Julien - Mommy (1971)
Mommy
mommy, I love you dearly
Please tell me how in french
My friends used to call me ?
Paule, Lise, Pierre, Jacques ou Louise
Groulx, Papineau, Gauthier
Fortin, Robichaud, Charbonneau
Mommy mommy, how come it’s not the same
Oh mommy mommy, what happened to my name
Oh mommy, tell me why it’s too late, too late
Much too late |
Mommy
mommy, I love you dearly
Please tell me where we used to live in this country
Trois-Rivières, St-Marc, Grand-Mère
Gaspé, Dolbeau, Berthier
St-Paul, Tadoussac Gatineau
Mommy mommy, how come it’s not the same
Oh mommy mommy, there’s so much in a name
Oh mommy, tell me why it’s too late, too late
Much too late
Mommy mommy, I love you dearly
Please sing the song you sang when I was a baby
Fait do-do, cola mon p’tit frère
Fait dodo, mon p’tit frère fait do-do tu auras de l’eau |
Mommy
mommy, I remember the song
Oh mommy mommy something seems to be wrong
Oh mommy, tell me why it’s too late, too late
Much too late
Mommy mommy, I love you dearly
Please tell me once again that beautiful story
Un jour, ils partirent de France
Bâtir ici quelques villages, une ville, un pays
Mommy mommy, how come we lost the game
Oh mommy mommy, are you the one to blame
Oh mommy, tell me why it’s too late, too late
Much too late
|
Paroles:
Gilles Richer et Marc Gélinas (1971)
Interprètes originaux: Dominique Michel et Marc Gélinas -
Album : Tiens-toi bien après les oreilles à papa (1971)
Musique: Marc Gélinas
Tous droits réservés © 1975/1982/1993/1996
Pauline Julien
5.2.
Développements
actuels
Par
rapport au
reste du Canada,
le
Québec du dernier demi-siècle a accompli un
rattrapage
économique spectaculaire qui s'est traduit par un essor sans précédent (Facal, Joseph/ Bouchard, Lucien (et.al.)
(2005) : Pour un Québec lucide.
PDF)
- « en
1961, le revenu annuel moyen des Québécois francophones
équivalait aux deux
tiers seulement de celui des Québécois anglophones;
aujourd'hui on est tout
près de la parité de revenu entre les deux groupes
linguistiques;
- à
l'époque, un jeune Québécois de 25 ans avait
fréquenté l'école pendant 9 ans,
contre 11 ans pour un jeune Ontarien; aujourd'hui, le jeune
Québécois a fait 15
ans de scolarité, autant que l'ontarien;
- au
chapitre du taux de chômage, l'Ontario ne devance plus le
Québec que par 0,4
point (6,8% vs 6,2%), alors que l'écart atteignait presque 5
points aussi
récemment qu’en 1989. » (Facal 2005 :2)
À
l'heure actuelle l'avenir du Québec reste cependant
menacé par le déclin
démographique le plus rapide des pays industrialisés
à l'exception du Japon,
par la concurrence mondiale de la part des pays asiatiques, au premier
chef de
la Chine et de l'Inde, puis des pays latino-américains, et par
l'endettement
public. Actuellement le Québec consacre 16% de ses
dépenses au service de la
dette, c'est-à-dire 7 milliards par année. Si le
gouvernement ne parvient pas à
diminuer ce fardeau, la précarité financière
s'aggravera brusquement dès que
les taux d'intérêt augmenteront. Avec une dette de 120
milliards, chaque
augmentation d'un point des taux ajoutera, à terme, 1,2 milliard
au service de
la dette. L'allégement du fardeau de la dette publique doit
alors devenir une
priorité.
Par ailleurs
le déclin démographique a aussi des répercussions
sur le nombre
des francophones (et anglophones) qui est en recul, alors que le nombre
des
allophones (personnes parlant une langue maternelle tierce) est en
progression.
Dans la région de Montréal 40% des habitants ne
sont ni de souche
française ni de souche britannique. Montréal concentre
à elle seule 88% de
l'ensemble de la population immigrée du Québec et compose
une fascinante
mosaïque humaine. C'est dire l'importance que prennent ces
nouveaux électeurs
lorsqu'un scrutin se joue à quelques milliers de voix
près, comme ce fut le cas
lors du dernier référendum indépendantiste de 1995.
Le danger ne se présente pas sous forme
de précipice, mais de longue pente
descendante qui pourrait se terminer par une glissade inexorable.
« Selon
les projections de l'Institut de la statistique du Québec, le
Québec comptera
7,8 millions d'habitants en 2050, à peine 300 000 personnes de
plus
qu'aujourd'hui. Aussi tôt qu’en 2012, il y aura de moins en moins
de gens en
âge de travailler, de moins en moins de jeunes et de plus en plus
de personnes
âgées. (…) Dans 40 ans, les 7,8 millions de
Québécois seront entourés par
près de 1,2 milliards de personnes, parlant pour la plupart
anglais et/ou
espagnol » (Facal 2005 :4) et devront faire face aussi
à une
concurrence inédite venant des pays
asiatiques. L'entrée de plus d'un
milliard de nouveaux travailleurs dans le circuit de l'économie
mondiale ne
peut être ignorée de personne. « Depuis 2000,
la production manufacturière
a augmenté de 50% en Asie, tandis qu'elle stagne au Canada. Au
cours des deux
dernières années, le niveau d'emploi dans l'industrie
québécoise de fabrication
de vêtement a diminuée de 40%. (…) Que
fabriquerons-nous mieux que les
Chinois et les Indiens dans 10 ou 20 ans ? » (Facal
2005 :4)
Pour demeurer une
société
distincte il faudra alors que le Québec continue à se
développer économiquement et socialement et qu'il ouvre
les vannes de
l'énergie, de l'originalité et de la
créativité afin d'assurer le mieux-être de
ses citoyens. Quels sont les arguments en faveur d’un 3ème
référendum sur le Québec libre ? Quelles sont
les idées sur lesquelles les
souverainistes doivent réfléchir pour se
réconcilier avec leur projet ?
Voilà les questions auxquelles Michel Venne (2002) essaie de
répondre dans son
livre « Souverainistes, que faire ? » paru chez
vlb éditeur, Québec,
2002 (cf. quelques extraits
en format word). Selon
l’auteur,
ce sont sept clés qui
définiront le nouveau modèle
québécois : « La liberté, la
responsabilité, l’identité, la citoyenneté, la
solidarité, la démocratie et la
confiance. » (cf. p.11 et chapitre III, les sept clés
de la souveraineté,
p : 63 sqq.). Cependant, la population ne semble pas vouloir se
prononcer
sur la tenue d’un nouveau référendum à court terme
afin de ne pas replonger le
Québec à nouveau dans une phase existentielle.
Pour avoir des renseignements plus approfondis sur
l'actualité du
Québec nous vous renvoyons à l'ouvrage de Michel Venne et
de Miriam Fahmy,
intitulé L'annuaire du Québec 2008, qui
présente les chiffres
actuels sur la démographie, l'emploi et l'économie
québécoises ainsi que la
chronologie des grands événements de l’année 2007
et un grand dossier sur les
résultats des élections québécoises de
2007. Dans un autre livre qui vient de
paraître en 2008, Lettres sur l'avenir du Québec,
Joseph Facal et André
Pratte publient une passionnante correspondance sur la question de la
souveraineté du Québec. Tels deux preux chevaliers, Pratt
et Facal s'affrontent
à visière levée pour défendre chacun sa
position. Ainsi ils exposent tous les
aspects de la question: que ce soit les avantages symboliques du statut
de
minorité, la prospérité actuelle ou à
venir, la croissance démographique ou
l'intégration des immigrants, ou encore des thèmes plus
terre à terre, comme
les modalités de l'accession à l'indépendance ou
l'intégrité du territoire
québécois. Ce salutaire exercice d’analyse permettra au
lecteur d’éclaircir
ses propres convictions. Et pour terminer nous vous conseillons le
livre de
Laurence Nadeau (2008) S’installer et travailler au Québec
2008-2009 qui
contient les informations utiles pour tous ceux qui souhaitent
s'installer au
Québec pour des raisons professionnelles : présentation
historique et pratique
de la province, les formalités de départ et
administratives sur place, les
logements, l'intégration, les finances, le travail au
Québec, les secteurs
porteurs, la recherche d'emploi ou la création d'entreprise.
Nous vous
souhaitons bonne chance et bon travail!
Pour aller plus loin:
LECLERC, Jacques:
"Réorganisations
et nouvelles stratégies:
de 1982 à nos jours." Dans:
Histoire
du Français au Québec. Québec, TLFQ,
Université Laval,
[ http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/francophonie/HISTfrQC_s5_Reorientations.htm
], (17.
fébrier
2006).
(Venne, Michel/ Fahmy, Miriam
(dir.)
(2008) :
L’annuaire du Québec 2008). Montréal:
Fides;
Facal,
Joseph/ Pratte, André (2008): Lettres sur
l'avenir du Québec. Montréal : Boréal; Gagnon, Alain-G./
Iacovino, Raffaele (2008) : De la
nation à la multination. Les rapports Québec-Canada.
Montréal :Éditions Boréal; Bock-Côté,
Mathieu (2007) : La
dénationalisation tranquille. Montréal :
Éditions Boréal; Boulet,
Gérard/
Payette, Jean-François (2007) : Le
nationalisme repensé. Essai d’ontologie critique.
Presses de l’Université
du Québec ; Chréstien, Jean (2007) : Passion politique. Montréal : Éditions
Boréal.)
Les cowboys
fringants - En berne
Paroles et musique: Jean-François Pauzé
Albums: Break syndical, 2003
Vidéo
4'31
I
Chu né "dins" années soixante-dix
Dans un
Québec en plein changement
Où
l'emblème de la fleur de lys
Donnait
un peu d'espoir aux gens
Mais
quand je r'garde ça aujourd'hui
Chu donc
pas fier de ma patrie
Ça
dort au gaz dins bungalows
Le cul
assis su'l statut quo
En
s'gavant de téléromans
Et des
talks-shows les plus stupides
Se
laissant mourir su'l divan
Avec leur
petit air candide
Dans ce
royaume de la poutine
On
s'complait dans' médocrité
Bien
satisfaits de notre routine
Et du
bonheur pré-fabriqué
"Prendrais-tu
un p'tit gratteux?"
Me dit
l'caissier au dépanneur
"Enweye
le gros, sors ton p'tit deux
Être
millionnaire c'est le bonheur"
Y's'met
à rêver le samedi
Qu'y va
p't'être quitter son taudis
Espère
toujours maudit moron
T'as une
chance sur quatorze millions
Dans
l'stationnement du casino
Un gars
s'tire une balle dans la tête
Ayant
tout "flobé" son magot
Y'avait
pu trop l'coeur à la fête |
II
Mais l'gouvernement s'en balance
Y's'nourrit
à même les gamblers
En
exploitant leur dépendance
Un peu
comme le f'rait un pusher
Si c'est
ça l'Québec moderne
Ben moi
j'mets mon drapeau en berne
Et
j'emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent!
Si tu
rêves d'avoir un pays
Ben moi
j'te dis qu't'es mal parti
T'as ben
plus de chances de gagner à' loterie...
On a
été pendant des années
Un petit
peuple de yes-man
Qui
marchait les fesses serrées
Quand
arrivait le foreman
Aujourd'hui
ça' un peu changé
Les gars
sont tous syndiqués
Ça
jase trois-quatre autour d'une pelle
En
r'gardant le plus jeune faire du zèle
Mais
faudrait pas s'réjouir trop vite
On est
encore des porteurs d'eau
À
la solde des gens de l'élite
Et des
pleins d'marde en tuxedo
Quand
l'boss d'une grosse corporation
Ferme son
usine en Gaspésie
'Te
d'mandera pas ton opinion
Y' va
t'slaquer sans t'dire merci!
Un
robineux quête dans la rue
Au pied
d'un grand building en verre
Y va
passer inaperçu
À
la sortie des actionnaires
C'qui
compte pour eux c'est les revenus
Et non
les problèmes de la terre
"C'pas
d'ma faute si t'es un trou d'cul
Moi
l'important c'est que j'prospère"
Et
l'premier-ministre fait semblant
Qui s'en
fait pour les pauvres gens
Alors
qu'on sait qu'y est au service
Des
fortunés et d'leurs business
|
III
L'environnement, la pauvreté
Ç'pas
des sujets prioritaires
On
n'entend pas beaucoup parler
Derrière
les portes des ministères
Si c'est
ça l'Québec moderne
Ben moi
j'mets mon drapeau en berne
Et
j'emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent!
Si t'es
content de ce pays
Ben
ça mon homme c'est ton avis
Tu dois
être le PDG d'une compagnie
Quand on
apprend que dans le nord
Y's'passe
de quoi d'pas catholique
Que nos
forêts sont mises à mort
Ça
jase dans l'opinion publique
Deux
s'maines et ça sombre dans l'oubli
L'histoire
est morte et enterrée
Et dans
le parc d'la Vérendrye
Ils
continuent à tout raser
C'est
ça l'problème de ma patrie
Y'a pas
personne pour s'indigner
Contre la
fausse démocratie
Qui sert
les riches et les banquiers
Dans
cette contrée peuplée d'ignares
'Faut pas
trop s'rappeler d'son histoire
Ici y'a
juste les plaques de char
Qu'y ont
encore un ti-peu d'mémoire...
Si c'est
ça l'Québec moderne
Ben moi
j'mets mon drapeau en berne
Et
j'emmerde tous les bouffons qui nous gouvernent!
Si c'est
ça qu't'appelles une nation
Probable
que tu sois assez con
T'es
mûr pour te présenter aux élections...
Si c'est
ça l'Québec moderne
Ben moi
j'mets mon drapeau en berne
Si c'est
ça l'Québec moderne
Ben moi
j'mets mon drapeau en berne |
Mes
Aïeux 
Dégénération,
2004
Album: En famille
Ton
arrière-arrière-grand-père il a
défriché la terre
Ton arrière-grand-père il a labouré la terre
Et pis ton grand-père a rentabilisé la terre
Pis ton père il l'a vendue, pour devenir fonctionnaire
Et pis toi mon p'tit gars tu sais pus c'que tu vas faire
Dans ton p'tit trois et d'mie, ben trop cher fret en hiver
Il te vient des envies de dev'nir propriétaire
Et tu rêves la nuit d'avoir ton petit lopin d'terre.
Ton arrière-arrière-grand-mère elle a eu quatorze
enfants
Ton arrière-grand-mère en a eu quasiment autant
Et pis ta grand-mère en a eu trois c'tait suffisant
Pis ta mère en voulait pas, toi t'étais un accident
Et puis toi, ma p'tite fille, tu changes de partenaire tout l'temps
Quand tu fais des conn'ries, tu t'en sors en avortant
Mais y a des matins, tu te réveilles en pleurant
Quand tu rêves la nuit, d'une grand' table entourée
d'enfants |
Ton
arrière-arrière-grand-père a vécu la grosse
misère
Ton arrière-grand-père il ramassait les cennes noires
Et pis ton grand-père, miracle, y est devenu millionnaire
Ton père en a hérité il a tout' mis dans ses REER
Et pis toi p'tite jeunesse tu dois ton cul au ministère
Pas moyen d'avoir un prêt dans une institution bancaire
Pour calmer tes envies de "hold-uper" la caissière
Tu lis des livres qui parlent de simplicité volontaire
Tes arrière-arrière-grands-parents ils savaient comment
fêter
Tes arrière-grands-parents ça swinguait fort dans les
veillées
Pis tes grands-parents ont connu l'époque yé-yé
Tes parents c'tait les discos c'est là qu'ils se sont
rencontrés
Et pis toi mon ami qu'est-ce que tu
fais de ta soirée
?
Éteins donc ta TV faut pas rester encabané
Heureus'ment que dans vie certaines choses refusent de changer
Enfile tes plus beaux habits car nous allons ce soir danser
http://www.youtube.com/watch?v=aU1MfTr9m_c
3’10
http://www.youtube.com/watch?v=Z1eUMVjwuAE
5‘12
Ecoutez
des extraits: http://mesaieux.qc.ca/
Cf. David Graham: Commentaire
et didactisation (2)
|
Voici le texte patriotique qui a été prononcé par
le
comédien Emmanuel Bilodeau et les membres de Loco Locass le 25
juin 2008 au
parc Maisonneuve, à l'occasion de la Fête nationale.
Donne la main à toutes les rencontres, pays
Toi qui apparais
Par tous les chemins défoncés de ton histoire
-- Gaston Miron
Nous sommes issus d'un sol immense, qui nous a tissés
métissés
Rebus de brins de laine tressés très
serré
Sans couture au sein d'une ceinture fléchée
Comme quelque queue clinquante de comète
effilochée
Et si l'on suit le fil de notre texte il
Mène à la sortie du labyrinthe de Pan
Qui nous éreinte depuis qu'ils ont mis nos torts
dedans
Ils ont conquis nos territoires, pillé notre histoire
et volé notre mémoire
Avec leurs thèses de fous, ils nous ont dit:
«Taisez-vous!
Vous ne valez pas 10 sous
Vous n'êtes pas vous, vous êtes nous
Vous êtes dissous
Notre substrat vous subsume et la comparaison vous
consume»
Faux! Nous venons d'avant
Nous sommes antérieurs
Nous sommes des créateurs, pas des créatures,
pas des caricatures
Notre maison n'a pas de cloisons
Mais quatre saisons
Acclimatés au climat
Et faisant fi du frimas
Nous avons parcouru par ses artères tout un continent
titan
Notre espèce aspire à l'espace et son
empreinte est partout
Tapie dans la toponymie
Gravée dans le granit, égrainée sur la
grève
Arc-boutée dans les arches de nos dingues digues
dignes de la muraille de Chine
Dans les champs essouchés sous la lune
Et les racines d'un hêtre qui ne peut plus plier
C'est une histoire riche qui n'est sur aucune affiche
Et qu'on a laissée en friche
Dans nos caboches, ce n'est que roches et fardoches
Cosmogonie à l'agonie
Dans le tome fantôme du grimoire d'une mémoire
moisie
Sur nos épaules on porte pourtant le pack-sac d'un
passé épatant
Mais allons-nous mourir en nains quand nous sommes
nés géants?
Sitôt venus au Nouveau Monde
On a dompté les hivers et fabriqué de la terre
On avait la tête à la fête et le coeur au
labeur
Opiniâtres, on n'a jamais laissé mourir le feu
dans l'âtre
Car nous avons la tête à Papineau
La longue langue agile de Da Costa
Le coeur-corsaire de d'Iberville
Qui envoie en nos veines
Le pur-sang mêlé-mêlé de Riel et
des Premières Nations
Nous avons l'aviron de Radisson, la vigueur de la
Vérendrye
Les jarrets de Jolliet et tous les talents de l'intendant
Talon
En somme, nous sommes des surhommes uniques
Générés par le génie
génétique de l'Europe et de l'Amérique
Inéluctablement, nous voguons vers le néant
Mais allons-nous mourir en nains quand nous sommes
nés géants?
Opaque, il faut qu'enfin notre épopée
éclate
C'est sans équivoque, cette Histoire est pleine et
craque
Loco Locass la provoque de son verbe épique: les eaux
sont crevées
Et tombent en trombes et forment une flaque, que dis-je, une
flaque
C'est comme un lac à nos pieds
Le col se dilate
Le sol s'écarquille
Pour laisser monter un corps en forme d'ogive
C'est le chaos qui «paaaaaasse» dans le chas
d'une aiguille
C'est un cri qu'on pousse, un coeur qui pulse
Celui d'un peuple qu'on accueille ou qui frappe un
écueil
Dans l'oeil du cyclone, chaque seconde en vaut quatre
Nous rapproche d'un miracle
C'est un spectacle sans entracte
Mais gare à l'arrêt cardiaque
Entre la mort et la vie
L'arrivée d'un homme comme lors d'un
référendum
Un peuple oscille entre le rien et tout ce qui brille
Je pose des mots garrots gare au flot hémorragique
Ô ma rage gicle par tous les pores de mon coeur
spongieux
Sur ce son long jeu conjure ma mortelle nature
Et nous disons que la parole est une sage-femme
Qui tire des limbes un monde à naître
Fort de cette maïeutique aux forceps
Le poète nomme enfin celui dont il voit poindre la
tête:
QUÉBEC!
Le devoir, 25 juin 2008
http://www.ledevoir.com/2008/06/25/195243.html
Fête nationale du Québec, 25 juin 2008:
Vidéo 1
2
Wallot, Jean-Pierre
(2000) : Le Bas-Canada : une
histoire mouvante ; du conservatisme atavique à la
rationalité limitée.
Sainte-Foy, Québec : CIEQ, Centre Interuniversitaire
d'Études Québécoises. Résumé
par Anne-Ségolène V
***************
Histoire du Québec
Chronologie
***************
Jeux
interactifs
Pour la recherche en histoire du Québec et du
Canada
Archives
canada.ca Le site offre au public l’accès à notre
mémoire collective. Le moteur "recherche archives" vous
permettra d'explorer les descriptions de fonds d'archives (documents,
collections, etc.) qui résident dans les centres d'archives
participants de partout à travers le Canada. Revivez l'histoire
du Canada par le truchement d'expositions virtuelles.
Archives Canada-France
Les ressources des archives Canada-France
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d'études acadiennes, Université de Moncton,
Nouveau-Brunswick, E1A 3E9, (506) 858-4085 Fax: (506) 858-4086.Le
Centre d'études acadiennes a comme mandat principal de
rassembler et de conserver en un même endroit tout le
matériel documentaire concernant les Acadiens et Acadiennes et
la société acadienne ; à quelque point de vue que
ce soit : histoire, généalogie, ethnologie, sociologie,
archéologie, folklore, démographie, géographie,
économie, linguistique, et d'en faciliter l'accès aux
chercheurs et au public intéressés à l'aide
d'inventaires et d'instruments de recherche.
Histoire du
Québec
L'histoire du Québec sur
www.rond-point.qc.ca
Site du professeur Fernand
Laberge
Panorama
sur le Québec