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Manfred
Overmann
![]() Introduction historique et linguistique Format Word Ecoutez quelques extraits:
Notre objectif est de mettre à la
disposition des professeurs de français langue étrangère et tous les
internautes francophones amoureux de la Belle
Province des matériaux
didactiques prêts à l’emploi sous forme d’un
scénario d’apprentissage multimédia et de dossiers pédagogiques
téléchargeables. Le livre ne sert que d’introduction en jetant un
regard
documenté et didactisé sur l’évolution historique du Québec afin de
familiariser le lecteur avec les grands événements historiques de la
Nouvelle-France, de lui présenter un abécédaire de la civilisation
québécoise
et un grand éventail d’activités pédagogiques à exploiter en classe. Il
est le
port de départ d’où embarquera le lecteur pour trouver sa voie
navigable vers
la Nouvelle-France et les trésors qui y sont cachés. Afin de profiter
pleinement de la semence du livre il s’agira d’aller récolter les
fleurs qui
éclosent sur le site internet adjoint, protéiforme et constructiviste,
auquel
vous pouvez aussi ajouter votre perle précieuse afin de venir habiter
ce pays
de la québécitude.
La
jeune ville de Québec au
17ème siècle et Québec aujourd'hui
Les enregistrements seront en ligne prochainementLes Québécois,
ces Nord-Américains de langue française
comptent près de trois siècles de résistance linguistique et
s'illustrent
par leur lutte exemplaire contre vents et marées pour la
survie du français
face à la déferlante anglo-américaine. Lors d'une exposition sur
Astérix à Montréal en 1997 qui a battu tous les records d'affluence,
les Québécois francophones ont pu se reconnaître dans
l'irréductible
petit Gaulois qui tient tête à l'envahisseur - et la bataille n'est pas
finie! L'une des chansons qui traduit le mieux ce combat
pour
l'expression d'une identité culturelle et langagière est "Le
coeur de ma vie" de Michel Rivard.
Remettez le texte dans l'ordre « A
l’heure actuelle, la société québécoise
se définit comme pluraliste, moderne, dynamique et ouverte sur le monde. Le Québec est
nord-américain de par sa situation
géographique, français de par ses origines et britannique de par son
système
parlementaire. » [Pierre Boulanger, Président et directeur général, Société
du 400e anniversaire
de
Québec, 2008 [http://www.nordicaonline.net/Quebec.html ]
Après un survol historique consacré aux Amérindiens et aux premiers explorateurs relatant La légende d’un peuple et l'implantation française en Amérique du Nord, nous continuerons à défricher le terrain à travers le 17ème siècle avec la fondation de Québec (1608) et de la compagnie des Cent-Associés fondée par Richelieu, puis l’arrivée de Jean Talon et les filles du roy sous Louis XIV. Au début du 18ème siècle la Nouvelle-France connaît son apogée, puis ses premiers échecs et son déclin par la signature du Traité d’Utrecht (1713), la déportation des Acadiens et la guerre de Sept Ans qui se termine par le Siège de Québec, la capitulation (1759/1760) et la cessation du territoire à l’Angleterre sous Louis XVI par le Traité de Paris (1763). La deuxième période clé de l’histoire du Québec correspond à la suprématie de la deuxième nation fondatrice du Canada, l’Angleterre, qui s’échelonne de la défaite française jusqu’à la naissance de la Confédération canadienne en 1867. Mais c’est déjà pendant la Rébellion des Patriotes (1837-1838) que s’amorce le réveil d’un peuple toujours à la recherche de son identité. Au 20ème siècle le Québec est touché par la grande dépression et la Deuxième Guerre mondiale (1929-1945), les années Duplessis et la grande noirceur (1945-1960), puis par la Révolution tranquille et l’éveil d’un nationalisme (1960-1975) qui débouche sur les lois linguistiques (1977) pour la défense de la langue française ainsi que sur un premier (1980) et un deuxième référendum (1995) sur l’indépendance du Québec et les problèmes liés au refus des Québécois de signer le rapatriement de la constitution du Canada (1982). A l’époque de l’hypertexte nous vous proposons aussi une lecture modulaire, à savoir un abécédaire présentant différents aspects de la civilisation québécoise sous forme d’un menu à composer par un hôte alléché par l’odeur d’un éventail de textes. Cette première orientation générale permet de se familiariser avec les multiples possibilités éducatives que le lecteur pourra approfondir par la suite selon ses goûts. Vingt-six lettres, cela veut dire vingt-six manières de découvrir les différentes facettes de la Nouvelle-France. Les cours prêts à l’emploi que nous vous proposons d’exploiter à l’école ou à l’université ne servent que d’exemple pour les autres scénarios d’apprentissage qui se trouvent sur le site internet et qui sont le fruit d’un travail avec mes étudiants et des collègues enclins à partager leurs efforts en mettant gratuitement à la disposition des enseignants et élèves des modules pour la classe. Ainsi notre site a pour objectif de mettre sur pied un portail éducatif dans une perspective multidisciplinaire en s’inspirant d’une démarche hypertextuelle axée sur une multitude d’activités qui forment un véritable manuel de civilisation électronique. Les sources de référence sont destinées aux professeurs et aux apprenants de français ainsi qu’à toute personne qui cherche à mieux connaître ce beau pays qui « n’est pas un pays, c’est l’hiver » (Vigneault). Alors choisissez entre plusieurs itinéraires et bon voyage ! Le projet propose des textes à lire et à écouter, complétés par des images et des explications de vocabulaire (technique du « mouseover ») afin de faciliter la compréhension par une pédagogie différenciée qui fait appel à tous les sens. Des sujets didactisés pour les cours, des fiches de travail à télécharger en format PDF ou Word ainsi que des exercices de compréhension avec des fichiers sonores ou vidéo, des fichiers balados, des interviews et de nombreuses chansons complètent le scénario d’apprentissage en proposant un éventail de tâches parmi lesquelles chacun cherchera son itinéraire. Enfin on y trouvera des exercices interactifs pour un travail en autonomie et une auto-évaluation. Les différentes rubriques abordées sont l’histoire, la langue, la géographie, la musique, l’éducation, l’immigration, la littérature, la poésie ainsi que les traditions québécoises. Chaque rubrique a pour objectif d’offrir des thèmes diversifiés adaptés à un travail en salle multimédia, mais aussi des dossiers téléchargeables pour travailler en classe. Ce projet crée des conditions d’enseignement axées sur la tâche et l’autonomie de l’apprenant. Il n’est pas exhaustif et invite de par son caractère évolutif à un élargissement perpétuel, auquel les collègues intéressés peuvent apporter leur touche de peinture. La mise en réseau des meilleures contributions favorise l’échange d’informations et la coopération avec les collègues et les amis de la francophonie au niveau international afin de contribuer à la promotion et au rayonnement de la culture québécoise et d’augmenter le nombre des québéquistes à travers le monde. Je vous souhaite une bonne lecture et un vent favorable pour une navigation facile afin d’explorer des terres nouvelles en compagnie de vos matelots-apprenants de français. Québec,
Gaule, même
combat!
Des
explorateurs ( 1534) au Traité
de Paris
(1763)La langue du Québec n’est pas née d’hier et connaît un trajet migratoire qui décrit sa genèse, son évolution et sa transformation. Effectivement elle fut d’abord la langue d’un gigantesque empire colonial français en Amérique du nord dont Jacques Cartier (1534) et Samuel Champlain (1604) furent les premiers explorateurs. La ville de Québec fut fondée par Champlain en 1608 et n’était au départ qu’un simple comptoir de commerce de fourrure avant de devenir la capitale de la Nouvelle-France. Dès 1609, sur rapport de Champlain, Henri IV donne à la colonie le nom de Nouvelle-France dont Champlain devient le lieutenant-gouverneur en 1612. Mais Champlain n’a pas de programme de colonisation bien arrêté. La
Compagnie de la
Nouvelle-France, aussi appelée compagnie des Cent-Associés, fondée
par le Cardinal de Richelieu se vit confier les colonies en 1627
et
fut la première véritable tentative de colonisation de la France en
Amérique.
Richelieu suggéra d'implanter un grand nombre de Français catholiques
en
Nouvelle-France pour stimuler le commerce d'une marine marchande et
pour
évangéliser les indigènes. Effectivement la Nouvelle-France ne recèle
ni or ni
argent, elle ne produit ni sucre, ni chocolat, ni café et la seule
denrée
intéressante est le castor. Il faut alors pénétrer de plus en plus loin
dans l’hinterland pour quérir la précieuse
denrée et intégrer dans un réseau commercial les tribus de chasseurs
qui
troquent la fourrure. Les Français profitent de leurs relations
amicales avec
les Hurons et les Algonquins, ce qui accentue cependant le conflit
huro-iroquoise. Au début, vers 1630, la
Nouvelle-France ne comptait encore qu'une centaine d'habitants
dispersés en
deux groupes, l'un à Québec, l'autre à Port-Royal (en Acadie,
aujourd'hui la
Nouvelle-Écosse). Il n'y avait pas de quoi impressionner face à la
Nouvelle-Hollande, qui comptait déjà 10.000 habitants, et face aux
colonies
anglaises qui en avaient 80.000. De plus, tout fonctionnait mal en
Nouvelle-France, que ce soit sur le plan des institutions civiles, des
autorités religieuses ou de l'économie. Jusqu'en 1660, la France parla
d'abandonner les rives du Saint-Laurent. Néanmoins, entre 1627 et 1663,
la
population passa de 100 habitants à quelque 2500.
Jean Talon est nommé
intendant du Roi de France. Il fait venir de France, entre 1665 et
1670,
environ 900 filles du Roi. On les appelle "filles du Roi" bien
qu'elles ne soient nullement des princesses. Il s'agit plutôt
d'orphelines ou de filles de familles plus pauvres qui reçoivent une
dot (des
vêtements, du tissu, etc.) et un peu d'argent de la part du Roi de
France et
qui s'embarquent pour la Nouvelle-France. Arrivées en
Nouvelle-France,
ces filles, âgées de moins 25 ans, sont reçues dans les couvents
et elles
se trouvent un mari après quelques jours seulement. Elles vont
ensuite
s'installer sur des terres qu'elles doivent défricher et où elles
fondent une
famille. D'autres lois sont mises
en place pour assurer la colonisation du pays. Par exemple, en
1669, le
roi décida de récompenser les gens qui avaient une famille
nombreuse. Il
décida alors de donner chaque année, 300 livres (monnaie française) aux
familles de 10 enfants et 400 livres aux familles de 12 enfants.
En 1670,
les pères de familles sont obligés de donner leurs filles en mariage
avant
qu'elles aient atteint l'âge de 16 ans et leurs garçons avant 20 ans
sinon, ils
doivent payer de lourdes amendes. Les coureurs des bois qui ne
voulaient
absolument pas se marier devenaient des hors-la-loi. Ce qui est
amusant,
c'est que même s'il a fait preuve de beaucoup d'imagination pour
coloniser la
Nouvelle-France, Jean Talon ne s'est jamais marié! - Avantagée par un
taux
extraordinaire de natalité (7,8 enfants par femme) et par une
immigration
abondante, le Canada vit se multiplier sa population; de 2500 habitants
en
1663, elle passe à 20.000 en 1713 et à 55.000 en 1755.
Dans sa
plus grande
étendue, avant le Traité d'Utrecht (1713), la
Nouvelle-France
comprenait cinq régions possédant chacune sa propre
administration :
- le Canada (actuel Québec et Ontario) - l'Acadie, (actuel Canada) - la Baie d'Hudson (actuel Canada) - L'île de Terre-Neuve, (actuel Canada) - la Louisiane (centre des États-Unis, des grands Lacs à la Nouvelle-Orléans La frontière occidentale de ces colonies était ouverte sur tout l'ouest du continent, sans délimitation précise. Puis
les Britanniques
conquirent Québec
en 1759
après cinq sièges, et quatre ans plus tard toute la Nouvelle-France.
Le cordon ombilical qui attacha jusqu’à lors l’embryon nord-américain à la mère patrie fut définitivement coupé en 1763. Avec le traité de Paris, la France céda tout le territoire de la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne ainsi que la Louisiane à l'Espagne. L'Espagne restitua la Louisiane à la France en 1800 par le traité de San Ildefonso, mais Napoléon la revendit à nouveau aux États-Unis en 1803. - La conquête anglaise fut cependant définitive et restera un traumatisme de référence pour les nationalistes-souverainistes jusqu’à nos jours. Sujets d’étude (1)
Exercice à choix multiples Le québécois est bel et bien une langue de France quoiqu’il soit différent de tous les autres français du monde et qu’il ne s’agisse ni d’un créole, ni d’un dialecte, ni d’un patois et que le québécois se distingue aussi du français canadien comme le français de France se distingue du français de Belgique ou de Suisse. Personne ne prétendra non plus que l'anglais parlé aux États-Unis soit le même que celui parlé en Angleterre ou l'espagnol de l'Amérique du Sud le même que celui parlé en Espagne. L'accent québécois étonne toujours les Européens francophones qui le découvrent pour la première fois. Toutefois on ne saurait trop recommander au voyageur d'éviter toute attitude chauvine qui considérerait le français parlé au Québec comme une forme dégénérée de la langue de Molière. Les Québécois, en effet, sont très sensibles sur ce sujet, et fiers d'avoir su préserver leur langue et leur culture dans une mer anglophone. Le Québécois est une langue qui a accédé à la modernité et s’est adaptée par des modifications particulières à son environnement en développant son propre tissu linguistique.
A l’origine le français québécois était peut-être
plus français que le français « national ». Effectivement à
l’époque
de Louis XIV deux Français sur cinq ne comprennent ni ne parlent le
français et
seulement un Français sur cinq en a une connaissance active. Or les
premiers
colons qui venaient peupler la Nouvelle-France étaient originaires de
différentes provinces françaises et parlaient en dialecte picard,
normand, angevin, franc-comtois... et les militaires recrutés dans le
sud de la France utilisaient le limousin, le gascon et d'autres
dialectes languedociens. Les colons devaient donc faire des efforts
pour
parler
français afin de se faire comprendre dans une communauté linguistique
hétérogène où le patois « de la maison » n’était pas d’usage.
On
choisit alors la langue la plus prestigieuse, celle du roi, le
« françois », comme dénominateur commun. La grande majorité
des
femmes connaissait aussi, au moins partiellement, le français et l’ont
transmis
aux enfants.
« La langue de France aux accents d’Amérique » a été isolée de la mère-patrie depuis la conquête britannique en 1759 et exposée à un environnement anglicisant. Le français traversa dès lors une période d’anglomanie pendant laquelle il fut déprécié et humilié au profit de l’anglais. Mais il « déjoue le silence » et résiste, presque miraculeusement, à toute tentative d’assimilation.
Le québécois est une langue moderne où s'effectue la synthèse de son passé et de son présent. Il s'agit en fait d'une adaptation constante aux exigences contemporaines en utilisant les bases du français et les influences des langues voisines (anglais, amérindien). Sa recette ? Des archaïsmes, des emprunts à l'anglais, des néologismes… Brasser le tout, couvrir et laisser mijoter pendant plusieurs décennies, ajouter un peu d'accent et servir. Le
trait le plus caractéristique de la langue québécoise est la
diphtongaison du « è » en « a-ê
», ainsi baleine deviendra «balaêne
»; dans le parler populaire, certains «a »
seront écrasés en «a-o »
ce
qui fait qu'on prononcera «saoble » au lieu de «sable ».
Une autre particularité est la sibillation des « t » et des « d »
devant le « i » et le « u » : on prononcera « ta tsunique »
et « ton dzîner »
ou encore « lundzi »
et
«
politsique ».
Aujourd'hui, pour la majorité du peuple québécois, cette langue dans
toute sa richesse et diversité, y compris la forme populaire portant le
nom de « joual »
(façon
vernaculaire de prononcer le mot « cheval »),
est un des signes d'identification du Québec. La quantité des
anglicismes présents dans le joual a cependant atteint des proportions
inquiétantes dans certains quartiers montréalais. Sujets d’étude (2)
Dès
1791, l’Acte
constitutionnel adopté
par le gouvernement anglais
divisa le territoire en deux
colonies :
le Bas-Canada (futur Québec) à majorité de langue française et le
Haut-Canada
(futur Ontario) à majorité de langue anglaise. Mais dans les conseils
exécutif
et législatif du Bas-Canada la minorité anglaise primait sur
l’assemblée élue à
majorité canadienne-française. Commença alors
La révolte
des patriotes fut le
premier sursaut d’une organisation nationale
paramilitaire (les fils de la liberté) dont
Louis-Joseph
Papineau fut le chef de parti. Elle éclata à l’automne
1837 et fut cruellement réprimée dans un bain
de sang. Lord Durham fut nommé gouverneur général des deux Canada. Sa
politique
d’anglicisation qui était le seul moyen de garantir une paix durable en
rendant
impossible toute survivance nationale franco-canadienne, préconisa
l’assimilation et conduisit en 1841 à l’adoption de la Loi
de l’union qui réunit les deux Canadas sous le nom de Canada
uni avec un seul parlement. L’anglais devint alors la seule langue
officielle.
Cependant les Canadiens français continuèrent à se battre en vue de
leur
reconnaissance culturelle et linguistique. Le bilinguisme au Canada fut
consacré en 1867 par l’Acte de l’Amérique
du Nord britannique (AANB) qui réunit le Nouveau-Brunswick, la
Nouvelle-Écosse et le Canada (l’Ontario et le Québec) et fit du Canada
un pays
officiellement bilingue. Sujets d’étude (3)1) Quelles sont les conséquences pour la langue québécoise provoquées par a) l'Acte constitutionnel (1791) b) la Loi de l'union (1841) c) l'Acte de l'Amérique du Nord britannique 2) Décrivez la "révolte des patriotes"
« Jusqu’au début du 20ème
siècle
l’Eglise
catholique reste
au c½ur de la société canadienne française. En proclamant la langue
gardienne
de la foi, elle se pose elle-même en gardienne de la nation et devient
l’institution qui la personnifie. » (Epinette 1998 : 14) Mais
l’Eglise ne pourra empêcher que les écoles catholiques bilingues de
l’Ontario
seront placées sous l’autorité d’inspecteurs protestants anglais qui
imposeront
en 1912 l’anglais comme langue unique d’enseignement dans les écoles
élémentaires et limiteront les cours de français à une heure par jour.
Le
Québec qui s’attache à sa langue accepte cependant la prédominance de
la langue
anglaise dans l’économie. C’est seulement à partir de la seconde moitié
du 20ème
siècle que l’Eglise perdra son pouvoir moral et son influence sur
l’éducation.
Aux alentours des années
soixante
des changements
radicaux
et rapides
affectent la société québécoise qui se laisse emporter dans une
« Révolution tranquille » en mettant en question tout ce qui
semblait
jusque là « coulé dans le béton » : la famille,
l’église, et la politique
d’un État qui sombre encore dans la passivité sociale sous Maurice
Duplessis
(Premier ministre de 1936-1939 et de 1944-1959) qui est en tête du
gouvernement
de l’Union nationale du Québec. Duplessis représente une politique du
repli sur
soi et refuse toute initiative de changement. Pourtant il se fit
l'adversaire
des politiques centralisatrices d'Ottawa et le plus grand défenseur de
l'autonomie provinciale que le Québec avait jusqu'alors connu. Il fit
de cette
lutte son principal cheval de bataille. Sa devise était «la coopération toujours,
l'assimilation jamais». Cependant
il n’intervint nullement face à la mainmise des
Canadiens
anglais et des Américains sur la propriété et la gestion des
industries. Les rouages économiques écartèrent systématiquement les
Québécois des postes à responsabilité exigeant l'usage de l'anglais.
La
révolution tranquille a commencé
en 1959,
lorsqu’à la mort de Maurice Duplessis, le
gouvernement conservateur ne sut plus faire face aux attentes
politiques d’une société en pleine mutation. Cette révolution qui a
réalisé de profondes réformes administratives, sociales et économiques
(réforme scolaire, création des ministères des Affaires culturelles et
de l’Education, aide financière aux entreprises québécoises,
nationalisation des entreprises hydro-électriques…), s’accompagna d’un
mouvement indépendantiste qui demandait la souveraineté du Québec. En
une dizaine d’années, cette évolution des mentalités transforma un
Québec clérical et replié sur le passé en un pays moderne, laïque,
ouvert sur le monde. Mais surtout, elle réussit à libérer l’économie
québécoise de l’emprise anglo-saxonne - entre autre américaine. De
nombreux artistes et intellectuels contribuèrent à l’expansion des
idées nouvelles et à la création d’une réelle identité québécoise
qu’ils ont fait connaître par leurs ½uvres à travers le monde.
Sujets
d’étude (4)
L’apologie de la prise de conscience de la légitimité culturelle du peuple québécois se traduit par les revendications en faveur de la défense de la langue québécoise, seule garant de l’unicité d’une société multiethnique. Ce sont des lois linguistiques qui vont redonner définitivement au français sa prééminence grâce à un arsenal législatif. En 1969, la loi 93 va promouvoir la langue française au Québec en instituant l'enseignement obligatoire du français, langue d'usage, dans le réseau scolaire anglophone, et en 1974, la loi 22 sur la langue officielle impose l'usage du français dans l'affichage public et oblige les entreprises qui veulent traiter avec l'État à appliquer des programmes de francisation.
La
loi 101 qui amorce un vaste programme de francisation sur les lieux de
travail et dans les institutions publiques et restreint aussi l'accès à
l'école anglaise aux seuls enfants dont l'un des parents a reçu
son enseignement primaire en anglais au Québec. Cependant cette loi reste inconstitutionnelle
(déclaration de la Cour suprême du Canada en 1988) parce que le Canada
est un
pays officiellement bilingue. Mais cette loi a soudé et dynamisé les
communautés francophones dans leur conscience nationale et
linguistique. Au
début des années soixante l’anglais dominait dans les grands magasins
et sur
les murs des villes dont la population parlait à 85% français. Quarante
ans
plus tard le français est omniprésent et s’affiche dans 94% des
vitrines.
Effectivement la Charte préconisait
l’usage exclusif du français dans l’affichage public et commercial.
Avec la
renaissance de la langue française au Québec le nationalisme atteint de
nouveaux sommets et le français s’affirme comme jamais. 40 ans
après la Révolution tranquille,
les francophones sont plus solidement en place au commande des
finances du pays et la "francisation" de la société est de loin
meilleure à celle du début des années 1960. Le débat entourant la
politique linguistique n'est toutefois pas terminé (pour approfondir la
question, cliquez ici).
C’est
la
lutte acharnée engagée par René Lévesque qui
conscientise et
politise le Québec en ébullition au plus haut point et incite le
mouvement
séparatiste à vouloir quitter la fédération canadienne. Cependant lors
du
premier référendum du 20 mai 1980 la majorité des Québécois (59,6%) se
prononce
contre la souveraineté. Lors du deuxième référendum du 30 octobre 1995
les
résultats sont plus serrés et il ne manque que 50.000 voix (49,5%
votent pour
la sécession) pour accorder au gouvernement de la province le pouvoir
de
déclarer l’indépendance du Québec.
Ce sont surtout les lois linguistiques adoptées par les gouvernements souverainistes qui garantissent l’identité culturelle du peuple québécois. Cependant les gros capitaux et la dépendance économique du Québec de la première puissance économique du monde ne rendent pas probable un nouveau référendum dans un proche avenir ou les immigrants allophones de plus en plus nombreux auront aussi leur mot à dire parce que le Canada et le Québec sont des terres d’immigration. Le français n’est la langue maternelle que de 5% des Canadiens vivant hors du Québec et à l’heure actuelle le chinois est plus parlé à la maison dans les neuf autres provinces du canada que le français dont le chiffre diminue d’année en année.
1) Décrivez les mesures législatives entreprises pour redonner la prééminence à la langue québécoise. a) 1969, la loi 93 b) 1974, la loi 22 c) 1977, la loi 101 2) Quand est-ce que le parti québécois fut fondé? 3) Quel fut son objectif? 4) Qui en fut le chef de parti? 5) Quelle fut la réaction des anglophones et des immigrés face à la loi 101? 6) Commentez la citation de Félix Leclerc. 7) Étudiez le rapport entre la loi 101 et le mouvement nationaliste au Québec 8) Quel rôle a joué René Lévesque? 9) Quels furent les résultats des deux référendums? 10 ) Le Québec est une terre d'immigration. Commentez. Aux élections du 14 avril 2003 le Parti libéral du Québec de Jean Charest a remporté la victoire mettant fin à un règne de neuf ans du Parti québécois. Le Premier ministre du Canada, Jean Chrétien, s’en est réjoui et n’a pas caché sa satisfaction. En tant que fédéraliste il estime que les souverainistes ont été clairement détrônés au Québec même si la souveraineté n’a pas été au c½ur de la compagne électorale. Depuis l’échec des deux référendums en 1980 et en 1995 on ne veut plus vraiment entendre parler de nouvelle consultation sur le sujet. L'avenir du Québec ne sera-t-il pas mieux assuré au sein du Canada? Par rapport au reste du Canada, le Québec du dernier demi-siècle a pourtant accompli un rattrapage économique spectaculaire qui s'est traduit par un essor sans précédent:
Par ailleurs le déclin démographique a aussi des répercussions sur le nombre des francophones (et anglophones) qui est en recule, alors que le nombre des allophones (personnes parlant une langue maternelle tierce) est en progression. Dans la région de Montréal 40% des habitants ne sont ni de souche française ni de souche britannique. Montréal concentre à elle seule 88% de l'ensemble de la population immigrée du Québec et compose une fascinante mosaïque humaine. C'est dire l'importance que prennent ces nouveaux électeurs lorsqu'un scrutin se joue à quelques milliers de voix près, comme ce fut le cas lors du dernier référendum indépendantiste de 1995. Le danger ne se présente pas sous forme de précipice, mais de longue pente descendante qui pourrait se terminer par une glissade inexorable. Selon les projections de l'Institut de la statistique du Québec, le Québec comptera 7,8 millions d'habitants en 2050, à peine 300 000 personnes de plus qu'aujourd'hui. Aussi tôt qu'en 2012, il y aura de moins en moins de gens en âge de travailler, de moins en moins de jeunes et de plus en plus de personnes âgées. En 40 ans, les 7,8 millions de Québécois seront entourés par près de 1,2 milliards de personnes, parlant pour la plupart anglais et/ou espagnol et devront faire face aussi à une concurrence inédite venant des pays asiatiques. L'entrée de plus d'un milliard de nouveaux travailleurs dans le circuit de l'économie mondiale souffle sur l'économie mondiale et ne peut être ignorée de personne. Depuis 2000, la production manufacturière a augmenté de 50% en Asie, tandis qu'elle stagne au Canada. Au cours des deux dernières années, le niveau d'emploi dans l'industrie québécoise de fabrication de vêtement a diminuée de 40%. - Que fabriquerons-nous mieux que les Chinois et les Indiens dans 10 ou 20 ans? Pour demeurer une société distincte il faudra alors que le Québec continue à se développer économiquement et socialement et qu'il ouvre les vannes de l'énergie, de l'originalité et de la créativité afin d'assurer le mieux-être de ses citoyens. Sujets d’étude (6)
Pour approfondir la question
linguistique
"L'issue du
référendum de 1980 affaiblissait le pouvoir du Québec de négocier avec
Ottawa
(gouvernement fédéral). Le premier ministre du Canada, Pierre Elliot
Trudeau,
convoqua, en juin 1980, les 10 premiers ministres provinciaux pour
entamer des
négociations constitutionnelles qui limitaient les pouvoirs de
l'Assemblée
national québécoise en matière d'éducation et de langue par la Loi
constitutionnelle de 1982. C'était, en quelque sorte, une espèce de
revanche de
la part des anglophones du Canada au refus du Québec de signer la
charte de
Victoria (Charte constitutionnelle canadienne) de 1971 qui élevait le
français
et l'anglais au même rang (Art. 10) pour neutraliser la Charte de
la langue
française qui avait fait du français la seule langue de
l'administration et
de l'enseignement. Ainsi le Québec ne pouvait plus imposer aux citoyens
canadiens venus d'autres provinces une langue d'enseignement autre que
la leur. C'est spécialement
le paragraphe 23.2 de la Charte canadienne des droits et libertés qui
empêchait le Québec de se doter d'une protection efficace contre
l'emprise de
l'anglais en rétablissant le caractère bilingue de la société
québécoise.
"Les citoyens canadiens a) dont la première langue apprise et encore
comprise est celle de la minorité francophone ou anglophone de la
province où
ils résident, b) qui ont reçu leur instruction, au niveau primaire, en
français
ou en anglais au Canada et qui résident dans une province où la langue
dans
laquelle ils ont reçu cette instruction est celle de la minorité
francophone ou
anglophone de la province, ont, dans l'un ou l'autre cas, le droit d'y
faire
instruire leurs enfants, aux niveaux primaire et secondaire, dans cette
langue." En imposant un caractère bilingue à la société québécoise tout
en
sachant très bien que le bilinguisme avait dans le passé avantagé les
anglophones aux dépens des francophones, le gouvernement canadien n'a
pas
seulement court-circuité rétroactivement la loi 101 qui avait stimulé
la fierté
des Québécois, mais défavorisé la protection de la langue française
dans une mer
anglophone. Il
n’est pas surprenant que la loi 178 sur l'unilinguisme français
ait été
condamnée dans tout le Canada anglais parce que le Québec supprimait
alors des
libertés individuelles et la liberté d'expression accordée aux
anglophones. Un
comité des Nations unies a même donné raison aux anglophones à ce sujet
tout en
précisant que la communauté anglo-québécoise ne pouvait être considérée
comme
une «minorité» puisqu’elle fait partie de la «majorité canadienne».
La loi 86 ou Loi
modifiant la Charte de la langue française a été adoptée le 17 juin
1993.
Elle remplaçait la loi 178 (sur l'unilinguisme français) qui, adoptée
grâce à
la clause dérogatoire de la Charte canadienne des droits et libertés,
était
devenue caduque. La nouvelle loi 86 illustre le revirement du
gouvernement
québécois en matière de langue, car elle correspond à une «loi de
normalisation». Toutefois,
malgré
les lois linguistiques et les succès indéniables du français au Québec,
la
majorité francophone n'est pas encore au bout de sa peine. Les
problèmes liés à
la dénatalité et à l'immigration constituent des défis de taille, et
ils n'ont
rien à voir avec les «Anglais»! Le défi démographique est plus grave
que les
questions d'ordre économique et constitutionnel. Si la société
francophone du
Québec refuse d'y faire face, elle aura perdu dans quelques décennies
le
«caractère distinct» qui a contribué à sa survie au Canada. Comme
les
droits constitutionnels résident en partie dans le poids démographiques
qu'ils
représentent au Canada, les francophones risquent de revivre avant
longtemps
les conflits linguistiques. Lorsque les Québécois commenceront à
représenter
moins de 20 % de la population canadienne, le rapport de force
diminuera encore
entre francophones et anglophones (à la faveur de ces derniers), tant
au Canada
qu'au Québec. Dans le cadre de l'actuelle fédération canadienne,
les
conflits sont là pour durer et la marmite linguistique risque de
renverser au
cours des prochaines décennies." |