La folle de l’école
Le texte en format word
Didactisation réalisée par les étudiants Joachim Bormann et Matthias Moog à l'université de Göttingen (octobre 2007)


Sensibilisation au sujet

En sortant de chez Ti-Lou, Betty s’attarde quelques minutes sur les marches de l’école Bruchési malgré la promesse qu’elle avait faite à Mercedes de rentrer tôt à l’appartement. Accotée contre l’appui en ciment du cour escalier qui menait à la porte principale, elle regardait dans la direction des quatre grandes fenêtres de gauche du deuxième étage, là où elle avait passé la plus belle année de sa vie, sa deuxième année d’école, sous l’aile protectrice, dans les plis creux de la robe de sœur Marie-de-Fatima, qu’on disait folle mais qu’elle, Béatrice, vénérait, lui consacrant tout son amour de fillette élevée par une mère négligente et un père aux rêves trop grands pour lui, qui ne parlait que d’argent et évasion. (...)

On disait (on, c’était les autres fillettes de sa classe et plus grandes, celles qui étaient déjà rendues à l’école des Saints-Anges et qui passaient souvent devant « la p’tite école » par grappes de cinq ou de six en chuchotant, en riant, ignorant les petites de première année mais prévenant celles de deuxième contre la folle, la lunatique, la niaiseuse sœur  « Fatimette » qui finirait bien un jour par se faire enfermer la cornette derrière les barreaux d’un asile d’aliénés) que sœur Marie-de-Fatima était folle parce que parfois, au beau milieu d’un cours (surtout celui de calcul), elle s’arrêtait, se précipitait vers la fenêtre et s’envolait en murmurant : – Vous m’avez mise en prison ! ou bien : – J’accepte que mon corps reste ici mais au moins ouvrez une porte à mon âme !

Elle restait debout sur la pointe des pieds pendant de longues minutes, à regarder le ciel, et Béatrice, malgré ses sept ans et son ignorance des troubles de l’âme, sentait que sœur Marie-de-Fatima était partie survoler les toits des alentours pour ne pas exploser. Pendant tout le  temps que durait la crise du professeur, les filles en profitaient pour chahuter, se tirer les nattes, se faire des grimaces, se traiter de niaiseuses ou taper du pied en épelant « FOLLE, fol-fol, FOLLE ! », mais Béatrice restait clouée à sa place, concentrée sur cet oiseau en cage qui se mourrait doucement sous les quolibets et les rires d’enfants insensibles et méchantes.

Quand sœur Marie-de-Fatima revenait dans la classe, repliant ses ailes, essoufflée, les yeux remplis de pans de ciel, tout était à l’envers dans la pièce, des bouts de craie traînaient partout, quelques filles étaient à quatre pattes, d’autres debout sur leurs sièges, mais elle ne disait rien. Elle retournait à son tableau noir et reprenait la leçon exactement où elle l’avait laissée, comme si rien ne s’était passé. Et ses yeux tombaient toujours sur Béatrice, figée, qui semblait lui demander : « C`tait-tu beau, ma sœur ? » Et la sœur lui répondait : « Si vous saviez ! »

(Tiré de : Michel Tremblay, La grosse femme d’à côté est enceinte. Collection Babel, 1978. p. 81 s.)

Sujets d'étude  (Format Word)

1)      Résumez brièvement les idées principales du texte.

2)      Présentez les caractères principaux du texte.

3)      Comparez les parents de Béatrice à sœur Marie-de-Fatima. Qu’est-ce que vous constatez ?

4)      Qu’est-ce qu’on apprend sur sœur Marie-de-Fatima selon les filles ?

5)      Interprétez la phrase suivante : « Vous m’avez mise en prison… »

6)      Béatrice qualifie Fatima d’un oiseau en cage et la voit replier ses ailes. Expliquez ces métaphores.

     7)      Pourquoi Fatima ne dit-elle rien à propos du comportement des filles ?
 

Pour aller plus loin

8)      Informez-vous sur l'auteur Michel Tremblay.  (Format  Word)

9)      Lisez le texte sur l'enseignement confessionnel au Québec "Une autre voie" et

           répondez aux questions suivantes.  (Format  Word)

10)  Regardez le système scolaire québécois et répondez aux questions suivantes.

Réponses aux sujets d'études  (Format  Word)

Exercices interactifs

11)  Mots-croisés

12)  Quiz

Grammaire

13)  Le gérondif

Ecriture créative

14) Le texte nous dit que "Marie-de-Fatima était partie survoler les toits des alentours".
 Précisez cette phrase en décrivant le tour qu'elle prend.

15)  Rédigez une note dans le journal intime de Betty concernant l'événement qui s'est passé à l'école.

16) Imaginez un dialogue entre Fatima et Betty après le cours de calcul. Présentez-le à deux devant la classe.


Remarque:
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